Orwell, Pasolini, Gramsci : halte au pillage !


Texte inédit pour le site de Ballast

Ils se plaisent à faire les poches aux morts. Ils paradent dans les ruines, par trop heu­reux de s’emparer des armes de ceux qui les auraient com­bat­tus en leur temps. Chasseurs de tro­phées, détrous­seurs d’i­dées ; ils s’a­gitent et se répandent, sou­cieux d’in­sou­mis­sion à peu de frais. L’absence de cohé­rence ? Silence, on triche ! On sait Proudhon loué par les natio­na­listes du siècle der­nier ; on sait Jaurès bran­di par le Front natio­nal : on assiste, depuis quelques années, au détour­ne­ment intel­lec­tuel d’un trio d’au­teurs enga­gés dans la lutte sociale et révo­lu­tion­naire — George Orwell, Pier Paolo Pasolini et Antonio Gramsci. Dernière rapine en date : la créa­tion, la semaine pas­sée, d’une web-tv du nom d’Orwell par une édi­to­ria­liste du Figaro☰ Par Émile Carme


« On entre dans un mort comme dans un mou­lin », aver­tit Sartre dans L’Idiot de la famille. Et les mou­lins du socia­lisme révo­lu­tion­naire se voient allè­gre­ment déva­li­sés par ceux qui s’e­nor­gueillissent de brouiller les cartes, d’é­chap­per aux « cli­vages », de che­mi­ner par-delà les « éti­quettes », bref, de man­ger avec leurs pieds en se trou­vant malins. D’aucuns répon­dront que les pen­seurs et les artistes livrent leur œuvre à l’hu­ma­ni­té tout entière et qu’il n’est que les sec­taires pour cher­cher à le nier. On les accu­se­ra, pingres ou pos­ses­sifs, de rechi­gner au par­tage. De bar­ri­ca­der, en odieux puristes. D’avoir l’œil jaloux sur le patri­moine de leur camp. La tâche s’a­voue sans fin, soit, mais l’on doit au moins aux défri­cheurs de veiller à leurs legs, de main­te­nir lim­pide et cou­pant le fil de cette mémoire. Prélever, tron­quer, rogner, éla­guer, muti­ler, atro­phier, extraire sans sou­ci des lames de fond ni de la cohé­sion d’un par­cours et d’un pro­pos — qui, sans nous ris­quer à par­ler de sys­tème, forment un bloc somme toute homo­gène — n’est pas sans inci­dences : les mots s’es­soufflent à mesure qu’on les rafle.

« La tâche s’a­voue sans fin, soit, mais l’on doit au moins aux défri­cheurs de veiller à leurs legs, de main­te­nir lim­pide et cou­pant le fil de cette mémoire. »

Le phi­lo­sophe Alain de Benoist, connu pour son impli­ca­tion au sein de la « Nouvelle Droite », admet lui-même que « la droite a ten­dance à tout per­son­na­li­ser » car elle n’aime pas les idées et se méfie des théo­ries arti­cu­lées : « elle ramène l’his­toire à l’ac­tion de quelques grands per­son­nages, plu­tôt que de s’in­té­res­ser aux struc­tures sociales et aux mou­ve­ments popu­laires. Elle a du mal à com­prendre que les grandes évo­lu­tions sociales s’ex­pliquent par des dyna­miques intrin­sèques1Alain de Benoist, Mémoire vive, Éditions de Fallois, 2012, p. 277. ». C’est sans doute l’une des rai­sons qui pousse cette hété­ro­clite cote­rie d’é­di­to­ria­listes, d’a­ni­ma­teurs en vue et d’au­teurs, niant bien sûr « ces signi­fiants dépour­vus de réfé­rents2Élisabeth Lévy, « Droite/gauche : le cli­vage le plus bête du monde », Causeur [en ligne], 4 octobre 2011. » que sont la droite et la gauche tout en ayant cha­cun leur porte-man­teau au Figaro ou chez Causeur, à s’ap­pro­prier sans rete­nue des noms propres en fai­sant mine d’i­gno­rer leur tra­di­tion et leurs ancrages pro­fonds, poli­tiques et phi­lo­so­phiques. Antilibéraux finan­cés par Canal+, apôtres rica­neurs de Philippe Muray, défen­seurs haut-per­chés des « gens ordi­naires » seule­ment s’il est ques­tion d’en ban­nir d’autres, éco­lo­gistes bigots et tri­bus de néo-répu­bli­cains3Entendons ce terme ain­si que le for­mule Emmanuel Todd : « Le néo-répu­bli­ca­nisme est une étrange doc­trine, qui pré­tend par­ler la langue de Marianne mais défi­nit dans les faits une République d’exclusion. […] Les musul­mans, caté­go­rie fan­tas­mée, deviennent ain­si pour [les classes moyennes qui dominent le sys­tème néo-répu­bli­cain] un deuxième pro­blème, à côté de celui des milieux popu­laires. » Sociologie d’une crise reli­gieuse, Points|Seuil, 2016, pp. 224, 227. : nos pillards jonglent avec des bouts de viande en s’i­ma­gi­nant dres­ser une table. Ils élisent une lettre quitte à flouer l’es­prit, fiers de s’en­ca­nailler aux côtés de trois figures déro­bées à la contes­ta­tion socia­liste : un com­bat­tant anti­fas­ciste bles­sé sous les tirs natio­na­listes, un poète com­mu­niste assas­si­né dans un ter­rain vague, un théo­ri­cien mar­xiste mis aux fers par une dic­ta­ture.

George Orwell

On doit à l’é­di­to­ria­liste média­tique Natacha Polony la raz­zia la plus bruyante opé­rée sur l’œuvre du pen­seur. Candidate en 2002 pour le Pôle répu­bli­cain — qui enten­dait, fameux bouillon, « ras­sem­bler les répu­bli­cains des deux rives » —, ancienne élec­trice de Bayrou et ani­ma­trice sur France 2, chro­ni­queuse au Grand Journal, voix du Figaro et gaul­liste auto-pro­cla­mée, celle qui décla­ra par­ta­ger « à peu près 90 à 95 %4Émission On n’est pas cou­ché, 17 mars 2012. » des posi­tions d’Éric Zemmour et vota Nicolas Dupont-Aignan en 2012 (après avoir jadis rêvé de prendre la tête de l’UMP, le chantre des bagnes à Cayenne goû­te­rait de la nom­mer ministre de l’Éducation natio­nale s’il accé­dait un jour à l’Élysée : la boucle est bou­clée et l’o­li­gar­chie de trem­bler) n’a guère, c’est le moins que l’on puisse consta­ter, fait montre de sa par­ti­ci­pa­tion aux luttes pour l’é­man­ci­pa­tion. Juger la démarche du sinistre Printemps répu­bli­cain « tout à fait louable », croire que le port du fou­lard par des éco­lières était « une démarche poli­tique visant à nous tes­ter » et qua­li­fier Nuit Debout de concen­tré du « pire du gau­chisme cultu­rel5Les trois der­nières cita­tions pro­viennent d’un entre­tien de Natacha Polony don­né au site Le Comptoir, paru en deux par­ties en avril et mai 2016. » ne sau­rait en effet comp­ter au nombre des hauts faits d’armes de l’his­toire socia­liste et de la lutte des classes.

George Orwell et ses cama­rades sur le front espa­gnol (DR)

Le Comité Orwell, qu’elle pré­side depuis sa créa­tion en 2015, se pré­sente comme un « col­lec­tif de jour­na­listes pour la défense de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire et des idées alter­na­tives dans les médias » : il relaie dès lors abon­dam­ment, en guise de plu­ra­lisme, les articles du Figaro et de Causeur (maga­zine pour par­tie finan­cé par les hommes d’af­faires Niel ou Charles Beigbeder et dont l’ac­tion­naire prin­ci­pal n’est autre que Gérald Penciolelli, ancien mili­tant du mou­ve­ment natio­na­liste Ordre nou­veau et ex-direc­teur de la revue d’ex­trême droite Minute). L’un des cofon­da­teurs dudit Comité, Alexandre Devecchio, assure quant à lui appar­te­nir à la « géné­ra­tion Zemmour6« Bienvenue à la jeune garde ! », Causeur [en ligne], 22 décembre 2016. » et passe le plus clair de son temps à tan­cer, pêle-mêle mais obnu­bi­lé, la Marche pour la jus­tice et la digni­té, « l’i­déo­lo­gie de la repen­tance », « le racisme des anti­ra­cistes » (ou, variante, « la dérive inquié­tante de l’an­ti­ra­cisme »), le « com­mu­nau­ta­risme » de Juppé, « l’ab­sur­di­té tra­gi-comique de l’empire du bien » (et un bon point Muray, un !) ou le suc­cès du film Moonlight et son « héros pauvre, noir et gay ». Après avoir publié Bienvenue dans le pire des mondes, le col­lec­tif lance sa télé­vi­sion en ligne payante : l’Orwell.tv. « Pour une France libre », entre une cri­tique (des plus légi­times) de l’Union euro­péenne, un fidèle de Philippe de Villiers, un ancien expert du MEDEF et un cynisme assu­mé en matière de ventes d’armes au pro­fit des entre­prises made in tri­co­lore.

« Orwell inté­gra les rangs du Parti ouvrier d’u­ni­fi­ca­tion mar­xiste, en 1936, afin d’ou­vrir le feu sur les fran­quistes — tout en confiant qu’il eût pré­fé­ré prê­ter main forte aux anar­chistes. »

Voyons plu­tôt de quoi Orwell, père de la désor­mais fameuse « com­mon decen­cy7Ou décence ordi­naire, com­mune — celle qu’Orwell prête aux classes popu­laires. », était-il le nom dont tant se vêtissent de nos jours. Nul mys­tère en la matière, dès lors que l’on prend la peine de lire l’œuvre com­plète, une ou deux bio­gra­phies et sa cor­res­pon­dance afin d’en sai­sir l’u­ni­té logique. « Je suis défi­ni­ti­ve­ment à gauche8Cité par Simon Leys, Orwell ou l’hor­reur du poli­tique, Plon, 2006, p. 91. », lan­ça celui qui inté­gra les rangs espa­gnols du Parti ouvrier d’u­ni­fi­ca­tion mar­xiste, en 1936, afin d’ou­vrir le feu sur les fran­quistes — tout en confiant, dans les pages de son bel Hommage à la Catalogne, qu’il eût pré­fé­ré prê­ter main forte aux anar­chistes. Socialiste radi­cal, donc, démo­crate anti-sta­li­nien et par­ti­san réso­lu de l’é­ga­li­té : per­sonne ne devait selon lui pos­sé­der de voi­tures de luxe, de man­teaux de four­rures, de yachts et de mai­sons de cam­pagne si « on ne peut pas [en] don­ner à tout le monde9George Orwell, À ma guise, Agone, 2008, p. 95. ». La libre concur­rence ? Une « tyran­nie » pour la « grande masse des gens10Orwell entre lit­té­ra­ture et poli­tique, Agone, n° 45, 2011, p. 41. ». La publi­ci­té ? Il espé­rait la voir « dis­pa­raître de nos murs11George Orwell, À ma guise, op. cit., p. 201. ». Les forces de l’ordre ? Il décri­vait l’agent de police comme l’en­ne­mi natu­rel de l’ou­vrier. La gloire impé­riale ? Il déplo­ra que l’on ne tint pas « compte des reven­di­ca­tions arabes12Orwell entre lit­té­ra­ture et poli­tique, op. cit., p. 89. » et se mon­tra hos­tile au pro­jet sio­niste comme à l’é­mi­gra­tion des Juifs d’Europe vers la Palestine. Il nour­ris­sait, confia-t-il dans Le Quai de Wigan, une « haine pour l’im­pé­ria­lisme13George Orwell, Le Quai de Wigan, Ivrea, 2010, p. 162. » et assé­nait que le nazisme était une « per­pé­tua­tion de nos propres méthodes14George Orwell, Écrits poli­tiques, Agone, 2009, p. 104. », celles du colo­nia­lisme occi­den­tal ; il écri­vit ain­si, dans son roman ins­pi­ré de son séjour en Asie : « Le temps vient où vous vous consu­mez de haine à l’é­gard de vos propres com­pa­triotes, où vous vous pre­nez à rêver d’un sou­lè­ve­ment indi­gène qui noie­rait leur Empire dans le sang15George Orwell, Une Histoire bir­mane, Ivrea, 2009, p. 93.. » L’un de ses poèmes, com­po­sé sur un papier à en-tête du gou­ver­ne­ment de Birmanie, enfon­çait le clou : « Quand l’air explo­se­ra sous le ton­nerre / Le fra­cas des trônes qui s’é­croulent / Et les cra­que­ments des empires bri­sés16Cité par Bernard Crick, George Orwell une vie, Balland, 1984, p. 149.… » Une rela­tion de l’é­cri­vain témoi­gna même : « Il était convain­cu que nous n’a­vions rien à faire en Birmanie, aucun droit de domi­ner d’autres nations. Il aurait détruit l’Empire bri­tan­nique sur-le-champ17Ibid., p. 158.. » (Copiez-col­lez ces cita­tions sans en men­tion­ner l’au­teur ni l’exo­tisme d’outre-Manche : nos néo-orwel­liens bon­dissent déjà, effa­rés ou iro­niques, à l’i­dée que l’on puisse ques­tion­ner le pas­sé colo­nial fran­çais ou le pré­sent néo­co­lo­nial — à cocher, au choix : « camp du Bien », « repen­tance », « haine de soi », « poli­ti­que­ment cor­rect », « doxa », « bien-pen­sance », « pen­sée unique ».) Le natio­na­lisme ? Orwell rap­pe­lait que qui­conque explique le monde en termes d’« âmes natio­nales » esquive la ques­tion éco­no­mique, l’in­ter­pré­ta­tion « mar­xienne de l’his­toire18George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 75. » (son caniche noir se nom­mait Marx — bien qu’il ne fut pas un lec­teur régu­lier du théo­ri­cien alle­mand), et le com­pa­rait au clas­se­ment des insectes, à quelque « croyance magique19George Orwell, Tels, tels étaient nos plai­sirs, Ivrea, 2005, p. 68. ».

Si Natacha Polony se plut à railler la tenue d’une men­diante rom — sans doute cette der­nière n’a­vait-elle pas l’oc­ca­sion d’être rému­né­rée 1 400 euros par émis­sion heb­do­ma­daire de Laurent Ruquier ou de défi­ler sur le podium du Salon du cho­co­lat —, Orwell pré­fé­ra rap­por­ter, dans son enquête de ter­rain Dans la dèche à Paris et à Londres, la condi­tion d’es­claves des tra­vailleurs, la misère des sans-logis, les paies indignes, la sueur et la crasse, les logiques de castes, les visages tirés par l’in­som­nie. « Je ne vois déci­dé­ment rien chez un men­diant qui puisse le faire ran­ger dans une caté­go­rie d’êtres à part, ou don­ner à qui que ce soit d’entre nous le droit de le mépri­ser20George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, 10|18, p. 237.» Il n’é­cri­vait plus, affir­ma-t-il au len­de­main de la débâcle espa­gnole, que pour le socia­lisme et son avè­ne­ment. « J’avais por­té ma haine de l’op­pres­sion à des degrés extra­or­di­naires21George Orwell, Le Quai de Wigan, op. cit., p. 167. », avoua-t-il ici ; la misère et l’é­chec lui avaient ensei­gné la « haine natu­relle de l’au­to­ri­té22George Orwell, « Pourquoi j’é­cris », 1946. », confia-t-il là (on ima­gine à cet ins­tant le désar­roi de nos tenants de la « crise de l’au­to­ri­té »). Son pro­jet révo­lu­tion­naire, expli­qua-t-il, fon­dé sur une ligue qui dépar­ta­ge­rait la socié­té en deux camps — oppri­més et oppres­seurs —, « accep­te­ra d’u­ti­li­ser la vio­lence si besoin est23George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 173. » (on se sou­vient du com­men­ta­teur Facebook et poli­to­logue Laurent Bouvet, héraut de la « décence ordi­naire » orwel­lienne, pous­ser des cris de vieilles portes lorsque des tra­vailleurs s’en prirent aux che­mi­settes d’Air France). Orwell esti­mait, après avoir visi­té une pri­son, que sa place « était der­rière les bar­reaux plu­tôt que devant24George Orwell, Le Quai de Wigan, op. cit., p. 165. » et que le pire des cri­mi­nels valait tou­jours mieux que le juge qui décrète la peine capi­tale. Il com­pa­rait, enfin, le rejet des migrants polo­nais, en Angleterre, au racisme contre les Juifs et se disait « dépri­mé25Ibid., p. 398. » après avoir enten­du ses com­pa­triotes esti­mer que ces réfu­giés devaient « ren­trer chez eux ».

George Orwell (DR)

Par quels biais, par­tant, nos néo-orwel­liens par­viennent-ils à opé­rer sem­blable cap­ture au grand jour ? Passons sur la « nov­langue » de 1984 (aisé­ment ajus­table une fois réduite à sa seule dimen­sion lin­guis­tique ou dys­to­pique) ou le com­bat anti­to­ta­li­taire (dont on oublie de rap­pe­ler qu’il n’a­vait nulle valeur, à ses yeux, de défense du libé­ra­lisme : Orwell mar­te­la que l’on ne sau­rait com­battre le fas­cisme par la « démo­cra­tie » — les guille­mets sont de lui26George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 72. — mais uni­que­ment par le socia­lisme, esti­mant du reste, et en dépit de la détes­ta­tion qu’il vouait à Staline, qu’il convien­drait de défendre l’Union sovié­tique si celle-ci s’a­vé­rait mena­cée par Franco ou le régime de Vichy27Ibid., p. 345.). George Orwell fut tout ce que l’on vient de lire, tout en s’a­van­çant « patriote », « conser­va­teur » et défen­seur des « gens ordi­naires ». Patriote ? La belle affaire ! Il le fut comme tant de figures révo­lu­tion­naires qu’il serait vain de cher­cher à en dres­ser la liste : de Blanqui (et son jour­nal La Patrie en dan­ger) à Badiou (se défi­nis­sant comme « un vieux patriote fran­çais28Alain Badiou et Alain Finkielkraut, L’Explication, Lignes, 2010, p. 170. »), en pas­sant par Sankara (« La patrie ou la mort »). Conservateur ? Il se plai­sait à fabri­quer son mobi­lier, réprou­vait la civi­li­sa­tion de la machine, abhor­rait la ville, le chauf­fage cen­tral, l’a­cier, le béton et les voi­tures (tout en rou­lant ses ciga­rettes à l’aide d’une machine) ; il n’é­tait pas un « pro­gres­siste », n’ayant, comme bien d’autres mili­tants de l’émancipation29De Benjamin à Bensaïd en pas­sant par le révo­lu­tion­naire liber­taire alle­mand Gustav Landauer., nulle foi en quelque sens de l’Histoire, pas plus qu’en ses déter­mi­na­tions et lois sup­po­sées. Porte-voix des classes popu­laires ? Assurément, à l’i­mage de la qua­si-tota­li­té des des­seins socia­listes, com­mu­nistes et anar­chistes depuis le XIXe siècle. La com­mon decen­cy n’a d’ailleurs pas atten­du Orwell pour exis­ter dans les faits ; le com­mu­nard Élisée Reclus avan­çait déjà, dans son ouvrage L’Anarchie : « Là où la pra­tique anar­chiste triomphe, c’est dans le cours ordi­naire de la vie, par­mi les gens du popu­laire, qui cer­tai­ne­ment ne pour­raient sou­te­nir la ter­rible lutte de l’existence s’ils ne s’entraidaient spon­ta­né­ment, igno­rant les dif­fé­rences et les riva­li­tés des inté­rêts30Élisée Reclus, L’Anarchie, Mille et une nuits, 2009, pp. 27–28.. » Le tri­po­tage s’en­tend ain­si, les pré­lè­ve­ments à la petite semaine ache­vant la besogne.

Pier Paolo Pasolini

« Pasolini qua­li­fiait l’an­ti­com­mu­nisme de haine sinistre et fai­sait du colo­nia­lisme et du racisme les prin­ci­paux pro­blèmes à résoudre. »

Alain Soral, sym­pa­thi­sant de l’or­ga­ni­sa­tion néo­fas­ciste CasaPound et conseiller en « drague » de rue, célèbre volon­tiers celui qu’il qua­li­fie d’« icône » hono­rable dans son Abécédaire de la bêtise ambiante ; Eugénie Bastié, humo­riste (« Tuer son mari : abou­tis­se­ment logique et néces­saire du fémi­nisme31Tweet du 30 jan­vier 2016, @EugenieBastie, 15:19.. ») et plume dans le jour­nal du mar­chand d’armes mil­liar­daire Serge Dassault, psal­mo­die cer­taines de ses décla­ra­tions sur l’a­vor­te­ment ; Patrick Buisson, ancien conseiller de Philippe de Villiers et de Sarkozy pas­sé par le jour­nal Minute, loue dans les pages de La Cause du peuple son ana­lyse de la mar­chan­di­sa­tion. Trois coups de poi­gnards emblé­ma­tiques — mais Pasolini, déjà mort dans les condi­tions que l’on sait, a sans doute le cuir du dos épais… L’écrivain Patrice Bollon évo­qua à rai­son, dans son article « Pasolini-Boutin, c’est vrai­ment pareil ? », une entre­prise « de cap­ta­tion théo­rique » des plus « indues » et « pro­pre­ment scan­da­leuses32Patrice Bollon, « Pasolini-Boutin, c’est vrai­ment pareil ? », Le Magazine lit­té­raire, n° 543, mai 2014, p. 10. ». Oui, le cinéaste et poète ita­lien se récla­ma du Christ, du pas­sé et de la sacra­li­té du vivant. Oui, il moqua les jeunes mani­fes­tants de 1968 et cer­tains mots d’ordre anti­fas­cistes. Mais il y a loin entre ses incli­na­tions nos­tal­giques et son cou­ron­ne­ment par quelques bien lotis de la Manif pour Tous pein­tur­lu­rés en rose et bleu — une lec­ture atten­tive de l’en­semble de ses écrits suf­fi­rait à ouvrir jus­qu’aux yeux les plus crot­tés. Pasolini qua­li­fiait dans La Rage33Pier Paolo Pasolini, La Rage, Nous, 2014. l’an­ti­com­mu­nisme de « haine sinistre » et fai­sait du colo­nia­lisme et du racisme les prin­ci­paux « pro­blèmes » à résoudre : le pre­mier comme « vio­lence », le second comme « can­cer moral ». Il célé­bra la libé­ra­tion de la Tunisie et du Togo, applau­dit au « nou­vel élar­gis­se­ment du monde » induit par la prise en compte de la ques­tion raciale, chan­ta Cuba libé­rée, quoique dou­lou­reu­se­ment, par les bar­bu­dos de Castro et de Guevara. S’enflamma pour la « rouge liber­té par­ti­sane ». Dénonça « la haine, la peste, la lâche­té » de l’État fran­çais frap­pant l’Algérie en quête d’in­dé­pen­dance, rap­pe­la les tor­tures et les sévices, en appe­la aux haillons, à la gitane, au men­diant, au juif, au nomade, à l’a­nal­pha­bète, au chô­meur, aux bas-fonds, aux « cama­rades manœuvres » et aux « peuples esclaves ». Fit état de « la joie » qui fut sienne lorsque l’Algérie obtint sa libé­ra­tion.

Un mys­tique aty­pique plus qu’un fervent reli­gieux, par ailleurs, puisque l’a­thée qu’il était se décla­ra « laïc et non-croyant34Cité par René de Ceccatty, Pasolini, Folio, 2005, p. 34. », nul­le­ment « catho­lique idéo­lo­gi­que­ment35Ibid., p. 37. » — sans comp­ter qu’il tenait l’Église pour une puis­sance finan­cière hos­tile, réac­tion­naire et sou­mise aux classes domi­nantes. Il essuya une tren­taine de pro­cé­dures judi­ciaires, dont cer­taines pour « obs­cé­ni­té » et « outrage à la reli­gion » (« Je ne pour­rai jamais oublier que la socié­té ita­lienne m’a condam­né à tra­vers ses tri­bu­naux36Déclaration sur l’af­faire Siniavski-Daniel, Il Giorno, 17 février 1966.. »), et s’ins­cri­vit à la cel­lule com­mu­niste de San Giovanni dès les années 1940 — com­mu­niste, il le res­ta en hété­ro­doxe jus­qu’à son assas­si­nat en novembre 1975. Il voya­gea aux États-Unis et se prit d’en­thou­siasme pour le cli­mat « clan­des­tin de lutte, d’ur­gence révo­lu­tion­naire37Pier Paolo Pasolini, Empirismo ere­ti­co, Garzanti, 1972. » qui y régnait, sen­sible au « cal­vaire des Noirs et de tous les exclus », dis­cu­tant avec des par­ti­sans du Black Panther Party et un syn­di­ca­liste d’Harlem, écri­vant alors qu’il tenait à « [s’]exprimer par l’exemple / jeter [s]on corps dans la lutte38Poème cité par Enzo Siciliano, Pasolini une vie, Éditions de la dif­fé­rence, 1984, p. 363. ». Celui qui n’eut de cesse d’af­fi­cher, de romans en films, son affec­tion pour le sous-pro­lé­ta­riat confia « trouv[er] une conso­la­tion39Pier Paolo Pasolini, Empirismo ere­ti­co, op. cit. » dans les ban­lieues pauvres et bru­tales des villes ita­liennes, la bour­geoi­sie l’ayant « exclu » du fait de son homo­sexua­li­té.

Pier Paolo Pasolini, à gauche (DR)

On sou­rit : les célèbres vers, pro­vo­ca­teurs, témoi­gnant de sa sym­pa­thie pour la police (« parce que les flics sont des fils de pauvres40« Le P.C.I. aux jeunes », 1968. », contrai­re­ment aux étu­diants issus des classes aisées — il est tou­te­fois cou­tume d’oc­cul­ter la suite : étu­diants qu’il ne trou­vait pas moins… « du côté / de la rai­son » !), que nos néo-paso­li­niens publient en chœur sur les réseaux sociaux à chaque mani­fes­ta­tion plus agi­tée qu’un débat à l’Assemblée, étaient jugés « mau­vais41Voir Enzo Siciliano, Pasolini une vie, op. cit., p. 380. » par leur auteur (d’au­tant qu’ils furent publiés à chaud et cou­pés contre son gré à paru­tion). Honorer un poète en dif­fu­sant un texte que celui-ci pen­sait indigne de pos­té­ri­té : à cha­cun ses hom­mages… « J’ai tou­jours été anti­fas­ciste42Pier Paolo Pasolini, Lettres luthé­riennes, Seuil, 2000, p. 11. », pro­cla­ma Pasolini dans ses Lettres luthé­riennes : il ton­na contre « le fas­cisme de la consom­ma­tion », à ses yeux plus ter­rible encore que son aïeul mus­so­li­nien (en ce qu’il attei­gnit jus­qu’aux entrailles de la socié­té), et la dimen­sion « tota­li­taire » et « géno­ci­daire » de la moder­ni­té mar­chande et du « déve­lop­pe­ment » — œuvrant sous cou­vert d’hé­do­nisme et de tolé­rance. Il exhor­ta à réduire la voi­lure, voire à convier un pas­sé voué à dis­pa­raître : le monde rural en pre­mier chef. L’auteur des Écrits cor­saires ne croyait pas, comme Orwell ou Camus, au sens de l’Histoire mar­xiste ; il esti­mait qu’une révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne aurait pour but de « régé­né­rer » la vie popu­laire, non point de la chan­ger de fond en comble — l’é­co­lo­giste Paul Ariès ne dit pas autre chose lors­qu’il invite, dans La Simplicité volon­taire ou le mythe de l’a­bon­dance, à prendre en compte la dimen­sion conser­va­trice inhé­rente à cer­taines luttes sociales popu­laires (entre mille : défendre des terres contre l’im­plan­ta­tion d’un oléo­duc).

« Quelques heures avant d’être tué, Pasolini confia sa mélan­co­lie, celle d’un temps où les hommes étaient encore capables d’a­battre leur patron. »

Pasolini, inlas­sable détrac­teur de « la cruau­té et la stu­pi­di­té du pré­sent43Pier Paolo Pasolini, La Rage, op. cit., p. 102. », vouait aux gémo­nies cette télé­vi­sion où ses usur­pa­teurs aiment à plas­tron­ner. « Je nour­ris une haine vis­cé­rale, pro­fonde, irré­duc­tible contre la bour­geoi­sie44Entretiens avec Pier Paolo Pasolini, avec Jean Duflot, Éditions Pierre Belfond, 1970, p. 14. » : la révolte de pay­sans contre des pro­prié­taires ter­riens l’a­vaient pous­sé au com­mu­nisme. La lec­ture d’Antonio Gramsci et de Karl Marx struc­tu­ra l’in­di­gna­tion de celui dont le frère s’é­tait enga­gé dans la Résistance durant la Seconde Guerre mon­diale — Pasolini che­mi­na sa vie durant aux côtés du pre­mier, secré­taire du Parti com­mu­niste empri­son­né sous le fas­cisme ita­lien, du moins de sa pen­sée, et lui dédia un recueil de poèmes, Les Cendres de Gramsci, dans lequel il invo­qua avec ten­dresse le « chif­fon rouge, comme celui / noué au cou des par­ti­sans45Pier Paolo Pasolini, Poésies, Nrf Gallimard, 1980, p. 25. ». Il posa, fameux cli­ché, sur la tombe du phi­lo­sophe qui affir­mait que le monde était divi­sé en deux camps : celui qui appuie la Révolution russe de 1917 et l’autre qui aspire à la voir « noyée dans le sang46Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques II, Nrf Gallimard, 1975, p. 67. ». Quelques heures avant d’être tué, le natif de Bologne confia sa mélan­co­lie, celle d’un temps où les hommes, avant d’être réduits à l’é­tat de robots, étaient encore capables d’a­battre leur patron47Voir Ultima inter­vis­ta di Pasolini, Colombo et Ferretti, Allia, 2014, pp. 17–18..

Antonio Gramsci

Son voca­bu­laire est mieux connu que sa pen­sée : « hégé­mo­nie cultu­relle », « guerre de posi­tion », « socié­té civile », « bloc his­to­rique », « sens com­mun », « intel­lec­tuel orga­nique »… L’expression est deve­nue mar­ron­nier de presse, donc lieu com­mun : chaque camp de se livrer à quelque ambi­tieuse « bataille des idées », de pro­pa­ger, en somme, sa vision idéo­lo­gique et cultu­relle pour mieux pré­pa­rer le pas­sage à l’ac­tion. Sarkozy le cita, on mur­mure de Marine Le Pen qu’elle l’é­tu­dia plume à la main, d’au­cuns se féli­ci­tèrent d’un « gram­scisme de droite » et le mou­ve­ment Les Veilleurs, com­pa­gnon de route de La Manif pour tous, n’eut aucun scru­pule, entre une cau­se­rie aux côtés de Marion Maréchal-Le Pen et un éloge de Martin Luther King, à s’ap­pro­prier son rejet de l’in­dif­fé­rence. L’auteur des Cahiers de pri­son — plus de deux mille pages manus­crites fut nom­mé repré­sen­tant, en 1922, du Parti com­mu­niste ita­lien au Komintern (il séjour­na dix-huit mois dans la jeune URSS) puis arrê­té quatre ans plus tard : « Nous devons empê­cher ce cer­veau de fonc­tion­ner pen­dant vingt ans », décla­ra le pro­cu­reur fas­ciste — sans doute étaient-ce les mots mêmes de Mussolini. Il pas­sa plus d’une décen­nie sous les bar­reaux : qu’on ne le plai­gnît pas, deman­da-t-il à sa mère, « j’é­tais un com­bat­tant ».

Pier Paolo Pasolini sur la tombe de Gramsci, 1970 (ANSA)

Lénine, qu’il sur­nom­mait en pri­son « le plus grand théo­ri­cien moderne de la phi­lo­so­phie de la praxis », comp­tait au nombre de ses influences majeures (on attend les hom­mages de nos néo-gram­scistes, en ce cen­te­naire de la Révolution russe). La classe ouvrière était à ses yeux « une classe à la fois natio­nale et inter­na­tio­nale48Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques, II, op. cit., p. 71. » et le ren­ver­se­ment du capi­ta­lisme s’ef­fec­tue­rait par « un sys­tème de forces révo­lu­tion­naires mon­diales toutes ten­dues vers le même but49Ibid., p. 73. ». Il condam­na « l’ex­pan­sion­nisme colo­nial50Ibid., p. 91. », les « mar­chands de chau­vi­nisme51Antonio Gramsci, Pourquoi je hais l’in­dif­fé­rence, Rivages poche, 2012, p. 92. » et « les déma­gogues du natio­na­lisme52Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques, II, op. cit., p. 91. », salua la révo­lu­tion alle­mande au cours de laquelle Rosa Luxemburg fut abat­tue (« tous les com­bat­tants de la classe labo­rieuse sont soli­daires de Spartacus53Ibid., p. 98. »), croyait que le Parti se devait de « lan­cer le mot d’ordre de l’in­sur­rec­tion, et conduire le peuple en armes jus­qu’à la liber­té54Ibid., p. 123. » et jurait que le chris­tia­nisme a « empê­ché la recherche pas­sion­née de la véri­té55Antonio Gramsci, Pourquoi je hais l’in­dif­fé­rence, op. cit., p. 129. » : inutile de pour­suivre ; le phi­lo­sophe ita­lien Robert Maggiori fait à juste titre état d’une annexion56Robert Maggiori, « Il faut sau­ver Antonio Gramsci de ses enne­mis », Libération, 2 août 2016..

*

L’époque est cul par-des­sus tête. Le zap­ping s’est empa­ré des mots après avoir englou­ti les images. Les idées remuent sur les étals, éparses, et cha­cun d’y pio­cher selon son bon plai­sir : un nom qui sonne, une cita­tion sans sou­ci du res­tant, la satis­fac­tion nar­cis­sique de l’é­clec­tisme ou de l’hors-cadres. Les longues durées, les attaches, le noyau dur des mémoires, les grands récits irré­duc­tibles et les frac­tures à jamais ouvertes ? Connaît plus. « Si l’on recon­naît les crises his­to­riques à leur puis­sance de brouillage et à leur pou­voir de désta­bi­li­sa­tion — des croyances et des cli­vages éta­blis —, nul doute que nous y sommes. Nous vivons l’époque de toutes les confu­sions », assure le phi­lo­sophe et éco­no­miste Frédéric Lordon, avant de pour­suivre : « Or on ne sur­vit au trouble cap­tieux de la confu­sion qu’en étant sûr de ce qu’on pense, en sachant où on est, et en tenant la ligne avec une rigueur de fer57Frédéric Lordon, « Clarté », Le Monde diplo­ma­tique [en ligne], 26 août 2015.. » De la rigueur, oui. Natacha Polony rap­porte, dans Ce pays qu’on abat, qu’il convien­drait de « faire taire » ces « pelés, ces galeux58Natacha Polony, Ce pays qu’on abat, Plon, 2014. » qui, comme elle, auraient l’au­dace de réflé­chir par-delà les cli­vages et d’ap­pe­ler à quelque « dia­logue en forme de dia­lec­tique » : per­sonne, ici, ne tient à les réduire au silence ; on aime­rait seule­ment qu’ils se contentent de par­ler en leur nom.


REBONDS

☰ Lire notre abé­cé­daire de George Orwell, octobre 2016
☰ Lire le texte « Appel à un mou­ve­ment socia­liste et popu­laire », George Orwell (Memento), jan­vier 2016
☰ Lire notre semaine consa­crée à Pier Paolo Pasolini, novembre 2015

NOTES   [ + ]

1.Alain de Benoist, Mémoire vive, Éditions de Fallois, 2012, p. 277.
2.Élisabeth Lévy, « Droite/gauche : le cli­vage le plus bête du monde », Causeur [en ligne], 4 octobre 2011.
3.Entendons ce terme ain­si que le for­mule Emmanuel Todd : « Le néo-répu­bli­ca­nisme est une étrange doc­trine, qui pré­tend par­ler la langue de Marianne mais défi­nit dans les faits une République d’exclusion. […] Les musul­mans, caté­go­rie fan­tas­mée, deviennent ain­si pour [les classes moyennes qui dominent le sys­tème néo-répu­bli­cain] un deuxième pro­blème, à côté de celui des milieux popu­laires. » Sociologie d’une crise reli­gieuse, Points|Seuil, 2016, pp. 224, 227.
4.Émission On n’est pas cou­ché, 17 mars 2012.
5.Les trois der­nières cita­tions pro­viennent d’un entre­tien de Natacha Polony don­né au site Le Comptoir, paru en deux par­ties en avril et mai 2016.
6.« Bienvenue à la jeune garde ! », Causeur [en ligne], 22 décembre 2016.
7.Ou décence ordi­naire, com­mune — celle qu’Orwell prête aux classes popu­laires.
8.Cité par Simon Leys, Orwell ou l’hor­reur du poli­tique, Plon, 2006, p. 91.
9.George Orwell, À ma guise, Agone, 2008, p. 95.
10.Orwell entre lit­té­ra­ture et poli­tique, Agone, n° 45, 2011, p. 41.
11.George Orwell, À ma guise, op. cit., p. 201.
12.Orwell entre lit­té­ra­ture et poli­tique, op. cit., p. 89.
13.George Orwell, Le Quai de Wigan, Ivrea, 2010, p. 162.
14.George Orwell, Écrits poli­tiques, Agone, 2009, p. 104.
15.George Orwell, Une Histoire bir­mane, Ivrea, 2009, p. 93.
16.Cité par Bernard Crick, George Orwell une vie, Balland, 1984, p. 149.
17.Ibid., p. 158.
18.George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 75.
19.George Orwell, Tels, tels étaient nos plai­sirs, Ivrea, 2005, p. 68.
20.George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres, 10|18, p. 237.
21.George Orwell, Le Quai de Wigan, op. cit., p. 167.
22.George Orwell, « Pourquoi j’é­cris », 1946.
23.George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 173.
24.George Orwell, Le Quai de Wigan, op. cit., p. 165.
25.Ibid., p. 398.
26.George Orwell, Écrits poli­tiques, op. cit., p. 72.
27.Ibid., p. 345.
28.Alain Badiou et Alain Finkielkraut, L’Explication, Lignes, 2010, p. 170.
29.De Benjamin à Bensaïd en pas­sant par le révo­lu­tion­naire liber­taire alle­mand Gustav Landauer.
30.Élisée Reclus, L’Anarchie, Mille et une nuits, 2009, pp. 27–28.
31.Tweet du 30 jan­vier 2016, @EugenieBastie, 15:19.
32.Patrice Bollon, « Pasolini-Boutin, c’est vrai­ment pareil ? », Le Magazine lit­té­raire, n° 543, mai 2014, p. 10.
33.Pier Paolo Pasolini, La Rage, Nous, 2014.
34.Cité par René de Ceccatty, Pasolini, Folio, 2005, p. 34.
35.Ibid., p. 37.
36.Déclaration sur l’af­faire Siniavski-Daniel, Il Giorno, 17 février 1966.
37.Pier Paolo Pasolini, Empirismo ere­ti­co, Garzanti, 1972.
38.Poème cité par Enzo Siciliano, Pasolini une vie, Éditions de la dif­fé­rence, 1984, p. 363.
39.Pier Paolo Pasolini, Empirismo ere­ti­co, op. cit.
40.« Le P.C.I. aux jeunes », 1968.
41.Voir Enzo Siciliano, Pasolini une vie, op. cit., p. 380.
42.Pier Paolo Pasolini, Lettres luthé­riennes, Seuil, 2000, p. 11.
43.Pier Paolo Pasolini, La Rage, op. cit., p. 102.
44.Entretiens avec Pier Paolo Pasolini, avec Jean Duflot, Éditions Pierre Belfond, 1970, p. 14.
45.Pier Paolo Pasolini, Poésies, Nrf Gallimard, 1980, p. 25.
46.Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques II, Nrf Gallimard, 1975, p. 67.
47.Voir Ultima inter­vis­ta di Pasolini, Colombo et Ferretti, Allia, 2014, pp. 17–18.
48.Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques, II, op. cit., p. 71.
49.Ibid., p. 73.
50.Ibid., p. 91.
51.Antonio Gramsci, Pourquoi je hais l’in­dif­fé­rence, Rivages poche, 2012, p. 92.
52.Antonio Gramsci, Écrits poli­tiques, II, op. cit., p. 91.
53.Ibid., p. 98.
54.Ibid., p. 123.
55.Antonio Gramsci, Pourquoi je hais l’in­dif­fé­rence, op. cit., p. 129.
56.Robert Maggiori, « Il faut sau­ver Antonio Gramsci de ses enne­mis », Libération, 2 août 2016.
57.Frédéric Lordon, « Clarté », Le Monde diplo­ma­tique [en ligne], 26 août 2015.
58.Natacha Polony, Ce pays qu’on abat, Plon, 2014.
Émile Carme
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Au sommaire :
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