Albert Camus et l’Algérie


Texte inédit | Ballast

Faudrait-il donc « oublier Camus1 », comme y invite un essai récent ? Si l’é­cri­vain, socia­liste anti-auto­ri­taire, a été un ardent défen­seur de la paix et s’est bat­tu pour l’a­bo­li­tion de la peine de mort aux côtés d’Arthur Koestler, il n’a pas su dénon­cer la construc­tion de l’Algérie fran­çaise et la poli­tique colo­niale de la France. De L’Étranger au Premier homme, la terre où est né Camus irrigue ses romans et récits. Pied-noir, enfant de l’é­cole répu­bli­caine, la cri­tique de l’é­cri­vain s’est émous­sée dès lors qu’il s’est agit de dénon­cer les hor­reurs com­mises par le colo­ni­sa­teur au Maghreb. Dans ce texte, l’his­to­rien Alain Ruscio revient sur les écrits et dis­cours de Camus afin de com­prendre sa posi­tion sur l’Algérie2.


Camus l’Algérien

Albert Camus, né en Algérie, a appar­te­nu par toutes ses fibres à cette terre. Son œuvre, mais aus­si ses enga­ge­ments humains et poli­tiques, ont été tout entiers mar­qués par ce pays. Il est cer­tain que l’écrivain n’a jamais eu la pré­ten­tion d’être le chef d’une cha­pelle idéo­lo­gique, encore moins d’un par­ti intel­lec­tuel. Ces termes mêmes l’auraient sans aucun doute hor­ri­fié. Pourtant, son œuvre, ses prises de posi­tions, son action, ont ins­pi­ré, et ins­pirent encore lar­ge­ment, une frange non négli­geable du monde poli­tique, jour­na­lis­tique et intel­lec­tuel. Pour Michel Onfray, qui n’en est pas à une affir­ma­tion péremp­toire près, Camus aurait été un « socia­liste liber­taire anti­co­lo­nia­liste3 » « de la pre­mière heure4 », ana­lyse confor­tée par la haine que lui vouèrent alors les milieux ultras. A contra­rio, sa per­sonne et son mes­sage sont tou­jours l’objet de vives cri­tiques de part et d’autre de la Méditerranée. Camus, « figure impé­ria­liste très tar­dive » comme l’é­crit Edward Saïd, sym­bole de l’« impuis­sance tra­gique de la conscience fran­çaise5 » ? Ou, pour le dire avec Raymond Aron, un « colo­ni­sa­teur de bonne volon­té6 » ? Ou encore un « colo­ni­sa­teur qui se refuse », de ceux dont Albert Memmi a dres­sé une ana­lyse cruelle mais inou­bliable dans Portrait d’un colo­ni­sa­teur7 ? Quant aux études publiées en Algérie, elles sont pour la plu­part plus sévères encore8 : « dépas­sé par la dyna­mique de l’Histoire », il a lais­sé échap­per l’occasion « d’entrer, non pas tant à l’Académie Nobel, mais au pan­théon des justes9 ».

« Il y a sans doute trois Camus : le jour­na­liste, le roman­cier, le citoyen natif de cette terre. »

Il y a sans doute, en fait, trois Camus, qui évi­dem­ment s’en­tre­mêlent selon les époques et les sol­li­ci­ta­tions de l’actualité : le jour­na­liste, qui n’hésita pas à aller sur le ter­rain et à témoi­gner en Kabylie en 1939, puis à pro­po­ser des solu­tions libé­rales en 1945 ; le roman­cier, qui uti­li­sa le cadre géo­gra­phique et humain qu’il connais­sait le mieux pour y ins­tal­ler ses intrigues ; enfin, le citoyen natif de cette terre, qui assis­ta impuis­sant à un affron­te­ment des com­mu­nau­tés qu’il avait pres­sen­ti, mais qu’il fai­sait tout pour repous­ser ou, au moins, limi­ter10Ces trois Camus se rejoignent tou­te­fois sur un point : un atta­che­ment vis­cé­ral trans­cen­dant tout dis­cours ration­nel à sa terre d’Algérie :

« Étant né dans ce désert, je ne puis son­ger en tout cas à en par­ler comme un visi­teur. Est-ce qu’on fait la nomen­cla­ture des charmes d’une femme très aimée ? Non, on l’aime en bloc, si j’ose dire, avec un ou deux atten­dris­se­ments pré­cis, qui touchent à une moue favo­rite ou à une façon de secouer la tête. J’ai ain­si avec l’Algérie une longue liai­son qui sans doute n’en fini­ra jamais, et qui m’empêche d’être tout à fait clair­voyant à son égard11 ».

Rarement autant qu’avec Camus, en effet, on eut l’impression — fon­dée — qu’un Européen natif de cette terre avait le droit, tout comme ses com­pa­triotes musul­mans, de se pro­cla­mer Algérien.

Albert Camus est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, aujourd’­hui Dréan, une petite ville proche de Bône. Il a pas­sé son enfance dans un quar­tier d’Alger, à Belcourt. Orphelin, éle­vé par sa mère et sa grand-mère, il connaît la pau­vre­té. Engagé dès son ado­les­cence dans un esprit huma­niste, il est atti­ré par le com­mu­nisme. Il adhère ain­si au Parti com­mu­niste à l’é­té 193512, il y res­te­ra jusqu’à l’au­tomne 1937, date à laquelle il est exclu, suite à son désac­cord devant l’approbation com­mu­niste concer­nant la dis­so­lu­tion de l’Étoile nord-afri­caine13 encore faut-il bien voir que Camus n’adhère pas pour autant aux thèses natio­na­listes14 — et, sans doute éga­le­ment pour sa réti­cence face au sou­tien incon­di­tion­nel du Parti com­mu­niste algé­rien (PCA) à l’Union sovié­tique15.

[Extrait d'une œuvre d'Adolph Gottlieb]

Alger Républicain, 1938–1940

Il col­la­bore ensuite au quo­ti­dien Alger Républicain16, alors de sen­si­bi­li­té Front popu­laire et non com­mu­ni­sante, comme il le devien­dra après 1945. L’histoire des idées a sur­tout rete­nu son repor­tage en Kabylie. Mais il décri­vit bien d’autres aspects de la réa­li­té colo­niale de l’époque : cer­tains scan­dales, cer­taines déci­sions de jus­tice et, sur­tout, cer­taines pra­tiques de la police. Couvrant le pro­cès d’un cheikh, El Okbi, il dénonce en 1939 « les tor­tures infli­gées par la Sûreté17 » à un sus­pect, puis à une jeune femme, Aïcha : « Elle a été tor­tu­rée pen­dant huit jours. Elle a été frap­pée, désha­billée, au point qu’elle uri­nait à force de coups18 ». Camus réuti­lise même le mot dans le titre d’un autre article : « Comme au Moyen Âge : la tor­ture au ser­vice des accu­sa­teurs19 ». Il y dénonce, déjà, l’emploi de la « bai­gnoire », soit l’immersion de la tête et du haut du corps dans l’eau, ain­si que l’usage de l’électricité.

« L’histoire des idées a sur­tout rete­nu son repor­tage en Kabylie. Mais il décri­vit bien d’autres aspects de la réa­li­té colo­niale de l’époque. »

Le point d’orgue est le voyage d’une dizaine de jours20 qu’il effec­tue, en mai 1939, en Kabylie, pour ce même jour­nal, et qui don­ne­ra nais­sance à une série de repor­tages, deve­nue célèbre, inti­tu­lée Misère de la Kabylie. Les sous-titres sont par­lants : « La Grèce en haillons » (5 juin), « Le dénue­ment » (6 juin), « Le dénue­ment. Cinq enfants sont morts pour avoir man­gé des racines véné­neuses » (7 juin), « Les salaires insul­tants » (8 juin), « L’assistance. Un méde­cin pour 60.000 habi­tants » (10 juin), « L’enseignement. Les palais dans le désert » (11 juin), etc21. Le repor­tage s’ouvre sur une consta­ta­tion qui, après 109 ans de pré­sence fran­çaise — et moins d’une décen­nie après les fastes du Centenaire22 — choque : « Un peuple entier souffre de la faim et les trois quarts de ses hommes vivent des cha­ri­tés admi­nis­tra­tives23 ». Le pas­sage deve­nu le plus célèbre est publié le lendemain : 

« À Bordj-Menaïel, par exemple, sur 27 000 Kabyles que compte la com­mune, 10 000 vivent dans l’in­di­gence, un mil­lier seule­ment se nour­rissent nor­ma­le­ment. À la dis­tri­bu­tion de grains orga­ni­sée le jour où j’ar­ri­vais dans ce centre, j’ai vu près de 500 misé­reux attendre patiem­ment leur tour de rece­voir quelques litres de blé. C’est ce jour-là qu’on me fit voir la mer­veille de l’en­droit : une vieille femme cas­sée en deux qui pesait 25 kilos. […] Par un petit matin, j’ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques dis­pu­ter à des chiens kabyles le conte­nu d’une pou­belle. À mes ques­tions, un Kabyle a répon­du : C’est tous les matins comme ça. Un autre habi­tant m’a expli­qué que l’hiver, dans le vil­lage, les habi­tants, mal nour­ris et mal cou­verts, ont inven­té une méthode pour trou­ver le som­meil. Ils se mettent en cercle autour d’un feu de bois et se déplacent de temps en temps pour évi­ter l’ankylose. Et la nuit durant, dans le gour­bi misé­rable, une ronde ram­pante de corps cou­chés se déroule sans arrêt. Ceci n’est sans doute pas suf­fi­sant puisque le Code fores­tier empêche ces mal­heu­reux de prendre le bois où il se trouve et qu’il n’est pas rare qu’ils se voient sai­sir leur seule richesse, l’âne croû­teux et déchar­né qui ser­vit à trans­por­ter les fagots […]. On me dira : Ce sont des cas par­ti­cu­liers… C’est la crise, etc. Et, en tout cas, les chiffres ne veulent rien dire. J’avoue que je ne puis com­prendre cette façon de voir. Les sta­tis­tiques ne veulent rien dire et j’en suis bien d’accord, mais si je dis que l’habitant du vil­lage d’Azouza que je suis allé voir fai­sait par­tie d’une famille de dix enfants dont deux seule­ment ont sur­vé­cu, il ne s’agit point de chiffres ou de démons­tra­tion, mais d’une véri­té criante et révé­la­trice24 ».

[Extrait d'une œuvre d'Adolph Gottlieb]

Même si les effroyables pertes humaines du pas­sé ne se repro­duisent plus, des hommes, des femmes, des enfants meurent. Camus cite des exemples : 

« Et le fait est que j’ai vu pire. Je savais en effet que la tige de char­don consti­tuait une des bases de l’a­li­men­ta­tion kabyle. Je l’ai ensuite véri­fié un peu par­tout. Mais ce que je ne savais pas c’est que, l’an pas­sé, cinq petits kabyles de la région d’Abbo sont morts à la suite d’ab­sorp­tion de racines véné­neuses. Je savais que les dis­tri­bu­tions de grains ne suf­fi­saient pas à faire vivre les Kabyles. Mais je ne savais pas qu’elles les fai­saient mou­rir et que cet hiver quatre vieilles femmes, venus d’un douar éloi­gné jusqu’à Michelet pour rece­voir de l’orge sont mortes dans la neige sur le che­min de retour25 ».

« Le jour­na­liste pro­po­sait de rompre avec la stag­na­tion régnant depuis des décen­nies — en fait, depuis le début de la colo­ni­sa­tion — par une poli­tique de réformes sociales. »

La qua­li­té de l’écriture, la richesse de la documen­ta­tion, la répu­ta­tion — encore nais­sante, mais déjà éta­blie dans cer­tains milieux — de Camus, accor­dèrent à cette série un vrai reten­tis­se­ment. Face à de tels constats, le jour­na­liste pro­po­sait de rompre avec la stag­na­tion régnant depuis des décen­nies — en fait, depuis le début de la colo­ni­sa­tion — par une poli­tique de réformes sociales : des salaires décents, la liqui­da­tion du chô­mage, une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, une poli­tique de prix agri­coles per­met­tant aux familles de vivre, un équi­pe­ment tech­nique, une amé­lio­ra­tion de l’habitat, etc26. Il s’at­tire aus­si des cri­tiques. Exactement au même moment, le jour­nal pro-colo­nial La Dépêche algé­rienne envoya en repor­tage, dans la même région, Roger Frison-Roche27, alors beau­coup plus connu que Camus. Certaines for­mules de l’é­cri­vain furent des réponses directes au jeune jour­na­liste : « Je ne suis pas du même avis que cer­tains ; la France a fait de grandes et belles choses en Kabylie et il fau­drait pour nier une telle évi­dence se bou­cher volon­tai­re­ment les yeux et s’obs­ti­ner à ne voir en tout que le mau­vais côté des choses28 ».

En 1939, un anticolonialiste ?

La lec­ture des repor­tages camu­siens de 1939 amène diverses réflexions. La pre­mière est que la consta­ta­tion de la misère indi­gène n’est pas alors excep­tion­nelle. C’est la signa­ture de Camus au bas de ces repor­tages qui leur a don­né a pos­te­rio­ri une répu­ta­tion, un pres­tige hors de pro­por­tion avec leur impor­tance, sur le moment. Avant Camus, Victor Spielmann en Algérie, Magdeleine Paz en Tunisie, André Gide et Albert Londres en Afrique sub­sa­ha­rienne, Roland Dorgelès, Louis Roubaud et Andrée Viollis en Indochine, avaient four­ni des témoi­gnages comparables.

« L’anticolonialisme, en 1939, était une den­rée rare, et nul ne peut décem­ment repro­cher au jeune Camus une absence de luci­di­té poli­tique que n’avaient alors aucun acteur ou observateur. »

La seconde est que l’assimilation de ces dénon­cia­tions à la cri­tique anti­co­lo­nia­liste, comme le font la majo­ri­té des études consa­crées à Misère de la Kabylie, est un contre­sens et un ana­chro­nisme. Un siècle plus tôt, le méde­cin Louis René Villermé n’appelait pas à la révo­lu­tion, ni même ne l’imaginait après avoir consta­té la ter­rible misère ouvrière… De la même façon, Gide, Dorgelès et les autres auteurs cités pré­cé­dem­ment ne concluaient, après ces consta­ta­tions, à la néces­saire indé­pen­dance des peuples colo­ni­sés. Et Camus pas plus que les autres. En fait, celui-ci s’est pla­cé dans une pers­pec­tive réfor­ma­trice, interne donc au sys­tème colo­nial : si on n’améliore pas la situa­tion des fel­lahs, la pro­pa­gande natio­na­liste risque de cap­ter les esprits29. Affirmer cela ne peut évi­dem­ment être assi­mi­lé à un reproche : l’anticolonialisme, en 1939, était une den­rée rare, et nul ne peut décem­ment repro­cher au jeune Camus une absence de luci­di­té poli­tique que n’avaient alors aucun acteur ou obser­va­teur — fran­çais et algé­rien — des évé­ne­ments, hors Messali Hadj et son Parti du Peuple algé­rien (PPA), for­mé immé­dia­te­ment après la dis­so­lu­tion de l’Étoile nord-africaine.

D’ailleurs, les Messalistes n’étaient pas absents des repor­tages de Camus. Ce der­nier dénon­ça les arres­ta­tions de membres du PPA, ce qui le dis­tin­guait du reste de la gauche fran­çaise. Si ses rai­sons étaient de prin­cipe — le refus de l’arbitraire —, le jeune jour­na­liste cri­ti­quait éga­le­ment les consé­quences poli­tiques de la répression : 

« Toute répres­sion envers le PPA abou­ti­rait au ren­for­ce­ment de ce par­ti […]. Ce ne sont pas des mar­tyrs qu’il faut faire, mais des citoyens libres et res­pec­tés. La mon­tée du natio­na­lisme algé­rien s’accomplit sur les per­sé­cu­tions dont on le pour­suit. Il n’aura plus de rai­son d’être, au contraire, quand l’injustice dis­pa­raî­tra de ce pays30 ».

Avant la Seconde Guerre mon­diale, donc, Camus pro­teste contre le sort des indi­gènes, puis pro­pose une autre poli­tique colo­niale, qui serait pour lui altruiste, huma­niste, juste : 

« Si la conquête colo­niale pou­vait jamais trou­ver une excuse, c’est dans la mesure où elle aide les peuples conquis à gar­der leur per­son­na­li­té. Et si nous avons un devoir en ce pays, il est de per­mettre à l’une des popu­la­tions les plus fières et les plus humaines en ce monde de res­ter fidèle à elle-même et à son des­tin31 ».

Et de pour­suivre, ailleurs : « La seule façon de don­ner à ce pro­blème dou­lou­reux une solu­tion équi­table, c’est de mon­trer ici le visage de la France que beau­coup d’Algériens s’obstinent à croire le vrai32 ». C’est une chose bien connue des his­to­riens des idées : le cri pro­tes­ta­taire n’est pas — en tout cas pas for­cé­ment — un enga­ge­ment révo­lu­tion­naire. Pas plus que le cri huma­niste n’est de l’anticolonialisme.

À l’orée de la décolonisation

Camus, volon­taire pour la mobi­li­sa­tion en 1939, mais refu­sé pour rai­sons de san­té, vient s’établir à Paris en mars 194033. De jan­vier 1941 à l’été 1942, il revient un temps à Oran, puis se réins­talle en métro­pole jusqu’à la fin de la guerre. De ce fait, il perd de vue, durant cette période qui impose d’autres prio­ri­tés, la ques­tion algé­rienne et, plus glo­ba­le­ment, l’outre-mer colo­ni­sé. Il n’est évi­dem­ment pas le seul. À vrai dire aucune com­po­sante de la Résistance ne se dis­tingue alors par une radi­ca­li­té en ce domaine. Pourquoi Camus aurait-il fait excep­tion ? On sait qu’il par­ti­cipe, dès la Résistance, à la grande aven­ture de Combat, ouvrant une nou­velle page de son acti­vi­té jour­na­lis­tique34. À la Libération, Camus est deve­nu un intel­lec­tuel écou­té, l’au­teur de L’Étranger en 1942, ain­si qu’un jour­na­liste très lu. Quelques mois après la paru­tion légale du quo­ti­dien, il livre une pre­mière réflexion sur ce que devrait être l’évolution de son pays natal : « C’était autre­fois le bon sens et c’est main­te­nant la recon­nais­sance qui com­mande qu’on fasse dis­pa­raître en Algérie tout obs­tacle à une assi­mi­la­tion sin­cère et intel­li­gente35 ». Ces deux der­niers adjec­tifs furent sans doute pesés conscien­cieu­se­ment. Camus se situe donc ouver­te­ment dans la tra­di­tion assi­mi­la­tion­niste en sa branche libérale.

« Camus se situe ouver­te­ment dans la tra­di­tion assi­mi­la­tion­niste en sa branche libérale. »

Un temps, pour­tant, l’actualité l’amène à por­ter ses regards sur l’Indochine. Le 9 mars 1945, les Japonais y ont déca­pi­té l’administration fran­çaise. Camus consacre quatre édi­to­riaux à la ques­tion. Outre la dénon­cia­tion atten­due de la poli­tique japo­naise, faus­se­ment libé­ra­trice des peuples d’Asie, il réclame des réformes : « Il nous faut dire clai­re­ment que l’Indochine connaî­tra demain un régime d’égalité devant la loi qui don­ne­ra au pay­san anna­mite36 comme à l’ouvrier fran­çais la même part de digni­té. Il nous faut annon­cer que dans la grande Fédération fran­çaise, l’Indochine occu­pe­ra la place qui lui revient et que la lutte com­men­cée aujourd’hui est autant la sienne que celle de la France37 ». Un mot, qui sera ensuite indis­so­ciable de la saga camu­sienne, est dès ce moment uti­li­sé : « La jus­tice, toute la jus­tice, voi­là notre vic­toire. L’Indochine sera avec nous si la France est la pre­mière à lui don­ner la démo­cra­tie et la liber­té. Mais si nous hési­tons une seule fois, elle sera avec n’importe qui, pour­vu que ce soit contre nous38 ».

Camus revient dans son pays natal en avril 1945 ; il y reste trois semaines, au cours des­quelles il met à jour sa documen­ta­tion33. De retour à Paris, l’écrivain-journaliste consacre à l’Algérie pas moins de six articles en l’es­pace d’un mois : « Crise en Algérie » (13 mai) ; « La famine en Algérie » (15 mai) ; « Des bateaux et de la jus­tice » (16 mai) ; « Les indi­gènes nord-afri­cains se sont éloi­gnés d’une démo­cra­tie dont ils se voyaient indé­fi­ni­ment écar­tés » (18 mai) ; « Les Arabes demandent pour l’Algérie une Constitution et un Parlement » (20–21 mai) ; « C’est la jus­tice qui sau­ve­ra l’Algérie de la haine » (23 mai), pour conclure, de nou­veau, par « Crise en Algérie » (15 juin). Camus est alors de ceux — rares — qui essaient de com­prendre et, sur­tout, de faire comprendre à leurs com­pa­triotes les causes du malaise, de « dimi­nuer un peu l’incroyable igno­rance de la métro­pole en ce qui concerne l’Afrique du Nord39 ».

Une ques­tion émerge de cet effort d’é­cri­ture : a‑t-il, pour l’essentiel, rédi­gé ses articles durant son voyage ou immé­dia­te­ment après son retour, c’est-à-dire avant l’abominable mas­sacre de Sétif et du Constantinois ? Lorsqu’il publie le pre­mier article, le 13 mai, ce drame a com­men­cé depuis cinq jours, mais son paroxysme n’a pas encore eu lieu. Il se refuse, en tout cas, à qua­li­fier la situa­tion de « tra­gique » (elle est seule­ment, dit-il, « sérieuse »). Il com­mence son article par une affir­ma­tion : « Sur le plan poli­tique, je vou­drais rap­pe­ler que le peuple arabe existe. Je veux dire par là qu’il n’est pas cette foule ano­nyme et misé­rable, où l’Occident ne voit rien à res­pec­ter ni à défendre. Il s’agit au contraire d’un peuple de grandes tra­di­tions et dont les ver­tus, pour peu qu’on veuille l’approcher sans pré­ju­gés, sont par­mi les pre­mières ». Or, ce « peuple arabe » est séparé des euro­péens d’Algérie par une bar­rière. Camus a cette for­mule, qui rap­pelle une fois de plus la poli­tique assi­mi­la­tion­niste : « Les Français ont à conqué­rir l’Algérie une deuxième fois ».

« Il garde le voca­bu­laire tra­di­tion­nel du libé­ra­lisme en matière colo­niale : assi­mi­la­tion, jus­tice, réformes. »

Camus n’évoque les tue­ries du Constantinois que dans son der­nier article, le 15 juin. Il éta­blit un paral­lèle entre les mal­heurs des deux com­mu­nau­tés : « Les mas­sacres de Guelma et de Sétif ont pro­vo­qué chez les Français d’Algérie un res­sen­ti­ment pro­fond et indi­gné. La répres­sion qui a sui­vi a déve­lop­pé dans les masses arabes un sen­ti­ment de crainte et d’hostilité ». Cette mise en paral­lèle — s’il y eut une cen­taine de morts fran­çais, la répres­sion aveugle frap­pa la qua­si tota­li­té des familles musul­manes du Constantinois et plu­sieurs mil­liers d’Algériens per­dirent la vie40 — aurait pu paraître fon­dée en mai, lorsque l’ampleur du drame n’était pas encore soup­çon­née en métro­pole. À la mi-juin, sous la plume d’un jour­na­liste for­cé­ment infor­mé, elle étonne.

À l’is­sue de cette série d’ar­ticles, des solu­tions sont proposées : 

« Le gou­ver­ne­ment doit […] four­nir aux masses arabes la preuve qu’aucun res­sen­ti­ment n’entravera jamais son désir d’exporter en Algérie le régime démo­cra­tique dont jouissent les Français. Mais ce ne sont pas des dis­cours qu’il faut expor­ter, ce sont des réa­li­sa­tions. Si nous vou­lons sau­ver l’Afrique du Nord, nous devons mar­quer à la face du monde notre réso­lu­tion d’y faire connaître la France par ses meilleures lois et ses hommes les plus justes. Nous devons mar­quer cette réso­lu­tion et, quelles que soient les cir­cons­tances ou les cam­pagnes de presse, nous devons nous y tenir. Persuadons-nous bien qu’en Afrique du Nord comme ailleurs on ne sau­ve­ra rien de fran­çais sans sau­ver la jus­tice […]. C’est la force infi­nie de la jus­tice, et elle seule, qui doit nous aider à recon­qué­rir l’Algérie et ses habi­tants41 ».

Comme en 1939, donc, nulle trace dans ses écrits d’a­près-guerre d’un anti­co­lo­nia­lisme de prin­cipe. Si Camus regrette les occa­sions per­dues, en par­ti­cu­lier lors du Front popu­laire, « ce grand espoir déçu42 », il garde le voca­bu­laire tra­di­tion­nel du libé­ra­lisme en matière colo­niale : assi­mi­la­tion, jus­tice, réformes — non seule­ment sociales, mais aus­si poli­tiques, c’est-à-dire « une Constitution et un Parlement43 », au ser­vice d’une cause : « Sauver l’Afrique du Nord. » Ce à quoi on ne peut s’empêcher d’ajouter : fran­çaise. Camus quitte la vie jour­na­lis­tique en 1947.

La question coloniale avant la guerre d’Algérie

De 1945 à 1954, un évé­ne­ment d’importance marque la vie fran­çaise : en Indochine, après une courte période d’espoir quant à une solu­tion négo­ciée, une guerre com­mence, puis s’étend, pre­mier conflit de la déco­lo­ni­sa­tion tra­gique. Camus s’y inté­resse-t-il ? En tout cas, il ne signe aucun article, au début de la guerre (novembre-décembre 1946), alors qu’il tra­vaille tou­jours à Combat. Puis, durant le conflit, son nom n’apparaît dans aucun appel44. Sans doute faut-il y voir une méfiance à l’égard de ceux qui, alors, s’identifient à la lutte contre cette guerre : les com­mu­nistes fran­çais, en pre­mier lieu, avec les­quels Camus refuse tout com­pa­gnon­nage, mais aus­si les intel­lec­tuels de gauche, en par­ti­cu­lier l’équipe des Temps Modernes, éga­le­ment très active. Sollicité, par exemple, pour par­ti­ci­per à la cam­pagne pour la libé­ra­tion du marin com­mu­niste Henri Martin, il refuse tout net d’écrire dans un ouvrage diri­gé par Sartre45, mais tient à expli­quer ce refus : « C’est com­pro­mettre désor­mais les valeurs de liber­té, entre autres valeurs, que de les défendre auprès des Temps Modernes et de ceux qui les approuvent ». Par contre, il exige lui aus­si la libé­ra­tion d’Henri Martin, lavé du soup­çon de sabo­tage par un tri­bu­nal mili­taire, et donc main­te­nu en pri­son pour simple délit d’opinion. Martin était com­mu­niste ? « Une démo­cra­tie ne peut, sans se contre­dire, réduire une doc­trine par les tri­bu­naux, mais seule­ment la com­battre sans fai­blesse tout en lui assu­rant la liber­té d’expression46 ».

« À la date du 1er novembre 1954, aucune allu­sion à la Toussaint rouge. »

Tout ceci est connu, et Camus l’a écrit cent fois. Mais l’intérêt prin­ci­pal de ce texte tient à l’absence de la guerre d’Indochine. Dans cet article, qui occupe cinq colonnes du jour­nal, il n’y a pas un mot qui per­mette de connaître l’opinion de l’écrivain sur ce conflit. On peut, en extra­po­lant, ima­gi­ner qu’il était mal à l’aise : s’il ne pou­vait approu­ver le prin­cipe même d’une guerre colo­niale, encore moins les méthodes de l’armée fran­çaise, il ne pou­vait non plus être insen­sible à la jus­ti­fi­ca­tion de l’effort fran­çais. Camus a cru, comme beau­coup de ses contem­po­rains, à l’expansionnisme com­mu­niste. En Asie, lorsqu’il écrit ces lignes, l’« Empire rouge » vient de conqué­rir la Chine et la guerre de Corée est venue s’ajouter à celle d’Indochine, don­nant à ce conflit, colo­nial dans un pre­mier temps, une dimen­sion nou­velle — celle de l’un des fronts du choc mon­dial entre le « monde libre » et le com­mu­nisme. Proposons donc seule­ment une hypo­thèse : le silence, reflet de ce malaise camu­sien, a été la solu­tion jugée par l’écrivain la moins inconfortable.

L’Algérie, à pré­sent. Avant novembre 1954, Camus n’a jamais per­du de vue l’évolution de son pays natal. Il y a effec­tué un nou­veau voyage en décembre 1952. Le 14 juillet 195347, alors que sept Algériens sont abat­tus par la police place de la Nation, à l’issue d’une mani­fes­ta­tion, il fait entendre sa voix : 

« Il me semble que nous devrions être au moins quelques uns à récla­mer dès main­te­nant, en dehors de tout esprit de par­ti, une enquête qui concer­ne­rait d’abord, et cer­tai­ne­ment, ceux qui ont don­né l’ordre d’ouvrir le feu mais qui, de plus, pour­sui­vrait jusque dans les milieux gou­ver­ne­men­taux cette très ancienne conspi­ra­tion de bêtise, de silence et de cruau­té qui déra­cine les tra­vailleurs algé­riens, les fait vivre misé­ra­ble­ment dans des tau­dis et les déses­père jusqu’à la vio­lence pour les tuer à l’occasion48 ».

Ils ne furent pas nom­breux, alors, les intel­lec­tuels de renom qui pro­tes­tèrent avec cette force.

À l’épreuve de la guerre

Lorsque s’enclenche le pro­ces­sus fatal, dans quel état d’esprit est Camus ? Les pre­miers temps, il observe un silence pesant. Le plus pro­bable est que, comme la majo­ri­té de ses contem­po­rains, il a cru à une suc­ces­sion d’incidents, comme le pays en avait déjà connu beau­coup. Mais, même en rete­nant cette hypo­thèse, la lec­ture de ses Carnets49 intrigue : pas une seule réfé­rence aux « évé­ne­ments » en cours n’y figure. À la date du 1er novembre 1954, aucune allu­sion à la Toussaint rouge, alors que toute la presse en fait sa Une. Puis, au fil des jours, des nota­tions sur ses voyages (il est alors en Italie), ses lec­tures, ses ébauches d’écriture (Le pre­mier homme), quelques pen­sées… Roland Tréno, alors jour­na­liste au Canard enchaî­né, a deman­dé à Camus, le 24 novembre, un article sur les « évé­ne­ments » en cours, mais l’écrivain n’a pas don­né suite33. Plus éton­nant encore, il séjourne en février 1955 à Alger et n’écrit pas une ligne, dans ses Carnets, sur l’actualité algé­rienne (18 février : l’odeur des jas­mins… 20 février : la chance d’être né à Tipasa « et non à Saint-Étienne ou à Roubaix »… 24 février : visite sur les chan­tiers de recons­truc­tion d’Orléansville50… 25 février : le « bon­heur de cette simple ami­tié » lorsqu’il était foot­bal­leur, etc.).

La pre­mière expres­sion publique de l’écrivain sur­vient après huit mois de conflit51. Le 9 juillet 1955, L’Express publie le pre­mier de ses billets. Comme en mai 1945, il éta­blit un paral­lèle entre Terrorisme et Répression, qui donne son titre à l’article :

« L’action ter­ro­riste et la répres­sion sont, en Algérie, deux forces pure­ment néga­tives, vouées toutes deux à la des­truc­tion pure, sans autre ave­nir qu’un redou­ble­ment de fureur et de folie. Ceux qui font mine de l’i­gno­rer ou qui exaltent l’un à l’ex­clu­sion de l’autre, ne par­viennent qu’à res­ser­rer le nœud où l’Algérie étouffe et nuisent pour finir à l’une ou l’autre cause qu’ils veulent pour­tant ser­vir […]. Sauver des vies et des liber­tés du côté arabe revient à épar­gner des vies du côté fran­çais, et à arrê­ter, par le seul moyen qui nous soit offert, la sur­en­chère dégoû­tante entre les crimes. C’est ain­si que nous aide­rons, non pas à la fra­ter­ni­té, puisque ce mot don­ne­rait à rire aujourd’­hui, mais à la sur­vie de deux peuples et aux chances de leur entente future. »

Ces lignes sont écrites un mois seule­ment avant les tue­ries de Philippeville d’août 1955 qui vont creu­ser défi­ni­ti­ve­ment un gouffre entre les com­mu­nau­tés. Au meurtre d’une cen­taine Européens par des pay­sans algé­riens enca­drés par le FLN, l’ar­mée fran­çaise et des civils ont répon­du par une « chasse à l’Arabe » et des exé­cu­tions som­maires de masse, mas­sa­crant plu­sieurs mil­liers de musul­mans52. Dès lors, Camus a per­du : les chances d’une « entente future », qu’il appelle de ses vœux, n’existent plus.

« Comme lors de la guerre d’Indochine, il refu­sait caté­go­ri­que­ment de voir sa signa­ture cau­tion­ner les com­bats de la gauche radi­cale et indé­pen­dan­tiste, a for­tio­ri communiste. »

Les autres prises de posi­tion publiques de Camus sont certes mar­quantes, mais rares : 13 articles ou tri­bunes dans L’Express53 ; une « Lettre à un mili­tant algé­rien54 » ; un « Appel » contre les mas­sacres dont étaient vic­times les membres du MNA, accu­sant le FLN de tota­li­ta­risme55 ; enfin, bien sûr, la contro­verse de Stockholm. Son nom ne figure dans aucun des grandes péti­tions — dont pour­tant, on le sait, la guerre d’Algérie fut grande consom­ma­trice56 —, même lorsqu’il ne s’agissait que d’exiger l’arrêt des hos­ti­li­tés, sans pré­ju­ger de l’avenir du pays57. Il se tait par exemple lors de l’affaire de la sai­sie de La Question d’Henri Alleg, inter­dit après quelques semaines de dif­fu­sion, ensuite dif­fu­sé clan­des­ti­ne­ment, ou plus exac­te­ment il refuse de s’associer à la pro­tes­ta­tion de Malraux, Martin du Gard, Mauriac et Sartre58. On ima­gine pour­tant que son prix Nobel, alors tout récent, eût consi­dé­ra­ble­ment pesé. Pourquoi un tel silence ? Outre le déchi­re­ment que consti­tua tou­jours pour lui le sort de son pays natal, on peut consi­dé­rer que, comme lors de la guerre d’Indochine, il refu­sait caté­go­ri­que­ment de voir sa signa­ture cau­tion­ner, ne serait-ce que par­tiel­le­ment et fur­ti­ve­ment, les com­bats de la gauche radi­cale et indé­pen­dan­tiste, a for­tio­ri com­mu­niste dans le cas d’Alleg.

« J’aime l’Algérie comme un Français qui aime les Arabes, et veut qu’ils soient chez eux en Algérie, sans pour cela s’y sen­tir lui-même un étran­ger »

Dès ce moment se met en place la thé­ma­tique camu­sienne qui ne varie­ra plus, soit le refus de choi­sir entre deux camps anta­go­nistes : « Depuis le 20 août59, il n’y a plus d’innocents en Algérie, sauf ceux, d’où qu’ils viennent, qui meurent. En dehors d’eux, il n’y a que des culpa­bi­li­tés dont la dif­fé­rence est que l’une est très ancienne, l’autre toute récente60 ». « Il faut choi­sir son camp crient les repus de la haine. Ah ! Je l’ai choi­si ! J’ai choi­si mon pays. J’ai choi­si l’Algérie de la jus­tice où Français et Arabes s’associent libre­ment61 ». « J’aime l’Algérie comme un Français qui aime les Arabes, et veut qu’ils soient chez eux en Algérie, sans pour cela s’y sen­tir lui-même un étran­ger62 ». Car aucun des camps n’a le mono­pole de la véri­té et de la justice.

Dans une lettre à Aziz Kessous, un proche de Ferhat Abbas, ancien membre de la SFIO, rédac­teur en chef d’un éphé­mère jour­nal, Communauté algé­rienne, il défend les siens : 

« Les Français d’Algérie n’étaient pas tous des pos­sé­dants assoif­fés de sang, sont en Algérie depuis plus d’un siècle et ils sont plus d’un mil­lion. Cela seul suf­fit à dif­fé­ren­cier le pro­blème algé­rien des pro­blèmes posés en Tunisie et au Maroc où l’établissement fran­çais est rela­ti­ve­ment faible et récent. Le fait fran­çais ne peut pas être éli­mi­né en Algérie et le rêve d’une dis­pa­ri­tion subite de la France est pué­ril ».

À l’inverse, les « neuf mil­lions d’Arabes » doivent être respectés : 

« Il n’y a pas de rai­sons non plus pour que neuf mil­lions d’Arabes vivent sur leur terre comme des hommes oubliés ; le rêve d’une masse arabe annu­lée à jamais, silen­cieuse et asser­vie, est lui aus­si déli­rant […]. Les Français sont atta­chés sur la terre d’Algérie par des racines trop anciennes et trop vivaces pour qu’on puisse pen­ser les en arra­cher. Mais cela ne leur donne pas le droit, selon moi, de cou­per les racines de la culture et de la vie arabes63 ».

S’il est par­ti­san, et depuis long­temps, d’élargir les droits et liber­tés des musul­mans, il récuse la dimen­sion natio­nale du com­bat qui vient de commencer : 

« Si bien dis­po­sé qu’on soit envers la reven­di­ca­tion arabe, on doit cepen­dant recon­naître qu’en ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance natio­nale est une for­mule pure­ment pas­sion­nelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algé­rienne. Les Juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les Berbères, auraient autant de droit à récla­mer la direc­tion de cette nation vir­tuelle ».

Aussi voit-il dans cette reven­di­ca­tion une influence étrangère : 

« Il faut consi­dé­rer la reven­di­ca­tion de l’indépendance natio­nale algé­rienne en par­tie comme une des mani­fes­ta­tions de ce nou­vel impé­ria­lisme arabe, dont l’Égypte, pré­su­mant de ses forces, pré­tend prendre la tête, et que, pour le moment, la Russie uti­lise à des fins de stra­té­gie anti-occi­den­tale64 ».

C’est, sans aucun doute, dans ce refus de prendre en compte la dimen­sion patrio­tique de la guerre en cours que se situa le fos­sé majeur — infran­chis­sable — qui a sépa­ré Camus des com­bat­tants algériens.

En 1956, il prend l’initiative de pro­po­ser une « trêve civile ». Comme il est phy­si­que­ment cou­ra­geux, il se rend dans sa ville natale pour expo­ser son idée : 

« C’est à ceux qui ne se résignent pas à voir ce grand pays se bri­ser en deux et par­tir à la dérive que, sans rap­pe­ler à nou­veau les erreurs du pas­sé, anxieux seule­ment de l’a­ve­nir, nous vou­drions dire qu’il est pos­sible, aujourd’­hui, sur un point pré­cis, de nous réunir d’a­bord, de sau­ver ensuite des vies humaines, et de pré­pa­rer ain­si un cli­mat plus favo­rable à une dis­cus­sion enfin rai­son­nable […]. De quoi s’a­git-il ? D’obtenir que le mou­ve­ment arabe et les auto­ri­tés fran­çaises, sans avoir à entrer en contacts, ni à s’en­ga­ger à rien d’autre, déclarent, simul­ta­né­ment, que, pen­dant toute la durée des troubles, la popu­la­tion civile sera, en toute occa­sion, res­pec­tée et pro­té­gée65 ».

Il est conspué par la grande majo­ri­té de la com­mu­nau­té euro­péenne, invi­tée à mani­fes­ter par les élé­ments ultras. Dans une lettre à Jules Roy, l’é­cri­vain Jean Amrouche émet des réserves sur les espé­rances ou illu­sions camusiennes : 

« Quant aux solu­tions qu’il pré­co­nise, je n’y crois pas. Le mal est beau­coup plus pro­fond à mon avis. Il n’y a pas d’accord pos­sible entre autoch­tones et Français d’Algérie. Il serait trop long de l’exposer ici, un volume y suf­fi­rait à peine. En un mot, je ne crois plus à une Algérie fran­çaise. Les hommes de mon espèce sont des monstres, des erreurs de l’histoire. Il y aura un peuple algé­rien par­lant arabe, ali­men­tant sa pen­sée, ses songes aux sources de l’islam, ou il n’y aura rien. Ceux qui pensent autre­ment retardent d’une cen­taine d’années. Le peuple algé­rien se trompe sans doute, mais ce qu’il veut obs­cu­ré­ment, c’est consti­tuer une vraie nation, qui puisse être pour cha­cun de ses fils une patrie natu­relle et non pas une patrie d’adoption66 ».

« Son atti­tude s’appuie sur le rejet pas­sion­né du tota­li­ta­risme du FLN, paral­lèle à son hos­ti­li­té de prin­cipe à tout par­ti unique. »

Il y a donc un refus de s’associer au com­bat fron­tal pour l’indépendance que cer­tains intel­lec­tuels de gauche entre­prennent. Cette atti­tude s’appuie en outre sur le rejet pas­sion­né du « tota­li­ta­risme » du FLN, paral­lèle à son hos­ti­li­té de prin­cipe à tout par­ti unique, comme c’était le cas en Europe de l’Est. Car ce tota­li­ta­risme s’accompagne de vio­lences, dont Camus rend cou­pable « les tueurs » du Front : « Allons-nous lais­ser assas­si­ner les meilleurs mili­tants syn­di­ca­listes algé­riens67 par une orga­ni­sa­tion qui semble vou­loir conqué­rir, au moyen de l’assassinat, la direc­tion tota­li­taire du mou­ve­ment algé­rien68 ? »

Réflexions sur une solitude 

On sait qu’un acci­dent d’automobile, en jan­vier 1960, fau­cha Camus et que, de ce fait, il ne connut ni la fin de la guerre, ni l’Algérie indé­pen­dante. Une étude sur ce qu’aurait pu être son atti­tude serait fal­la­cieuse et indé­cente. Il faut se conten­ter de consta­ter ce qu’elle fut, de 1954 à 1960. Face à la double pres­sion des par­ti­sans de l’indépendance et des ultras, Camus a refu­sé de « choi­sir son camp » ou plu­tôt a choi­si « l’Algérie de la jus­tice où Français et Arabes s’associent libre­ment69 ». Mais jus­te­ment : c’était la solu­tion deve­nue impos­sible. Or, Camus le savait confu­sé­ment. Il a donc choi­si de ne pas choi­sir, s’isolant de la qua­si tota­li­té des intel­lec­tuels fran­çais de son temps qui, eux, avaient rejoint l’un ou l’autre camp. 

C’est peut-être un texte lit­té­raire, com­men­cé en 1952, publié en 1957, qui décrit le mieux ce déchi­re­ment. Dans L’Hôte70, Daru, le héros, ins­ti­tu­teur dans le bled, se voit confier, à son corps défen­dant, un pri­son­nier arabe, qu’il doit convoyer jusqu’à la ville voi­sine. Il ne veut ni livrer un homme qui ne lui a rien fait, ni deve­nir son com­plice. Il refuse ce choix inhu­main et trans­fère la déci­sion à son pri­son­nier, qu’il emmène hors du vil­lage : s’il part vers le sud, il retrou­ve­ra les siens, qui le pro­té­ge­ront ; s’il va vers l’est, il revien­dra au vil­lage et donc en pri­son. Le pri­son­nier retourne au vil­lage. Mais Daru voit dès lors les deux com­mu­nau­tés le désa­vouer : les Français ne seront pas dupes et les musul­mans ne ver­ront que le résul­tat : l’un des leurs est retour­né en pri­son : « Tu as livré notre frère, tu paie­ras ». La nou­velle s’achève par ces deux phrases : « Daru regar­dait le ciel, le pla­teau et, au-delà, les terres invi­sibles qui s’étendaient jusqu’à la mer. Dans ce vaste pays qu’il avait tant aimé, il était seul ». Écrivant ces der­niers mots, Camus pen­sait-il à lui-même ? Allant dans ce sens, cer­tains auteurs ont fait remar­quer une res­sem­blance pho­né­tique entre le nom de Daru et celui de l’auteur71

« La grande ques­tion poli­tique de cette période, pour Camus, ne fut pas la guerre d’Algérie, mais la dénon­cia­tion de l’univers concen­tra­tion­naire en Europe de l’Est. »

On peut sans doute expli­quer ce refus du choix par l’attachement de Camus à « ce vaste pays qu’il avait tant aimé ». Et, certes, il était plus facile à un Sartre, à un Bourdet et même à un Mauriac d’accepter le divorce entre les mots Algérie et fran­çaise qu’à un homme né sur cette terre ché­rie. Mais, plu­tôt que de com­pa­rer l’attitude camu­sienne à celle des intel­lec­tuels de métro­pole, ne faut-il pas rap­pe­ler que les Jean Sénac, Jean Pélégri, Emmanuel Roblès, et même le fils de grands colons qu’é­tait Jules Roy, qui tous avaient le même atta­che­ment char­nel à la terre d’Algérie, eurent, eux, le cou­rage de choi­sir et d’accepter — et cer­tains d’entre eux s’engager en faveur de — l’indépendance algérienne ?

En fait, la grande ques­tion poli­tique de cette période, pour Camus, ne fut pas la guerre d’Algérie, mais la dénon­cia­tion de l’univers concen­tra­tion­naire en Europe de l’Est. Car, s’il ne mon­ta sur aucune tri­bune concer­nant la pre­mière, il fut pré­sent, par exemple, salle Wagram, le 15 mars 1957 contre l’intervention sovié­tique en Hongrie72. Significative est sa réponse à un men­suel qui l’avait, avec d’autres, inter­ro­gé sur le thème : « Que peut faire aujourd’hui un intel­lec­tuel ? » : « Dans cer­taines cir­cons­tances excep­tion­nelles, (guerre d’Espagne, per­sé­cu­tions et camps hit­lé­riens, pro­cès et camps sta­li­niens, guerre de Hongrie), il ne doit lais­ser aucun doute sur le par­ti qu’il prend73 ». Ainsi, la guerre d’Algérie (qu’il n’a jamais nom­mée ain­si, alors qu’il évoque une « guerre de Hongrie ») n’est pas, à ses yeux, une « cir­cons­tance excep­tion­nelle ». Oublier l’Algérie en pleine bataille d’Alger était pour le moins une posi­tion troublante. 

Sisyphe malheureux

Rappelons l’é­di­to­rial déjà cité de Combat, le 13 mai 1945, dans lequel l’écrivain-journaliste avait écrit : « L’Algérie est à recon­qué­rir une deuxième fois ». Peine per­due. Il aurait fal­lu la conqué­rir une troi­sième fois, après le déce­vant Statut de 1947, une qua­trième fois, après les « élec­tions à la Naegelen » en 1948À chaque fois, les lob­bies firent échouer les ten­ta­tives de réformes. À chaque fois, la métro­pole s’inclina. Nul doute que l’écrivain en était, dans le fond, conscient : il faut ainis ima­gi­ner Camus l’Algérien en Sisyphe mal­heu­reux. Or, ce qu’il avait redou­té et com­bat­tu se pro­dui­sait sous ses yeux : novembre 1954 fut une nou­velle — et déci­sive — démons­tra­tion de l’impossibilité des solu­tions camu­siennes. D’autres allaient suivre : il le pres­sen­tait. Il s’apprêtait à pas­ser, selon la belle expres­sion de Jean-Marie Domenach, « d’une poli­tique active à une poli­tique morale74 ». Ce qui était un aveu de luci­di­té, mais aus­si de fai­blesse. Il revient tout natu­rel­le­ment à Kateb Yacine, son frère enne­mi75, d’avoir le mot de conclu­sion : « Ce que je n’aime pas chez Camus, c’est le mora­lisme, dans L’homme révol­té et tout ça. Une révo­lu­tion n’est pas une affaire de morale76. »


Illustrations de vignette et de ban­nière : Adolph Gottlieb


  1. L’auteur de cet article n’a pas eu le temps d’y inté­grer le livre récent d’Oliver Gloag, Oublier Camus, La Fabrique, 2023.[]
  2. Revue Nejma, n° spé­cial, « Algérie : regards croi­sés, Tanger », Éditions Libr. des Colonnes, jan­vier 2018.[]
  3. Michel Onfray, L’ordre liber­taire. La vie phi­lo­so­phique d’Albert Camus, Flammarion, 2012. Thèse syn­thé­ti­sée par l’au­teur dans son inter­view au quo­ti­dien algé­rien El Watan : « Camus, depuis qu’il eut l’âge d’écrire dans la presse et de publier ses juge­ments, a tout essayé pour lut­ter contre l’ordre colo­nial » (10 août 2012).[]
  4. Aude Ancelin, « Le vrai Camus », Marianne, 30 décembre 2011. Nous avons renon­cé à recen­ser toutes les appa­ri­tions du mot anti­co­lo­nia­liste dans les articles de presse, nom­breux, parus lors de la publi­ca­tion du livre d’Onfray.[]
  5. Edward Saïd, Culture et Impérialisme, Fayard / Le Monde Diplomatique, 2000.[]
  6. Cité par Bousse Allouche, Colonialisme de bonne volon­té à l’épreuve dans Misère de la Kabylie : Mouloud Feraoun cor­rige Albert Camus, Master of Arts (en fran­çais), Hamilton, Ontario, McMaster University, 2010.[]
  7. Albert Memmi, Portrait du colo­ni­sé, pré­cé­dé de Portrait du colo­ni­sa­teur, Buchet-Chastel, 1957. Yves Ansel reprend cette for­mule pour l’appliquer à Camus, dans Albert Camus, totem et tabou. Politique de la pos­té­ri­té, Presses uni­ver­si­taires de Rennes, 2012.[]
  8. On consul­te­ra avec pro­fit la recen­sion très com­plète effec­tuée par Amina Azza-Bekat, Afifa Bererhi, Christiane Chaulet-Achour et Bouba Mohammedi-Tabti, Quand les Algériens lisent Camus, Alger, Casbah Éd., 2014.[]
  9. Badr’Eddine Mili, Le Soir d’Algérie, 15 août 2012, cité par Amina Azza-Bekat et al., op. cit.[]
  10. Olivier Todd, Albert Camus, une vie, Gallimard, 1996.[]
  11. « Petit guide pour des villes sans pas­sé », 1947, dans L’été, Gallimard, 1959.[]
  12. À ce moment, les com­mu­nistes algé­riens sont encore orga­ni­sés sous la forme d’une Fédération d’Algérie, qui se trans­forme en Parti com­mu­niste algé­rien (PCA) en octobre 1936.[]
  13. Fondée en 1926 par Abdelkader Hadj Ali, alors mili­tant du PCF. Son jeune adjoint, Messali Hadj, en devien­dra rapi­de­ment le porte-parole le plus écou­té. La lune de miel avec le Front popu­laire sera de courte durée. Le gou­ver­ne­ment dis­sou­dra l’Étoile le 26 jan­vier 1937, en ver­tu des lois contre les ligues fac­tieuses, avec l’approbation des com­mu­nistes (PCF et PCA).[]
  14. Philippe Vanney, « Nationalisme algé­rien », in Jeanyves Guérin (dir.), Dictionnaire Albert Camus, Paris, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 2009.[]
  15. René Gallissot, Notice « Albert Camus », dans Dictionnaire bio­gra­phique du mou­ve­ment ouvrier. Le Maitron. Maghreb, Vol. Algérie : Engagements sociaux et ques­tion natio­nale. De la colo­ni­sa­tion à l’indépendance de 1830 à 1962, Les Éditions de l’Atelier, 2006.[]
  16. Albert Camus, Fragments d’un com­bat, 1938–1940. Alger Républicain, Le Soir Républicain, édi­tion éta­blie, pré­sen­tée et anno­tée par Jacqueline Lévi-Valensi et André Abbou, Cahiers Albert Camus, Vol. III, Gallimard, 1978.[]
  17. 22 juin 1939, cité dans Fragments d’un com­bat, op. cit.[]
  18. 25 juin 1939, cité dans Fragments d’un com­bat, op. cit.[]
  19. 26 juillet 1939, dans Fragments d’un com­bat, op. cit.[]
  20. On a l’impression, en lisant Misère de la Kabylie, qu’il effec­tua une enquête appro­fon­die et de longue durée. En fait, il ne res­ta sur place qu’entre le 26 mai et le 3 juin (Bousse Allouche, op. cit.).[]
  21. Une grande par­tie de ces textes est repro­duite dans Actuelles, Vol. III, Chroniques algé­riennes, 1939–1958, Gallimard, 1958.[]
  22. En 1930, les auto­ri­tés orga­ni­sèrent des céré­mo­nies dites « du cen­te­naire de l’Algérie », oubliant qu’il y avait une his­toire de ce pays avant 1830.[]
  23. 5 juin 1939.[]
  24. 6 juin 1939.[]
  25. 7 juin 1939.[]
  26. « Misère de la Kabylie. Pour vivre, la Kabylie réclame ! », 14 juin 1939.[]
  27. Boris Kan, « Roger Frison-Roche », L’Algérianiste, n° 89, mars 2000.[]
  28. La Dépêche algé­rienne, 8 au 17 juin 1939, repris en bro­chure sous le titre Kabylie 39, SIPA, Alger, 1939.[]
  29. Yves Ansel, op. cit. []
  30. « Méditerranée-Afrique du Nord », 1939 ; cité dans Fragments d’un com­bat, op. cit.[]
  31. « Misère de la Kabylie. Conclusion », Alger Républicain, 15 juin 1939.[]
  32. « Méditerranée-Afrique du Nord », 1939 ; cité in Fragments d’un com­bat, op. cit.[]
  33. Olivier Todd, op. cit.[][][]
  34. Camus à Combat, op. cit. Toutes les cita­tions qui suivent sont extraites de cet ouvrage.[]
  35. 28 octobre 1944.[]
  36. Le terme uti­li­sé à l’époque pour dési­gner les Vietnamiens.[]
  37. 14 mars 1945.[]
  38. 29 mars 1945.[]
  39. 13 mai 1945.[]
  40. Voir Annie Rey-Goldzeiguer, Aux ori­gines de la guerre d’Algérie, 1940–1945. De Mers-el-Kébir aux mas­sacres du nord-Constantinois, La Découverte, 2002.[]
  41. 15 juin 1945.[]
  42. 18 mai 1945.[]
  43. 20–21 mai 1945.[]
  44. « Appels col­lec­tifs », dans Alain Ruscio (dir.), La guerre fran­çaise d’Indochine (1945–1954). Les sources de la connais­sance. Bibliographie, fil­mo­gra­phie, docu­ments divers, Les Indes Savantes, 2002.[]
  45. L’Affaire Henri Martin parut fina­le­ment en 1953 avec, outre Sartre, les signa­tures de Prévert, Hervé Bazin, Vercors, Michel Leiris, Jean-Marie Domenach.[]
  46. « Défense de la liber­té », Franc-Tireur, décembre 1952 (le docu­ment en notre pos­ses­sion ne porte pas la date pré­cise).[]
  47. Ce mas­sacre long­temps oublié a été étu­dié pour la pre­mière fois par Danielle Tartakowsky, « Un 14 juillet 1953 à Paris », dans La guerre d’Algérie au miroir des déco­lo­ni­sa­tions fran­çaises, Actes du Colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron, 2000.[]
  48. Lettre au Monde, 19 juillet 1953, citée par Alain Ruscio, « Les ingré­dients du drame », dans Olivier Le Cour Grandmaison, Le 17 octobre 1961. Un crime d’État à Paris, La Dispute, 2001.[]
  49. Vol. III, mars 1951-décembre 1959, Gallimard, 1989.[]
  50. Victime en octobre 1954 d’un tra­gique trem­ble­ment de terre.[]
  51. Jeanyves Guérin, « Colonialisme », dans Jeanyves Guérin (dir.), op. cit.[]
  52. Jusqu’à 10 000 selon l’his­to­rien Benjamin Stora.[]
  53. Jeanyves Guérin, « Sur les treize articles algé­riens de Camus dans L’Express », dans Philippe Baudorre (dir.), La Plume dans la plaie. Les écri­vains jour­na­listes et la guerre d’Algérie, Presses uni­ver­si­taires de Bordeaux, 2003.[]
  54. Revue Communauté algé­rienne, 1er octobre 1955.[]
  55. « Un appel », Le Monde liber­taire, n° 33, décembre 1957, cité dans Et pour­tant ils existent ! 1954–2004. Le Monde liber­taire a cin­quante ans, édi­tions Le Cherche-Midi, 2004.[]
  56. Jean-François Sirinelli, « Guerre d’Algérie, guerre des péti­tions ? Quelques jalons », Cahiers de l’IHTP, n° spé­cial, La guerre d’Algérie et les intel­lec­tuels fran­çaisIHTP / CNRS, n° 10, novembre 1988.[]
  57. Par exemple, « Appel contre la pour­suite de la guerre en Afrique du Nord », L’Humanité, 7 novembre 1955 ; mee­ting du Comité d’action des intel­lec­tuels fran­çais contre la pour­suite de la guerre en Afrique du Nord, 26 jan­vier 1956, salle Wagram, textes réunis dans la pla­quette Guerre d’Algérie et Colonialisme, édi­tions du Comité, 1956, etc.[]
  58. Hervé Hamon & Patrick Rotman, Les por­teurs de valises. La résis­tance fran­çaise à la guerre d’Algérie, Albin Michel, 1979.[]
  59. Allusion aux mas­sacres de Philippeville cités plus haut.[]
  60. « Les rai­sons de l’adversaire », L’Express, 28 octobre 1955.[]
  61. « Trêve pour les civils », L’Express, 10 jan­vier 1956.[]
  62. Déclaration, 5 décembre 1958, citée par Herbert R. Lottman, Albert Camus, Seuil, 1978.[]
  63. « Lettre à un mili­tant algé­rien », Revue Communauté algé­rienne, 1er octobre 1955 ; in Actuelles, Vol. III, op. cit.[]
  64. « Algérie 1958 », in Actuelles, Vol. III, op. cit.[]
  65. Discours, Alger, 22 jan­vier 1956, in Actuelles, Vol. III, op. cit.[]
  66. Lettre du 6 août 1955, pré­cé­dant donc l’épisode algé­rois de jan­vier 1956. Mais Camus avait évi­dem­ment expo­sé ses idées en pri­vé. Dans Jean Amrouche & Jules Roy, D’une ami­tié. Correspondance (1937–1962), Édisud, 1985.[]
  67. Allusion aux mili­tants du MNA, dont le recru­te­ment était effec­ti­ve­ment plus ouvrier que celui de ses rivaux.[]
  68. Appel paru dans La Révolution pro­lé­ta­rienne (n° 422, novembre) et Le Monde liber­taire (n° 31, décembre), novembre 1957, cité par René Gallissot, Notice « Albert Camus », art. cité.[]
  69. L’Express, 10 jan­vier 1956.[]
  70. Publié dans L’Exil et le Royaume, Gallimard, 1957.[]
  71. Marie-Sophie Inzé Armstrong, « Une lec­ture ono­mas­tique de L’hôte », La Revue des Lettres modernes, n° 14, 1991.[]
  72. René Gallissot, Notice « Albert Camus », art. cité.[]
  73. Demain, février 1957, cité par Yves Ansel, op. cit.[]
  74. Intervention, in Jeanyves Guérin (dir.), Camus et la poli­tique, op. cit.[]
  75. Allusion à une lettre de Kateb Yacine à Camus — on ne sait d’ailleurs si elle fut envoyée — en 1957 : « Nous voi­ci comme deux frères enne­mis… », citée in Amina Azza-Bekat & al., op. cit.[]
  76. Interview accor­dée à Patrice Gélinet, France Culture, émis­sion l’Histoire immé­diate, série La guerre d’Algérie, vingt-cinq ans après, 2e émis­sion, 13 août 1966, trans­crip­tion faite par Aït Si Slimane, Site Fabrique de sens.[]

REBONDS

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Alain Ruscio

Historien et chercheur indépendant né en 1947. Spécialisé sur les questions coloniales, il est notamment l'auteur des ouvrages « Le Credo de l’homme blanc » et « Nous et moi, grandeurs et servitudes communistes ».

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