Notre dixième numéro vient de sortir !
 

Dépasser les limites de la collapsologie


Texte inédit pour le site de Ballast

La col­lap­so­lo­gie est désor­mais par­tout. Son idée-clé ? L’effondrement de notre civi­li­sa­tion ther­mo-indus­trielle, bâtie sur les éner­gies fos­siles (char­bon, gaz, pétrole…), est iné­luc­table à plus ou moins court terme (2025 ?, 2050 ?). La chose pour­rait même avoir déjà com­men­cé. Resterait donc à œuvrer sans plus tar­der au « monde d’a­près » — pour son porte-voix le plus fameux, l’in­gé­nieur agro­nome Pablo Servigne, cela implique notam­ment de fon­der un tis­su com­mu­nau­taire « rési­lient » (capable de tenir, de résis­ter, de s’au­to­suf­fire). L’inspiration liber­taire des uns se frotte à l’in­di­vi­dua­lisme des autres, connus sous le nom de sur­vi­va­listes : par­fois, tout cela se mélange. Si les col­lap­so­logues ont le mérite d’a­voir accru la visi­bi­li­té des enjeux cli­ma­tiques et éco­lo­giques, les consé­quences poli­tiques qui en découlent sont cepen­dant contes­tables : c’est la thèse avan­cée par Jérémie Cravatte, mili­tant du Comité pour l’abolition des dettes illé­gi­times, dans un livret paru cette année. Il le reprend ici, retra­vaillé, sous la forme syn­thé­tique d’un article.


Un tiers des terres est dégra­dé. 40 % des océans sont alté­rés. L’extinction mas­sive en cours est beau­coup plus rapide que les pré­cé­dentes. Au regard de l’ère pré­in­dus­trielle, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique moyen a déjà dépas­sé + 1 °C : cela signi­fie qu’il va bien­tôt entrer dans sa phase d’emballement. La moi­tié des hydro­car­bures (char­bon, pétrole et gaz natu­rel, pour l’es­sen­tiel) ont été extraits et brû­lés en l’es­pace de deux siècles. De nom­breux mine­rais et métaux se raré­fient. L’air que nous res­pi­rons atteint régu­liè­re­ment des pics de pol­lu­tion aux effets meur­triers. L’eau potable s’amenuise par régions entières1. La plu­part de ces phé­no­mènes s’alimentent entre eux. Un bas­cu­le­ment éco­lo­gique est bel et bien en cours, et celui-ci s’a­vère irré­ver­sible à plus d’un titre. Seule son inten­si­té peut — et doit — être limi­tée. « Les collapsologues2 » ont contri­bué à faire connaître cette situa­tion auprès d’un public élar­gi : ceci consti­tue un apport pré­cieux. Malheureusement, ils ont ajou­té à ces constats essen­tiels une couche de confu­sion dont nous nous serions bien pas­sés. Leur ana­lyse, en par­tie erro­née, porte en elle une dépo­li­ti­sa­tion qui, à son tour, pro­duit des réponses insuf­fi­santes, voire contre-productives.

Simplifier sous couvert de science

La « col­lap­so­lo­gie » est défi­nie par les inven­teurs de ce néo­lo­gisme comme suit :

« L’exercice trans­dis­ci­pli­naire d’étude de l’effondrement de notre civi­li­sa­tion indus­trielle, et de ce qui pour­rait lui suc­cé­der, en s’appuyant sur les deux modes cog­ni­tifs que sont la rai­son et l’intuition, et sur des tra­vaux scien­ti­fiques recon­nus3. » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens)

« Une com­pi­la­tion trans­dis­ci­pli­naire, aus­si utile soit-elle, ne pro­duit pas en soi un nou­veau savoir. »

La « col­lap­so­lo­gie » n’est pas une science, mais un dis­cours qui uti­lise des sciences exis­tantes (bio­lo­gie, géo­lo­gie, cli­ma­to­lo­gie, etc.). Comme de nom­breuses per­sonnes l’ont fait remar­quer, une com­pi­la­tion trans­dis­ci­pli­naire, aus­si utile soit-elle, ne pro­duit pas en soi un nou­veau savoir. La spé­ci­fi­ci­té des col­lap­sos est davan­tage d’avoir for­mu­lé une extra­po­la­tion sim­pliste des théo­ries sur les sys­tèmes com­plexes. Ces théo­ries étu­dient notam­ment le fait que dif­fé­rents sys­tèmes obser­vés peuvent pas­ser d’un état de fonc­tion­ne­ment simple à un état de fonc­tion­ne­ment com­pli­qué, puis com­plexe (qu’on ne peut plus néces­sai­re­ment com­prendre, expli­quer ni pré­voir), puis, enfin — et sous cer­taines conditions4 —, à un état de tout autre nature : « chao­tique » et irré­ver­sible. Ce chan­ge­ment de condi­tion se pro­duit au pas­sage d’un seuil de rup­ture invi­sible, d’un point de bas­cule (tip­ping point), à la suite, par­fois, d’une modi­fi­ca­tion mineure. Il en est ain­si, par exemple, du déclen­che­ment d’une ava­lanche. Les col­lap­sos, dans la lignée de l’an­thro­po­logue et his­to­rien éta­su­nien Joseph Anthony Tainter5, et d’autres, ont extra­po­lé cette obser­va­tion empi­rique à toutes les sphères de la vie.

« C’est le constat que tous les sys­tèmes com­plexes, hyper­con­nec­tés (les orga­nismes, la finance, le cli­mat…), lorsqu’ils sont sou­mis à des chocs répé­tés, sont rési­lients : ils gardent leur fonc­tion, s’adaptent, se trans­forment… Mais il y a un seuil au-delà duquel ils bas­culent, où toutes les boucles de rétro­ac­tion s’emballent, et alors le sys­tème s’effondre bru­ta­le­ment. » (Pablo Servigne)

Les auteurs en ques­tion conçoivent les socié­tés, éco­no­mies et mar­chés comme des « sys­tèmes com­plexes vivants6 ». Des ana­lo­gies sont conti­nuel­le­ment opé­rées, à grands coups de méta­phores, entre des réa­li­tés pour­tant incom­pa­rables : le sys­tème immu­ni­taire d’une per­sonne et le sys­tème capi­ta­liste, un « éco­sys­tème » don­né et Internet… Dans son der­nier livre, Yves Cochet7, membre de l’Institut Momentum, assi­mile le pas­sage d’un gla­çon de l’état solide à liquide au déclen­che­ment d’une « panique » bour­sière. Il ne fait aucune réfé­rence à ce qui rend pos­sible la for­ma­tion et l’éclatement de bulles spé­cu­la­tives : déré­gu­la­tions ban­caires, exi­gences de ren­ta­bi­li­té du capi­tal, poli­tiques désas­treuses des banques cen­trales… Tout cela est neu­tra­li­sé — c’est-à-dire pré­sen­té comme neutre, secon­daire — car conçu comme le simple fruit d’un pro­ces­sus de com­plexi­fi­ca­tion déter­mi­niste, méca­nique, presque phy­sique (à l’image d’un gla­çon qui fond). Ainsi que le fait remar­quer Elisabeth Lagasse, doc­to­rante en socio­lo­gie, on assiste à une natu­ra­li­sa­tion de phé­no­mènes sociaux hété­ro­gènes et, par défi­ni­tion, modi­fiables. Il n’y a pas besoin de pro­duire une science pour four­nir des ana­lyses et pers­pec­tives inté­res­santes ; il est à déplo­rer que de nom­breux col­lap­sos aient vou­lu légi­ti­mer leur démarche par ce moyen.

(Shirin Abedinirad)

Les inven­teurs du terme « col­lap­so­lo­gie » l’ont ini­tia­le­ment pré­sen­té comme une bou­tade. Ils étaient pour­tant par­fai­te­ment conscients du poids que char­rie le suf­fixe « logie » dans nos socié­tés et n’ont rien fait pour lever cette ambi­guï­té dans les médias. On peut légi­ti­me­ment se deman­der en quoi il s’agissait d’une plai­san­te­rie lorsqu’ils expliquent que leur livre « est bien une pro­po­si­tion de dis­ci­pline scien­ti­fique », quand ils se drapent d’un « Département d’études de COLLapsologie géné­rale et appli­quée » (DECOLL) et qu’ils appellent les scien­ti­fiques en poste à rédi­ger, mon­ter des chaires ou orga­ni­ser des col­loques sur cette « nou­velle dis­ci­pline ». Leurs pro­pos sont le plus sou­vent for­mu­lés de manière à se confir­mer eux-mêmes, sou­te­nus par une agré­ga­tion de don­nées et de concepts gages de scien­ti­fi­ci­té, mais sans aucune démons­tra­tion. Malgré cela, ils annoncent ne faire qu’énoncer des constats, des faits, de se bor­ner à décrire l’incendie en cours — tout en refu­sant des débats publics sur cette base. La bou­tade devient impos­ture lors­qu’ils accusent les per­sonnes qui ques­tionnent les rac­cour­cis de leurs rai­son­ne­ments d’être dans un « déni », de se trou­ver coin­cées dans une phase infé­rieure de leur « prise de conscience ». Certains col­lap­sos ont fini de déva­ler cette pente glis­sante et parlent désor­mais de « col­lap­so­phobes » ou, de façon plus dog­ma­tique encore, de « col­lap­so-scep­tiques8 », amal­ga­mant déni des bas­cu­le­ments éco­lo­giques en cours et cri­tique de leur ana­lyse bien spé­ci­fique. Rejeter la contra­dic­tion est par­ti­cu­liè­re­ment éton­nant lorsqu’on pré­tend s’inscrire dans une démarche scientifique.

Un récit sans peuple

« Cette rup­ture fan­tas­mée détourne de l’essentiel : les condi­tions maté­rielles exis­tantes, qui défi­nissent la suite et qui sont ce sur quoi nous avons prise. »

Les col­lap­sos ont rai­son de rap­pe­ler les pro­fondes inter­con­nexions et, sou­vent, les fra­gi­li­tés des chaînes d’approvisionnement à flux ten­du, réseaux de com­mu­ni­ca­tion, cen­trales éner­gé­tiques, modes de trans­port, sys­tèmes ali­men­taires… dont dépend actuel­le­ment une par­tie consé­quente de la popu­la­tion mon­diale. En revanche, ils ont tort de pré­sen­ter la situa­tion à venir comme un grand effon­dre­ment. Cet effon­dre­ment iné­luc­table serait sys­té­mique, glo­bal, total, final, ultime, mon­dial, géné­ra­li­sé… Il y aura — il y a — des évé­ne­ments majeurs, des accé­lé­ra­tions expo­nen­tielles, des catas­trophes incon­ce­vables qui en entraî­ne­ront d’autres ; dans 10 ans, la Terre n’aura déjà plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. « Mais cette fois-ci, c’est dif­fé­rent » : en effet. Il n’y a tou­te­fois pas à attendre de grand « big one », le point de rup­ture ima­gi­naire qui nous ferait bas­cu­ler dans un autre monde, dans un autre état. Les choses se font dans une conti­nui­té, sans inter­rup­teur, sans table rase de l’existant. Il n’y aura pas un gigan­tesque effet domi­no géné­ra­li­sé (la « per­fect storm ») — lequel, dans l’analyse effon­driste, n’est d’ailleurs jamais détaillé ni décom­po­sé jusqu’au bout : il y en a de nom­breux, diver­si­fiés. Cela peut être ras­su­rant de pen­ser avoir sai­si l’ensemble des bas­cu­le­ments en cours avec un unique récit tota­li­sant, mais la réa­li­té s’a­vère autre­ment plus com­plexe. On pour­rait objec­ter que, si cer­tains se perdent à dater « l’événement » (Cochet le voit d’i­ci 2030), la plu­part nuancent leur pro­pos en spé­ci­fiant à l’oc­ca­sion qu’il s’agit d’un pro­ces­sus dif­fus, éta­lé dans le temps et l’espace, hété­ro­gène (Pablo Servigne et Raphaël Stevens). D’autres, encore, que leur per­ti­nence range dans l’ex­cep­tion, lèvent presque entiè­re­ment la confu­sion (Corinne Morel Darleux). Le pro­blème ? Tout et son contraire sont avan­cés : une fois, ce fameux effon­dre­ment serait déjà en cours ; une autre, il aurait pro­ba­ble­ment lieu avant 2025, et de manière cer­taine avant 2030… Pareilles nuances pèsent peu face au mes­sage prin­ci­pal que le public retient.

« Pour un public de plus en plus large, la ques­tion n’est plus de savoir si le col­lapse va arri­ver, mais quand. » (Dylan Michot, Loic Steffan et Pierre-Eric Sutter — OBVECO)

« Et si le ter­rible effon­dre­ment géné­ral de notre civi­li­sa­tion, le col­lapse dont tout le monde parle en ce moment, avait vrai­ment lieu bien­tôt ? » (CANAL+)

Cette rup­ture fantasmée9 détourne de l’essentiel : les condi­tions maté­rielles exis­tantes, qui défi­nissent la suite et qui sont ce sur quoi nous avons prise. La capa­ci­té à faire face aux catas­trophes dépend en grande par­tie des choix de socié­té, eux-mêmes tra­ver­sés de conflits. Ces choix sont en mou­ve­ment (des prio­ri­tés faites et défaites) ; c’est cela que le dis­cours fourre-tout de l’effondrement tend à invisibiliser10. C’est un « récit sans peuple ».

Une invitation ambiguë à l’acceptation

À la poten­tielle angoisse qui accom­pagne la prise de conscience de la situa­tion éco­lo­gique (« solas­tal­gie », ou écoan­xié­té), les col­lap­sos en ajoutent une seconde, aus­si inutile qu’in­jus­ti­fiée : toutes les choses qui nous entourent pour­raient s’écrouler d’un bloc, comme un bâti­ment, sans prise aucune dessus11. Puisque cette nar­ra­tion est pré­sen­tée comme le fruit d’une obser­va­tion scien­ti­fique, cela sus­cite deux fois plus de dégâts. Ils nous invitent ensuite à che­mi­ner au tra­vers d’un pro­ces­sus de deuil (sidé­ra­tion → déni → colère → mar­chan­dage → dépres­sion → accep­ta­tion). S’agit-il de faire le deuil d’un cli­mat tem­pé­ré, de la majo­ri­té des espèces vivantes, des ser­vices publics ? À nou­veau, il s’agit confu­sé­ment d’un peu tout cela à la fois — sans précision.

(Shirin Abedinirad)

« La seule action, pour un humain vivant dans un pays riche, qui pour­rait avoir un éven­tuel effet posi­tif sur l’avenir cli­ma­tique serait qu’il […] ne fasse pas appel à la Sécurité sociale ou à une quel­conque assu­rance col­lec­tive lorsqu’un pro­blème sur­vient (san­té, habi­ta­tion, acci­dents divers). » (Vincent Mignerot — Adrastia)12

Indépendamment des condi­tions phy­siques, inci­ter à lâcher le prin­cipe des soins de san­té (ou de tout autre ser­vice) col­lec­ti­vi­sés revient à dimi­nuer radi­ca­le­ment notre « rési­lience ». Il ne s’agit pas de pré­tendre que c’est là la pro­po­si­tion for­mu­lée par la plu­part des col­lap­sos, mais de sou­li­gner que leur nar­ra­tion impré­cise englobe bou­le­ver­se­ments évi­tables et inévi­tables. Si le coli­brisme nous convie à faire indi­vi­duel­le­ment notre part plu­tôt que col­lec­ti­ve­ment le néces­saire, l’ef­fon­drisme nous enjoint (indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment) à accep­ter l’incendie et à pré­pa­rer la renais­sance qui s’en­sui­vrait. Ce qui brûle dans cet incen­die — et, sur­tout, dans quel ordre — n’est appa­rem­ment pas le plus impor­tant. Pour toutes ces rai­sons, les dis­cours col­lap­sos ont en par­tie pro­vo­qué une dépo­li­ti­sa­tion des enjeux actuels. Cela ne signi­fie pas qu’ils aient néces­sai­re­ment engen­dré une démo­bi­li­sa­tion. Les réac­tions sont cer­tai­ne­ment au moins aus­si diver­si­fiées que les publics touchés13. De nom­breuses per­sonnes effon­drées passent « à l’action »14, mais à quelles actions et qui s’inscrivent dans quels ima­gi­naires ? Pour ne citer qu’un exemple, se pré­pa­rer à « la fin » de l’électricité15 vers 2035 ou au fait qu’une par­tie gran­dis­sante de la popu­la­tion s’en ver­ra pro­gres­si­ve­ment décon­nec­tée, avec des accès de plus en plus impayables, n’amène pas for­cé­ment aux mêmes réponses.

Les écospiritualités

« Si le coli­brisme nous convie à faire indi­vi­duel­le­ment notre part plu­tôt que col­lec­ti­ve­ment le néces­saire, l’effondrisme nous enjoint à accep­ter l’incendie. »

Une des réponses appor­tées par cer­tains col­lap­sos réside dans le déve­lop­pe­ment de nos spi­ri­tua­li­tés pour mieux tra­ver­ser leur « effon­dre­ment » nébu­leux. Partager nos angoisses et nos dési­rs quant à l’avenir de la bio­sphère, et du monde en géné­ral, et en prendre soin ensemble s’a­vère pri­mor­dial. Mais il n’est pas seule­ment ques­tion de cela, dans la « collapsosophie16 ». D’une part, la manière dont la pro­po­si­tion est for­mu­lée est infan­ti­li­sante (la socié­té serait dans une phase de « patho-ado­les­cence »)17. De l’autre, elle invite une com­mu­nau­té de consciences, capable d’accueillir le pré­sage, à se pré­pa­rer à une forme d’apocalypse et — sur­tout — à une renais­sance fan­tas­mée qui y ferait suite. C’est notam­ment pour cette rai­son que, dans sa ver­sion actuelle, l’effondrisme peut être consi­dé­ré comme un nou­veau mil­lé­na­risme (Yves Cochet reven­dique d’ailleurs un « mil­lé­na­risme laïc18 »). En véri­té, aucun renou­veau sal­va­teur n’ad­vien­dra et tout ne fera qu’empirer si le néces­saire n’est pas fait pour sor­tir du pro­duc­ti­visme et de sa socié­té de classes, les­quels détruisent toute condi­tion de vie sur Terre.

L’éloge de la fuite

Une autre pro­po­si­tion majeure est de fon­der et ren­for­cer de petites com­mu­nau­tés rési­lientes, des éco­vil­lages. Cela pour­rait s’a­vé­rer une piste per­ti­nente si elle posait la ques­tion des luttes néces­saires à sa géné­ra­li­sa­tion, mais les col­lap­sos ne s’encombrent pas de ce détail. Le paroxysme de la fuite sans construc­tion de réponses col­lec­tives s’illustre dans le survivalisme19. Sa phi­lo­so­phie ? Se débrouiller sans l’État, ou plus exac­te­ment sans Sécurité sociale ni ser­vices publics — alors même que ce sont là des outils de rési­lience construits par les mou­ve­ments sociaux. Les récits éla­bo­rés par la majo­ri­té des col­lap­sos réduisent volon­tiers la notion d’entraide aux rap­ports inter­in­di­vi­duels, voire au « clan » ou à la « famille ». Cela n’a rien à voir avec le poten­tiel de la soli­da­ri­té d’un corps social. Le sur­vi­va­lisme est l’une des réponses que les grands médias mettent sous les pro­jec­teurs — cer­tains col­lap­sos aus­si (appe­lant même à faire des alliances). Se réap­pro­prier (ensemble) des savoir-faire essen­tiels dont nous avons été coupé·e·s est utile, à l’é­vi­dence : pre­miers secours, feu, confec­tion d’abris, conser­va­tion d’a­li­ments, cueillette, recherche et puri­fi­ca­tion d’eau, pro­duc­tion et sto­ckage de petites quan­ti­tés d’énergie, auto­dé­fense, grimpe en exté­rieur, etc. Mais ces tech­niques peuvent s’apprendre en dehors des milieux sur­vi­va­listes — dont l’i­déo­lo­gie ne se limite pas qu’à cela. C’est d’a­bord une manière d’ap­pré­hen­der le monde, et ce n’est pas un hasard si celle-ci est d’origine liber­ta­rienne. Son but est de répondre à l’angoisse de mou­rir ou de souf­frir à cause des autres. Il n’est pas d’affronter les pro­blèmes col­lec­ti­ve­ment mais de les fuir dans l’illusion de pou­voir deve­nir un « sur­homme » face à la fin du monde. Il ne s’agit pas de déci­der dans quelle socié­té on veut vivre ou mou­rir avec dignité20, mais de cher­cher à sur­vivre à tout prix. Le sur­vi­va­lisme touche aujourd’hui un public bien plus large que les liber­ta­riens d’extrême droite (envi­ron 10 000 visi­teurs lors du deuxième salon de Paris en mars der­nier) ; en quoi cela serait-il matière à réjouis­sance ? Le phé­no­mène ali­mente sur­tout un énorme mar­ché en plein essor, et ce der­nier n’a rien d’écologique. En prime, il nour­rit lui aus­si le fan­tasme de pou­voir par­ti­ci­per à une renais­sance « post-effon­dre­ment », avec, en bonus, la pro­phé­tie poten­tiel­le­ment auto­réa­li­sa­trice de la guerre du tous contre tous.

(Shirin Abedinirad)

Quelle politique de l’effondrement ?

Nombre de col­lap­sos res­sortent la vieille chi­mère selon laquelle la situa­tion actuelle trans­cen­de­rait toutes les idéo­lo­gies. Le cli­vage ne serait plus entre cou­rants éman­ci­pa­teurs et réac­tion­naires, mais entre per­sonnes conscientes et incons­cientes (sic) (d’au­cuns pré­fèrent dire entre « ter­restres » et « modernes » hors-sol)21. Sauf que l’on ne se ras­semble pas uni­que­ment sur une base de constats que l’on pense par­ta­ger, mais aus­si sur des valeurs et des pro­jets de socié­té. Séparer arti­fi­ciel­le­ment « la ques­tion éco­lo­gique » des autres et déci­der qu’elle serait « prio­ri­taire », c’est nier le fait que nos rela­tions au reste du vivant dépendent de nos rap­ports entre êtres humain·e·s (dont les oppres­sions et exploi­ta­tions patriar­cales et colo­niales). Cette pos­ture naïve explique pour par­tie pour­quoi les col­lap­sos les plus connus (Chapelle, Servigne et Stevens — qui ont dif­fu­sé leurs livres à plus de 130 000 exem­plaires) ne semblent pas voir le pro­blème qu’il y a à se réfé­rer au sur­vi­va­liste d’extrême droite Piero San Giorgio22, voire à pro­mou­voir le com­plo­tiste xéno­phobe Dmitry Orlov23, sans jamais pré­ci­ser nulle part le pro­jet poli­tique por­té par ces derniers24. Tout ce qui compte est qu’ils abondent dans leur sens sur le récit de « l’effondrement » civilisationnel.

« Séparer arti­fi­ciel­le­ment la ques­tion éco­lo­gique des autres et déci­der qu’elle serait prio­ri­taire, c’est nier le fait que nos rela­tions au reste du vivant dépendent de nos rap­ports entre êtres humain·e·s. »

Ce sur quoi les col­lap­sos ont déci­dé de mettre l’accent dans leurs dis­cours — peurs indi­vi­duelles, dépos­ses­sion en vrac, impasses et ver­rouillages, accep­ta­tion — pour­rait favo­ri­ser l’é­la­bo­ra­tion d’une poli­tique de l’effondrement catas­tro­phique par le haut. Une par­tie consé­quente de la popu­la­tion serait ain­si en mesure d’en­cou­ra­ger des mesures injus­ti­fiables (dont le ration­ne­ment de per­sonnes pré­ca­ri­sées, déjà en cours) dans l’illusion de pou­voir main­te­nir des sem­blants de pri­vi­lèges le plus long­temps pos­sible. Le champ lexi­cal de la « mobi­li­sa­tion géné­rale » et des « efforts de guerre » est d’ailleurs de plus en plus mobi­li­sé par les col­lap­sos, sans jamais pré­ci­ser de quels « efforts » il est ques­tion ni au ser­vice de qui. L’historien Jean-Baptiste Fressoz rap­pelle à juste titre les ori­gines mili­taires et indus­trielles, voire sim­ple­ment réac­tion­naires, des dis­cours effon­dristes. Cela ne signi­fie pas que les col­lap­sos en ques­tion le soient eux-mêmes, mais que leurs pro­pos peuvent ravi­tailler une approche ges­tion­naire de la société25.

« En ana­ly­sant fine­ment les réac­tions des Français à la nar­ra­tion du col­lapse, les scien­ti­fiques pour­ront offrir aux déci­deurs publics et pri­vés un pano­ra­ma objec­ti­vé et dépas­sion­né des repré­sen­ta­tions du col­lapse en pré­sence, per­met­tant d’agir avec la plus grande per­ti­nence. » (Dylan Michot, Loic Steffan et Pierre-Eric Sutter)

Plusieurs d’entre les col­lap­sos se féli­citent d’ailleurs d’être invi­tés à par­ta­ger ana­lyses et conseils auprès du patro­nat ou de hautes sphères de l’État consa­crées à la ges­tion « des risques ».

Dépasser la critique de la « collapsologie »

Redisons-le : les apports des col­lap­sos — et disons à nou­veau que cette men­tion ne concerne pas uni­que­ment celles et ceux qui se pré­sentent ain­si (voir note 2) — sont nom­breux. Avoir tran­ché avec le mythe du Progrès (Raphaël Stevens) ; par­ti­ci­pé à infor­mer un public large du carac­tère habi­table ou non de la pla­nète (Dominique Bourg) ; décrit le phé­no­mène des gated com­mu­ni­ties (Renaud Duterme) ; par­ta­gé des expé­riences concrètes des­quelles s’inspirer (Agnès Sinaï) ; démon­tré en quoi la haute tech­no­lo­gie ne consti­tue pas une réponse fai­sable ni sou­hai­table (Philippe Bihouix) ; bous­cu­lé les hori­zons de nom­breuses asso­cia­tions ou mou­ve­ments et y avoir pro­vo­qué des débats déci­sifs (Pablo Servigne) ; tra­duit des don­nées abon­dantes et com­pli­quées en un lan­gage clair (Vincent Mignerot) ; décons­truit l’é­co­no­misme hors-sol (Gaël Giraud) ; invi­té, comme d’autres avant eux, à une rela­tion de sujets à sujets avec le reste du vivant (Julien Wosnitza) ; mis en avant la puis­sance des liens face à la fra­gi­li­té de l’isolement (Gauthier Chapelle) ; rap­pe­lé la fini­tude de toute chose (Laurent Testot) ; redon­né sa place au doute (Corinne Morel Darleux) ; insis­té sur la néces­si­té de pro­duire une mul­ti­pli­ci­té de récits (Arthur Keller). Et l’on pour­rait poursuivre.

(Shirin Abedinirad)

Le rôle de la cri­tique n’est pas de s’égarer dans une oppo­si­tion de cha­pelles — notre public-cible étant à ce titre moins les col­lap­sos que les effondré·e·s — mais d’identifier les limites, ain­si que les éven­tuelles dérives, à dépas­ser. D’aucuns estiment que la cri­tique ou le débat serait une perte de temps ou, pire, que cela « divi­se­rait ». Cette vision, assez répan­due chez les effon­dristes, refuse de voir que cette pra­tique élé­men­taire per­met de s’é­le­ver mutuel­le­ment, de culti­ver une néces­saire diver­si­té et d’éviter de répé­ter les mêmes erreurs. Les col­lap­sos les plus connus ont lais­sé entendre à plu­sieurs reprises que leur pro­chain chan­tier était la « col­lap­so-praxis » (poli­tiques de l’effondrement incluses). S’ils prennent en compte les nom­breuses cri­tiques reçues, on ne pour­ra que s’en réjouir — n’y comp­tons pas trop. L’enjeu réside davan­tage dans la construc­tion de nos propres récits26 : plus concrets et pré­cis qu’un effon­dre­ment glo­ba­li­sé et indif­fé­ren­cié. De plus en plus d’effondré·e·s s’y adonnent : une suite logique heureuse.

Ne plus voir la grève géné­rale ou les nom­breux sou­lè­ve­ments popu­laires en cours comme un symp­tôme de « l’effondrement » catas­tro­phique, indé­pen­dam­ment de leurs conte­nus, causes et effets, mais comme un moyen-clé à notre dis­po­si­tion pour arrê­ter la machine, déci­der de ce que l’on relance ou non, et com­ment. Ne plus mobi­li­ser des ima­gi­naires et des scé­na­rios foca­li­sés sur une par­tie mino­ri­taire de la popu­la­tion mon­diale (avions, voi­tures indi­vi­duelles, super­mar­chés…), inquiète de la fin de l’extrac­ti­visme, mais se deman­der com­ment y mettre un terme et le rem­pla­cer par de la réci­pro­ci­té. Ne plus pré­sen­ter la pro­chaine crise finan­cière comme l’é­tin­celle de « l’effondrement géné­ra­li­sé » mais comme un enjeu réel, à l’heure où les plus grands action­naires sont en train de pro­té­ger leurs actifs des faillites à venir. Décortiquer sérieu­se­ment nos dépen­dances actuelles, les liens soi-disant « inex­tri­cables » qui nous piègent, nos auto­no­mies bri­sées, et en tirer les consé­quences. Continuer d’identifier ce à quoi nous tenons, ce que nous vou­drions sau­ver et ce que nous lâchons. Ce que cela signi­fie comme luttes à mener.


Photographies de ban­nière et de vignette : Shirin Abedinirad 


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Daniel Tanuro : « Collapsologie : toutes les dérives idéo­lo­giques sont pos­sibles », juin 2019
☰ Lire notre article « Dire le monde à défendre », Roméo Bondon, juin 2019
☰ Lire notre entre­tien avec Corinne Morel Darleux : « Il y a tou­jours un dixième de degré à aller sau­ver », juin 2019
☰ Lire notre abé­cé­daire « L’abécédaire de Murray Bookchin », sep­tembre 2018
☰ Lire notre entre­tien avec Jean-Baptiste Comby : « La lutte éco­lo­gique est avant tout une lutte sociale », avril 2017
☰ Lire notre article « Contre la crois­sance infi­nie », Uri Gordon, février 2016

  1. Lire François Gemenne et Aleksandar Rankovic, Atlas de l’anthropocène, Presses de SciencesPo, 2019. Voir éga­le­ment la décla­ra­tion annuelle de l’OMM sur l’é­tat du cli­mat mon­dial.
  2. Nous uti­li­sons le dimi­nu­tif « col­lap­sos » pour dési­gner les per­sonnes qui portent les dis­cours de l’effondrement, le terme « effondré·e·s » pour celles qui les reçoivent et le terme « effon­dristes » (plu­tôt que « col­lap­so­nautes ») pour par­ler des deux réunis. Bien des tenants et des tenantes de l’effondrement n’adoptent pas l’appellation « col­lap­so­logue » (Renaud Duterme, Corinne Morel Darleux…), voire la refusent (Arthur Keller, Vincent Mignerot…). Il existe, sans conteste, une grande diver­si­té d’approches, de valeurs, d’expériences et de posi­tions entre les « col­lap­sos ».
  3. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer — Petit manuel de col­lap­so­lo­gie à l’usage des géné­ra­tions pré­sentes, Le Seuil, 2015, p. 253.
  4. Lire « Simplismes de l’écologie catas­tro­phiste », Jean-Pierre Dupuy, AOC, octobre 2019. Le pen­seur du « catas­tro­phisme éclai­ré » prend ses dis­tances (pas tou­jours pour de bonnes rai­sons) avec les « col­lap­so­logues » qui s’y réfèrent.
  5. Joseph Anthony Tainter, The Collapse of com­plex socie­ties, University Press, 1988.
  6. Pablo Servigne et Raphaël Stevens, op. cit., p. 91.
  7. Yves Cochet, Devant l’effondrement — Essai de col­lap­so­lo­gie, Les Liens qui Libèrent, 2019, pp. 19–29.
  8. Yves Cochet, op. cit., p. 16.
  9. La très bonne série L’Effondrement dif­fu­sée sur Canal+ en est une par­faite illus­tra­tion. Les nuances de l’un des réa­li­sa­teurs, au cours d’interviews, pèse­ront bien peu face à l’imaginaire acti­ve­ment entre­te­nu d’un avant/après évé­ne­ment immi­nent, jamais décrit.
  10. Pour ne citer qu’un seul exemple, avec ou sans pri­va­ti­sa­tion de l’eau en Australie — qui va vivre une séche­resse de plus en plus struc­tu­relle —, la situa­tion du pays n’est pas la même. La plu­part des col­lap­sos ne nient évi­dem­ment pas cette réa­li­té, mais elle est pré­sen­tée comme secon­daire dans leur récit abs­trait, alors qu’il s’a­git de l’es­sen­tiel. Ils ont même ten­dance à expo­ser chaque mau­vaise nou­velle comme un nou­veau signe de leur « effon­dre­ment », indé­pen­dam­ment de ce qui l’a pro­vo­quée, de ce qui en a déter­mi­né l’in­ten­si­té, de qui en a pro­fi­té ou de quels autres scé­na­rios étaient pos­sibles.
  11. Le terme « effon­dre­ment » est d’ailleurs inadé­quat, mal­gré sa puis­sance. La bio­di­ver­si­té, les com­mu­nau­tés, les ser­vices publics, les appa­reils d’État ou le capi­ta­lisme ne « s’effondrent » pas sur eux-mêmes : ils se trans­forment, mutent, se font détruire. Comme sou­li­gné par Daniel Tanuro, alors que les défor­ma­tions his­to­riques pré­sentes dans le tra­vail de Jared Diamond (lui qui, disons-le sim­ple­ment, décrit de nom­breux groupes humains qui se seraient auto­dé­truits par négli­gence) ont été lar­ge­ment contre­dites par d’autres his­to­riennes, archéo­logues et anthro­po­logues, celui-ci reste une réfé­rence prin­ci­pale mobi­li­sée par les col­lap­sos, qui n’en font pas cas.
  12. Pour être com­plet, pré­ci­sons que Vincent Mignerot pro­pose éga­le­ment de sor­tir du tra­vail méca­ni­sé, d’être soli­daire avec nos pairs les plus appau­vris (même s’il y enjoint d’une manière pater­na­liste) et de réduire nos reve­nus (il pour­rait avoir rai­son sur ce point, s’il y inté­grait la dif­fé­rence entre reve­nus issus du tra­vail ou du capi­tal et s’il ne le ren­voyait pas uni­que­ment à un choix individuel).
  13. Un « OBservatoire des VEcus du COllapse » (OBVECO), lan­cé par des pro­mo­teurs de la « col­lap­so­lo­gie », a été mis en place pour « objec­ti­ver » (sic) cette ques­tion.
  14. Luc Semal, Face à l’ef­fon­dre­ment – Militer à l’ombre des catas­trophes, PUF, 2019.
  15. Une limite impor­tante de la « col­lap­so­lo­gie » se situe d’ailleurs dans sa manière de pré­sen­ter la raré­fac­tion en cours des éner­gies fos­siles en géné­ral, et du pétrole en par­ti­cu­lier (qui est pré­sent dans à peu près tout ce qui nous entoure). Déclin (non linéaire) du retour éner­gé­tique inclus, il en reste bien assez (trop) à brû­ler et trans­for­mer pour que le vivant soit déci­mé par les effets, tou­jours plus des­truc­teurs, de leur exploi­ta­tion avant leur épui­se­ment — sur­mo­bi­li­sé dans les récits effon­dristes. Ils se trompent d’échelle de temps.
  16. Gauthier Chapelle, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Une autre fin du monde est pos­sible — Vivre l’ef­fon­dre­ment (et pas seule­ment y sur­vivre), Le Seuil, 2018.
  17. Lire « Le récit de l’effondrement au crible de la socio­lo­gie », Laura Silva-Castañeda, Etopia, à paraître en décembre 2019 : il réha­bi­lite le poten­tiel éman­ci­pa­teur de l’écopsychologie radi­cale.
  18. Yves Cochet, op. cit., p. 229.
  19. Bertrand Vidal, Survivalisme — Êtes-vous prêts pour la fin du monde ?, Arkhê, 2018.
  20. Corinne Morel Darleux, Plutôt cou­ler en beau­té que flot­ter sans grâce — Réflexions sur l’ef­fon­dre­ment, Libertalia, 2019.
  21. Une exa­gé­ra­tion de la pro­po­si­tion de Bruno Latour, Où atter­rir ? Comment s’orienter en poli­tique, La Découverte, 2017.
  22. Voir Une autre fin du monde est pos­sible, p. 257.
  23. Dans Comment tout peut s’ef­fon­drer, pp. 187–191, les auteurs citent la thèse d’Orlov sur les « cinq stades de l’ef­fon­dre­ment » sans aucune prise de dis­tance. Le per­son­nage est pour­tant loin d’être apo­li­tique : « Il s’agit [pour les oli­garques] de détruire les socié­tés occi­den­tales et leurs sys­tèmes de sou­tien social en les inon­dant de para­sites hos­tiles, sou­vent bel­li­queux, issus de cultures incom­pa­tibles. […] Une autre [méthode des oli­garques] est de sup­pri­mer [notre] ten­dance à [nous] repro­duire […] en éle­vant la per­ver­sion sexuelle à un sta­tut social éle­vé […] pour une minus­cule mino­ri­té de gens (géné­ra­le­ment moins de 1 % qui sont, par cause d’anomalie géné­tique, nées gay). », « Effondrement en vue pour l’oligarchie », Dmitry Orlov, Le Retour aux Sources, octobre 2018.
  24. Tous deux parus chez Le Retour aux Sources, une mai­son d’édition qui a publié Jean-Marie Le Pen ain­si qu’une longue série de confu­sion­nistes. Celle-ci a d’ailleurs flai­ré le filon en édi­tant la ver­sion fran­çaise du livre de Joseph Anthony Tainter, cité plus haut : L’Effondrement des socié­tés com­plexes.
  25. À ce sujet, lire les réflexions (sou­vent mépri­santes, mal­heu­reu­se­ment) de René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable, l’Encyclopédie des Nuissances, 2008.
  26. Citons par exemple : Joan Martinez Alier, L’Écologisme des pauvres, Les Petits Matins, 2014 ; Jérôme Baschet, Une juste colère — Interrompre la des­truc­tion du monde, Divergences, 2019 ; Malcom Ferdinand, Une éco­lo­gie déco­lo­niale, Seuil, 2019 ; Jean-Baptiste Fressoz, L’Apocalypse joyeuse, Seuil, 2012 ; Emilie Hache, Ce à quoi nous tenons, La Découverte, 2019 ; Donna Jeanne Haraway, Habiter le trouble, Dehors, 2019 ; Naomi Klein, Tout peut chan­ger, Actes Sud, 2015 ; Juliette Rousseau, Lutter ensemble, Cambourakis, 2018…
Jérémie Cravatte
Jérémie Cravatte

Milite au Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et travaille actuellement comme animateur chez Barricade à Liège (Belgique).

Découvrir d'autres articles de



Abonnez-vous ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

couverture du 10

Notre dixième numéro est disponible en ligne et en librairie ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

Au sommaire :
Joëlle, dos cassé, coeur révolté (Rémi Larue) ▽ Une papeterie en sursis (Roméo Bondon) ▽ Rencontre avec Pınar Selek ▽ Que faire de la police ? (avec Ugo Bernalicis et Elsa Dorlin) ▽ L’argent ne tombe pas des oliviers (Rosa Moussaoui) ▽ “Si personne ne m’écoute, je n’ai plus rien à dire” ▽ À donner, volcan en éruption, pneus neufs (Marion Jdanoff) ▽ Partout la mer est libre (Maya Mihindou) ▽ Casamance : résister au sel et attendre la pluie (Camille Marie et Prosper Champion) ▽ Quand la littérature justifie la domination (Kaoutar Harchi) ▽ Ernest Cœurderoy : souvenirs d’un proscrit (Tristan Bonnier) En la línea del frente : sur la ligne de front (Laurent Perpigna Iban) ▽ Tout ce qui vit (Élie Marek et Élias Boisjean) ▽ Les foyers ont brûlé (Paul Fer) ▽ Feu bleu (Zéphir)

Nous sommes un collectif entièrement militant et bénévole, qui refuse la publicité en ligne et papier. Vous pouvez nous soutenir (frais, matériel, reportages, etc.) par un don ponctuel ou régulier.