Cartouches (27)


Vaincre Macron (donc le Medef), explorer le volcan Aimé Césaire, survivre dans le Caire du futur, s’entraider dans la nature, penser le changement climatique, lutter contre le colonialisme, tout savoir sur le véganisme, découvrir le monde du vin, suivre un révolutionnaire en exil et s’élever par les montagnes : nos chroniques du mois de décembre.


Vaincre Macron, de Bernard Friot

« Comment vaincre Macron, et donc le Medef ? » annonce la quatrième de couverture. Pour y répondre, Bernard Friot revient tout d’abord sur la mise en place très conflictuelle de la Sécurité sociale, unifiée — en dépit de bases plus anciennes — dans un régime général en 1945. Une partie du salaire devient décorrélée de l’emploi (socialisée en salaire indirect, via la cotisation), et les travailleurs maitrisent une part non négligeable du PIB puisque les caisses de cotisations étaient initialement sous leur contrôle. Un tel régime contient les débuts d’une institution communiste, « si par communiste on entend la pleine souveraineté des travailleurs sur le travail et la valeur économique ». Pour l’économiste et sociologue, si nous échouons à contrer « la réforme » néolibérale qui a lieu depuis 30 ans, c’est parce que nous en avons une lecture biaisée. Celle-ci porte moins sur la répartition de la valeur (au bénéfice du capital) que sur sa production même « dans deux dimensions décisives : le régime de propriété, en restaurant la propriété lucrative et le crédit ; et le statut du producteur en instituant des droits capitalistes à revenu et à carrière ». En ce sens, ladite réforme est une contre-révolution : l’auteur détaille les nombreuses étapes franchies depuis Rocard jusqu’à Macron. Pour contrer ce processus, Friot en est convaincu : il faut « se libérer d’une posture défensive » qui nous met à « l’agenda de [nos] adversaires ». Partant, il propose de s’appuyer sur le déjà-là instauré par la Sécurité sociale afin de généraliser la pratique communiste de la valeur, en accordant trois types de droits aux personnes : un salaire à vie financé intégralement par la cotisation, la copropriété d’usage des collectifs d’entreprise et la participation aux instances de coordination de l’activité économique. Un programme ambitieux où la démocratie aurait toute sa place, puisque « démocratie et travail ne trouvent sens qu’en confiant la définition et la pratique de la valeur au pouvoir du peuple ». [M.B.]

Éditions La Dispute, 2017

 Aimé Césaire, frère volcan, de Daniel Maximin

Tous ceux qui aiment Césaire aimeront ce livre. Ce n’est pas le témoignage d’un fils spirituel mais celui d’un frère en création. On y croise, au fil d’une écriture solaire et libre, toute la génération de la décolonisation, au-delà même de ceux que Maximin nomme « la Sainte-Trinité » : Césaire le Martiniquais, Senghor le Sénégalais, Damas le Guyanais. René Étiemble professe encore à la Sorbonne, Alioune Diop préside aux destinées de la revue et de la librairie Présence africaine, rue des Écoles, en plein Quartier latin, haut lieu de rendez-vous de toute l’intelligentsia de ces années de libération politique et de renaissance intellectuelle. « La génération de Césaire et de ses frères d’élection, l’internationale des Orphée noirs, a produit dans son siècle une littérature d’emblée désaliénée pour se faire désaliénante, assumant l’angoissante échappée d’avant-garde loin des sentiers balisés de la tradition ou de la sujétion, sans agrément d’exotismes, partout confrontée aux bilinguismes, aux langues imposées ou empêchées. » On croise entre ces pages l’ombre heureuse de Suzanne Césaire, si méconnue, sans laquelle Aimé n’eut pas été le poète que l’on sait, certes, mais qui fut surtout, par elle-même, femme de haute écriture, comme en témoignent ses articles parus dans la revue Tropiques et que rassembla d’ailleurs Maximin. Le portrait de Césaire en « cœur de volcan engoncé dans un corps de montagne souvent mal coupé et un peu trop large » touche par sa justesse et sa tendresse. Un long entretien de 1982, « La poésie, parole essentielle », vient compléter en annexe ce volume qui se présente, d’abord, comme un dialogue en miroir entre la Soufrière vive de Maximin le Guadeloupéen et la Pelée morte — car éteinte, ensommeillée du moins — de Césaire, « liées en fraternité âpre ». [A.B.]

Éditions du Seuil, 2013

 Utopia, d’Ahmed Khaled Towfik

Pour qui serait subitement pris d’une furieuse envie de regarder du côté de la littérature égyptienne contemporaine, on ne saurait trop recommander ce petit livre à mi-chemin de la dystopie et de la science-fiction. On ne demandera pas à Utopia de nous faire vibrer par le style ou la langue. C’est le propos, brutalement grinçant, qui résonne avec l’époque. Le Caire de 2023 ressemble à celui d’aujourd’hui, en pire. Les riches qui déjà dansent sur les rives du Nil à Zamalek dans des restaurants interdits au commun des mortels sont en 2023 enfermés dans une gigantesque bulle policière. Les classes moyennes ont définitivement disparu. C’est bien simple : les uns ont tout, les autres rien. De la bulle, on ne sort plus que pour aller à la chasse aux « Autres », justement : ceux d’en face, déshumanisés par la misère, invisibles chevilles ouvrières de l’ombre, que des bus encadrés de militaires amènent et remmènent chaque soir de l’autre côté des murs. Quand un adolescent d’Utopia, lassé des plaisirs faciles et de la drogue, cherche à se faufiler dans les bidonvilles, c’est pour assassiner un pauvre et rapporter pour preuve de son exploit un membre coupé. Mais celui qui part ne s’attend pas à rencontrer Gaber, mendiant digne et désespéré, qui tentera l’impossible pour prouver au gosse de riche cruel et dépravé que l’humanité peut faire mentir l’horreur. En pure perte. Dans ce monde rongé jusqu’à la moelle par l’esprit de lucre et la violence, il n’est plus vraiment d’autre espoir que la pure révolte : « sur toute la ligne d’horizon, ils avancent, torches allumées, poussant des cris de rage. » Le livre fut écrit en 2009, avant le printemps arabe. Mais le monde qu’annonçait Utopia pour 2023 demeure toujours aussi plausible, et terrifiant. [A.B.]

Éditions Ombres noires, 2013

L’Entraide — L’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

La nature, et donc la société, est une arène impitoyable où s’affrontent les êtres vivants, jusqu’à la victoire du plus fort : voilà, en bref, le mythe véhiculé par le discours dominant et promu par des scientifiques, des penseurs et des entrepreneurs de toute sorte — la compétition, et tous ses avatars, est perçue comme naturelle. Les auteurs de ce livre, tous deux biologistes de formation, s’attaquent à l’évidence de cette « loi de la jungle » en mobilisant les nombreuses avancées faites dans des disciplines aussi variées que la biologie, les neurosciences, la psychologie, l’anthropologie ou encore l’éthologie. Tous les organismes vivants — des bactéries aux plantes en passant par les animaux et donc nous, les êtres humains — ont toujours coopérés, ou, pour reprendre le terme inventé par Élisée Reclus quand il traduisit l’ouvrage Mutual Aid de Kropotkine, ont pratiqué l’entraide. Comment provoquer la coopération entre individus, ou entre groupes d’individus ? Quels sont les facteurs qui permettent à une personne de développer son altruisme plutôt que son égoïsme ? A la lecture de cet ouvrage, on aperçoit l’ampleur des enjeux que soulèvent ces questions. Que ce soit entre groupes sociaux, entre pays, entre générations ou entre espèces, la compétition ne peut qu’aggraver la dégradation écologique. La course à la puissance économique à laquelle se livre l’humanité mène droit à une catastrophe. Dans l’épilogue, les auteurs s’inquiètent en effet des conséquences d’un effondrement sur une société façonnée par « la culture de l’égoïsme », là où tout porte à croire que les groupes qui résistent le mieux aux changements brutaux sont ceux où l’entraide est la plus forte. Dans la lignée du mouvement anti-utilitariste, ils appellent donc à développer une autre mythologie, où la sobriété et la coopération remplaceraient la guerre de tous contre tous. [M.H.]

Éditions Les Liens qui libèrent, 2017

La Grande adaptation, de Romain Felli

Le sous-titre de cet essai, sorti dans la collection « Anthropocène » du Seuil, donne le ton : Climat, capitalisme et catastrophe. Les trois termes pourraient être reliés de diverses manières. Comment le catastrophisme empêche-t-il d’agir sur le climat — ou de moins agir dessus — et contribue à la perpétuation du capitalisme ? Comment le capitalisme, en adaptant ses formes au changement climatique, nous conduit-il à la catastrophe ? Le principal responsable de la situation climatique actuelle, s’il faut encore le souligner, est pour Romain Felli, ce système économique qui sans cesse s’adapte aux crises successives. En hommage à La Grande transformation de l’économiste socialiste hongrois Karl Polanyi, l’auteur montre comment les tenants de l’économie libérale et capitaliste adaptent leurs discours au changement climatique, et surtout leurs réponses à ce changement, afin de faire perdurer leur modèle économique. Sans jamais remettre en cause les fondements de la crise environnementale actuelle, ils ont construit une gouvernance mondiale du climat à l’image de leurs valeurs : marchandisation de la nature, individualisme, consumérisme… « Les modalités choisies de l’adaptation ne sont pas neutres ; elles traduisent une économie politique particulière, celle du capitalisme. Ignorer cette économie politique, conduit à doubler la catastrophe climatique d’une catastrophe politique et sociale ». Les grandes messes de la lutte contre le réchauffement climatique sont remises en perspective avec ceux qui les ont organisées ; les rapports et institutions (rapport Meadows en 1972, Brundtland en 1987, PNUE) sont démystifiées. Romain Felli, par son travail critique, nous empêche d’ignorer les mécanismes qui construisent actuellement les réponses institutionnelles données au changement climatique. Mieux, il politise les recherches scientifiques sur le climat, en montre leur portée sociale, afin de dénoncer l’accaparement capitaliste de ces problématiques. [R.B.]

Éditions du Seuil, 2016

Histoire de l’anticolonialisme en France, du XVIe siècle à nos jours, de Claude Liauzu

Alors que depuis quelques mandats le passé colonial de la France est relativement assumé par les instances dirigeantes, comme si celles-ci avaient une soudaine prise de conscience, on oublie que depuis l’origine de la colonisation certains ont œuvré pour y mettre fin. C’est à ceux-là que Claude Liauzu fait droit dans son Histoire de l’anticolonialisme en France. Débutée au XVIe siècle avec l’esclavagisme et les balbutiements de sa critique, l’ouvrage prend de l’ampleur à partir des années 1870. Après un court « recueillement » suite à la défaite contre la Prusse, l’entreprise coloniale s’affirme, en même temps que se construit la IIIe République. L’auteur détaille les parcours de certains personnages structurant de l’époque. Clemenceau, d’abord opposé à la colonisation dans les années 1880, l’assume complètement lorsqu’il est au pouvoir. L’opinion de Jaurès suit le chemin inverse : il milite contre l’invasion du Maroc en 1911 après avoir rappelé la nécessité de la « mission civilisatrice » de la France dans sa jeunesse politique. Mais, alors que se créent les partis politiques modernes, très peu se réclament d’un anticolonialisme radical : « le plus souvent, il est resté cantonné dans des groupes militants ». Les plus virulents sont aussi les plus à gauche et le fait de quelques personnages isolés. Toutefois, cette situation évolue au fil des conquêtes et des révoltes. La période la plus féconde en réactions est celle où la colonisation engendre des guerres ouvertes en Indochine, en Afrique subsaharienne et en Algérie. L’ouvrage entend ainsi mettre à jour, en France et dans les pays colonisés, l’histoire de ceux qui ont lutté lorsque la colonisation était une politique étatique parmi d’autres. Il entend aussi exposer pourquoi il y eut si peu d’anticolonialistes et pourquoi ce parti pris a mis tant de temps à s’affirmer. Claude Liauzu rappelle finalement que « quantité de problèmes actuels renvoient au passé colonial » et termine sur une question, à laquelle il ne répond que brièvement : la France est-elle « une société post-coloniale » ? [R.B.]

Éditions Fayard, réédition 2012

Le Véganisme, de Valéry Giroux et Renan Larue

Qui sont les véganes et que veulent-ils vraiment ? Telle est la question que pose en substance cet humble « Que sais-je ? », soucieux de pédagogie autant que de précision, coécrit par une docteure en philosophie et un enseignant en littérature. Le véganisme — dont la racine anglaise, vegan, remonte à 1944 — est à la fois mode de vie et mouvement social : qu’il s’incarne dans le quotidien ou dans l’action militante légale ou illégale, il s’oppose à « l’assujettissement, aux mauvais traitements et à la mise à mort d’êtres sensibles ». En butte à « l’ordre carniste » et au système spéciste — entendus comme autant d’idéologies visant à légitimer la consommation de chair animale et l’oppression d’individus au regard de leur appartenance à une espèce différente, jugée inférieure —, les véganes aspirent, comme en son temps Philostrate d’Athènes, à « faire la paix » avec les bêtes que l’Homme combat, encage, torture, exploite et assassine pour son bon plaisir. Des abattoirs tournant à plein régime pour transformer des vies en « viande » aux poussins mâles broyés afin de permettre le commerce des œufs (« bios » compris), des veaux séparés de leur mère pour approvisionner les supermarchés en lait aux lapins condamnés à servir de cobayes dans les laboratoires, les informations se diffusent désormais à marche forcée dans la société : il devient de plus en plus difficile de céder à l’« aveuglement volontaire ». Les véganes, assure l’ouvrage, sont l’un des rouages essentiels du mouvement mondial de libération animale comme de l’inéluctable révolution anthropologique. Et les auteurs de louer une approche éminemment politique et entrelacée : un « véganisme bien compris » — toutes les luttes émancipatrices (anticapitalistes, féministes, antiracistes, antispécistes, etc.) doivent être menées « de front et uniment », sans chercher à les hiérarchiser, puisqu’elles participent d’une même dynamique. [E.C.]

Éditions PUF, 2017

Les Ignorants — Récit d’une initiation croisée, d’Étienne Davodeau

« Tu poses de ces questions des fois… » Voilà ce que rétorque Richard Leroy, vigneron, à Étienne Davodeau, auteur de bande dessinée, quand il demande si « faire du bon vin, c’est aussi une question d’éthique ». Parce que Richard n’est pas n’importe quel vigneron : il a fait le choix de rester petit afin de garder le contrôle sur la qualité de son travail et utilise le principe de la biodynamie sur ses vignes. Il travaille pour cela toute l’année sur son domaine, au gré des saisons. Étienne Davodeau — qui se met en dessin dans cette BD — l’a suivi pendant plus d’un an pour comprendre et découvrir le monde du vin. Totalement ignorant, il se fait accompagner par Richard Leroy dans ce riche univers, où chaque décision a son importance quant à la qualité du vin. Avec cet ouvrage, basé sur un échange entre les deux protagonistes, on rentre dans un monde intime et passionnant en parcourant le processus de création du vin du domaine de Montbenault, en Maine-et-Loire. L’auteur-dessinateur participe ainsi au quotidien du vigneron et nous livre des planches très documentées, réelles et  captivantes. On reconnaît là son goût du détail et un véritable travail d’immersion : nous partons avec lui sur les routes de France à la rencontre de différents vignobles, producteurs et passionnés. À l’opposé, Richard Leroy va s’ouvrir à la bande dessinée, qu’il connaît peu — Davodeau l’amène avec lui lors de forums et dans des réunions avec sa maison d’édition. Malgré tout, le vigneron nous rappelle que « tout est subjectif dans le vin » et l’artiste s’autorise à dédaigner quelque grand cru en vidant son verre dans l’évier, pour mieux conclure : « Ne pas savoir c’est être libre ? Paradoxal. » [E.M.]

Éditions Futuropolis, 2011

Écris-moi à Mexico — correspondance inédite 1941-1942, de Victor Serge et Laurette Séjourné

Voilà un recueil qui ravira les lecteurs du révolutionnaire russe, passé de l’anarchisme nietzschéen au trotskysme critique. Si l’on connaissait les Mémoires, les romans, les essais, les articles ou les poèmes de Serge, contant l’Europe de part en part secouée par l’espoir socialiste, l’homme de chair, de cœur et d’os se dérobait plus souvent qu’à son tour : le « moi » lui répugnait, tout esprit politique qu’il était. L’exilé Victor Serge n’a ici plus que quelques années à vivre — il lui fallut six mois, depuis Marseille, pour gagner le Mexique. Ce recueil est donc celui d’un homme tout entier absorbé par le manque de celle qu’il aime et qui, tracasseries administratives obligent, tarde à le rejoindre. Les lettres se suivent et se ressemblent, litanie d’un être épris d’un autre, à la folie, lisant Rimbaud ou Dostoïevski et écrivant dans un parc en bord de mer, attendant et attendant en vain. « Tu es ma joie absente », confie-t-il ; « Tu es la grande joie vers laquelle je suis toujours tendu et par laquelle je suis toujours mutilé tant je trouve contre-nature que tu ne sois pas là », insiste-t-il. À La Havane, Serge peste contre le sort fait aux réfugiés, dont il est, et supplie ici autant que là son aimée, Laurette Séjourné, de lui adresser quelque lettre pour l’aider à marcher encore, en dépit des peines d’une vie de combat et surtout de défaites. Le Mexique lui rappelle la Russie — terres hybrides où le paysan coudoie la modernité — mais le soleil ne saurait lui suffire. « T’aime infiniment, rien ne m’intéresse sans toi », écrit-il inlassablement. Deux cents pages et des poussières, joliment imprimées par cette petite maison d’édition de « littérature de témoignage », qui éclairent l’homme jusqu’alors quelque peu voilé par le militant. [L.T.]

Éditions Signes et Balises, 2017

À la verticale de soi, de Stéphanie Bodet

D’elle, nous ne connaissons qu’à peine son nom, sinon peut-être quelques interviews accordées çà et là à des magazines encloisonnés dans le trop spécialisé. Récit intime aux résonances tous azimuts, la funambule des cimes raconte, libère, exorcise et accède au témoignage, porté par une dialectique réduite à l’essentiel, comme cette vie d’arpenteuse des sommets. L’escalade est une forme de méditation en mouvement, nous dit Bodet, et, par ce processus alchimique du contact avec le rocher, l’être se meut tel un réceptacle de l’invisible, du vaporeux, brisant les œillères de la massification. Ulysse aussi avait appris de cet enseignement, au fil de son Odyssée : la nécessité de la contemplation, qui nous fait voir au-delà des choses et nous ancrer parmi les replis du monde. Ce monde désormais uniformisé, où l’image remplace petit à petit la présence — le réel. S’adonner dans les interstices secrets de ce monde est alors la condition sine qua none où il nous est encore possible d’embrasser un peu de cette liberté retrouvée. Une existence « de salubrité mentale, qui rompt avec le quotidien pour se laisser porter par ses profondes convictions ». Écrits fébriles, canevas d’une illumination écaillée, ces pages sont le voyage, intimiste, d’un univers de paix glacée : l’auteur y narre la grammaire visuelle des cathédrales de pierres, où la sérénité était reine d’avant la naissance du monde. Jadis championne d’escalade, vint l’heure de l’épiphanie et le besoin du retrait des podiums, des triomphes concurrentiels. C’est ainsi que Stéphanie Bodet s’obstine à la recherche d’un soi ponctué par l’expression d’un vagabondage des grands espaces, à la manière de la voyageuse Ella Maillart. Si l’on concède volontiers que le style est la contiguïté entre littérature et alpinisme, rendons-nous à l’évidence : réussir cette manoeuvre, tout à la verticale de soi, d’aller à l’écho de la réponse de ce que nous allons continuellement chercher dans la montagne, sans jamais nommer ce que c’est, n’était pas une mince affaire. [A.R.-G.]

Éditions Guérin, 2016


Crédits de la photographie de bannière : Pentti Sammallahti


REBONDS

Cartouches 26, novembre 2017
Cartouches 25, octobre 2017
Cartouches 24, septembre 2017
Cartouches 23, juillet 2017
Cartouches 22, juin 2017

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