Contre la croissance infinie


Texte inédit, en français, pour le site de Ballast

« C’est le grand pro­blème de notre époque : on sait mais on ne croit pas. Les mythes sont tou­jours plus forts que les faits. Notre mythe, c’est la crois­sance infi­nie, la tech­no-science qui domine la nature », expli­quait en 2015 l’es­sayiste fran­çais Pablo Servigne, ingé­nieur agro­nome et doc­teur en bio­lo­gie. Plus qu’une « crise » ou une « catas­trophe » éco­lo­gique, nous assis­te­rions à un « effon­dre­ment », un « col­lap­sus » : c’est la thèse éga­le­ment défen­due par Uri Gordon, théo­ri­cien et mili­tant liber­taire d’o­ri­gine israé­lienne, dans le pré­sent texte. Si son pro­pos engage avant tout le mou­ve­ment anar­chiste (quelles pistes pour pen­ser et agir ?), l’au­teur invite, bien sûr, à inves­tir « un champ social beau­coup plus large ». ☰ Par Uri Gordon


holt4Les signes nous crèvent les yeux depuis des décen­nies. Il aura vrai­ment fal­lu une géné­reuse dose d’ignorance, d’arrogance et de déni pour qu’un pro­nos­tic par­fai­te­ment ration­nel soit décrit comme des voci­fé­ra­tions irra­tion­nelles, éma­nant de mar­gi­naux pro­phètes de mal­heur. Mais, à pré­sent, tan­dis que la réa­li­té nous claque le visage à coups répé­tés, la conscience qu’il y a bien un pro­ces­sus à l’œuvre est en train d’é­mer­ger. Plus ques­tion de détour­ner le regard : la civi­li­sa­tion indus­trielle est en train de s’écrouler. Et, déjà, nous sommes pris dans le tour­billon. Le prix de l’énergie monte en flèche, en réper­cus­sion du récent pic de la pro­duc­tion pétro­lière et de son inévi­table déclin. Ouragans, séche­resses et phé­no­mènes cli­ma­to­lo­giques erra­tiques deviennent de plus en plus fré­quents et intenses, nous fai­sant enfin com­prendre les consé­quences d’un réchauf­fe­ment cli­ma­tique cau­sé par la main de l’Homme. Dans le même temps, la qua­li­té des sols et de l’eau conti­nue de se dété­rio­rer et la bio­di­ver­si­té de s’effondrer — avec une extinc­tion des espèces qui atteint 10 000 fois son taux nor­mal. La viru­lence de la crise des prix ali­men­taires qui sub­merge aujourd’hui le monde est le plus sûr indi­ca­teur que les choses ne retrou­ve­ront jamais leur cours nor­mal. Au contraire : ce dont nous fai­sons l’expérience est l’ultime confron­ta­tion entre le besoin de crois­sance infi­nie du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et les res­sources finies d’une pla­nète unique. Aucune spé­cu­la­tion finan­cière, aucun recours tech­no­lo­gique n’épargneront au sys­tème un anéan­tis­se­ment inévi­table. Le temps du tour­nant est arri­vé — et nous sommes la géné­ra­tion qui connaît le dou­teux pri­vi­lège de vivre et de mou­rir dans ses affres.

« Ce dont nous fai­sons l’expérience est l’ultime confron­ta­tion entre le besoin de crois­sance infi­nie du capi­ta­lisme néo­li­bé­ral et les res­sources finies d’une pla­nète unique. »

De nom­breuses contributions1L’auteur fait notam­ment réfé­rence à l’ouvrage Contemporary anar­chist stu­dies : an intro­duc­to­ry antho­lo­gy of anar­chists in the aca­de­my, Routledge, New York, 2009 (col­lec­tif dont le pré­sent texte est extrait). célèbrent la flo­rai­son d’activités et de pré­oc­cu­pa­tions intel­lec­tuelles anar­chistes à un moment où, sur toute la pla­nète, renaît une oppo­si­tion anti­ca­pi­ta­liste. Néanmoins, dès qu’il s’agit de pro­po­ser une pers­pec­tive inter­na­tio­nale à l’avenir de la praxis [du grec ancien, « action », ndlr] anar­chiste, on se trouve confron­té à de sombres pré­sages. On exige désor­mais des anar­chistes et de leurs alliés qu’ils se pro­jettent dans un ave­nir fait d’instabilité et de dégra­da­tion crois­sante, et qu’ils ré-ima­ginent des tac­tiques et des stra­té­gies à la lumière de cette conver­gence de crises qui défi­ni­ra le XXIe siècle. Le pré­sent texte fait le bilan de l’ef­fon­dre­ment en cours du capi­ta­lisme mon­dial, émet des hypo­thèses sur ses pos­sibles consé­quences sociales, les posant comme enjeux d’une praxis anar­chiste future. Il est mani­fes­te­ment vain de ten­ter d’a­bor­der cette tâche d’un point de vue soi-disant « neutre », qui se conten­te­rait d’an­ti­ci­per les grandes ten­dances futures, sans pro­po­ser de recom­man­da­tions, ni d’en­cou­ra­ge­ments à l’ac­tion. Cette ten­ta­tive de visua­li­sa­tion, plus qu’un simple éven­tail de pré­dic­tions, sug­gère des prio­ri­tés à endos­ser par les anar­chistes pour les années à venir.

Effondrement et récupération

Dans son best-sel­ler L’Effondrement, paru en 2005, Jared Diamond fait l’analyse de la crois­sance et de la chute de plu­sieurs socié­tés humaines, aus­si diverses et éloi­gnées dans le temps et l’espace que les éta­blis­se­ments Viking du Groenland, l’Île de Pâques ou Mesa Verde, dans le sud-ouest éta­su­nien. Dans cha­cun des cas, l’environnement fut exploi­té à outrance et les res­sources pous­sées bien au-delà du sou­te­nable… Poussées jusqu’à leur point de bas­cu­le­ment. Toutes ces socié­tés se sont effon­drées — et Diamond pense mani­fes­te­ment que la même chose va arri­ver à notre socié­té mon­dia­li­sée. Le pic pétro­lier marque clai­re­ment un point de bas­cu­le­ment. Sans pétrole bon mar­ché, il ne peut y avoir ni avia­tion com­mer­ciale, ni monstres agro-ali­men­taires du blé, ni satel­lites de télé­coms, ni pro­ba­ble­ment de gratte-ciel. On ne pour­ra plus faire faire 5 000 kilo­mètres à des pommes pour les revendre sur les étals éclai­rés au néon des super­mar­chés, pas plus qu’on ne pour­ra impor­ter d’appareils bon mar­ché de Chine. Le sys­tème ali­men­taire moderne en par­ti­cu­lier est presque entiè­re­ment dépen­dant du pétrole : de la fabri­ca­tion des engrais et pes­ti­cides jusqu’à l’énergie pour faire tour­ner les sys­tèmes d’irrigation, les machines, l’emballage et le trans­port. Sans pétrole à un coût abor­dable, c’est tout, de l’agriculture indus­trielle jusqu’au com­merce mon­dial — et bien d’autres sys­tèmes que nous consi­dé­rons comme allant de soi — qui sera ren­du impos­sible. La ques­tion n’est pas tant de savoir si l’effondrement va se pro­duire, mais à quel rythme et avec quelles consé­quences il va se pro­duire.

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Pour mieux com­prendre les méca­nismes des sys­tèmes com­plexes lorsqu’ils sont en crise, on peut se tour­ner vers Kay Summer et Harry Halpin, qui ont récem­ment dis­cu­té d’équilibre dyna­mique et de phase de tran­si­tion. D’une façon simi­laire aux orga­nismes bio­lo­giques ou à Internet, le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé est un sys­tème com­plexe régé­né­ra­tif qui se main­tient au moyen d’un équi­libre dyna­mique plu­tôt que sta­tique. Le sys­tème reste en mou­ve­ment grâce à un apport maté­riel ou éner­gé­tique constant, oscil­lant d’avant en arrière selon cer­tains para­mètres, un peu comme une balle qui roule dans une val­lée — phé­no­mène éga­le­ment connu sous le terme de « bas­sin d’attraction ». Toutefois, « une per­tur­ba­tion mas­sive, ou même minus­cule mais judi­cieuse, peut déclen­cher une boucle d’accélération qui éjec­te­ra la balle qui roule de sa val­lée pour l’envoyer dans un autre bas­sin d’attraction… Ces chan­ge­ments de type majeur — d’une val­lée à une autre — sont appe­lés tran­si­tions de phase et sont sou­vent pré­cé­dés de périodes d’insta­bi­li­té cri­tique, pen­dant les­quelles le sys­tème est sou­mis à une contrainte énorme. Il peut effec­tuer de très grandes embar­dées, faire preuve de com­por­te­ments appa­rem­ment chao­tiques, avant de se redé­po­ser dans un nou­vel état, plus stable. Ces périodes sont défi­nies comme des points de bifur­ca­tion, parce qu’il appa­raît que le sys­tème peut aller autant dans une direc­tion que dans une autre. » (Summer & Halpin, 2007)

« La ques­tion n’est pas tant de savoir si l’effondrement va se pro­duire, mais à quel rythme et avec quelles consé­quences il va se pro­duire. »

L’époque inté­res­sante dans laquelle nous vivons est pré­ci­sé­ment l’une de ces périodes d’instabilité cri­tique. Des fac­teurs tels que la pénu­rie éner­gé­tique ou le chan­ge­ment cli­ma­tique peuvent pous­ser le sys­tème de plus en plus près des bords de son bas­sin d’attraction, d’où il résulte un effon­dre­ment dont la tran­si­tion de phase sera de même ampleur que celles qui nous firent pas­ser, jadis, de la chasse à l’agriculture ou, plus récem­ment, de l’agriculture au capi­ta­lisme indus­triel. Assurément, il y a des limites à ce rai­son­ne­ment si l’on veut abor­der plus fine­ment les déve­lop­pe­ments sociaux et poli­tiques, et leur signi­fi­ca­tion pour la praxis anar­chiste. Le fait d’envisager le sys­tème comme un tout tend notam­ment à obs­cur­cir ses contra­dic­tions et anta­go­nismes internes, d’une influence déter­mi­nante dans le dérou­le­ment poli­tique et social de la tran­si­tion de phase dans dif­fé­rents pays. De plus, la pénu­rie éner­gé­tique crois­sante arrê­te­ra vrai­sem­bla­ble­ment — peut-être même inver­se­ra — de nom­breux échanges liés à la mon­dia­li­sa­tion éco­no­mique et cultu­relle, entraî­nant la frag­men­ta­tion et l’hétérogénéité des tra­jec­toires post-effon­dre­ment. Risquons-nous à filer la méta­phore et ima­gi­nons que cette balle qui roule est faite de mer­cure, et qu’au point de bifur­ca­tion elle se brise en plu­sieurs gout­te­lettes se déver­sant dans plu­sieurs bas­sins d’attraction inter­con­nec­tés. Comment décrire ces nou­velles réa­li­tés poli­tiques ? Même si la vue se brouille quelque peu, on pour­rait envi­sa­ger trois grandes options : de nou­velles formes sociales fon­dées sur la liber­té et l’égalité ; d’autres fon­dées sur une conti­nui­té de l’oppression et de l’inégalité ; enfin, une des­truc­tion pure et simple de toute forme sociale orga­ni­sée — en d’autres termes : un com­mu­nisme radi­cal ; un éco-auto­ri­ta­risme ; la guerre civile.

Les anar­chistes et leurs alliés sont déjà pro­fon­dé­ment enga­gés dans des acti­vi­tés du type de celles qui nous tirent vers le pre­mier bas­sin d’attraction. J’y revien­drai plus loin. Pour le moment, j’aimerais me concen­trer encore un peu sur le deuxième bas­sin d’attraction. Anticiper les réponses du sys­tème à l’effondrement est en effet cru­cial si les anar­chistes et leurs alliés veulent res­ter en tête de la course plu­tôt que sim­ple­ment réac­tifs, et compte tenu du fait que les ins­ti­tu­tions hié­rar­chiques sont d’ores et déjà en train de se recom­po­ser pour ins­tau­rer une gou­ver­nance de l’effondrement. Dans ce contexte, c’est au moyen d’une stra­té­gie cen­trée sur la récu­pé­ra­tion que l’hégémonie des ins­ti­tu­tions sociales de type hié­rar­chique sera pré­ser­vée. La récu­pé­ra­tion est le pro­ces­sus par lequel la socié­té capi­ta­liste désa­morce les menaces maté­rielles ou cultu­relles aux­quelles elle est confron­tée en les reco­dant, en les absor­bant selon ses propres termes logiques (voir Internationale situa­tion­niste, n° 10, 1966). C’est au moyen d’une cam­pagne mas­sive de ce type que les enjeux envi­ron­ne­men­taux sont actuel­le­ment atta­qués — alors que super­fi­ciel­le­ment, on a l’impression que les sujets éco­lo­giques se voient enfin accor­der la pre­mière place dans le dis­cours domi­nant.

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Mais, en réa­li­té, la prise de conscience du pic pétro­lier, du chan­ge­ment cli­ma­tique, des abus qui ont ren­du pos­sible cette crise per­pé­tuelle, s’est sol­dée par l’effacement com­plet des conclu­sions radi­cales que les mou­ve­ments éco­lo­giques avaient jointes à leurs aver­tis­se­ments. Depuis les années 1960, les auteurs et les acti­vistes ont mis en avant : 1) la contra­dic­tion fon­da­men­tale entre sta­bi­li­té éco­lo­gique et crois­sance infi­nie ; 2) le lien, d’ordre idéo­lo­gique, entre la domi­na­tion anthro­po­cen­trique sur la nature et les rela­tions d’exploitation de genre et de classe ; 3) le besoin d’égalité et de décen­tra­li­sa­tion comme base d’une socié­té réel­le­ment sou­te­nable. Au contraire, les élites poli­tiques et éco­no­miques ont, jusqu’ici, très bien réus­si à pro­mou­voir une stra­té­gie qui res­treint ces sujets à un cadre tech­nique et mana­gé­rial plu­tôt que social, et à pro­mou­voir l’innovation tech­no­lo­gique et la ges­tion des mar­chés comme moyen de fabri­quer la sta­bi­li­té néces­saire à la conti­nui­té du sys­tème. C’est ain­si que nous assis­tons à :

- La bana­li­sa­tion des crises des res­sources et de l’écologie, d’où la pré­sen­ta­tion des inon­da­tions, extinc­tions et pénu­ries comme des facettes accep­tables de l’époque.
– La trans­for­ma­tion de l’atmosphère en mar­chan­dise, en même temps que des méca­nismes de dettes sont intro­duits pour régu­ler les émis­sions de pol­luants et gaz à effet de serre (Bachram, 2004).
– Le chan­ge­ment d’image de l’énergie nucléaire en tant qu’alternative « propre » aux éner­gies fos­siles — spec­ta­cu­laire ren­ver­se­ment d’une image de paran­gon de des­truc­tion. La même approche s’applique à l’ingénierie géné­tique, pré­sen­tée comme ges­tion agri­cole et ter­ri­to­riale « durable » (Dewar, 2007).
– La dif­fu­sion d’une conscience éco­lo­gique dans la culture consu­mé­riste par le bio, les mar­chés ves­ti­men­taires, les centres com­mer­ciaux « durables », et la tra­ça­bi­li­té de l’empreinte car­bone indi­vi­duelle (Welsh & Blüdhorn, 2007).

« Le capi­ta­lisme ne pour­ra pas éter­nel­le­ment repous­ser le moment de se confron­ter aux limites objec­tives de la crois­sance. »

L’un des signes les plus fla­grants de cette stra­té­gie de récu­pé­ra­tion est sans doute le chan­ge­ment de fonc­tion des som­mets du G8, en réponse aux pro­tes­ta­tions annuelles : « Le G8 s’est réin­ven­té pour deve­nir un cirque média­tique se pré­sen­tant comme la seule ins­tance en mesure de s’atteler aux pro­blèmes pla­né­taires. En d’autres termes, à mesure que le G8 était atta­qué, son objec­tif deve­nait la re-légi­ti­ma­tion de son auto­ri­té mon­diale. Et il s’en sor­tit très bien. À Gleneagles, une grande ONG spon­so­ri­sée par le Royaume-Uni orga­ni­sa une opé­ra­tion non pas de pro­tes­ta­tion, mais de sou­tien au G8, au pré­texte de l’allègement de la dette afri­caine. Elle ras­sem­bla 300 000 per­sonnes. À Heiligendamm, le G8 évo­lua encore d’un cran, en tirant sa légi­ti­mi­té d’une pseu­do-pré­oc­cu­pa­tion pour le chan­ge­ment cli­ma­tique. » (col­lec­tif anglais Turbulence) Tous ces pro­ces­sus montrent clai­re­ment la ten­ta­tive de reco­der les défis éco­lo­giques en autant d’opportunités pour le capi­ta­lisme, au moyen de nou­veaux mar­chés et d’instruments de gou­ver­nance mon­diale. Pourtant, le green­wa­shing [ou « éco­blan­chi­ment » : stra­té­gie visant à uti­li­ser l’é­co­lo­gie à des fins mar­ke­ting, ndlr] pure­ment super­fi­ciel de l’accumulation capi­ta­liste ne peut qu’exacerber les inéga­li­tés, créer de nou­velles divi­sions, et impo­ser des régimes d’austérité aux plus pauvres, cepen­dant que les élites finan­cières pas­se­ront à la caisse.

Néanmoins, le capi­ta­lisme ne pour­ra pas éter­nel­le­ment repous­ser le moment de se confron­ter aux limites objec­tives de la crois­sance. Ainsi, les but ultimes de ces stra­té­gies de récu­pé­ra­tion sont de gagner du temps, de pro­lon­ger la période gérable de la crise et de per­mettre aux ins­ti­tu­tions hié­rar­chiques de pour­suivre leur adap­ta­tion, loin du capi­ta­lisme. Tandis que la raré­fac­tion des res­sources entraî­ne­ra inévi­ta­ble­ment de nou­velles formes de pro­duc­tion, plus locales et plus inten­sives, cette tran­si­tion peut néan­moins être conduite par des élites. Un tel pro­ces­sus vise­rait à créer des modèles post-capi­ta­listes de pro­duc­tion alié­née, qui, pour être appro­priés à un contexte de pénu­rie, n’en conti­nue­ront pas moins d’as­so­cier la capa­ci­té de pro­duc­tion humaine à des méca­nismes d’emprisonnement éco­no­mique. Si elle devait se révé­ler effi­cace à long terme, une telle stra­té­gie ini­tie­rait de nou­velles formes féo­dales, où le tra­vail serait en par­tie démar­chan­di­sé pour être rem­pla­cé par du ser­vage, et où des élites armées main­tien­draient un accès pri­vi­lé­gié aux fruits raré­fiés de res­sources étiques (Caffentzis, 2008). Mais, comme la stra­té­gie de récu­pé­ra­tion capi­ta­liste ren­contre quand même des limites (notam­ment parce que l’expérience accu­mu­lée par les mou­ve­ments sociaux anti­ca­pi­ta­listes leur per­mettent de voir clair dans ce jeu), elle s’accompagne d’une seconde stra­té­gie — la répres­sion — qui res­te­ra une réponse cen­trale du sys­tème. Ce contexte voit se raf­fi­ner de modernes formes de gou­ver­nance auto­ri­taire, depuis la sur­veillance élec­tro­nique ou le pro­fi­lage géné­tique jusqu’au pou­voir tou­jours plus grand des firmes de sécu­ri­té pri­vées, ou le ren­for­ce­ment pro­gram­mé de l’OTAN, ou de l’architecture sécu­ri­taire euro­péenne (Gipfesoli, 2008). L’innovation conti­nue dans le domaine du contrôle social se déve­loppe non seule­ment par anti­ci­pa­tion de pos­sibles menaces géo­po­li­tiques — guerres pour les res­sources ou migra­tions mas­sives de réfu­giés cli­ma­tiques —, mais aus­si comme rem­part contre la contes­ta­tion sociale interne aux pays capi­ta­listes, à l’heure où les alter­na­tives radi­cales auto­gé­rées fon­dées sur l’aide mutuelle et la com­mu­nau­té pro­li­fèrent pour s’opposer aux stra­té­gies de confi­ne­ment et de décen­tra­li­sa­tion our­dies par les élites.

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Conséquences pour la pratique

Quel est le sens de ces évo­lu­tions pour l’avenir de la pra­tique anar­chiste ? Pour répondre à cette ques­tion, on pour­rait clas­ser les myriades d’actions et de pro­jets sou­te­nus par les anar­chistes sous trois grandes caté­go­ries : dé-légi­ti­ma­tion, action directe (tant des­truc­tive que créa­tive) et actions en réseaux. Ces caté­go­ries ne sont pas exclu­sives les unes des autres ; elles forment quand même des rubriques de dis­cus­sion com­modes. La dé-légi­ti­ma­tion fait réfé­rence aux inter­ven­tions anar­chistes dans le dis­cours public, orales ou sym­bo­liques, dont le pro­pos est de dénier sur le fond toute légi­ti­mi­té aux ins­ti­tu­tions sociales domi­nantes et de saper ses pré­misses : repré­sen­ta­ti­vi­té poli­tique, socié­té de classes, patriar­cat, etc. A contra­rio de la contes­ta­tion, plu­tôt diri­gée contre un ensemble déter­mi­né de mesures et orga­ni­sée dans le sens d’exigences for­mu­lées à l’encontre du gou­ver­ne­ment ou d’entreprises, les pro­pos de la dé-légi­ti­ma­tion ciblent l’existence même des ins­ti­tu­tions hié­rar­chiques et demandent, impli­ci­te­ment ou expli­ci­te­ment, leur abo­li­tion. Ainsi, la par­ti­ci­pa­tion anar­chiste aux actions contre l’OMC ou le FMI dépas­sait la seule demande de chan­ge­ment de ces ins­ti­tu­tions, mais uti­li­sait plu­tôt ces mani­fes­ta­tions en tant qu’opportunité pour délé­gi­ti­mer le capi­ta­lisme même.

« Écofascisme : ce terme recouvre les efforts déjà répan­dus chez de nom­breux par­tis d’extrême droite pour appli­quer un ver­nis éco­lo­gique à leurs pro­grammes auto­ri­taires et racistes. »

[…] Dans le contexte de l’anarchisme à l’âge de l’effondrement, la dé-légi­ti­ma­tion joue­ra de plus en plus un rôle cru­cial de contre-mesure aux efforts d’absorption par le capi­ta­lisme des crises conver­gentes en ce XXIe siècle. Ceci est lié non seule­ment au recy­clage des défis envi­ron­ne­men­taux en oppor­tu­ni­tés com­mer­ciales, mais encore à leur déploie­ment en tant qu’instrument de peur sociale. Dans le sillage du déclin de l’État-providence de ces der­nières décen­nies, les gou­ver­ne­ments ne peuvent plus fon­der leur légi­ti­mi­té sur des pro­messes de bien-être, d’éducation, ou de san­té. Au contraire, leur auto-jus­ti­fi­ca­tion s’articule avec la pro­messe de pro­té­ger les citoyens de menaces lar­ge­ment média­ti­sées, dont la gamme va du ter­ro­risme à la délin­quance juvé­nile. Le cli­mat, les res­sources éner­gé­tiques, les crises ali­men­taires sont autant d’armes nou­velles de cet arse­nal. Tant que cela ne sup­pose pas de sou­te­nir les pro­pos alar­mistes par des actions qui met­traient en péril la struc­ture de la richesse et du pou­voir actuels, les menaces envi­ron­ne­men­tales sont un moyen pra­tique de main­te­nir les gens dans la peur, et la dépen­dance vis-à-vis des ins­ti­tu­tions.

Pour contrer la cam­pagne d’amnésie col­lec­tive qui a pour objec­tif de déta­cher le chaos social et éco­lo­gique de ses causes capi­ta­listes, les anar­chistes et leurs alliés devraient dire clai­re­ment que les struc­tures et les forces sociales res­pon­sables de cette pagaille ne devraient pas se voir confier les moyens d’en sor­tir. Mais ce mes­sage sera de plus en plus dif­fi­cile à expri­mer à mesure que les gou­ver­ne­ments occi­den­taux s’o­rien­te­ront osten­si­ble­ment dans une direc­tion éco­lo­gi­que­ment et socia­le­ment pro­gres­siste… La force des pers­pec­tives anar­chistes réside dans leur capa­ci­té à la cri­tique de fond pour démas­quer ces stra­té­gies pour ce qu’elles sont : des moyens de gagner du temps. Il faut éga­le­ment consi­dé­rer dans ce contexte la pos­si­bi­li­té inverse — qu’en lieu d’une tour­nure appa­rem­ment pro­gres­sive, l’effondrement entraîne dans cer­tains pays la mon­tée d’un éco­fas­cisme. Ce terme recouvre les efforts déjà répan­dus chez de nom­breux par­tis d’extrême droite pour appli­quer un ver­nis éco­lo­gique à leurs pro­grammes auto­ri­taires et racistes (Zimmermann, 1997). Ceci inclut l’utilisation d’arguments de sou­te­na­bi­li­té pour jus­ti­fier qu’on contrôle l’immigration, ou encore l’incorporation tor­due d’éléments spi­ri­tuels et contre-pro­gres­sistes, issus de l‘écologie radi­cale, pour for­mer une idéo­lo­gie natio­na­liste inté­grale (se rap­pe­ler la célé­bra­tion par les nazis de la connexion qua­si-mys­tique entre les Allemands et leur terre). L’écofascisme est un enne­mi par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux parce qu’il se pré­sente comme oppo­sé au capi­ta­lisme des mul­ti­na­tio­nales, tan­dis qu’en der­nière ana­lyse, il en est un para­site (Hammerquist & Sakai, 2002).

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Ce qui nous amène à l’endroit cen­tral de la praxis anar­chiste, l’action directe […], com­prise comme la prise en main du chan­ge­ment social par soi-même, en inter­ve­nant direc­te­ment sur une situa­tion plu­tôt que d’en appe­ler à un agent exté­rieur (typi­que­ment : le gou­ver­ne­ment). Elle est le plus com­mu­né­ment consi­dé­rée sous ses aspects pré­ven­tifs ou des­truc­tifs. Si des gens refusent la mise en coupe claire d’une forêt, mener une action directe signi­fie s’enchaîner aux arbres ou mettre du sucre dans les réser­voirs d’essence des bull­do­zers plu­tôt que d’user de la péti­tion ou de la voie légale. En com­plé­ment de la défense de l’environnement, il faut s’attendre à ce que l’action directe, dans sa forme pré­ven­tive et des­truc­tive, devienne de plus en plus impor­tante à l’endroit de la résis­tance aux nou­velles tech­no­lo­gies […] ; de façon d’autant plus signi­fi­ca­tive que la réponse des ins­ti­tu­tions se foca­li­se­ra de manière com­plè­te­ment irres­pon­sable sur le nucléaire, les bio­tech­no­lo­gies, et la géo-ingé­nie­rie. Insistons au pas­sage sur le fait que, dans ce contexte, il n’est pas néces­saire de deve­nir « anti-civi­li­sa­tion » pour endos­ser de telles actions : nul besoin de se trans­for­mer en pri­mi­ti­viste pour agir en lud­dite [réfé­rence au mou­ve­ment ouvrier des « bri­seurs de machines », ndlr].

« L’industrie nucléaire se rha­bille en éner­gie propre, alter­na­tive au pétrole, char­bon et gaz, et les gou­ver­ne­ments lui emboîtent le pas. »

L’industrie nucléaire se rha­bille en éner­gie « propre », alter­na­tive au pétrole, char­bon et gaz, et les gou­ver­ne­ments lui emboîtent le pas. Seulement, c’est au prix d’une conta­mi­na­tion éter­nelle que le nucléaire four­ni­ra ce gain de temps au capi­ta­lisme. Les anar­chistes et leurs alliés devront sans doute inter­ve­nir direc­te­ment pour entra­ver les pro­jets de construc­tion, et il est fort pro­bable que les luttes anti-nucléaires devien­dront bien­tôt une figure emblé­ma­tique de la praxis anar­chiste. L’acuité de la crise ali­men­taire mon­diale amè­ne­ra vrai­sem­bla­ble­ment les ins­ti­tu­tions à faire un for­cing mas­sif dans le sens de la géné­ra­li­sa­tion de l’alimentation géné­ti­que­ment modi­fiée, offi­ciel­le­ment pour obte­nir de meilleurs ren­de­ments, mais au prix d’une conta­mi­na­tion des éco­sys­tèmes, et d’un contrôle ren­for­cé des entre­prises sur les moyens de sub­sis­tance des pay­sans. Ici encore, le mois­son­nage « volon­taire » devrait prendre une place pré­pon­dé­rante dans la praxis anar­chiste, tout en pro­po­sant des alter­na­tives sou­te­nables en paral­lèle. Enfin, les acti­vistes sont de plus en plus conscients que les nano­tech­no­lo­gies — la mani­pu­la­tion directe des atomes et molé­cules — sont le der­nier ava­tar de l’assaut de la Technique contre la socié­té et la bio­sphère. Profitant de ce que la réduc­tion de sub­stances à leur nano-dimen­sion per­met le chan­ge­ment de pro­prié­té (des bre­vets), une armée de nou­veaux pro­duits ont déjà pris place sur le mar­ché (ETC Group, 2003). Les nano­tech­no­lo­gies ne sont pas seule­ment des tech­niques qui mettent les entre­prises concer­nées en capa­ci­té de ren­for­cer leur pou­voir dans tous les sec­teurs, mais encore une pla­te­forme où faire conver­ger bio­tech­no­lo­gie, numé­rique et neu­ros­ciences, au moment où la fron­tière du vivant/­non-vivant est fran­chie à l’échelle ato­mique.

De manière plus immé­diate, ces ini­tia­tives favo­ri­sées par les nano­tech­no­lo­gies font par­tie de la menace gran­dis­sante de la géo-ingé­nie­rie, cette mani­pu­la­tion inten­tion­nelle, à grande échelle, de sys­tèmes pla­né­taires en vue de créer du chan­ge­ment envi­ron­ne­men­tal, avec l’objectif par­ti­cu­lier de contre­car­rer les effets indé­si­rables dus à l’activité humaine. Parmi ceux-ci, la « fer­ti­li­sa­tion » des océans au moyen de nano­par­ti­cules pour accroître la flo­rai­son des espèces de phy­to­planc­ton qui captent le CO2, l’utilisation, dans des mines aban­don­nées, puits de pétrole, grottes sous-marines, de mem­branes nano­con­çues pour sto­cker le CO2 com­pri­mé, ou encore faire écla­ter des aéro­sols au sul­fate pour réflé­chir les rayons solaires2Effet dit « albe­do », ou réflé­chis­se­ment des rayons solaires par les nuages, les masses nei­geuses, les gla­ciers, etc, per­met­tant le rafraî­chis­se­ment de l’atmosphère et donc d’éviter l’effet de serre (NdT).. Des efforts légaux inter­na­tio­naux pour contrer ces mesures sont déjà en cours. Les gou­ver­ne­ments signa­taires de la conven­tion des Nations unies pour la bio­di­ver­si­té sont par­ve­nus à un mora­toire sur ces acti­vi­tés de fer­ti­li­sa­tion des océans. Mais elles demeurent limi­tées en éten­due et en force exé­cu­toire ; ain­si, une entre­prise de fer­ti­li­sa­tion cali­for­nienne du nom de Climos Inc. avance à toute vapeur sur ce ter­rain, au mépris com­plet des accords inter­na­tio­naux. L’action directe pour­rait se révé­ler le seul moyen d’empêcher ce jeu dan­ge­reux avec l’équilibre des sys­tèmes pla­né­taires, qui les a déjà gran­de­ment désta­bi­li­sés.

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À côté de ses formes pré­ven­tives et des­truc­tives, l’action directe peut éga­le­ment signi­fier construc­tion et créa­ti­vi­té — comme de pro­duire, de manière auto­gé­rée et sur le ter­rain, des alter­na­tives au capi­ta­lisme. Expériences d’utopie en cours de réa­li­sa­tion, ces efforts pré­fi­gurent une poli­tique géné­rant un monde nou­veau depuis l’intérieur de la coque de l’ancien. Comme l’expliquent les auteurs du col­lec­tif Emergency Exit au sujet des nom­breuses ini­tia­tives de ce genre, déjà à l’œuvre et qui dépassent les efforts des seuls anar­chistes : « Depuis les nou­velles formes de démo­cra­tie directe dans des com­mu­nau­tés indi­gènes telles que El Alto en Bolivie, ou les usines auto­gé­rées au Paraguay, jusqu’aux mou­ve­ments des town­ships en Afrique du Sud, les coopé­ra­tives agri­coles en Inde, les mou­ve­ments de squat­ters en Corée, l’expérience de la per­ma­cul­ture en Europe ou l’économie isla­mique dans les milieux urbains défa­vo­ri­sés du Moyen-Orient. Nous avons vu se déve­lop­per des mil­liers de formes d’associations de soli­da­ri­té mutuelle qui par­tagent un désir com­mun de rompre avec le capi­ta­lisme, en pra­tique et, de façon encore plus impor­tante, d’offrir la pers­pec­tive de nou­velles formes de com­muns au niveau pla­né­taire. »

« Dans les années qui viennent, la créa­tion d’alternatives auto­gé­rées, fon­dées sur le prin­cipe des com­muns, devien­dra tou­jours plus urgente. »

Par la récu­pé­ra­tion des com­muns, les gens deviennent de plus en plus capables de se défaire de la dépen­dance au capi­ta­lisme, et de le vider de l’intérieur. Dans les années qui viennent, la créa­tion d’alternatives auto­gé­rées, fon­dées sur le prin­cipe des com­muns, devien­dra tou­jours plus urgente à mesure que les col­lec­ti­vi­tés devront faire face au déclin des res­sources éner­gé­tiques et au chan­ge­ment cli­ma­tique. Les anar­chistes devront s’engager à construire des alter­na­tives indé­pen­dantes, sou­te­nables, et de l’autonomie col­lec­tive. Chez les anti­ca­pi­ta­listes, l’intérêt pour la per­ma­cul­ture, le bâti­ment « natu­rel » et d’autres aspects d’écologie pra­tique est un signe encou­ra­geant témoi­gnant que les choses vont dans la bonne direc­tion. Cette forme construc­tive d’action directe est par­ti­cu­liè­re­ment signi­fi­ca­tive dans les pays capi­ta­listes les plus avan­cés, là où on trouve la plu­part des anar­chistes et où le lien social et les apti­tudes fon­da­men­tales ont été le plus abî­més. Autant en zone rurale qu’urbaine, don­ner à voir qu’au­to­suf­fi­sance et éga­li­ta­risme se com­binent dans les rela­tions sociales for­me­ra de fait une puis­sante pro­pa­gande, pro­po­sant des modèles attrayants qui don­ne­ront envie d’être mis en œuvre. De tels modèles per­mettent non seule­ment l’appropriation, mais aus­si des avan­cées dans le sens de la sécu­ri­té ali­men­taire et éner­gé­tique, et une indé­pen­dance à l’égard d’un sala­riat pré­ca­ri­sé et à qui il ne reste que bien peu de filets de sécu­ri­té sociale.

C’est ici que la der­nière caté­go­rie de la praxis anar­chiste arrive sur le devant de la scène — le tra­vail en réseau. Qu’elle soit contes­ta­trice ou construc­tive, l’action directe anar­chiste prend ici place dans un champ social beau­coup plus large ; et son suc­cès tien­dra à la soli­da­ri­té et à la coopé­ra­tion, avec des for­ma­tions autres que les réseaux propres à l’anarchisme […] — les liens devront être éten­dus aux migrants, aux réfu­giés, à la classe moyenne en per­di­tion. Ce qui ne veut pas dire que les anar­chistes doivent se posi­tion­ner comme une avant-garde condui­sant les masses vers la révo­lu­tion, mais que leur rôle est plu­tôt celui d’une arrière-garde encou­ra­geant et sau­ve­gar­dant l’autonomie et l’orientation radi­cale des résis­tances qui émergent. Lorsqu’il s’agit de construire une socié­té nou­velle, cette posi­tion entraîne un rôle de sub­ver­sion des ten­ta­tives qui seront faites par le capi­ta­lisme pour absor­ber l’autosuffisance dans un cadre auto­ri­taire, et un rôle de défense des col­lec­ti­vi­tés auto­gé­rées, sus­cep­tibles de subir diverses formes de mar­gi­na­li­sa­tion et d’attaques. Tout cela étant dit, il n’y a aucune garan­tie. L’action anar­chiste demeu­re­ra néces­saire sous toutes les condi­tions, même — et peut-être davan­tage encore — après l’effondrement du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé. Comme l’a argu­men­té Noam Chomsky en 1986, l’anarchisme consti­tue « une lutte sans fin, puisque les pro­grès vers une socié­té plus juste mène­ront à de nou­velles com­pré­hen­sions de formes d’oppression qui avaient peut-être été, jusque-là, dis­si­mu­lées dans la pra­tique et la conscience cou­rantes ». Même en envi­sa­geant le plus favo­rable des scé­na­rios, les anar­chistes auront tou­jours à répondre à la réémer­gence de sché­mas de domi­na­tion dans la col­lec­ti­vi­té — même s’ils ont été consciem­ment sur­mon­tés à un cer­tain moment. Une vigi­lance éter­nelle est le prix de la liber­té.


Traduit, de l’an­glais et avec l’ai­mable auto­ri­sa­tion de l’au­teur, par Vidal Cuervo — titre ori­gi­nal : « Dark tidings : anar­chist poli­tics in the age of col­lapse ».


L’installation artis­tique est de Nancy Holt (pho­to­gra­phies).


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Razmig Keucheyan : « C’est à par­tir du sens com­mun qu’on fait de la poli­tique », février 2016
☰ Lire notre entre­tien avec Naomi Klein : « Le chan­ge­ment cli­ma­tique génère des conflits », décembre 2015
☰ Lire notre entre­tien avec Paul Ariès : « La poli­tique des grandes ques­tions abs­traites, c’est celle des domi­nants », mars 2015

NOTES   [ + ]

1.L’auteur fait notam­ment réfé­rence à l’ouvrage Contemporary anar­chist stu­dies : an intro­duc­to­ry antho­lo­gy of anar­chists in the aca­de­my, Routledge, New York, 2009 (col­lec­tif dont le pré­sent texte est extrait).
2.Effet dit « albe­do », ou réflé­chis­se­ment des rayons solaires par les nuages, les masses nei­geuses, les gla­ciers, etc, per­met­tant le rafraî­chis­se­ment de l’atmosphère et donc d’éviter l’effet de serre (NdT).
Uri Gordon
Uri Gordon

Militant et théoricien anarchiste israélien, né en 1976. Il est notamment l'auteur de « Anarchy Alive ! », traduit en français aux éditions Atelier de création libertaire.

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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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