Geoffrey Le Guilcher : « L’abattoir est une chaîne de tabous »


Entretien inédit pour le site de Ballast

Le jour­na­liste Geoffrey Le Guilcher, éga­le­ment cofon­da­teur des édi­tions Goutte d’Or, s’est infil­tré, sous une fausse iden­ti­té, dans un abat­toir bre­ton afin de savoir ce que ces murs ont à cacher. Il n’était pas végé­ta­rien, pas mili­tant, il tenait seule­ment à com­prendre, en immer­sion, « ce dieu fou de l’abattoir ». Et sur­tout à sai­sir le quo­ti­dien de tous ces ouvriers qui le font tour­ner. « On fait du 63 vaches à l’heure quand on est au taquet », lui confie l’un d’eux ; « Si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas […], tu craques », lâche un autre. Un double aveu­gle­ment : la misère des plus humbles côtoie la mise à mort des autres — cette « classe de tra­vailleurs oubliés », disait autre­fois Charles Gide en par­lant des ani­maux, dans La Revue socia­liste. Le Guilcher en fait le récit dans une enquête à la pre­mière per­sonne : Steak Machine.


Vous vou­liez « savoir », dites-vous. Comment se réveille-t-on un jour avec cette envie ?

C’est par­ti d’une double démarche. Je voyais se pro­pa­ger la nou­velle mode des ham­bur­gers dans toutes les bras­se­ries : ils ont rem­pla­cé, presque par­tout, le plat de base — la cuisse de canard confite ou le tar­tare. Et les snacks low cost se met­taient à faire des « sup­plé­ments », trois ou quatre viandes dif­fé­rentes en plus de ton kebab ! Ça devient absurde : tu ne sais même plus com­bien il y a d’animaux dans ce que tu manges. Dans le même temps, je vou­lais savoir com­ment mar­chaient les abat­toirs. M’interroger sur mes habi­tudes ali­men­taires, d’une part, et com­prendre — suite au débat que l’association L214 avait fait émer­ger — ce qu’il se pas­sait de l’autre côté du décor. Je vou­lais faire un récit à la pre­mière per­sonne d’un des ces lieux sor­tis du néant, un lieu oublié, qu’on igno­rait, un lieu tabou. L214 a tiré un pre­mier fil : la souf­france des ani­maux dans ces abat­toirs, où le mini­mum légal n’est abso­lu­ment pas res­pec­té. J’ai vou­lu savoir qui bos­sait là-dedans, com­prendre ce qu’il s’y fai­sait.

Votre connais­sance ini­tiale est donc celle du grand public ?

« Quelle est la pre­mière cause du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ? L’élevage. »

Oui. Mais, très vite, quand me vient cette envie, je me docu­mente. Je ren­contre L214. Je leur dis que j’aimerais infil­trer un grand abat­toir indus­triel — ils m’ont aidé à le trou­ver. Je lis des livres, des rap­ports ins­ti­tu­tion­nels, des articles. J’affine. Je découvre qu’on tue un mil­liard d’animaux par an, en France. Qu’il existe des grands et des petits abat­toirs, muni­ci­paux. Je vou­lais voir un « monstre », celui qui fait que tout le monde bouffe de la viande — si on peut encore appe­ler ça ain­si — n’importe com­ment. Je suis d’origine bre­tonne, je suis donc allé là-bas. J’ai ensuite pris des conseils auprès de grands maîtres de l’infiltration.

Vous n’avez pas nom­mé l’abattoir en ques­tion : crainte d’éventuelles repré­sailles juri­diques ?

Au départ, je pen­sais le faire. Mais j’ai relu Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas : j’aimais le fait qu’elle raconte son expé­rience autant que l’intimité des gens qu’elle croise — avec tout ce que ça peut com­prendre de « com­pro­met­tant » pour eux. Au fond, on s’en fout de la marque. Ce qui m’importe, c’est qu’il incarne, comme tous les autres grands abat­toirs, l’absurdité moderne. Je ne vou­lais pas avoir de freins — même si je n’ai pas tout mis, c’est-à-dire ce qui pou­vait mettre en dan­ger des employés. L’anonymat per­met de racon­ter l’humain et pas seule­ment d’épingler une entre­prise.

L214 nous avait dit com­bien la ques­tion ani­male est « poli­tique ». En aviez-vous conscience ?

Je m’en dou­tais. Au même titre que les vio­lences poli­cières ou la drogue — ça implique toute la socié­té. Quelle est la pre­mière cause du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ? L’élevage. Mais j’ai décou­vert, en lisant notam­ment Faut-il man­ger des ani­maux ? et La Libération ani­male, qu’ouvrir sa propre conscience et sa propre sen­si­bi­li­té n’est pas ins­tinc­tif, sur­tout dans nos socié­tés ; c’est un tra­vail. Et on ne peut pas enfer­mer cette ques­tion entre les urbains et ceux qui vivent à la cam­pagne avec des bêtes ! Il existe des gens tota­le­ment insen­sibles à la souf­france de ceux qu’ils élèvent pour­tant… Tout le monde n’est pas récep­tif de la même manière. Certains vont arrê­ter du jour au len­de­main de tou­cher aux ani­maux lorsqu’ils découvrent ce que ça implique, d’autres avancent par paliers — et d’autres ne bou­ge­ront pas. Les per­sonnes qui gèrent L214 sont, contrai­re­ment à l’image qu’on pour­rait en avoir, res­pec­tueuses de ça — ils ne m’ont même pas deman­dé si j’étais végé­ta­rien… Leur cible pre­mière est l’industrie et leurs appuis (élus, etc.), pas les consom­ma­teurs. Je n’exclus pas de deve­nir végé­ta­rien, voire même végane, d’ailleurs. Dès que je peux évi­ter de man­ger de la viande, je le fais.

L’image est sou­vent l’électrochoc le plus puis­sant. Difficile de man­ger un agneau une fois qu’on l’a vu écar­te­lé sur une vidéo… Votre livre ne com­prend aucune pho­to­gra­phie. Quelle est la force spé­ci­fique de l’écrit ?

La ques­tion s’est posée. Beaucoup de gens sont heur­tés par ces images, jus­te­ment. Ils ne veulent ou ne peuvent pas les voir. Et pour­quoi pas ? Le texte, c’est une his­toire. Les images peuvent pri­ver la réflexion : c’est l’émotion, le choc. Je suis un grand lec­teur du des­si­na­teur de bande des­si­née Joe Sacco, du jour­na­liste Albert Londres ou de Nellie Bly — elle s’était infil­trée dans un asile de fous : c’est un récit incroyable. Je ne vou­lais pas écrire quelque chose de froid, comme si j’étais tota­le­ment externe. On inter­vient tou­jours, lorsqu’on raconte un récit. J’ai en tête un jour­na­lisme à la fron­tière du gon­zo — à la fron­tière car Hunter S. Thompson y pla­çait encore plus de sub­jec­ti­vi­té ! Je me méfie des jour­na­listes qui se disent « objec­tifs ». Un juge qui pense trai­ter une affaire d’une façon « neutre », aus­si. Un être humain a des influences et des condi­tion­ne­ments. La sub­jec­ti­vi­té, c’est assu­mer, énon­cer, puis lais­ser le lec­teur réflé­chir. Je devais dire que je man­geais de la viande, par exemple.

Vous écri­vez que la situa­tion dans les abat­toirs s’empire. Ça pour­rait sem­bler para­doxal, au regard des demandes crois­santes de trans­pa­rence…

« Les employés se trouvent dans un état catas­tro­phique. Ajoutez à ça la schi­zo­phré­nie des consom­ma­teurs : per­sonne ne veut ouvrir les portes. »

Le sec­teur de l’agroalimentaire, très lié au monde poli­tique, n’est pas prêt de bou­ger. Le dépu­té Olivier Falorni avait fait des pro­po­si­tions fortes, ins­pi­rées de ce qui se fait dans le car­cé­ral ou dans le nucléaire : le droit de visite, dans les abat­toirs, pour les par­le­men­taires, les asso­cia­tions et les jour­na­listes ; les abat­toirs mobiles — tout est pas­sé à la trappe. Sur 577 dépu­tés, seuls 32 étaient pré­sents le jour du vote, en pre­mière lec­ture à l’Assemblée… Le site de l’Assemblée n’avait jamais autant été consul­té. Il y avait un phé­no­mène de socié­té, une attente. Le rap­port était excellent mais la loi a accou­ché d’une sou­ris. Le ministre de l’Agriculture a enle­vé le plus de trucs pos­sibles et a fait savoir à Falorni qu’il allait avoir les dépu­tés PS contre lui s’il ne fai­sait pas des choix. À l’arrivée, il ne reste rien ! Rien ne change pour les ani­maux. Et la situa­tion risque d’être pire pour les employés, puisqu’ils savent qu’ils seront désor­mais fli­qués par leur hié­rar­chie.

Vous insis­tez sur les cadences et les rythmes infer­naux, sur la ges­tion pro­duc­ti­viste des abat­toirs. Vous en appe­lez à des abat­toirs « décrois­sants » ou à une remise en cause glo­bale du sys­tème ?

Je ne peux me pro­non­cer sur une « solu­tion idéale » car je sor­ti­rais de mes com­pé­tences. Je vou­lais sur­tout décrire l’outil tel qu’il est, aujourd’hui. C’est-à-dire absurde — une vache par minute, un porc toutes les vingt secondes et une poule toutes les deux secondes. Tu ne peux pas trai­ter digne­ment les hommes ni les ani­maux dans de telles condi­tions.

Les pro­prié­taires d’abattoirs répondent sys­té­ma­ti­que­ment à la demande de visi­bi­li­té que ce sont des lieux pri­vés.

Ils défendent leur bif­teck : c’est décon­nec­té de la réa­li­té, mais ça reste logique — si on se met à leur place. Il faut bien entendre que l’abattoir est une chaîne de tabous. Avant, on tuait les ani­maux en plein centre-ville. Les auto­ri­tés crai­gnaient, en plus des ques­tions d’hygiène, que les hommes, face à tout ce sang et ces cris, deviennent plus vio­lents encore à l’endroit d’autres hommes. Les « tue­ries », c’était le nom des abat­toirs alors, ont été dépla­cés en péri­phé­rie des villes — ban­lieue et cam­pagne. Après la Seconde Guerre mon­diale, les abat­toirs sont indus­tria­li­sés. L’industrie a pro­fi­té de ce tabou pour n’avoir à se pré­oc­cu­per de rien. L’abattoir n’est pas une entre­prise clas­sique. Un ani­mal sur cinq, comme le dit le minis­tère de l’Agriculture, est mal tué. Les employés se trouvent dans un état catas­tro­phique. Ajoutez à ça la schi­zo­phré­nie des consom­ma­teurs : per­sonne ne veut ouvrir les portes. Quand, dans cer­taines régions, l’abattoir consti­tue le plus grand bas­sin d’emplois, le dépu­té, s’il veut gar­der son man­dat, est obli­gé de défendre l’industrie.

La réa­li­sa­trice Maud Alpi a fil­mé la bou­ve­rie d’un abat­toir. Elle fut comme han­tée par le fait de pou­voir aller et venir à sa guise alors que les ani­maux autour d’elle ne le pou­vaient pas. Avez-vous éprou­vé cette sen­sa­tion ?

Non, car tout est fait pour que l’animal soit absent ou cho­si­fié, aux yeux de l’ouvrier. Je n’ai vu que des car­casses, dans la zone à laquelle j’étais affec­té. Ça res­semble fina­le­ment à une bou­che­rie géante. Je ne tra­vaillais pas avec des ani­maux sus­pen­dus au pla­fond, avec leur peau. C’est bien pour ça qu’ils ont construit, dans l’abattoir où j’ai bos­sé, un mur autour de la tue­rie. C’est sanc­tua­ri­sé. Il faut avoir fait onze mois d’abattoir pour avoir accès à ces zones. C’est bien pour ça que j’essayais de m’y infil­trer, car ce n’était pas per­mis… Les ani­maux se débattent, dans la tue­rie, ils foutent des coups. Certains col­lègues m’ont dit qu’ils ne pour­raient jamais tuer un ani­mal — il faut l’entendre, ça. Seule une mino­ri­té tue direc­te­ment.

Des asso­cia­tions plus radi­cales — comme 269 Libération ani­male — estiment que les employés des abat­toirs sont les bras armés de l’industrie et qu’il ne faut en rien les vic­ti­mi­ser. Comment l’entendez-vous ? 

« Les anti­spé­cistes ne sont pas des gens qui opposent les humains aux ani­maux : ils ont juste ouvert leur sen­si­bi­li­té à d’autres êtres sen­sibles. »

C’est tout à fait audible, pour moi. Tout comme ça l’est d’aller direc­te­ment inter­ro­ger des jiha­distes pour com­prendre leurs moti­va­tions, ain­si que l’a fait un col­lègue. Je suis jour­na­liste, pas mili­tant. Je pro­pose une démarche hon­nête ; libre, ensuite, aux mili­tants d’avoir un juge­ment moral sur mon récit. Ils se battent, ils ont une cause, très bien. Mais je dois dire, et je ne m’y atten­dais pas, que la sphère anti­spé­ciste a sou­te­nu le livre bien plus qu’elle ne l’a reje­té. Des « vian­dards » m’ont plu­sieurs fois deman­dé com­ment j’avais pu le pré­sen­ter à des mili­tants de la cause ani­male ; pour­tant, ce que j’ai sou­vent consta­té, c’est que les anti­spé­cistes ne sont pas des gens qui opposent les humains aux ani­maux : ils ont juste ouvert leur sen­si­bi­li­té à d’autres êtres sen­sibles. Mais c’est lié, dans l’esprit de la grande majo­ri­té d’entre eux. Le bou­quin est une expé­rience brute : l’enfer des mecs, la défonce, l’alcool. Ce sont des gens qu’on peut tous ren­con­trer. Je ne crois pas aux bour­reaux ni aux cou­pables : per­sonne n’est hors du champ de l’humanité.

L’habitude revient sou­vent, dans vos pages : on s’habitue, c’est comme ça, il faut bien…

Les gens qui y tra­vaillent font des choix ration­nels. Il n’y a pas de jobs, ils veulent res­ter vivre dans le coin, ils n’ont pas de diplôme : ils se retrouvent à l’abattoir. Mais per­sonne, à part une mino­ri­té, ne s’y épa­nouit. Tout le monde sait que c’est un tra­vail de merde. Mais il faut payer les cré­dits, les études pour les mômes…

Dans le docu­men­taire que vous avez coréa­li­sé sur le sujet, avec Envoyé spé­cial, cer­tains tra­vailleurs confiaient qu’ils avaient désor­mais, dans l’œil de leurs proches, honte de leur métier…

On en revient à la ques­tion du tabou. Quand tu réponds « Je tra­vaille dans un abat­toir », per­sonne ne pose de seconde ques­tion. Ça fout une ambiance de gla­çon dans la pièce. Ils ne parlent pas volon­tiers de leur métier, ils trouvent des parades… « Je suis dans l’alimentaire », « Je tra­vaille dans une bou­che­rie ». Et les voi­là, notam­ment sur Internet, à se faire défon­cer par des mil­liers des gens. C’est un choc violent, pour eux. Les employés sont une « don­née » du pro­blème, qu’il ne faut, j’y reviens, pas oppo­ser aux ani­maux. C’est un sys­tème.

Vous par­lez des « dam­nés de la viande ». Pourquoi convo­quer Frantz Fanon ?

J’aime bien Les Damnés de la Terre. Mais, au-delà, je son­geais à la rési­gna­tion qui touche leurs condi­tions de tra­vail : ça ne va pas évo­luer. Tout le monde s’en fout. Le consom­ma­teur réagit peu à la souf­france ouvrière. L’industrie s’en tape. Les poli­tiques ne consi­dèrent pas qu’il s’agit d’un sujet. Ils sont coin­cés. Ils sont les pre­mières vic­times de notre demande légi­time de trans­pa­rence : c’est eux qui prennent, pas les direc­tions.

Comme par­tout ailleurs, la viande n’échappe pas aux lois du genre…

Les chaînes sont consti­tuées de façon très sexuée. Plus tu approches de la tue­rie, plus c’est mas­cu­lin. Plus les ani­maux sont gros (porcs et bœufs), plus on trouve d’hommes. C’est his­to­rique, et je l’ai consta­té.

Vous racon­tez que l’animal peut deve­nir, pour les ouvriers, « un enne­mi » !

« Les chaînes sont consti­tuées de façon très sexuée. Plus tu approches de la tue­rie, plus c’est mas­cu­lin. »

Quand les ani­maux se débattent, quand un tau­reau résiste, quand un veau s’échappe et qu’un chef gueule toutes les vingt minutes pour que tu tiennes la cadence de la chaîne… il peut deve­nir ton enne­mi, oui. L’animal qui résiste, car il veut vivre, te rend plus dif­fi­cile une tâche hor­rible en soi et, comme l’explique la socio­logue Catherine Rémy, le per­ce­voir ain­si aide psy­chi­que­ment à le tuer en masse.

Verra-t-on un jour la fin des abat­toirs ?

Ce n’est pas impos­sible, mais ça ne vien­dra peut-être pas de là où l’attend. Les mili­tants de la cause ani­male ont fait sor­tir cette ques­tion de leurs cercles : c’est désor­mais une lame de fond au sein de la socié­té. Sans même évo­quer Mélenchon, les can­di­dats se mettent à en par­ler ; c’est un signe. Mais, sur­tout, les abat­toirs ne sont pas ren­tables : ils sont en néga­tif pour les porcs. C’est pour ça qu’ils sont tous aus­si tarés sur les cadences. Ajoutez la viande in-vitro, qui se déve­loppe — les indus­triels hol­lan­dais inves­tissent mas­si­ve­ment et pré­parent le pre­mier bur­ger sans souf­france ani­male. C’est un steak qui a pous­sé en éprou­vettes, avec de la bet­te­rave pour don­ner de la cou­leur, car il n’y a bien sûr pas de sang. L’industrie de la viande s’effondrera aus­si­tôt, si ça prend.

Les édi­tions des Équateurs pensent que l’édition per­met aujourd’hui de pal­lier le manque de longs repor­tages comme il en exis­tait autre­fois dans la presse. Était-ce une de vos envies, en créant les édi­tions Goutte d’Or ?

C’est com­pli­qué, même dans la grande presse, de vivre en tant que pigiste. Impossible de vendre ton repor­tage au pro­ra­ta des mois que tu as pas­sés à le faire ! Sans comp­ter que le livre a une durée de vie plus longue — l’article dis­pa­raît sou­vent aus­si­tôt. Tu rentres plus en pro­fon­deur, tu as plus de place. Nous, on lit de la « nar­ra­tive non­fic­tion » depuis long­temps. Les édi­tions du Sous-Sol l’ont remise au goût du jour mais Joseph Kessel fai­sait déjà ça ! Ça avait dis­pa­ru, en France, contrai­re­ment à la tra­di­tion anglo-saxonne. C’est du jour­na­lisme qui emprunte des codes à la lit­té­ra­ture, pour dire le réel sans rien sacri­fier au plai­sir de la lec­ture. On fait du jour­na­lisme qui nous res­semble. On sème, et aux autres de prendre la suite s’ils veulent. Nos thé­ma­tiques croisent celles des mili­tants mais on ne les sélec­tionne pas pour cette rai­son.


Toutes les pho­to­gra­phies sont de Maya Mihindou, pour Ballast.


REBONDS

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