L’abécédaire de Simone de Beauvoir

Notre huitième numéro sort le 19 septembre. Abonnez-vous dès maintenant !


Texte inédit pour le site de Ballast

« Le fémi­nisme, c’est une manière de vivre indi­vi­duel­le­ment et de lut­ter col­lec­ti­ve­ment », assu­rait celle qui, dis­pa­rue en 1986, lais­sa der­rière elle l’un des ouvrages majeurs du fémi­nisme fran­çais, sinon mon­dial, sans tou­te­fois se récla­mer du terme à sa paru­tion au sor­tir de la Seconde Guerre mon­diale. Romancière, phi­lo­sophe exis­ten­tia­liste, rédac­trice du « Manifeste des 343 » en faveur de « l’a­vor­te­ment libre » et mili­tante anti­co­lo­nia­liste et révo­lu­tion­naire, Simone de Beauvoir affir­mait que son « devoir » d’intel­lec­tuelle était de « pro­tes­ter »contre tout ce qui opprime l’hu­ma­ni­té1N’en res­te­ra pas moins, face à l’Histoire que son œuvre ne ces­sa d’en­la­cer, son pas­sage à Radio Vichy.. Le fémi­nisme « radi­cal » et le socia­lisme « abs­trait » lui sem­blaient pareille­ment insuf­fi­sants ; il convient « de les com­plé­ter » : chaque homme est à ques­tion­ner en tant qu’il est « caste » ET l’égalité des sexes ne pour­ra avoir lieu que « s’il y a un renver­se­ment total du sys­tème » capi­ta­liste. Deux fronts pour une même exi­gence : libé­rer les femmes de la domi­na­tion mas­cu­line et le peuple des pos­sé­dants. Une exi­gence que la sta­tue consen­suelle qu’elle est deve­nue tend trop sou­vent à cacher.


Acquis : « Rien n’est jamais défi­ni­ti­ve­ment acquis. Il suf­fi­ra d’une crise poli­tique, éco­no­mique ou reli­gieuse pour que les droits des femmes soient remis en ques­tion. Votre vie durant, vous devrez res­ter vigi­lantes. » (Cité par Claudine Monteil, Simone de Beauvoir — Modernité et enga­ge­ment, L’Harmattan, 2009)

Bourgeois : « Parfaitement indif­fé­rents aux 40 000 morts de Sétif, aux 80 000 Malgaches assas­si­nés, aux famines et à la misère de l’Algérie, aux vil­lages d’Indochine incen­diés, aux Grecs ago­ni­sant dans des camps, aux Espagnols fusillés par Franco, les cœurs bour­geois sou­dain se bri­sèrent devant les mal­heurs des déte­nus sovié­tiques. En véri­té ils sou­pi­raient d’aise, comme si les crimes colo­nia­listes et l’ex­ploi­ta­tion capi­ta­liste étaient annu­lés par les camps sibé­riens. » (La Force des choses, tome I, Gallimard, 1972)

Croire : « Comment prou­ver que quelque chose n’existe pas ? On ne peut jamais non plus en faire la preuve. C’est plu­tôt aux autres de faire la preuve du contraire, n’est-ce pas ? Or cette preuve, je ne l’ai jamais trou­vée : ni dans ma rai­son, ni dans ma tête, ni dans mon cœur. La preuve d’un dieu. » (Entretien pour l’é­mis­sion Premier plan, sur Radio-Canada, novembre 1959)

Droite et gauche : « Les par­tis de gauche ne sont pas plus favo­rables aux femmes que les par­tis de droite. Le Parti socia­liste est très défi­cient de ce point de vue-là, le Parti com­mu­niste aus­si, c’est même une des rai­sons qui ont contri­bué à la créa­tion de groupes véri­ta­ble­ment fémi­nistes : beau­coup de femmes se sont ren­du compte que, ou dans le Parti com­mu­niste, ou dans le Parti socia­liste, ou dans les grou­pus­cules gau­chistes, elles étaient tou­jours trai­tées, de toute manière, comme les ser­vantes des hommes, des subor­don­nées. » (Entretien paru dans Le Monde, 10–11 jan­vier 1978)

Engagement : « Je n’ai jamais fait des livres mili­tants pro­pre­ment dits, à part des essais, des pré­faces, mais, tout en pen­sant que la lit­té­ra­ture doit être enga­gée, je ne pense pas qu’elle doive être mili­tante parce qu’a­lors on arrive au réa­lisme socia­liste, à des héros posi­tifs, à des men­songes. J’ai tou­jours essayé dans mes livres de me tenir près de la vie réelle. » (Entretien paru dans Le Monde, 10–11 jan­vier 1978)

Féminisme : « J’appelle fémi­nistes les femmes ou même les hommes qui se battent pour chan­ger la condi­tion de la femme, bien sûr en liai­son avec la lutte des classes, mais cepen­dant en dehors d’elle, sans subor­don­ner tota­le­ment ce chan­ge­ment à celui de la socié­té. […] J’estime que le com­bat des femmes, tout en étant sin­gu­lier, est lié à celui qu’elles doivent mener avec les hommes. Par consé­quent, je refuse com­plè­te­ment la répu­dia­tion totale de l’homme. » (Entretiens avec Simone de Beauvoir, Alice Schwarzer, Mercure de France, 1984)

Guerre d’Algérie : « J’avais aimé les foules : main­te­nant même les rues m’é­taient hos­tiles, je me sen­tais aus­si dépos­sé­dée qu’aux pre­miers temps de l’oc­cu­pa­tion. C’était même pire parce que, ces gens que je ne sup­por­tais plus de cou­doyer, je me trou­vais, bon gré mal gré, leur com­plice. C’est ça que je leur par­don­nais le moins. […] J’avais besoin de mon estime pour vivre et je me voyais avec les yeux des femmes vingt fois vio­lées, des hommes aux os bri­sés, des enfants fous : une Française. […] Je ne sup­por­tais plus cette hypo­cri­sie, cette indif­fé­rence, ce pays, ma propre peau. » (La Force des choses, tome II, Gallimard, 1963–1972)

Humanité : « Affranchir la femme, c’est refu­ser de l’en­fer­mer dans les rap­ports qu’elle sou­tient avec l’homme, mais non les nier ; qu’elle se pose pour soi, elle n’en conti­nue­ra pas moins à exis­ter pour lui : se recon­nais­sant mutuel­le­ment comme sujet, cha­cun demeu­re­ra cepen­dant pour l’autre un autre ; la réci­pro­ci­té de leurs rela­tions ne sup­pri­me­ra pas les miracles qu’en­gendre la divi­sion des êtres humains en deux caté­go­ries sépa­rées : le désir, la pos­ses­sion, l’a­mour, le rêve, l’a­ven­ture ; et les mots qui nous émeuvent : don­ner, conqué­rir, s’u­nir, gar­de­ront leur sens ; c’est au contraire quand sera abo­li l’es­cla­vage d’une moi­tié de l’hu­ma­ni­té et tout le sys­tème d’hy­po­cri­sie qu’il implique que la sec­tion de l’hu­ma­ni­té révé­le­ra son authen­tique signi­fi­ca­tion et que le couple humain trou­ve­ra sa vraie figure. » (Le Deuxième sexe, tome II, Gallimard, 1949)

Guerre d’Algérie : opé­ra­tion mili­taire en 1959 (par Marc Flament)

Imaginer : « Un monde où les hommes et les femmes seraient égaux est facile à ima­gi­ner car c’est exac­te­ment celui qu’a­vait pro­mis la révo­lu­tion sovié­tique : les femmes éle­vées et for­mées exac­te­ment comme les hommes tra­vaille­raient dans les mêmes condi­tions et pour les mêmes salaires ; la liber­té éro­tique serait admise par les mœurs, mais l’acte sexuel ne serait plus consi­dé­ré comme un ser­vice qui se rému­nère ; la femme ne serait plus obli­gée de s’as­su­rer un autre gagne-pain ; le mariage repo­se­rait sur un libre enga­ge­ment que les époux pour­raient dénon­cer dès qu’ils le vou­draient ; la mater­ni­té serait libre, c’est-à-dire qu’on auto­ri­se­rait le birth-control et l’a­vor­te­ment et qu’en revanche on don­ne­rait à toutes les mères et à leurs enfants exac­te­ment les mêmes droits, qu’elles soient mariées ou non […]. » (Le Deuxième sexe, tome II, Gallimard, 1949)

Journée : « Une jour­née où je n’é­cris pas a un goût de cendres» (La Force des choses, tome I, Gallimard, 1963–1972)

Karl Marx : « À ces illu­sions d’u­ni­ver­sa­li­té, [les intel­lec­tuels bour­geois anti­com­mu­nistes] sont plus atta­chés que les autres bour­geois puis­qu’ils les ont eux-mêmes fabri­quées. Et d’autre part le monde intel­li­gible leur est un orgueilleux refuge contre la médio­cri­té de leur condi­tion ; ils échappent à leur classe, ils règnent idéa­le­ment par-delà toutes les classes sur l’hu­ma­ni­té entière. De là vient que leur hor­reur du mar­xisme est beau­coup plus farouche que celle des bour­geois actifs : le mar­xisme ne connaît que la terre et les rejette bru­ta­le­ment par­mi les hommes. Bien enten­du, ils n’a­vouent pas la vraie rai­son de leur haine ; ils pré­fèrent confes­ser sans ver­gogne des cau­che­mars pué­rils : Si l’ar­mée rouge entrait en France, si le PC pre­nait le pou­voir, je serais dépor­té, fusillé. […] Le mar­xisme voit en eux, non des média­teurs sacrés entre les Idées et les hommes, mais des para­sites bour­geois, une simple éma­na­tion des puis­sances capi­ta­listes, un épi­phé­no­mène, un néant […]. » (Faut-il brû­ler Sade ?, Gallimard, 1955)

Lumumba : « L’assassinat de Lumumba, les der­nières images qu’on vit de lui, les pho­to­gra­phies de sa femme menant le deuil tête rasée, seins nus, à côté de ça quel roman pou­vait tenir le coup ? » (La Force des choses, tome II, Gallimard, 1963–1972)

Ménager : « Les hommes se sont en effet effor­cés de per­sua­der les femmes qu’elles ne devaient pas se suf­fire éco­no­mi­que­ment, qu’elles devaient s’ap­puyer sur un mari et se bor­ner à faire ce qui est extrê­me­ment impor­tant pour la civi­li­sa­tion telle qu’elle est : du tra­vail ména­ger. Je crois qu’une idée que j’ai de la condi­tion impo­sée à la femme, c’est ce tra­vail qu’on lui extorque — un tra­vail non sala­rié, tra­vail non payé —, qui lui per­met tout juste d’être entre­te­nue plus ou moins luxueu­se­ment, plus ou moins misé­ra­ble­ment par son mari, mais dans lequel il n’y a pas de fabri­ca­tion de plus-value, dans lequel la valeur d’ap­port du tra­vail n’est pas recon­nu. » (Entretien « Questions » dif­fu­sé en 1975 sur TF1)

Non-mixi­té : « C’est un stade. Je pense que, pour l’ins­tant, c’est une bonne chose. Pour plu­sieurs rai­sons : d’a­bord, si l’on admet­tait des hommes dans ces groupes, ils ne pour­raient pas s’empêcher d’a­voir le réflexe mas­cu­lin de vou­loir com­man­der, s’im­po­ser. D’autre part, beau­coup de femmes ont encore — quoi qu’elles en disent et même quel­que­fois, d’ailleurs, elles le savent — un cer­tain sen­ti­ment d’in­fé­rio­ri­té, de timi­di­té ; il y en aurait beau­coup qui n’o­se­raient pas s’ex­pri­mer libre­ment devant des hommes. […] Pour l’ins­tant, ni la men­ta­li­té des hommes ni celle des femmes ne per­met­traient que la dis­cus­sion d’un groupe mixte soit vrai­ment tout à fait sin­cère. » (Entretiens avec Simone de Beauvoir, Alice Schwarzer, Mercure de France, 1984)

Patrice Lumumba (DR)

Opposition : « Ce jour-là, nous conclûmes — nos conclu­sions étaient tou­jours pro­vi­soires — que si on appar­te­nait au pro­lé­ta­riat, il fal­lait être com­mu­niste, mais que sa lutte, tout en nous concer­nant, n’é­tant quand même pas la nôtre ; tout ce qu’on pou­vait exi­ger de nous, c’é­tait de tou­jours prendre par­ti pour lui. Nous avions à pour­suivre nos propres entre­prises qui ne se conci­liaient pas avec l’ins­crip­tion au par­ti. Ce que nous n’en­vi­sa­geâmes jamais, ce fut de mili­ter par­mi les oppo­si­tion­nels. Nous avions la plus grande estime pour Trotsky, et l’i­dée de révo­lu­tion per­ma­nente flat­tait beau­coup plus nos ten­dances anar­chistes que celle de la construc­tion du socia­lisme dans un seul pays. Mais dans le par­ti trots­kyste, dans les groupes dis­si­dents, nous ren­con­trions le même dog­ma­tisme idéo­lo­gique dans le P.C., et nous ne croyions pas à leur effi­ca­ci­té. » (La Force de l’âge, Gallimard, 1960)

Prostitution : « La basse pros­ti­tu­tion est un pénible métier où la femme est oppri­mée sexuel­le­ment et éco­no­mi­que­ment, sou­mise à l’arbitraire de la police, à une humi­liante sur­veillance médi­cale, aux caprices des clients, pro­mise aux microbes et à la mala­die, à la misère, est vrai­ment rava­lée au niveau d’une chose. […] Ce n’est évi­dem­ment pas par des mesures néga­tives et hypo­crites qu’on peut modi­fier la situa­tion. Pour que la pros­ti­tu­tion dis­pa­raisse il fau­drait deux condi­tions : qu’un métier décent fût assu­ré à toutes les femmes ; que les mœurs n’op­posent aucun obs­tacle à la liber­té de l’a­mour. C’est seule­ment en sup­pri­mant les besoins aux­quels elle répond qu’on sup­pri­me­ra la pros­ti­tu­tion. » (Le Deuxième sexe, tome II, Gallimard, 1949)

Question fémi­niste : « Non, nous n’a­vons pas gagné la par­tie : en fait depuis 1950 nous n’a­vons qua­si rien gagné. La révo­lu­tion sociale ne suf­fi­ra pas à résoudre nos pro­blèmes. Ces pro­blèmes concernent un peu plus de la moi­tié de l’hu­ma­ni­té : je les tiens à pré­sent pour essen­tiels. Et je m’é­tonne que l’ex­ploi­ta­tion de la femme soit si faci­le­ment accep­tée. […] Bref, je pen­sais autre­fois que la lutte des classes devait pas­ser avant la lutte des sexes. J’estime main­te­nant qu’il faut mener les deux ensemble. […] Oui, le sys­tème écrase les hommes et les femmes et incite ceux-là à oppri­mer celles-ci : mais chaque homme le reprend à son compte et l’in­té­rio­rise ; il gar­de­ra ses pré­ju­gés, ses pré­ten­tions, même si le sys­tème change. » (Tout compte fait, Gallimard, 1972)

Révolution cubaine : « C’est la lune de miel de la Révolution, me disait Sartre. Pas d’ap­pa­reil, pas de bureau­cra­tie, mais un rap­port direct des diri­geants au peuple et un grouille­ment d’es­poirs un peu désor­don­nés. Ça ne dure­rait pas tou­jours, mais c’é­tait récon­for­tant. Pour la pre­mière fois de notre vie, nous étions témoins d’un bon­heur qui avait été conquis par la vio­lence ; nos expé­riences anté­rieures, la guerre d’Algérie sur­tout, ne nous l’a­vaient décou­verte que sous sa figure néga­tive : le refus de l’op­pres­seur. » (La Force des choses, tome II, Gallimard, 1936–1972)

Sartre : « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réuni­ra pas. C’est ain­si ; il est déjà beau que nos vies aient pu si long­temps s’ac­cor­der. » (La Cérémonie des adieux, Gallimard, 1981)

Transfigurer : « Sans doute les mots, uni­ver­sels, éter­nels, pré­sence de tous à cha­cun, sont-ils le seul trans­cen­dant que je recon­naisse et qui m’émeuve ; ils vibrent dans ma bouche et par eux je com­mu­nie avec l’humanité. Ils arrachent à l’instant et à sa contin­gence les larmes, la nuit, la mort même et ils les trans­fi­gurent. » (La Force des choses, tome II, Gallimard, 1963–1972)

Univers : « L’amour authen­tique devrait être fon­dé sur la recon­nais­sance réci­proque de deux liber­tés ; cha­cun des amants s’é­prou­ve­rait alors comme soi-même et comme l’autre ; aucun n’ab­di­que­rait sa trans­cen­dance, aucun ne se muti­le­rait ; tous deux dévoi­le­raient ensemble dans le monde des valeurs et des fins. Pour l’un et l’autre l’a­mour serait révé­la­tion de soi-même par le don de soi et enri­chis­se­ment de l’u­ni­vers. » (Le Deuxième sexe, tome II, Gallimard, 1949)

Cuba, 1960 (DR)

Victoire : « Oui, j’ai cru trop vite, parce que j’ai pen­sé que la vic­toire des femmes serait liée à l’a­vè­ne­ment du socia­lisme. Or le socia­lisme, c’est un rêve, il n’existe nulle part. Les pays que nous appe­lons socia­listes aujourd’­hui ne le sont pas du tout. Et d’autre part, dans ces pays dits socia­listes, la situa­tion des femmes n’est pas meilleure que dans les pays capi­ta­listes. » (Entretien paru dans Le Monde, 10–11 jan­vier 1978)

Woolf : « En Angleterre, remarque V. Woolf, les femmes écri­vains ont tou­jours sus­ci­té l’hos­ti­li­té. Le doc­teur Johnson les com­pa­rait à un chien mar­chant sur ses jambes de der­rière : ce n’est pas bien fait mais c’est éton­nant. » (Le Deuxième sexe, tome I, Gallimard, 1949)

XIXe siècle : « Ainsi nous récu­sons toute condam­na­tion comme aus­si toute jus­ti­fi­ca­tion a prio­ri des vio­lences exer­cées en vue d’une fin valable. Il faut les légi­ti­mer concrè­te­ment. Un tran­quille cal­cul mathé­ma­tique est ici impos­sible. […] Ce qu’on peut deman­der seule­ment, c’est que de telles déci­sions ne soient pas prises avec pré­ci­pi­ta­tion et légè­re­té et que dans l’en­semble le mal qu’on inflige soit infé­rieur à celui que l’on pré­vient. […] De même les insur­rec­tions de Paris et de Lyon, au début du XIXe siècle, ou les révoltes des Indes, ne pré­ten­daient pas bri­ser d’un coup le joug de l’op­pres­seur, mais créer et entre­te­nir le sens de la révolte, rendre impos­sible les mys­ti­fi­ca­tions de la conci­lia­tion. Des ten­ta­tives qui se savent une à une vouées à l’é­chec peuvent se légi­ti­mer par l’en­semble de la situa­tion qu’elles créent. » (Pour une morale de l’am­bi­guï­té, Gallimard, 1947)

Yeux : « Le cri­tère du plus et du moins est impos­sible à éta­blir dans une socié­té déchi­rée : ce qui est gain aux yeux des pri­vi­lé­giés est perte pour les oppri­més, et inver­se­ment. L’idée d’in­té­rêt géné­ral est une mys­ti­fi­ca­tion si écu­lée qu’on se demande com­ment les éco­no­mistes bour­geois osent encore la res­ser­vir. » (Faut-il brû­ler Sade ?, Gallimard, 1955)

Zèle : « Mes com­pa­triotes ne vou­laient rien savoir. À par­tir du prin­temps 57, la véri­té [quant à la tor­ture en Algérie] trans­pi­ra et s’ils l’a­vaient accueillie avec autant de zèle que la révé­la­tion des camps de tra­vail sovié­tiques, elle aurait écla­té au grand jour. La conspi­ra­tion du silence ne réus­sit que parce que tout le monde s’en fit com­plice. Ceux qui par­laient on ne les écou­tait pas, on criait pour cou­vrir leurs voix et si on enten­dait mal­gré soi quelques rumeurs, on se hâtait de les oublier. » (La Force des choses, tome II, Gallimard, 1963–1972)


Tous les abé­cé­daires sont confec­tion­nés, par nos soins, sur la base des ouvrages, articles, entre­tiens ou cor­res­pon­dances des auteur.e.s.


REBONDS

☰ Lire notre abé­cé­daire de Jean-Paul Sartre, sep­tembre 2017
☰ Lire notre abé­cé­daire de Christine Delphy, sep­tembre 2017
☰ Lire notre abé­cé­daire du sous-com­man­dant Marcos, mai 2017
☰ Lire notre abé­cé­daire de Louise Michel, mars 2017
☰ Lire notre abé­cé­daire de Pierre Bourdieu, jan­vier 2017
☰ Lire notre abé­cé­daire d’Emma Goldman, novembre 2016
☰ Lire notre abé­cé­daire de Rosa Luxemburg, octobre 2016
☰ Lire notre abé­cé­daire d’Angela Davis, octobre 2016
☰ Lire notre abé­cé­daire de George Orwell, octobre 2016

NOTES   [ + ]

1.N’en res­te­ra pas moins, face à l’Histoire que son œuvre ne ces­sa d’en­la­cer, son pas­sage à Radio Vichy.
Ballast
Ballast

« Tenir tête, fédérer, amorcer »

Découvrir d'autres articles de



Abonnez-vous ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

couverture du 8

Notre huitième numéro est disponible en librairie et en ligne ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

Nous sommes un collectif entièrement militant et bénévole, qui refuse la publicité en ligne et papier. Vous pouvez nous soutenir (frais, matériel, reportages, etc.) par un don ponctuel ou régulier.