Bruno Jaffré : « En tuant Sankara, on s’est débarrassé de quelqu’un de gênant »


Entretien paru dans le n° 1 de la revue Ballast (novembre 2014)

Le pré­sident du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a été contraint de démis­sion­ner le 31 octobre 2014, suite à d’importantes mobi­li­sa­tions popu­laires. Il était au pou­voir depuis le putsch qui coû­ta la vie à l’ancien pré­sident, le révo­lu­tion­naire pan­afri­cain Thomas Sankara. C’était il y a 27 ans. Entretien avec Bruno Jaffré, his­to­rien de la révo­lu­tion du Burkina Faso et bio­graphe de l’ancien pré­sident (il est notam­ment l’auteur de Biographie de Thomas Sankara — La patrie ou la mort… et l’un des ani­ma­teurs du site www.thomassankara.net).


faso2Vous avez ren­con­tré Sankara en juillet 1983, dans le cadre d’une inter­view pour l’hebdomadaire Révolution. Quelles impres­sions gar­dez-vous ?

Je connais­sais très peu la Haute-Volta mais je reve­nais d’un séjour de deux ans en Côte d’Ivoire, comme Volontaire du Service National. J’étais mili­tant du Parti com­mu­niste à ce moment-là. J’étais reve­nu assez pes­si­miste. Je savais que la Haute-Volta était beau­coup plus pauvre et je me disais qu’on ne peut pas chan­ger un pays de l’Afrique fran­co­phone par petites touches : il faut prendre les choses à bras le corps. Faire une révo­lu­tion. Attaquer tout de front. On a dis­cu­té pen­dant deux ou trois ­heures. Il ne vou­lait pas que j’enregistre car il était en train de pré­pa­rer la prise du pou­voir — c’était un peu com­pli­qué… Il avait cette orien­ta­tion assez radi­cale, pour un diri­geant de l’époque, et, en même temps, une vision poli­tique péda­go­gique qui m’avait frap­pé. Il est ­dif­fi­cile de juger de la sin­cé­ri­té d’un homme ­poli­tique en l’écoutant seule­ment par­ler : il faut avoir davan­tage de recul — pour­tant il m’a sem­blé sin­cère. Mais sa péda­go­gie m’a frap­pé : il disait qu’il fal­lait don­ner aux gens des objec­tifs qu’ils sont ­capables d’atteindre. Pour que les choses puissent chan­ger, il fal­lait que le peuple — un mot qu’il employait tout le temps — prenne sa des­ti­née en main. Les chan­ge­ments qui viennent d’en haut ne fonc­tionnent jamais. Là, on ne peut pas dire qu’ils ne soient pas venus du haut mais, ­durant toute cette période révo­lu­tion­naire, il y avait un aller-retour entre la ­vision poli­tique des diri­geants et ­entre les gens qui, pour une fois, avaient com­pris qu’ils pour­raient tra­vailler pour eux-mêmes et pas pour des gens qui détour­ne­raient la richesse de leur pays. Ça m’avait frap­pé. Et puis il y avait l’intelligence pétillante de son regard, de son sou­rire… C’est un per­son­nage qui était atta­chant. Il n’était pas dans une entre­prise de séduc­tion mais il vous regar­dait dans les yeux, il vous tes­tait… Il y a quelque chose qui pétillait dans le per­son­nage.

Quelle place la révo­lu­tion ­san­ka­riste occupe-t-elle, aujourd’hui, au ­Burkina Faso ?

« Pour que les choses puissent chan­ger, il fal­lait que le peuple prenne sa des­ti­née en main. »

Une très grande place. Elle est même un peu mythi­fiée. Elle est reprise très lar­ge­ment par­mi la jeu­nesse, avec une très faible connais­sance de ce qu’est une révo­lu­tion et de ses contra­dic­tions : il y a des gens qui souffrent, d’autres qui se battent ou qui perdent… Ils sont très atta­chés au per­son­nage de Sankara mais ont une connais­sance assez super­fi­cielle parce qu’ils n’ont pas accès aux livres. Ce n’est pas quelque chose, à mon avis, que l’on étu­die à l’école ou même dans les for­ma­tions poli­tiques. Aujourd’hui, une asso­cia­tion, qui s’appelle Le Balai citoyen, veut s’adresser aux jeunes en se disant que les par­tis poli­tiques, eux, ne savent pas le faire. Ils sont très popu­laires en tant qu’artistes au Burkina.

Et quelle est jus­te­ment l’influence des for­ma­tions san­ka­ristes dans l’espace poli­tique bur­ki­na­bè ?

On dit qu’il y a dix par­tis san­ka­ristes, mais ce n’est pas vrai : il y a des per­son­na­li­tés qui se réclament de Sankara car ça per­met d’avoir une cer­taine écoute de la presse, mais, en gros, on peut dire qu’il y a deux vrais par­tis — le reste, ce sont des petits groupes qui ne repré­sentent qu’eux-mêmes. La per­son­na­li­té la plus connue, Bénéwendé Sankara, ­pré­side l’Union pour la renais­sance du par­ti san­ka­riste : il a quatre dépu­tés à l’Assemblée. Les san­ka­ristes sont très ­impli­qués dans la vie poli­tique. Ils ont du mal à s’intégrer dans les quar­tiers et à s’adresser aux jeunes. Mettons le terme « san­ka­risme » entre guille­mets, mais disons que Sankara et la Révolution res­tent très pré­sents dans la vie poli­tique aujourd’hui. On ne peut pas don­ner de chiffres car le pré­sident Blaise Compaoré qua­drille le pays, mais c’est quelqu’un dont tout le monde est très fier — même ceux qui ne sont pas san­ka­ristes font des éloges de Sankara tant il demeure ancré dans les mémoires et l’imaginaire de son pays. On ne peut pas l’oublier. C’est vrai­ment très impor­tant. Je vous par­lais des musi­ciens : j’ai été invi­té une fois et j’ai vu, dans une ville, un mil­lier de ­per­sonnes ras­sem­blées sur une place pour voir des films dont la majo­ri­té par­laient de Sankara. Et ils font ça dans tout le pays. On dit que Compaoré est un dic­ta­teur, ce qui est vrai car il fait tout pour ne pas quit­ter le pou­voir, mais il y a quand même une cer­taine liber­té ­poli­tique : quand on ne parle que de « dic­ta­ture », on ne s’imagine pas qu’on puisse pas­ser des films sur Sankara en public. C’est la situa­tion para­doxale du Burkina. Des gens font vivre sa mémoire de façon très cou­rante. J’ai moi-même été très éton­né de voir ça, dans des vil­lages, en par­lant à des ­pay­sans. Même si ces gens-là vont aller voter pour Blaise Compaoré en se disant que seules les per­sonnes près du pou­voir vont être en mesure de déve­lop­per leurs vil­lages. Ce qu’a fait Sankara a péné­tré au plus pro­fond des vil­lages : les ­pay­sans avaient res­sen­ti que ce diri­geant et la Révolution s’intéressaient à eux. Dans un vil­lage que je connais bien, ils avaient par­ti­ci­pé à la créa­tion d’un aéro­port car ce vil­lage pro­dui­sait beau­coup de fruits et que cela per­met­trait d’exporter leurs fruits qui, jusqu’ici, pour­ris­saient à cause de l’état des routes. Il y a eu des bar­rages construits dans tout le pays et c’étaient les pay­sans qui le fai­saient. Il y avait évi­dem­ment un peu de contrainte, avec les CDR (Comité de Défense de la Révolution), mais les gens se rap­pellent, fon­da­men­ta­le­ment, qu’ils ont tra­vaillé pour eux.

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(DR)

À pro­pos de ces « contraintes » : dans votre livre, vous men­tion­nez des « exac­tions ». De quel ordre ?

C’est une révo­lu­tion… Ceux qui étaient contre ont arrê­té le com­bat poli­tique. Il y a eu quelques pri­son­niers poli­tiques de droite, mais ils ne sont pas res­tés très long­temps et ils n’étaient pas très actifs. Il y a sur­tout eu une lutte interne entre dif­fé­rents groupes qui se récla­maient du mar­xisme. Et ce n’était pas tou­jours une lutte à coups de débats poli­tiques… On a mis des gens en pri­son, on a arrê­té des syn­di­ca­listes. Il y a eu des gens qui étaient « manœu­vrés », comme on disait : on leur fai­sait faire des pompes et d’autres, sans doute, ont été bat­tus. Il y avait ceux qu’on nom­mait « les élé­ments de la sécu­ri­té », des jeunes, armés, qui avaient du pou­voir et n’étaient pas tou­jours enca­drés parce que la struc­ture des CDR man­quait de cadres poli­tiques… Le pays n’était pas qua­drillé donc il y a eu ce genre de choses, qui ont lieu dans toutes les révo­lu­tions. Mais ce qu’il faut sou­li­gner, c’est que, sur l’espace de quatre ans qu’a duré la Révolution, il y a peut-être eu une dizaine de fusillés : si vous com­pa­rez avec celle du Ghana, il y a eu plu­sieurs cen­taines de fusillés. On voit tout de suite la dif­fé­rence.

Les mou­ve­ments contre-révo­lu­tion­naires ne s’étaient pas orga­ni­sés ?

Les par­tis de droite avaient ces­sé le com­bat poli­tique. Ils avaient sans doute peur mais Sankara a fait preuve d’intelligence poli­tique : il a fait une orga­ni­sa­tion avec les anciens pré­si­dents de droite, qui s’appelait l’Union des Anciens du Burkina, et on leur deman­dait leur avis. J’ai cir­cu­lé là-bas et j’ai ­sur­tout vu des com­bats entre les dif­fé­rents groupes d’extrême gauche entre eux. Et puis, il y avait des oppor­tu­nistes : ceux qui se sont pré­ci­pi­tés pour obte­nir des postes n’étaient pas tou­jours ceux qui avaient contri­bué au suc­cès de la Révolution. Et ces gens-là, quand il y a eu une crise poli­tique, sous des dis­cours gau­chistes, se sont regrou­pés autour de Blaise ­Compaoré en fai­sant sem­blant de ne pas voir que c’était un libé­ral – ils sont ensuite tous deve­nus des libé­raux bon teint… Et la classe poli­tique qui dirige le pays est encore, gros­so modo, celle qui était là du temps de la Révolution — sauf que ce sont ceux qui ont retour­né leur veste…

Et quelle fut l’attitude des ­auto­ri­tés fran­çaises, durant la pré­si­dence de Sankara ?

« J’ai cir­cu­lé là-bas et j’ai sur­tout vu des com­bats entre les groupes d’extrême gauche entre eux. »

La Révolution s’est pro­duite durant le pou­voir socia­liste puis, à par­tir de 1986, la coha­bi­ta­tion. Il y avait donc, en même temps, les réseaux Guy Penne, un grand fran­ça­fri­cain jusqu’à sa mort, et les réseaux Foccart. La France a ­dimi­nué l’aide durant la Révolution ; c’est sans doute le signe le plus signi­fi­ca­tif de la vision que la France avait du nou­veau pou­voir bur­ki­na­bé. Il y a tou­jours eu des dif­fi­cul­tés car Sankara a tou­jours par­lé, a tou­jours ouvert sa bouche : il a assis­té à un seul des som­mets France-Afrique puis il a arrê­té. Les dif­fi­cul­tés sont ­deve­nues plus appa­rentes quand il a mili­té pour l’indépendance de la Nouvelle-­Calédonie. Quand il l’a fait, il s’est levé une fronde, à l’Assemblée natio­nale…

Une demande de com­mis­sion d’enquête par­le­men­taire est en cours pour ten­ter d’é­lu­ci­der l’assassinat de Sankara. Et notam­ment des éven­tuelles com­pli­ci­tés fran­çaises. Où en est-on ?

Nous n’avons pas de preuves mais des témoi­gnages très impor­tants : vous avez par exemple l’émission Rendez-vous avec Monsieur X, où quelqu’un qui est pré­sen­té comme un ancien membre des ser­vices secrets fran­çais explique que des pré­si­dents afri­cains ont deman­dé à la France, lorsque Chirac était Premier ministre, de se débar­ras­ser de Sankara. Un jour­na­liste du Figaro a racon­té avoir été mani­pu­lé : Guy Penne lui a fait ren­con­trer un chef des ser­vices secrets pour lui remettre un dos­sier à charge afin d’écrire des articles contre Sankara. Et puis, plus récem­ment, Silvestro Montanaro a inter­viewé, dans un docu­men­taire et régu­liè­re­ment en ­camé­ras cachées, des Libériens qui étaient sur place — les Libériens ont joué un rôle impor­tant dans le com­plot qui a tué Sankara — et qui disent qu’ils avaient le sou­tien de la CIA. Il y a quand même du grain à ­moudre ! Et cette enquête par­le­men­taire, qui a déjà été deman­dée deux fois, a pour objec­tif d’interroger les gens qui étaient aux affaires à cette époque. Ce sont Les Verts et le Front de Gauche qui mènent cette ini­tia­tive. On essaie de convaincre les socia­listes. S’ils n’approuvent pas, on n’au­ra jamais cette enquête par­le­men­taire. On conti­nue de se bagar­rer. On a une péti­tion, on essaie de faire du bruit…

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(AKKA FILMS/VENDREDI)

Jean-Luc Mélenchon est-il impli­qué ?

Je pense qu’il est au cou­rant. Il y a un col­lec­tif, Collectif élec­tions Afrique, auquel par­ti­cipent des res­pon­sables du Parti de Gauche. Mais nous n’avons pas eu de retours par­ti­cu­liers de sa part. Mais je serais éton­né qu’il n’arrive pas à sor­tir des phrases de Sankara dans l’un de ses dis­cours, car il y a des dis­cours de Sankara qui sont vrai­ment très beaux. Avant tout, l’idée est de faire du bruit : l’enquête par­le­men­taire, on y croit moyen­ne­ment, mais si on pou­vait avoir des jour­na­listes qui puissent faire leur bou­lot… En France, il faut aller ­inter­vie­wer, il faut des émis­sions d’investigation…

Une des seules for­ma­tions poli­tiques fran­çaises à mettre en avant Sankara est Égalité & Réconciliation. Ils le rééditent même. Qu’en pen­sez-vous ?

« Soral qui réédite Sankara, c’est une entre­prise de récu­pé­ra­tion poli­tique. »

Ils jouent. Ils essaient de mordre sur la jeu­nesse immi­grée. Ce n’est pas du tout le même monde poli­tique. Ils essaient de jouer sur la corde ­natio­na­liste, avec Chávez et Sankara, qui étaient tous deux des patriotes. Ils jouent sur des pseu­do-appa­rences pour détour­ner. Soral, avec ses dis­cours sur la viri­li­té et je ne sais quoi, n’a pas repu­blié, dans l’anthologie parue aux édi­tions Kontre Kulture, le beau dis­cours de Sankara sur les femmes ! C’est une stra­té­gie poli­tique : ils font pareil avec Chávez. Soral a tout fait, il est pas­sé par­tout, un véri­table noma­disme poli­tique. Il est le ­repré­sen­tant du cou­rant qu’on a ­appe­lé « rouge-brun », qui tente de tirer des gens de gauche vers l’extrême droite, ce que le Front natio­nal a en par­tie réus­si. Son site, Égalité et Réconciliation, est très visi­té… Il a été membre du Front natio­nal, a fré­quen­té Dieudonné. Ils sont tous deux proches de l’extrême droite et ne s’en cachent pas ; ils jouent sur l’antisémitisme. C’est une entre­prise de récu­pé­ra­tion poli­tique. C’est vrai qu’il ­fau­drait faire un article pour rap­pe­ler que Chávez et Sankara n’ont rien à voir avec eux. Sankara était pro­fon­dé­ment huma­niste. Ces gens-là mélangent le natio­na­lisme avec l’antisémitisme : c’est dan­ge­reux. Il existe aus­si un cou­rant par­mi la jeu­nesse afri­caine qui tente de se res­sour­cer vers les valeurs ances­trales de l’Afrique…

Vous son­gez à Kémi Séba ?

Oui, voi­là. Kémi Seba est un de ses repré­sen­tants qui fait des confé­rences un peu par­tout. Il prône le sépa­ra­tisme. Il a eu lui aus­si des liens avec l’extrême droite et a recru­té un temps des néga­tion­nistes. Lui aus­si se réclame de Thomas ­Sankara. Sankara écou­tait tous ceux qui ­pou­vaient lui dire des choses inté­res­santes. Il avait besoin de se nour­rir intel­lec­tuel­le­ment. Il avait besoin de ces échanges, de cette richesse, de cette diver­si­té.

(DR)

À vous lire, on sent que le mes­sage de Sankara pour­rait avoir une por­tée contem­po­raine et inter­na­tio­nale…

Oui. On manque de ces figures poli­tiques, sen­sibles et humaines. Des gens qui, au-delà des que­relles idéo­lo­giques, veulent vrai­ment sor­tir le peuple de la misère. Sankara était l’un des plus ­viru­lents contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine : il n’hésitait pas à dénon­cer les res­pon­sa­bi­li­tés ­occi­den­tales par­tout où il ­allait. Il était aus­si un pré­cur­seur en ­matière éco­lo­gique : une des actions les plus radi­cales qu’il a enga­gée a été d’avoir vou­lu stop­per l’avancée du désert. Sankara a lut­té contre l’impérialisme, contre la dette… Tous les mili­tants alter­mon­dia­listes le connaissent. Un autre pro­blème actuel est le rap­port entre la mon­dia­li­sa­tion et la pro­duc­tion natio­nale. Après une longue période libé­rale d’ouverture des fron­tières, où la main invi­sible allait créer notre bon­heur, on en revient et on voit bien le débat qu’on a en ce moment sur la néces­si­té de recréer une pro­duc­tion natio­nale — et ça, c’était au cœur du dis­cours de Sankara. Mais ce qu’il faut bien com­prendre dans cet assas­si­nat, c’est qu’il repré­sente plus que l’assassinat de Sankara lui-même. Il repré­sente une alliance très hété­ro­clite : les Ivoiriens ont par­ti­ci­pé de façon indi­recte, les Libériens sur place et Kadhafi, qui en avait marre de Sankara car il ne se lais­sait pas faire… Charles Taylor est venu deman­der de l’aide à Sankara, qui a refu­sé, mais Blaise Compaoré lui a dit qu’il l’aiderait dans son coup, au Libéria, s’il l’aidait en retour à tuer Sankara — des témoi­gnages sont là pour le dire. Et Compaoré a ajou­té qu’il le met­trait en contact avec Kadhafi. Cette alliance est par­tie à l’assaut du Libéria et a don­né cette guerre ­effroyable dont on n’a peu d’échos en France, si ce n’est le film amé­ri­cain Les Diamants de sang : Compaoré envoyait des hommes, Houphouët-Boigny aus­si, ­semble-t-il, et les Français sou­te­naient tout ça de façon indi­recte. Taylor a décla­ré que les Français avaient été les pre­miers à être venus faire du busi­ness avec lui : on a donc désta­bi­li­sé pen­dant très long­temps la région, avec ces bandes armées, et c’est ain­si que Compaoré a pu avoir tous ses réseaux. Donc, en tuant Sankara, on s’est débar­ras­sé de quelqu’un qui était gênant, pour la France mais aus­si pour tous les diri­geants afri­cains à qui il fai­sait de l’ombre. L’assassinat de Sankara, c’est aus­si tout ça, et c’est moins connu.

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Au sommaire :
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