Arnulfo Vásquez : « Les riches ne le sont pas parce que Dieu l’a voulu »


Entretien inédit pour le site de Ballast

La lutte des com­mu­nau­tés zapa­tistes du Chiapas a tra­ver­sé les fron­tières pour deve­nir le signal de ral­lie­ment contre les mul­ti­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments cor­rom­pus ; au risque de lais­ser dans l’ombre ses sem­blables de la région. Totonicapán est un dépar­te­ment du sud-ouest du Guatemala en Amérique cen­trale. Surnommé « Toto », il compte un peu moins de 100 000 habi­tants et est peu­plé de près de 22 com­mu­nau­tés dont l’immense majo­ri­té est indi­gène maya. Ici, les tra­di­tions pré­his­pa­niques se per­pé­tuent : les com­mu­nau­tés s’enracinent et s’organisent tan­tôt en paral­lèle d’un État, tan­tôt à son encontre lors­qu’il sou­tient des méga­pro­jets sur leur ter­ri­toire. Parmi ces orga­ni­sa­tions indi­gènes, les qua­rante-huit can­tons de Totonicapán pré­sentent sans doute la plus forte capa­ci­té de mobi­li­sa­tion liée à l’im­por­tance de l’i­den­ti­té, du ter­ri­toire, de tra­di­tions, et d’une mys­tique — for­mant ce que le phi­lo­sophe Cornélius Castoriadis nomme des « gise­ments cultu­rels ». Quelques mois après l’ar­ri­vée à la pré­si­dence de l’ex-géné­ral Otto Pérez Molina, élu sur un pro­gramme de mano dura (« main de fer »), l’ar­mée répri­me­ra une mani­fes­ta­tion paci­fique en tuant six pay­sans indi­gènes qui y par­ti­ci­paient. Le 4 octobre 2012, l’or­ga­ni­sa­tion blo­quait, comme elle le fait sou­vent, la Route pan­amé­ri­caine pour pro­tes­ter contre la hausse des tarifs de l’élec­tri­ci­té. Arnulfo Vásquez, secré­taire de leur comi­té direc­teur en 2011, nous éclaire sur leur orga­ni­sa­tion et leur méthode.


L’une des fonc­tions prin­ci­pales des can­tons est de défendre leur ter­ri­toire et leurs res­sources. Que repré­sente cette terre, pour­quoi est-elle si impor­tante pour le peuple toto­ni­ca­pense ?

Elle repré­sente la vie : c’est ici qu’on naît, qu’on vit et qu’on meurt. Les gens uti­lisent les biens maté­riels qu’offre la terre pour leur sur­vie. C’est pour cela qu’on la défend. On ne vit pas dans l’air ou en dehors de l’es­pace phy­sique : s’il en était ain­si, alors nous défen­drions l’air ou l’espace où nous vivrions !

En quoi l’i­den­ti­té indi­gène est-elle fon­da­men­tale dans la lutte ? Qu’est-ce qui lui per­met de demeu­rer vivante ?

Je suis maya k’iche’ et ceci défi­nit mon appar­te­nance à une com­mu­nau­té et à un ter­ri­toire. C’est dans ce ter­ri­toire que je mène ma vie ; c’est là que je dis­pose de la plu­part des biens de consom­ma­tion dont j’ai besoin pour sub­sis­ter. De telle sorte que, quel que soit l’élé­ment exté­rieur sus­cep­tible d’affecter ce ter­ri­toire, cela m’af­fec­te­ra direc­te­ment. C’est pour­quoi ma réac­tion spon­ta­née est de défendre ce ter­ri­toire. L’identité défi­nit donc ma manière d’a­gir, mon indi­gna­tion face aux agres­sions que subissent mon peuple, ma com­mu­nau­té, et enfin ma famille. Le choix s’impose de lut­ter pour chan­ger cette situa­tion. Notre iden­ti­té demeure vivante grâce au sou­ve­nir de toutes les luttes, tous les sacri­fices, tous les suc­cès ou revers subis dans le pas­sé ; en se rap­pe­lant com­ment, mal­gré tous ces obs­tacles, nos grands-pères comme nos pères ont réus­si à faire que les com­mu­nau­tés de ce peuple demeurent. Depuis, les luttes ont chan­gé d’objet. Avant, elles por­taient sur l’or et l’argent ou les tri­buts [à payer à la Couronne d’Espagne, ndlr]. Désormais, nous menons un com­bat contre les méga­pro­jets et les trans­na­tio­nales qui conti­nuent à vou­loir exploi­ter le peuple. Avant, la lutte avait lieu dans les rues, les mon­tagnes, les éta­blis­se­ments publics, ou sur les che­mins ; aujourd’­hui, ça se passe aus­si sur inter­net, à la radio et à la télé­vi­sion. Il faut faire pas­ser ce mes­sage, que notre peuple conti­nue de lutter pour obte­nir de meilleures condi­tions de vie. Il ne reste pas debout les bras croi­sés à espé­rer que l’État ou qui que ce soit d’autre change sa situa­tion.

Pouvez-vous nous expli­quer la manière dont fonc­tionnent les can­tones de Totonicapán ?

« Notre iden­ti­té demeure vivante grâce au sou­ve­nir de toutes les luttes, tous les sacri­fices, tous les suc­cès ou revers subis dans le pas­sé. »

L’organisation des qua­rante-huit can­tons a pour ori­gine des com­mu­nau­tés issues du peuple k’iche’ (qui­ché, selon l’orthographe espa­gnole) ayant migré à l’ouest de Gumarcaaj, un site archéo­lo­gique proche de Santa Cruz del Quiché, pour s’établir dans le ter­ri­toire qu’on appelle aujourd’­hui le Totonicapán. Ces com­mu­nau­tés ont main­te­nu leur orga­ni­sa­tion tra­di­tion­nelle, fon­dée sur l’idée de capl­pul (qui signi­fie « famille » avec une filia­tion patri­li­néaire) — ce qui jus­ti­fie l’importance du res­pect dû à la famille. À l’é­poque de la Conquête [l’in­va­sion colo­niale, ndlr], le ter­ri­toire de Totonicapán pos­sé­dait la plus grande armée du royaume k’iche’; cette armée, en charge de l’expansion du royaume, conquit notam­ment les ter­ri­toires des Mams, des Cakchi­quels et des Tzutu­hils [autres peuples mayas de la région, tou­jours pré­sents au Guatemala, ndlr]. De ces com­mu­nau­tés ori­gi­nelles et des terres qu’elles déte­naient sont issus des groupes qui ont créé des formes d’or­ga­ni­sa­tion sociale et ter­ri­to­riale garantes de l’unité et de l’ordre social. Cette orga­ni­sa­tion s’est main­te­nue durant l’é­poque de la Conquête et de la colo­nie. Des textes très anciens en langue maya, conser­vés dans la Casa de los algua­ciles [bâti­ment com­mu­nau­taire où siège l’or­ga­ni­sa­tion, ndlr], témoignent que les diri­geants de ces groupes ont fait valoir leurs droits à la pos­ses­sion de ces terres ; ce qui prouve qu’il exis­tait alors une orga­ni­sa­tion et avant tout une auto­ri­té au sein des com­mu­nau­tés. Il existe un docu­ment datant de 1796 qui éta­blit la liste des groupes et de leurs repré­sen­tants res­pec­tifs devant l’or­ga­ni­sa­tion, au nombre de qua­rante-huit : il consti­tue une preuve his­to­rique et docu­men­tée d’une orga­ni­sa­tion sécu­laire et ances­trale.

Les can­tons sont orga­ni­sés en cinq assem­blées (Juntas). L’assemblée géné­rale consti­tuée des maires com­mu­naux d’a­bord : elle réunit les maires des qua­rante-huit can­tons qui sont char­gés de repré­sen­ter leur com­mu­nau­té devant les ins­tances natio­nales, gou­ver­ne­men­tales et non-gou­ver­ne­men­tales. Les deux assem­blés en charge des algua­ciles [auto­ri­tés char­gées de la sécu­ri­té, ndlr] ensuite. Elles répondent à la néces­si­té de veiller à la sécu­ri­té des docu­ments his­to­riques du peuple de Chuimekená. Chaque com­mu­nau­té exé­cute ain­si un tour de garde de vingt-quatre heures pour que les archives du peuple ne soient pas sub­ti­li­sées ou lues sans le consen­te­ment de l’as­sem­blée. Dans leur com­mu­nau­té, les algua­ciles sont le bras droit du maire — ce sont eux qui citent et, dans cer­tains cas, accom­pagnent les per­sonnes qui font l’ob­jet d’un « arran­ge­ment » [le règle­ment d’un cas pro­blé­ma­tique par les auto­ri­tés com­mu­nau­taires, ndlr], quel que soit le pro­blème sou­le­vé. L’assem­blée en charge des Bains publics d’eau chaude est res­pon­sable de l’ad­mi­nis­tra­tion des thermes, qui sont la pro­prié­té com­mune du peuple. C’est une ins­ti­tu­tion sécu­laire, où l’on veille d’en­core plus près au res­pect des formes de l’organisation du peuple k’iche’ dans la ges­tion des biens et ser­vices publics. Enfin, l’assemblée en charge des Ressources natu­relles a pour prin­ci­pale fonc­tion l’or­ga­ni­sa­tion des com­mu­nau­tés pour ce qui est du contrôle, de la pro­tec­tion et de l’u­sage des biens natu­rels appar­te­nant au peuple en l’oc­cur­rence, la forêt com­mu­nale et le sys­tème d’approvisionnement en eau potable. Ses prin­ci­pales actions concernent la conser­va­tion tra­di­tion­nelle, la ges­tion durable et l’usage indis­cri­mi­né des res­sources.

Qui détient le pou­voir et com­ment est-il répar­ti entre les dif­fé­rents res­pon­sables ?

À l’é­chelle com­mu­nau­taire, on attri­bue le man­dat de diri­ger, coor­don­ner et suivre la réa­li­sa­tion des actions de déve­lop­pe­ment de la com­mu­nau­té. Ceci confère la pos­si­bi­li­té de convo­quer l’as­sem­blée, mais aus­si de coor­don­ner les dif­fé­rentes assem­blées et de repré­sen­ter la communau­té devant les ins­tances locales, muni­ci­pales et natio­nales. Les qua­rante-huit can­tons sont dotés de repré­sen­tants. Parmi eux, l’assemblée géné­rale des maires, ins­tance consul­tée par les orga­ni­sa­tions exté­rieures, défi­nit les pro­po­si­tions et les actions à entre­prendre par les com­mu­nau­tés. Cette assem­blée a force d’opposition, mais aus­si de pro­po­si­tion. Dans la struc­ture géné­rale, les autres assem­blées exé­cutent des tâches de sur­veillance subor­don­nées aux maires. Si ces tâches sont cor­rec­te­ment accom­plies, elles obtiennent le sou­tien des com­mu­nau­tés. Si elles ne le sont pas, cela entraîne des divi­sions qui nuisent à la concré­ti­sa­tion des objec­tifs de l’or­ga­ni­sa­tion.

Photographie : « Nosotros », Jorge Luis Chavarria

Comment sont élus les res­pon­sables des assem­blées ?

Les assem­blées sont choi­sies par­mi les auto­ri­tés nom­mées par les com­mu­nau­tés, selon un pro­ces­sus de repré­sen­ta­tion directe. Neuf per­sonnes sont choi­sies pour occu­per un poste allant du pré­sident au troi­sième conseiller. Une fois nom­mée ou élue dans sa com­mu­nau­té, une per­sonne peut d’office rejoindre une des assem­blées pour y exer­cer sa com­pé­tence (repré­sen­tant de l’au­to­ri­té (algua­cil) de la com­mu­nau­té, délé­gué aux Bains, délé­gué aux Ressources natu­relles). Ce n’est pas pré­ci­sé­ment une situa­tion que cette per­sonne aura déli­bé­ré­ment choi­sie, mais l’exer­cice d’une fonc­tion pour laquelle elle aura été dési­gnée par sa com­mu­nau­té. Il s’a­git d’une charge hono­raire, non rému­né­rée. Chaque année, l’au­to­ri­té com­mu­nale renou­velle la majo­ri­té des postes. Seules quelques assem­blées, selon la nature de leur fonc­tion, l’exercent pour une durée supé­rieure à un an.

Pouvez-vous nous expli­quer ce que sont, et ont été, les forces et les fai­blesses d’une telle orga­ni­sa­tion ?

« Si je suis de ser­vice cette année, je me sacri­fie pour tous ; d’autres à leur tour, ser­vi­ront les années sui­vantes : c’est une chaîne qui vise au main­tien du bien com­mun. »

Sa force prin­ci­pale réside dans son orga­ni­sa­tion même. La par­ti­ci­pa­tion directe est éga­le­ment un fac­teur impor­tant : le fait de connaître les diri­geants et leur par­cours (ils vivent tous au sein de la com­mu­nau­té), est un atout majeur. Et la capa­ci­té d’ap­pel à la mobi­li­sa­tion est sans aucun doute un effet direct. Mais la pau­vre­té cultu­relle, éco­no­mique et poli­tique fait indé­nia­ble­ment par­tie de ce fonc­tion­ne­ment, liée qu’elle est à l’« autre système » [éta­tique-bureau­cra­tique, ndlr]. En effet, lorsque l’or­ga­ni­sa­tion com­mu­nau­taire entre en contact — et c’est le cas tous les jours — avec l’« autre sys­tème », cela impacte les codes de l’organisation : cela les rend vul­né­rables et, dans cer­tains cas, « récu­pé­rables » à l’é­chelle natio­nale par les agents du sys­tème poli­tique, éco­no­mique et social. Il peut s’agir par exemple de coop­ta­tion [élec­tion par l’assemblée elle-même d’un nou­veau membre, ndlr] dans des pro­jets rele­vant du clien­té­lisme.

Dans un article de Gladys Tzul Tzul, pré­si­dente de l’as­sem­blée direc­tive pour l’an­née 2015, on peut lire : « Le pou­voir du peuple réside dans la notion de ser­vice et le ser­vice consti­tue l’un des piliers fon­da­men­taux du sys­tème de gou­ver­ne­ment com­mu­nal de Totonicapán. » Que signi­fie la notion de ser­vice ? 

Le ser­vice est une « pres­ta­tion humaine qui répond à des néces­si­tés sociales et qui n’est pas en rela­tion avec l’é­la­bo­ra­tion de biens maté­riels. » J’ai trou­vé cette défi­ni­tion au cours d’une lec­ture. Il en existe sûre­ment de plus éla­bo­rées. Le ser­vice, à Totonicapán, est de fait com­pris comme l’ac­tion que nous entre­pre­nons, nous qui vivons dans la com­mu­nau­té, pour répondre aux pro­blèmes qui se posent à ses membres. Cette pra­tique vise à main­te­nir l’har­mo­nie et la paix dans les familles et dans la com­mu­nau­té. Elle se tra­duit dans les actions accom­plies par les qua­rante-huit can­tons : lorsque ceux-ci engagent une lutte, les sujets concernent tou­jours l’ensemble de la popu­la­tion et pas seule­ment celle de Totonicapán. Concernant la forêt par exemple, le ser­vice consiste à en prendre soin et à la pro­té­ger. De qui ? Souvent, de per­sonnes qui en tirent pro­fit sans être conscientes qu’il faut la pré­ser­ver, pro­ba­ble­ment parce que la pau­vre­té, l’ex­trême pau­vre­té même, les contraignent à com­mettre des dépré­da­tions pour assu­rer leur sub­sis­tance. En outre, si je suis de ser­vice cette année et que je me sacri­fie pour tous. Ce sont d’autres qui, à leur tour, ser­vi­ront les années sui­vantes et qui vont consen­tir à cer­tains sacri­fices pour moi. C’est une chaîne de ser­vices qui vise au main­tien du bien com­mun.

Cette orga­ni­sa­tion fonc­tionne à l’é­chelle d’une com­mu­nau­té de quelques dizaines de mil­liers de per­sonnes ; dans quelle mesure ce type d’or­ga­ni­sa­tion vous semble repro­duc­tible à plus vaste échelle ?

« Lorsqu’on com­mence à doter d’un pri­vi­lège ou d’une indem­ni­té tel ou tel poste de direc­tion, ce n’est plus vrai­ment un ser­vice, mais une manière de géné­rer des reve­nus. »

C’est pos­sible à par­tir du moment où l’on consi­dère le ser­vice comme étant un élément fon­da­men­tal de l’or­ga­ni­sa­tion. On a ten­té de repro­duire ce type de sché­ma dans des ONG com­mu­nau­taires, par exemple ; mais lorsqu’on com­mence à doter d’un pri­vi­lège ou d’une indem­ni­té tel ou tel poste de direc­tion, ce n’est plus vrai­ment un ser­vice, mais une manière de géné­rer des reve­nus. Au sein des qua­rante-huit can­tons, ces pra­tiques sont impos­sibles, puisque ce ser­vice, d’autres l’ont four­ni et nous, la géné­ra­tion actuelle, pre­nons le relais.

Pour que ce modèle social et poli­tique puisse conti­nuer de fonc­tion­ner, il faut un fort enga­ge­ment de la popu­la­tion, qui sup­pose qu’elle accepte de sacri­fier des inté­rêts pri­vés à l’in­té­rêt com­mun. Comment vit-elle cette obli­ga­tion ?

On se pose cette ques­tion : quelle serait la situa­tion actuelle de notre peuple et de nos com­mu­nau­tés si nos pères et grands-pères ne s’é­taient pas impli­qués dans ce sys­tème orga­ni­sa­tion­nel ? La réponse est évi­dente. Nous serions dans un état bien pire que celui dans lequel nous nous trou­vons, car nous n’au­rions pas pu conser­ver la plu­part de nos biens. Pour cer­tains, ce ser­vice social implique de ces­ser de tra­vailler de façon per­ma­nente et de trou­ver d’autres moyens d’avoir des reve­nus pour sub­ve­nir à leurs besoins essen­tiels. Cela peut vou­loir dire aban­don­ner son emploi dans une ins­ti­tu­tion qui ne com­prend pas le ser­vice com­mu­nau­taire, ou lais­ser de côté un pro­jet per­son­nel. Jusqu’à pré­sent, nous ne connais­sons pas de cas dans les­quels le fait de s’être acquit­té d’une charge com­mu­nale ou d’un ser­vice ait ren­du une per­sonne plus pauvre qu’elle ne l’é­tait. En réa­li­té, la vie se charge de com­pen­ser cet effort.

Photographie : « Nosotros », Jorge Luis Chavarria

Vous paraît-il per­ti­nent de par­ler de sou­ve­rai­ne­té popu­laire ?

Ici, il n’y a pas de sou­ve­rai­ne­té popu­laire car les déci­sions adop­tées sont sans rap­port avec l’exer­cice du pou­voir de l’État. C’est un exer­cice qui doit être consi­dé­ré par les pre­neurs de déci­sions comme une mani­fes­ta­tion réelle de la volon­té du peuple. Ce n’est pas régu­lé par la loi. Les fonc­tion­naires publics, à l’é­che­lon local, acceptent en géné­ral que le cadre de juri­dic­tion et l’autorité s’exercent stric­te­ment dans la com­mu­nau­té, pour ce qui concerne les affaires com­mu­nau­taires. Ils ne doivent pas inter­fé­rer dans des affaires qui dépendent d’autres auto­ri­tés. Il est impor­tant de men­tion­ner éga­le­ment que l’or­ga­ni­sa­tion des qua­rante-huit can­tons n’est pas dotée d’une struc­ture fixe, d’une équipe tech­nique ni d’un cabi­net qui lui per­met­traient de mettre en œuvre des actions à court ou moyen terme allant au-delà du man­dat exer­cé par les dif­fé­rentes assem­blées direc­tives.

L’intensité de la mobi­li­sa­tion de la com­mu­nau­té (les assem­blées, les mani­fes­ta­tions) n’est-elle pas un frein à l’ac­ti­vi­té éco­no­mique locale, voire un obs­tacle à la vie pri­vée ?

« Il n’y a pas de sou­ve­rai­ne­té popu­laire car les déci­sions adop­tées sont sans rap­port avec l’exer­cice du pou­voir de l’État. »

Non. C’est pré­ci­sé­ment pour évi­ter cela que les déten­teurs de l’autorité changent constam­ment, afin d’é­vi­ter qu’une seule per­sonne ou famille n’exerce l’au­to­ri­té. Il est impor­tant de sou­li­gner qu’il s’agit de ser­vices. Les per­sonnes de la com­mu­nau­té expé­ri­mentent diverses façons de « ser­vir », à dif­fé­rentes époques et en toutes cir­cons­tances.

Les qua­rante-huit can­tons ont fait les frais des vio­lences de l’État. Est-ce en rai­son de leur rela­tive indé­pen­dance vis-à-vis des entre­prises capi­ta­listes et de l’organisation poli­tique ?

Cela ne fait aucun doute. Historiquement, il est éta­bli que nos peuples ont lut­té contre tous les sys­tèmes oppres­seurs qui mena­çaient leur exis­tence et leur déve­lop­pe­ment. Il est impor­tant de sou­li­gner que jus­qu’en 2012, le sys­tème tolé­rait les mani­fes­ta­tions des qua­rante-huit can­tons. Mais pour le gou­ver­ne­ment néo-mili­taire d’Otto Pérez Molina, il était pri­mor­dial de rendre visible sa répres­sion des mani­fes­ta­tions popu­laires. N’est-ce pas évident qu’il lui fal­lait s’en prendre à l’une des orga­ni­sa­tions les plus pug­naces poli­ti­que­ment à l’é­chelle natio­nale ?

Face à de telles vio­lences (mili­taires, sociales, éco­no­miques), la ques­tion de la lutte armée s’est-elle posée ?

La recherche du dia­logue pour résoudre les dif­fé­rends et trou­ver des solu­tions à dif­fé­rents pro­blèmes : voi­ci l’un des apports les plus signi­fi­ca­tifs du peuple de Totonicapán. La mani­fes­ta­tion publique est la der­nière option à laquelle nous avons recours pour faire connaître un désac­cord. Ce n’est jamais une déci­sion prise à la légère, sans réflexion, tout au contraire. Il faut d’abord épui­ser toutes les autres pos­si­bi­li­tés, avec l’espoir que les déci­sion­naires jouent leur rôle et que les réso­lu­tions prises auront des béné­fices réels pour la popu­la­tion. Armer les gens est donc une option que nous écar­tons pour l’avenir.

Les gens de Totonicapán sont-ils plus poli­ti­sés que dans d’autres régions du pays ?

« Armer les gens est une option que nous écar­tons pour l’avenir. »

Oui. Ils savent qu’ils ont des droits et des obli­ga­tions. Les obli­ga­tions s’ho­norent ; elles font par­tie de la vie en com­mun. Tout le monde n’a pas les mêmes capa­ci­tés, mais per­sonne, à Totonicapán, n’ignore l’idée de droit. Les gens dési­rent vivre dans de meilleures condi­tions et l’indignation est évi­dente quand on sait que la grande pau­vre­té est liée au fait que des puis­sants acca­parent toute la richesse.

Comment se trans­met la connais­sance des enjeux de la lutte quand le dis­cours sco­laire et média­tique ne per­met pas de les com­prendre ?

À l’écart de cette pro­pa­gande, l’organisation s’affirme. À Totonicapán, nous sommes en lutte de façon per­ma­nente, car nos droits sont per­pé­tuel­le­ment vio­lés. Les choses vont mal ; et ce à quoi nous pré­ten­dons, c’est le bon­heur. Pour un public euro­péen, cela doit paraître très sim­pliste, mais il en va ain­si. Parlons de l’é­cole : en Europe, il y a quelques années, les enfants ne dis­po­saient pas d’un accès Internet pour connaître le monde par eux-mêmes ; ici, au Guatemala, des enfants n’ont pas d’é­cole ou pas assez d’en­sei­gnants, ne reçoivent pas assez de four­ni­tures sco­laires, etc. En terme de san­té, c’est encore pire. J’ai visi­té des hôpi­taux en Belgique et aux Pays-Bas où les patients sont pris en charge en un quart d’heure, avec des ser­vices de qua­li­té. On a presque plai­sir à tom­ber malade en Europe ! Je plai­sante… Au Guatemala, finir à l’hô­pi­tal est ce qui peut arri­ver de pire : tu dois par­ta­ger ta chambre avec trois ou quatre autres per­sonnes, les médi­ca­ments sont rares, etc.

Photographie : « Nosotros », Jorge Luis Chavarria

Quel est le rôle des intel­lec­tuels locaux dans la dif­fu­sion de la connais­sance ?

Il est impor­tant de faire savoir que la situa­tion actuelle du Guatemala et celle du monde ne résulte pas d’un des­sein ou de la grâce de Dieu, ni le fait du hasard. Les riches ne le sont pas parce que Dieu l’a vou­lu ain­si [réfé­rence à la Théologie de la pros­pé­ri­té, pro­pa­gée par les sectes évan­gé­liques, dont la crois­sance rapide fait du Guatemala le deuxième pays d’Amérique latine où elle se déve­loppe le plus rapi­de­ment, après le Brésil, ndlr]. Il faut ana­ly­ser les causes struc­tu­relles de la pau­vre­té et de l’ex­trême pau­vre­té, la manière dont les com­mu­nau­tés y font face et com­ment il serait pos­sible d’en sor­tir. Ainsi, ceux qui ont étu­dié davan­tage, ceux qui ont un peu plus com­pris, doivent aider leurs voi­sins, leurs amis ou leur famille pour leur ouvrir l’es­prit et faire ger­mer par­tout le sen­ti­ment et la force qui poussent à lut­ter et aller de l’a­vant.

Vous reje­tez les pro­jets miniers, l’im­plan­ta­tion d’an­tennes télé­pho­niques, les entre­prises hydro­élec­triques, de même que les ins­ti­tu­tions éta­tiques. On vous taxe ain­si fré­quem­ment d’en­ne­mis du pro­grès et du déve­lop­pe­ment. Que répon­dez-vous à ces cri­tiques ?

« Les riches ne le sont pas parce que Dieu l’a vou­lu ain­si. »

C’est l’ar­gu­ment des pro­prié­taires de grands groupes, qui veulent coûte que coûte implan­ter leurs entre­prises pour gagner davan­tage. Il est faux de dire que nous sommes contre le pro­grès et le déve­lop­pe­ment. Nous vou­lons pro­gres­ser et vivre bien, mais pas à leur manière. Nous ne vou­lons pas de villes où il y a tout ce qu’il faut et des zones rurales où on vit dans la misère. Je crois que le pro­grès et le déve­lop­pe­ment reviennent à ceux qui y tra­vaillent ; mais, aujourd’­hui, ceux qui en tirent pro­fit et béné­fices sont ceux qui détiennent le capi­tal et la spé­cu­la­tion comme moyens de pro­duc­tion.

L’organisation des can­tons existe depuis l’é­poque qui a pré­cé­dé la Conquête et les pre­miers temps de l’oc­cu­pa­tion espa­gnole. Existe-t-il une pen­sée théo­rique rela­tive à l’or­ga­ni­sa­tion ?

L’organisation exis­tait au sein du peuple maya k’iche’. Elle a tra­ver­sé le temps et a consti­tué une base pour le main­tien de la com­mu­nau­té et du peuple. Toute la théo­ri­sa­tion qui a été faite l’a été sur l’idée de ter­ri­toire. Nos ancêtres disaient : « Nos grands-pères sont arri­vés sur ces terres. Ils ont com­men­cé à vivre ici et se sont orga­ni­sés afin que cha­cun puisse la tra­vailler et faire vivre sa famille. Il était néces­saire d’en prendre soin parce que d’autres peuples vou­laient vivre ici. Les hommes se sont donc orga­ni­sés en se relayant de telle façon que tous pou­vaient culti­ver la terre, tan­dis que les autres la pro­té­geaient, à tour de rôle. » Ils disaient aus­si : « Quand nos grands-pères venaient à peine d’ar­ri­ver, les autres peuples ne vou­laient pas d’eux ; c’est pour­quoi il y a des com­mu­nau­tés à nos fron­tières, car il fal­lait défendre la terre. » Des per­sonnes se sont vouées à cette tâche, issues elles aus­si des com­mu­nau­tés, et fait en sorte que les terres ne soient pas occu­pées par d’autres. Finalement, elles sont res­tées défi­ni­ti­ve­ment vivre ici.

Les régions à majo­ri­té indi­gène sont confron­tées aux mêmes pro­blèmes que le reste du pays et toute l’Amérique latine : machisme, vio­lences domes­tiques, délin­quance ou carences édu­ca­tives. Elles ont aus­si des pro­blèmes spé­ci­fiques : mal­nu­tri­tion, sur­na­ta­li­té. Les sta­tis­tiques démontrent cepen­dant que le taux d’ho­mi­cide y est infé­rieur au reste du pays, voire à tout le Triangle du Nord (Salva­dor, Honduras et Guatemala). Comment par­ve­nez-vous à limi­ter et à pré­ve­nir la vio­lence ?

« Nous ne sommes pas les habi­tants d’un vil­lage pla­né­taire flot­tant dans les airs. »

Par le trai­te­ment spé­ci­fique de la vio­lence conju­gale, des vols, des agres­sions phy­siques — tous symp­tômes d’un mal-être au sein de la famille. L’autorité assume un rôle de conseil pour résoudre l’un de ces pro­blèmes. Une réflexion est mise en place afin de com­prendre ce qui pose sou­ci et quelles consé­quences il y aurait à conti­nuer sur cette voie. Un contrôle de l’au­to­ri­té veille à ce que les indi­vi­dus cessent d’agir de manière agres­sive ou vio­lente. Si les faits per­sistent ou s’ag­gravent, la manière de résoudre le pro­blème devien­dra aus­si plus dure ; la méthode adop­tée varie alors selon la gra­vi­té et le risque de réci­dive des per­sonnes concer­nées. La sanc­tion la plus plus sévère est sans aucun doute l’exil — auquel il n’a été recou­ru que rare­ment. Ceux qui l’ont subi ont ren­con­tré de nom­breux pro­blèmes pour aller de l’a­vant, car la com­mu­nau­té parlent entre elles, elles se mettent au cou­rant de la situa­tion d’un indi­vi­du.

Quels rôles jouent les orga­ni­sa­tions indi­gènes et rurales dans le main­tien de la cohé­sion sociale ?

Elle servent à ce que la famille soit la struc­ture orga­ni­sa­tion­nelle fon­da­men­tale. Ensuite, à faire prendre conscience qu’il faut consi­dé­rer la famille d’une manière plus large, en tant que com­mu­nau­té : c’est là où se forme le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à l’i­den­ti­té ter­ri­to­riale, fon­da­men­tale dans notre culture. Nous ne sommes pas les habi­tants d’un vil­lage pla­né­taire flot­tant dans les airs ; nous fai­sons par­tie d’une orga­ni­sa­tion, d’une culture et d’un mode de vie qui donnent à cha­cun les moyens de son déve­lop­pe­ment. Nous insis­tons beau­coup sur l’im­por­tance de la famille. De fait, les com­mu­nau­tés sont for­mées de familles.

Photographie : « Nosotros », Jorge Luis Chavarria

Quel est le rôle des femmes dans la lutte ?

Jusqu’à pré­sent, il a consis­té en un rôle de subor­di­na­tion ; elles ont été relé­guées au second plan. Leur apport est impor­tant, mais il n’est pas visible, dans la mesure où l’i­dée que ce sont les hommes qui portent les luttes pré­do­mine… alors que ceux qui souffrent le plus des consé­quences des carences sont, dans la famille et la com­mu­nau­té, les femmes et les enfants.

Qu’est-ce qui empêche, à l’é­che­lon local et com­mu­nau­taire, de dépas­ser la domi­na­tion mas­cu­line ?

Ce sont par­fois les tra­di­tions. En géné­ral, les gens croient que les femmes n’ont pas la capa­ci­té de diri­ger une assem­blée, d’or­ga­ni­ser une réunion et, sur­tout, d’af­fron­ter l’État. Cette idée fausse se délite peu à peu, dans la mesure où un nombre crois­sant de femmes assume un rôle impor­tant dans des struc­tures orga­ni­sa­tion­nelles. Le fait que de plus en plus de femmes assument des fonc­tions allant de l’é­che­lon com­mu­nau­taire à la struc­ture même des qua­rante-huit can­tons démon­tre la valeur de l’apport des femmes.

Trouve-t-on, dans la com­mu­nau­té, des per­sonnes de dif­fé­rentes classes sociales (bour­geois, com­mer­çants, ouvriers, petits pro­prié­taires ter­riens, intel­lec­tuels, avo­cats, fonc­tion­naires, etc.) ?

« On valo­rise l’ex­pé­rience, l’es­prit de ser­vice, l’en­ga­ge­ment vis-à-vis de la com­mu­nau­té ; plus que la pos­ses­sion de biens maté­riels ou de richesses. »

À Totonicapán, on n’ob­serve pas de stra­ti­fi­ca­tions si mar­quées (je crois, mais je ne suis pas expert en la matière). Il y a des per­sonnes qui pos­sèdent plus de biens maté­riels et d’argent que d’autres, mais il n’existe pas de grandes hacien­das. Tout le monde se connaît et il existe un res­pect de cha­cun. Il y a des cas où le maire est une per­sonne pauvre et où cer­tains membres de l’or­ga­ni­sa­tion ont davan­tage de biens. On valo­rise donc sur­tout l’ex­pé­rience, l’es­prit de ser­vice, l’en­ga­ge­ment vis-à-vis de la com­mu­nau­té, plus que la pos­ses­sion de biens maté­riels ou de richesses. Dans la com­mu­nau­té, cha­cun est utile à tous ; per­sonne ne peut avan­cer le fait d’exercer une pro­fes­sion ou tout autre autre excuse pour se sous­traire à l’exé­cu­tion de sa charge. Ça ne peut pas être un objet de dis­cus­sion.

Il existe dans la gauche euro­péenne une défiance vis-à-vis de l’af­fir­ma­tion poli­tique d’une iden­ti­té. Beaucoup pensent que l’af­fir­ma­tion d’une iden­ti­té natio­nale ou régio­nale conduit à se fer­mer à l’é­tran­ger et au racisme. La défense de l’i­den­ti­té et du ter­ri­toire k’iche’ implique-t-elle, selon vous, une forme de racisme vis-à-vis d’autres iden­ti­tés ou au contraire, ouvre-t-elle sur une fra­ter­ni­té, voire une par­ti­ci­pa­tion à d’autres luttes ?

C’est sans aucun doute la deuxième pos­si­bi­li­té qui se réa­lise. D’où l’im­por­tance d’af­fir­mer la néces­si­té de conce­voir le ter­ri­toire comme un tout, et non comme des élé­ments dis­pa­rates et iso­lés. Dans un monde glo­ba­li­sé, si le ter­ri­toire d’un peuple don­né est pré­ser­vé, s’il par­vient à ce que l’es­pèce humaine per­dure sans porter pré­ju­dice aux autres espèces vivantes, il sera consi­dé­ré comme stable. Beaucoup, alors qu’ils ne par­tagent pas cette idée, s’a­li­mentent pour­tant de ce qui se pro­duit dans d’autres ter­ri­toires. Tout est lié, comme les maillons d’une chaîne. Les luttes du peuple k’iche’ des qua­rante-huit can­tons influencent — posi­ti­ve­ment ou néga­ti­ve­ment — toutes les autres.


Propos recueillis et tra­duits de l’es­pa­gnol par Mikael Faujour.
Toutes les pho­to­gra­phies sont de Jorge Luis Chavarría, et de Paula Cabrera (vignette).


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