Zoopolis — penser une société sans exploitation animale


Entretien inédit pour le site de Ballast

Les effets de la consom­ma­tion de viande sur la san­té et l’environnement sont bien connus : l’élevage est l’une des pre­mières causes du réchauf­fe­ment cli­ma­tique1L’ONU l’expliquait déjà en 2006. Voir éga­le­ment http://www.fao.org/docrep/018/i3437e/i3437e.pdf. et le GIEC le mar­tèle : il n’est pas de futur viable sans réduc­tion dras­tique de la pro­duc­tion car­née et lai­tière. Parallèlement, la lutte contre l’exploitation ani­male se ren­force chaque mois un peu plus, par-delà les impor­tantes diver­gences stra­té­giques qui la frac­tionnent — entre cou­rants réfor­mistes et illé­ga­listes. S’il est aisé de cer­ner les contours de cette lutte, il s’avère plus dif­fi­cile d’imaginer l’après : à quoi res­sem­ble­raient nos socié­tés une fois ladite exploi­ta­tion abo­lie ? Les phi­lo­sophes cana­diens Sue Donaldson et Will Kymlicka ont ten­té d’y répondre avec le désor­mais clas­sique Zoopolis — Une théo­rie poli­tique des droits des ani­maux : ils pro­posent d’accorder un ensemble de droits dif­fé­ren­ciés aux ani­maux selon trois caté­go­ries : une forme de citoyen­ne­té pour les ani­maux domes­tiques, la sou­ve­rai­ne­té pour les ani­maux sau­vages sur leurs ter­ri­toires, un sta­tut de résident pour les ani­maux limi­naires2Animaux non domes­ti­qués mais vivants par­mi nous.. Nous les avons inter­ro­gés sur cette « zoo­po­li­tique ».


« Le mou­ve­ment de défense des ani­maux est dans l’impasse » sont les pre­miers mots de votre ouvrage. Sept ans après, tirez-vous le même constat ?

Oui. Nous ferions la même ana­lyse. Nous avons été agréa­ble­ment sur­pris par l’accroissement rapide du véga­nisme, qui est véri­ta­ble­ment « mains­tream » dans cer­tains pays. Il y a donc eu des chan­ge­ments signi­fi­ca­tifs au niveau des choix indi­vi­duels des consom­ma­teurs, grâce, sur­tout, à la mobi­li­sa­tion autour de la cause ani­male. Mais au niveau des lois et des poli­tiques publiques — qui forment notre objec­tif prin­ci­pal —, nous ne consta­tons pas de chan­ge­ment pro­fond. Les éco­no­mies occi­den­tales reposent encore lar­ge­ment sur l’exploitation des ani­maux. Il n’y a pas eu de ten­ta­tive sérieuse des gou­ver­ne­ments pour repen­ser le « com­plexe ani­ma­lier-indus­triel », bien que les coûts sani­taires, envi­ron­ne­men­taux et la souf­france ani­male soient chaque jour plus évi­dents. L’expansion de l’élevage figure encore par­mi leurs objec­tifs affi­chés et les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales sou­tiennent encore la dif­fu­sion de cet éle­vage inten­sif dans les pays en déve­lop­pe­ment. Les modèles de déve­lop­pe­ment dans le monde entier conti­nuent de détruire les habi­tats des ani­maux sau­vages et accroissent l’extinction des espèces. Les cam­pagnes pour la cause ani­male dont l’objectif était de chan­ger ces poli­tiques d’État ont lar­ge­ment échoué : elle se sont mon­trées inef­fi­caces dans le com­bat contre les struc­tures de base de l’oppression et de l’exploitation ani­male, qui conti­nue à croître et à s’intensifier.

Appliquer vos pro­po­si­tions néces­si­te­rait un chan­ge­ment légis­la­tif pro­fond. Vous affir­miez pour­tant dans un entretien3Voir Will Kymlicka : « Nos pra­tiques impliquent une souf­france ani­male immense pour un béné­fice humain négli­geable », Libération, 7 juillet 2017. que « la loi, elle, est tou­jours à la traîne ». Comment avan­cer, alors ?

« Les cam­pagnes pour la cause ani­male dont l’objectif était de chan­ger ces poli­tiques d’État ont lar­ge­ment échoué : elle se sont mon­trées inef­fi­caces. »

Il y a ici deux pro­blèmes dif­fé­rents. L’un est que la loi est en retard sur l’opinion publique pour ce qui est de l’amélioration des normes de bien-être ani­mal : la plu­part des son­dages montrent que la majo­ri­té veut une plus forte pro­tec­tion du bien-être ani­mal que celle qui existe actuel­le­ment. C’est par­ti­cu­liè­re­ment frap­pant dans notre pays, au Canada, où le gouffre entre l’opinion publique et les normes juri­diques est consi­dé­rable. Mais même si nous réglions cette ques­tion, cela ne régle­rait pas le pro­blème plus pro­fond que nos socié­tés et nos éco­no­mies sont construites sur l’exploitation des ani­maux. Et ce n’est pas — ou pas seule­ment — une ques­tion légale. Il s’agit fon­da­men­ta­le­ment d’un manque d’imagination : la plu­part des citoyens ne peuvent pas ima­gi­ner un monde dans lequel notre nour­ri­ture, nos habits, la recherche et les diver­tis­se­ments ne se fassent pas sur le dos des ani­maux. On doit mon­trer aux gens que nous pou­vons nous nour­rir et nous habiller sans faire de mal aux ani­maux, et en même temps mon­trer que nous pou­vons avoir d’importantes rela­tions avec les ani­maux qui n’impliquent pas leur exploi­ta­tion. Le mou­ve­ment des droits des ani­maux a très bien mis en évi­dence le fait que le sta­tu quo nuit aux ani­maux, mais nous devons faire mieux en ima­gi­nant l’avenir et en le par­ta­geant avec le grand public.

Sans ce chan­ge­ment cultu­rel plus large, le chan­ge­ment juri­dique est peu sus­cep­tible de conduire à une trans­for­ma­tion. La recon­nais­sance par l’Union euro­péenne des ani­maux en tant qu’êtres sen­tients est un bon exemple. Puisque, les gens ne peuvent ima­gi­ner un monde qui ne dépende pas de l’exploitation ani­male, la recon­nais­sance des ani­maux comme êtres sen­tients est sim­ple­ment deve­nue une vitrine der­rière laquelle tout conti­nue comme avant. Cela sert à main­te­nir les idéo­lo­gies exis­tantes de l’« uti­li­sa­tion humaine » des ani­maux, plu­tôt que d’amener les gens à remettre en ques­tion ces idéo­lo­gies. Que se pas­se­rait-il si quelque chose condui­sait à un chan­ge­ment cultu­rel véri­ta­ble­ment trans­for­ma­teur ? Pour être francs, nous ne sommes pas par­ti­cu­liè­re­ment opti­mistes. Les réa­li­tés du chan­ge­ment cli­ma­tique exigent clai­re­ment que nous aban­don­nions ou rédui­sions radi­ca­le­ment l’élevage, mais à ce jour les indi­ca­teurs laissent à pen­ser que peu de gens sont prêts à recon­naître ces réa­li­tés. Cela sug­gère qu’en tant que socié­té, nous sommes dépen­dants de l’exploitation ani­male, à tel point qu’elle est imper­méable aux argu­ments ration­nels. D’un autre côté, les ten­dances concer­nant le véga­nisme sont encou­ra­geantes, et il y a des pro­jets enthou­sias­mants qui explorent de nou­veaux types de rela­tions inter-espèces. Donc à côté de notre pro­fonde dépen­dance à l’exploitation ani­male, nous voyons aus­si une immense soif de trou­ver de nou­velles façons d’interagir avec les ani­maux. Nous n’avons pas de for­mule magique pour résoudre le pre­mier pro­blème, mais nous espé­rons que notre propre tra­vail peut aider à nour­rir ce der­nier.

(Pentti Sammallahti)

Certaines voix avancent que les pro­ces­sus de domes­ti­ca­tion ont aus­si béné­fi­cié aux ani­maux, ce que vous qua­li­fiez de mythe. Pourquoi est-ce faux ?

Le pro­ces­sus his­to­rique de domes­ti­ca­tion est fon­da­men­ta­le­ment celui d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion des ani­maux. Même si l’on recon­naît que les ani­maux ont acti­ve­ment pris part à ce pro­ces­sus, l’intention (et l’action effec­tive) des humains sont allées dans le sens d’une réclu­sion, d’une vio­lence et d’une mani­pu­la­tion de la repro­duc­tion sélec­tive des ani­maux tou­jours plus grandes, de manière à les rendre plus utiles pour nous. Dans de nom­breux cas, cela implique de sélec­tion­ner pour l’élevage des carac­té­ris­tiques nocives pour les ani­maux eux-mêmes — c’est le cas des pou­lets à griller qui gran­dissent si vite qu’ils ne peuvent pas tenir sur leurs propres pattes. Mais même quand la repro­duc­tion sélec­tive ne cause pas de dom­mages phy­siques, elle est liée à une idéo­lo­gie humaine supré­ma­ciste de l’usage : la domes­ti­ca­tion est fon­dée sur l’idée que les ani­maux sont une caste qui existe pour nous ser­vir, et qui peut être mode­lée pour nous ser­vir mieux. Il n’y a rien de mutuel ou de réci­proque : per­sonne ne pense que les humains devraient être éle­vés sélec­ti­ve­ment pour mieux ser­vir les ani­maux. La domes­ti­ca­tion a donc été un pilier cen­tral de toute l’infrastructure de l’oppression ani­male. Par exemple, la dési­gna­tion des ani­maux comme des « pro­prié­tés » dans la loi est liée à la domes­ti­ca­tion. La repro­duc­tion sélec­tive, le sta­tut de pro­prié­té et l’instrumentalisation sont des dimen­sions inti­me­ment liées de la domes­ti­ca­tion, et elles sont toutes oppres­sives pour les ani­maux.

Votre concep­tion des droits des ani­maux est « une exten­sion logique de la doc­trine des droits de l’homme », dites-vous. Quel est donc votre rap­port à la phi­lo­so­phie huma­niste ?

« La domes­ti­ca­tion est fon­dée sur l’idée que les ani­maux sont une caste qui existe pour nous ser­vir, et qui peut être mode­lée pour nous ser­vir mieux. »

Il y a un débat inté­res­sant aujourd’hui par­mi les huma­nistes sur la manière de com­prendre le fon­de­ment des droits humains. Par le pas­sé, les droits humains étaient sou­vent défen­dus comme une façon de res­pec­ter la ratio­na­li­té et l’autonomie humaine — nous pour­rions appe­ler cela « l’humanisme ratio­na­liste ». Mais depuis les années 1980, beau­coup de gens dans le mou­ve­ment pour les droits humains ont contes­té cette vision pour pro­po­ser ce qui est fré­quem­ment appe­lé « l’humanisme cor­po­rel ». Dans cette pers­pec­tive, la rai­son pour laquelle les humains ont besoin de droits n’est ni notre ratio­na­li­té ni notre auto­no­mie, c’est plu­tôt notre vul­né­ra­bi­li­té cor­po­relle, c’est-à-dire le fait que nous sommes des êtres incar­nés avec des besoins phy­siques et sociaux qui exigent des types par­ti­cu­liers de rela­tions sociales. L’extension des droits humains aux per­sonnes ayant des défi­ciences cog­ni­tives ou aux enfants est dif­fi­cile à défendre en termes d’humanisme ratio­na­liste. En termes d’humanisme cor­po­rel, cela prend tout son sens. Selon nous, le tour­nant vers cet huma­nisme per­met de mon­trer pour­quoi les droits humains et les droits des ani­maux vont de pair. Si la base des droits humains est la vul­né­ra­bi­li­té cor­po­relle, alors les ani­maux par­tagent évi­dem­ment cette carac­té­ris­tique.

Fonder les droits sur une vul­né­ra­bi­li­té par­ta­gée nous aide, qui plus est, à expli­ci­ter la signi­fi­ca­tion de la liste des droits humains. Selon l’humanisme ratio­na­liste, les droits humains doivent sans cesse œuvrer à nous sépa­rer du reste des ani­maux ; ils doivent par consé­quent se concen­trer sur les carac­té­ris­tiques qui nous dis­tinguent des ani­maux. Mais en réa­li­té, le régime des droits humains se concentre sur­tout sur la pro­tec­tion des besoins et des inté­rêts que nous par­ta­geons avec d’autres ani­maux. L’humanisme ratio­na­liste n’a jamais été en mesure de par­ti­cu­liè­re­ment bien défendre ces droits humains-là. Cet huma­nisme n’est donc pas seule­ment médiocre pour les droits des ani­maux, c’est aus­si une mau­vaise défense des droits humains. L’humanisme cor­po­rel, en revanche, offre une défense plus com­plète des droits humains et invite simul­ta­né­ment à leur exten­sion aux autres ani­maux. Cependant, la tran­si­tion de l’humanisme ratio­na­liste au cor­po­rel n’est cer­tai­ne­ment pas com­plète, et elle est sujette à des contes­ta­tions et des contre­coups dans la com­mu­nau­té des droits humains. Un des points de dis­corde tient, jus­te­ment, dans le fait que l’humanisme cor­po­rel n’est pas en mesure d’expliquer pour­quoi les droits ne sont pas éten­dus aux ani­maux. Certaines théo­ries des droits humains et leurs pro­mo­teurs s’accrochent à l’humanisme ratio­na­liste non pas parce qu’il offre une expo­si­tion convain­cante des droits humains, mais sim­ple­ment parce qu’il donne une bonne rai­son pour ne pas inclure les ani­maux. Ce type d’exceptionnalisme humain et de supré­ma­cisme est pro­fon­dé­ment ancré dans cer­tains milieux de défense des droits humains. Sur le long terme, nous espé­rons, et nous nous atten­dons à ce que l’humanisme cor­po­rel devienne l’approche domi­nante pour les droits humains. Si c’est le cas, les pers­pec­tives d’alliances avec les droits des ani­maux vont croître.

(Pentti Sammallahti)

Selon vous, l’approche par la citoyen­ne­té serait la plus à même de nouer des alliances poli­tiques, à la fois avec des éco­lo­gistes sou­cieux de pré­ser­ver les éco­sys­tèmes (qui ne se pré­oc­cupent pas du sort indi­vi­duel des bêtes) et avec les « amis des ani­maux » (qui se sou­cient d’un cer­tain bien-être ani­mal sans remettre en cause leur exploi­ta­tion). Une théo­rie morale doit-elle en par­tie être gui­dée par la stra­té­gie ?

En tant que phi­lo­sophes poli­tiques, les argu­ments moraux doivent être d’abord et avant tout tes­tés sur la soli­di­té ration­nelle de leurs pré­misses et de leurs conclu­sions, plu­tôt que sur leur valeur stra­té­gique. Quand nous embras­sons le modèle citoyen­niste, c’est avant tout parce que nous consi­dé­rons qu’il per­met de sai­sir les exi­gences réelles de jus­tice dans notre rela­tion avec les ani­maux domes­ti­qués. Nous l’adopterions même s’il y avait moins de pos­si­bi­li­tés d’alliances. Ceci dit, quand nous avons écrit Zoopolis, nous avons été frap­pés par le fait que les théo­ries exis­tantes des droits ani­maux avaient lamen­ta­ble­ment échoué à obte­nir un sou­tien, même par­mi les éco­lo­gistes et les « amis des ani­maux », dont on pour­rait pen­ser qu’ils sont des alliés natu­rels de la cause ani­male. Nous avons donc beau­coup réflé­chi pour com­prendre si les éco­lo­gistes et les amis des ani­maux avaient sai­si cer­tains pans de la jus­tice que les théo­ries stan­dards des droits des ani­maux auraient ratés. C’est pré­ci­sé­ment ce à quoi nous sommes arri­vés : les éco­lo­gistes avaient rai­son quand ils disaient que la théo­rie tra­di­tion­nelle des droits des ani­maux avait négli­gé une large varié­té de torts que nous infli­geons aux ani­maux sau­vages. Et les « amis des ani­maux » avaient rai­son quand ils disaient que cette théo­rie lais­sait de côté cer­taines valeurs impor­tantes des rela­tions humains/animaux. Nous avons donc incor­po­ré ces torts et ces valeurs dans notre théo­rie, non pas comme une conces­sion pour par­ve­nir à des alliances, mais parce que nous les avons recon­nues comme de véri­tables consi­dé­ra­tions morales. Bien enten­du, les mili­tants et les pra­ti­ciens sur le ter­rain doivent sou­vent adap­ter les théo­ries — dont la nôtre — pour éta­blir des alliances locales sur des ques­tions par­ti­cu­lières. Nous ne sommes pas des puristes quand il s’agit de mili­tan­tisme. Mais, en tant que cher­cheurs, notre but lorsque nous avons écrit le livre était de ten­ter d’identifier au mieux ce que la jus­tice exige réel­le­ment.

Donner la citoyen­ne­té aux ani­maux domes­tiques, consi­dé­rés comme membres de nos socié­tés, repose sur trois piliers : la rési­dence (les ani­maux sont chez eux), l’intégration (prise en compte de leurs inté­rêts) et l’agentivité (par­ti­ci­pa­tion à l’élaboration de règles coopé­ra­tives). Ce que font les sanc­tuaires — qui recueillent des ani­maux aban­don­nés, sau­vés d’abattoirs ou de labo­ra­toires — est-il une mise en œuvre de ces prin­cipes ?

« Quand nous embras­sons le modèle citoyen­niste, c’est parce qu’il per­met de sai­sir les exi­gences réelles de jus­tice dans notre rela­tion avec les ani­maux domes­ti­qués. »

La plu­part des sanc­tuaires pour ani­maux font du sau­ve­tage d’urgence et ne fonc­tionnent pas comme des modèles de socié­té inter-espèces. Dans les hor­ribles condi­tions actuelles de l’exploitation ani­male, ils arrivent à sau­ver des cen­taines d’individus, à sub­ve­nir à leurs besoins essen­tiels, et dans une cer­taine mesure à assu­rer leur sécu­ri­té de rési­dence. C’est une entre­prise extrê­me­ment utile, et les per­sonnes (prin­ci­pa­le­ment des femmes) qui s’engagent dans les sanc­tuaires accom­plissent des miracles dans des cir­cons­tances dif­fi­ciles. Cependant, beau­coup d’entre eux affirment assez clai­re­ment que leur objec­tif est de dépas­ser cela. Ils consi­dèrent leur tra­vail comme un moindre mal dans un monde en guerre avec les ani­maux. Leur but est de mettre fin à la guerre, pas de tra­vailler en détail sur la façon dont une socié­té inter-espèces équi­table pour­rait fonc­tion­ner. Bien que les inté­rêts des ani­maux soient sans aucun doute pris en compte dans la plu­part des sanc­tuaires, ces inté­rêts sont régu­liè­re­ment dépas­sés par les exi­gences de la guerre.

Par exemple, de nom­breux sanc­tuaires ont pour objec­tif d’éduquer le public aux hor­reurs de l’élevage, et orga­nisent donc des visites gui­dées et des pro­grammes pour les visi­teurs. La ges­tion de ces pro­grammes a de nom­breuses impli­ca­tions sur la struc­ture d’un sanc­tuaire et sur la vie des ani­maux — où et com­ment ils vivent, leurs rou­tines quo­ti­diennes, com­ment ils se côtoient —, des choix qui ne sont pas faits dans l’intérêt des ani­maux rési­dents, mais dans ceux de l’éducation au public et la col­lecte de fonds. Imaginez si vous viviez dans une com­mu­nau­té qui n’était pas faite pour répondre à vos besoins mais pour per­mettre un flux constant de visi­teurs qui veulent vous voir, prendre des pho­tos de vous, faire du yoga avec vous, ou orga­ni­ser leur mariage dans votre mai­son. Les ani­maux des sanc­tuaires ne sont pas consul­tés ni inclus dans l’élaboration des règles coopé­ra­tives, et leurs inté­rêts, bien que pris en compte dans une cer­taine mesure (en par­ti­cu­lier concer­nant le bien-être de base), sont dépas­sés par la prio­ri­té don­née au plai­doyer et à la col­lecte de fond. Il y a cepen­dant quelques sanc­tuaires avec une phi­lo­so­phie dif­fé­rente, ayant pour but d’explorer dif­fé­rents modèles de socié­tés inter-espèces. Nous les appe­lons par­fois des « com­mu­nau­tés inten­tion­nelles », dis­tinctes des sanc­tuaires tra­di­tion­nels, puisqu’elles ne visent pas seule­ment à four­nir un refuge sûr, mais aus­si à explo­rer de nou­velles façons de vivre ensemble. Nous créons actuel­le­ment un pro­jet de recherche pour apprendre de ces socié­tés inter-espèces inten­tion­nelles, qui s’engagent à créer une rela­tion qui se rap­proche beau­coup plus de la co-citoyen­ne­té.

L’utilisation de pro­duits d’origine ani­male ne relè­ve­rait pas obli­ga­toi­re­ment de l’exploitation : selon vous, la prin­ci­pale cause fai­sant pas­ser de l’une à l’autre est la com­mer­cia­li­sa­tion. Une uti­li­sa­tion de ces pro­duits dans une zoo­po­li­tique res­pec­tant le sta­tut et les droits des ani­maux res­te­rait donc une pra­tique mar­gi­nale ?

Oui. Tout comme l’utilisation de pro­duits d’origine humaine est assez mar­gi­nale, et sou­mise à un exa­men accru. Quand nous lais­sons nos che­veux cou­pés au salon de coif­fure, cela ne semble pas pro­blé­ma­tique si quelqu’un décide de les col­lec­ter pour en faire des per­ruques, du rem­bour­rage de mate­las, ou des nids d’oisillons. De la même façon, si nos eaux-usées sont réuti­li­sés comme engrais, cela appa­raît comme une uti­li­sa­tion bénigne des pro­duits du corps humain. Quand il s’agit d’ovules, de sperme, de sang, de lait mater­nel ou de cel­lules souches, nous exi­geons habi­tuel­le­ment un exa­men plus appro­fon­di. De nom­breuses per­sonnes ne sont à l’aise avec l’utilisation ou le don de ces « pro­duits » qu’à la condi­tion qu’il y ait un consen­te­ment éclai­ré, et uni­que­ment s’il n’y a pas d’incitations finan­cières. Pour les autres ani­maux, nous pour­rions donc opé­rer une dis­tinc­tion simi­laire entre les pro­duits de leurs corps qu’ils perdent auto­ma­ti­que­ment et aban­donnent (poils, excré­ments), et ceux qui ne peuvent être récu­pé­rés que par une ingé­rence sur leurs corps, néces­si­tant coopé­ra­tion et consen­te­ment (par exemple pour obte­nir du lait ou du sperme). De nom­breux théo­ri­ciens tra­vaillent sur la ques­tion du consen­te­ment ani­mal, et sur le fait de savoir si nous pou­vons créer (ou devrions même essayer de créer) les condi­tions dans les­quelles les ani­maux pour­raient consen­tir et coopé­rer, dans un pro­ces­sus de don de leur lait, œufs ou laine inutiles et non sou­hai­tés. Des ques­tions connexes émergent quant à savoir si les ani­maux peuvent consen­tir à cer­taines formes de tra­vail. Ce sont des pro­blèmes com­plexes, que nous ne pou­vons régler qu’en four­nis­sant aux ani­maux des moyens signi­fi­ca­tifs pour par­ti­ci­per, contes­ter et contrô­ler la nature de leurs rela­tions avec nous.

(Pentti Sammallahti)

« Rien ne nous per­met de savoir si les ani­maux domes­tiques sou­hai­te­ront tou­jours for­mer une com­mu­nau­té mixte avec nous », énon­cez-vous. Est-ce à dire qu’élargir la notion de citoyen­ne­té aux ani­maux domes­tiques relève d’une forme de pari ?

En par­lant des ima­gi­naires poli­tiques d’un ave­nir meilleur, Kathi Weeks a pré­ve­nu que nous ne devrions pas essayer « d’en savoir trop, trop tôt ». C’est un bon conseil. La pen­sée uto­pique clas­sique a sou­vent une nature sta­tique et oppres­sive parce qu’elle est trop pres­crip­tive, cela impose un modèle plu­tôt que d’inviter les gens à construire ensemble une vision de l’avenir. Si nous pre­nons au sérieux la citoyen­ne­té des ani­maux domes­tiques, cela signi­fie que l’avenir ne dépend pas uni­que­ment des humains. L’avenir est quelque chose que nous co-écri­rons avec les ani­maux domes­tiques. Et cela inclut la ques­tion même de savoir si ils veulent res­ter avec nous dans une socié­té mixte. Les humains et les ani­maux domes­tiques par­tagent la capa­ci­té remar­quable de socia­bi­li­té inter-espèces — avoir des rela­tions sociales entre les espèces — et nous pen­sons que cette capa­ci­té rend entiè­re­ment pos­sible de nou­velles formes d’épanouissement, et peut énor­mé­ment contri­buer à la qua­li­té de vie de tous les membres de la socié­té, humains ou ani­maux. Donc, si les ani­maux domes­tiques ont le pou­voir de façon­ner les règles de notre socié­té mixte, nous espé­rons et nous nous atten­dons à ce que nombre d’entre eux choi­sissent de vivre et de tra­vailler avec nous. Mais comme vous dites, c’est un pari, et cela néces­si­te­ra beau­coup de tra­vail de notre part pour gagner la confiance des ani­maux domes­tiques afin d’explorer ce futur ensemble. Et si cer­tains d’entre eux trouvent qu’en fin de compte les contraintes pour vivre avec nous dans une socié­té mixte sont into­lé­rables, qu’ils partent peu à peu et retournent dans la nature, c’est tout aus­si accep­table. Le but est de savoir quels types de rela­tions, le cas échéant, les ani­maux domes­tiques veulent en réa­li­té avoir avec nous.

Reconnaître la sou­ve­rai­ne­té d’une com­mu­nau­té d’animaux sau­vages ne signi­fie pas avoir le droit de la gou­ver­ner. Mais cela n’implique pas non plus une absence d’interactions. Ainsi, on irait dans leurs ter­ri­toires en tant que visi­teurs. Cela pose la ques­tion des fron­tières : doit-on ima­gi­ner de nou­velles déli­mi­ta­tions entre notre com­mu­nau­té et celle des ani­maux sau­vages ?

« Nous sommes au cœur d’un déclin dévas­ta­teur et d’une extinc­tion des popu­la­tions d’animaux sau­vages. Nous devons fixer des limites à l’expansion des acti­vi­tés humaines pour mettre un terme à ce désastre. »

Nous sommes au cœur d’un déclin dévas­ta­teur et d’une extinc­tion des popu­la­tions d’animaux sau­vages. Nous devons fixer des limites à l’expansion des acti­vi­tés humaines pour mettre un terme à ce désastre, et cela signi­fie sans aucun doute des fron­tières, des régu­la­tions, et des limites à la crois­sance de la popu­la­tion mon­diale. E.O. Wilson a pro­po­sé que nous réser­vions sim­ple­ment la moi­tié du monde pour la faune sau­vage, où les ins­tal­la­tions humaines et l’activité seraient consi­dé­ra­ble­ment limi­tées. Ce n’est pas aus­si simple que de tra­cer une ligne sur une carte. Les humains par­ta­ge­ront tou­jours la terre et les res­sources avec d’autres ani­maux, et nous devons donc trou­ver des façons de vivre bien plus sou­te­nables, pas sim­ple­ment nous enle­ver de l’équation. Mais l’idée que les humains pour­raient se reti­rer d’une grande par­tie de la terre n’est pas folle. Il y a des façons assez évi­dentes de le faire. Les éco­no­mies capi­ta­listes reposent sur des cycles de crois­sance per­pé­tuelle de la pro­duc­tion et de la consom­ma­tion qui dépassent lar­ge­ment nos besoins, tout en entrai­nant la des­truc­tion des ani­maux et de leurs mondes. Nous n’avons pas besoin de vivre de cette façon. L’exemple le plus frap­pant est peut-être l’explosion de l’élevage lors du siècle der­nier, avec ses coûts éthiques et envi­ron­ne­men­taux dévas­ta­teurs. Nous devons inver­ser cette ten­dance. En adop­tant une ali­men­ta­tion végé­tale, nous pour­rions tou­jours nour­rir les humains, tout en libé­rant d’immenses zones de culture et de pâtu­rage pour les remettre à l’état de nature. Cela assu­re­rait un espace pour les ani­maux sau­vages, crée­rait des forêts pour atté­nuer le chan­ge­ment cli­ma­tique, tout en met­tant fin au violent assu­jet­tis­se­ment des ani­maux d’élevage. Les pro­blèmes et les solu­tions sont étroi­te­ment liés.

Vous éta­blis­sez un paral­lèle : la sou­ve­rai­ne­té des ani­maux sau­vages serait com­pa­rable à celle des peuples humains (où chaque peuple est sou­ve­rain ou devrait pou­voir l’être). Mais il existe de nom­breux peuples, avec des formes de sou­ve­rai­ne­té et des inté­rêts dif­fé­rents. Pourquoi consi­dé­rer « les ani­maux sau­vages » comme un seul ensemble homo­gène ?

En fait, l’une des rai­sons pour les­quelles nous fai­sons appel à l’idée de sou­ve­rai­ne­té, c’est pré­ci­sé­ment parce qu’elle per­met une hété­ro­gé­néi­té. Il n’est pas néces­saire que tous les ani­maux sau­vages par­tagent un même mode de vie, ou que tous les ani­maux sau­vages d’un habi­tat par­ti­cu­lier vivent en har­mo­nie. Nous recon­nais­sons plei­ne­ment que dif­fé­rents groupes d’animaux sau­vages ont une grande varié­té d’intérêts dis­tincts et sou­vent concur­rents. L’objectif de la sou­ve­rai­ne­té, consiste cepen­dant à atti­rer l’attention sur cer­tains types de menaces. La sou­ve­rai­ne­té offre une pro­tec­tion contre des menaces par­ti­cu­lières envers l’intérêt col­lec­tif. Certaines sont des pro­tec­tions néga­tives — contre l’invasion, l’asservissement, le vol de res­sources par des per­sonnes exté­rieures. La plu­part des ani­maux sau­vages ont inté­rêt à être pro­té­gés de l’expansion humaine et de la des­truc­tion éco­lo­gique. Donc même si dif­fé­rents types de com­mu­nau­tés ani­males pour­raient par­ta­ger une région éco­lo­gique, et que nombre de leurs inté­rêts soient diver­gents, leurs inté­rêts se recoupent néan­moins for­te­ment dans cet aspect essen­tiel.

(Pentti Sammallahti)

La sou­ve­rai­ne­té défend aus­si des inté­rêts plus posi­tifs, comme les droits col­lec­tifs à l’autodétermination. Toutes les com­mu­nau­tés d’animaux sau­vages n’ont pas un inté­rêt à l’autodétermination col­lec­tive, mais il y en a beau­coup — les élé­phants, les hyènes, les loups, les baleines et d’innombrables autres — qui forment des socié­tés très com­plexes enga­gées dans des prises de déci­sions col­lec­tives. Ces ani­maux devraient être recon­nus comme dis­po­sant de droits sou­ve­rains à l’autodétermination, les pro­té­geant de la colo­ni­sa­tion et de la « ges­tion » par les humains. Ces ani­maux par­tagent des habi­tats avec d’autres qui pour­raient ne pas avoir le même inté­rêt à l’autodétermination, et pour­raient même béné­fi­cier d’une « ges­tion » par les humains qui s’engagent à prendre leurs inté­rêts au sérieux. En pra­tique cepen­dant, il semble peu pro­bable que les humains puissent inter­ve­nir dans la vie des rats des champs ou des sala­mandres sans per­tur­ber les éco­sys­tèmes dont dépendent les ani­maux auto­dé­ter­mi­nés. Notre argu­ment concer­nant la sou­ve­rai­ne­té des ani­maux sau­vages est donc des­ti­né à mettre l’accent sur deux reven­di­ca­tions clés : pre­miè­re­ment les ani­maux sau­vages ont le droit à la terre, aux res­sources et aux éco­sys­tèmes dont ils ont besoin pour vivre. C’est un inté­rêt qu’ils par­tagent tous — mal­gré l’infinie varié­té d’animaux sau­vages et de leurs inté­rêts —, et qui est mieux pris en compte en réser­vant des ter­ri­toires où les humains ne sont pas sou­ve­rains. Deuxièmement, de nom­breux ani­maux sau­vages ont un inté­rêt col­lec­tif à l’autodétermination : cela doit contraindre cer­taines déci­sions concer­nant l’intervention humaine ou la ges­tion de leurs com­mu­nau­tés.

Si les mou­ve­ments ani­ma­listes parlent beau­coup des ani­maux domes­tiques, et dans une cer­taine mesure des ani­maux sau­vages, ils semblent moins bavards sur les ani­maux limi­naires [pigeons, rats, renards, chauve-sou­ris, etc., ndlr], qui sont d’ailleurs les moins pro­té­gés juri­di­que­ment et mora­le­ment…

« Ce chan­ge­ment de pers­pec­tive en est à ses bal­bu­tie­ments, mais les urba­nistes, les archi­tectes, les pay­sa­gistes et les ges­tion­naires de la faune recon­naissent peu à peu que nous habi­tons des com­mu­nau­tés mul­ti-espèces. »

Les ani­maux limi­naires passent à tra­vers les mailles du filet parce qu’ils ne rentrent pas par­fai­te­ment dans les dis­cours éco­lo­giques tra­di­tion­nels et dans ceux des droits des ani­maux. Beaucoup d’écologistes se sont concen­trés sur la pré­ser­va­tion du « carac­tère sau­vage » des ani­maux sau­vages, de sorte que les ani­maux limi­naires sont déjà com­pro­mis — ils sont vus comme inau­then­tiques ou souillés, ou sim­ple­ment inin­té­res­sant en rai­son de leur contact et de leur adap­ta­tion avec les humains et leurs habi­tats. En revanche, de nom­breux théo­ri­ciens des droits des ani­maux se sont pen­chés sur le cas des ani­maux domes­tiques, car ce sont les ani­maux que nous domi­nons, oppres­sons et tuons le plus, et qui ont le plus besoin de « libé­ra­tion » du contrôle humain. Donc les éco­lo­gistes veulent pré­ser­ver les ani­maux « sau­vages » de l’influence humaine, et les théo­ri­ciens des droits des ani­maux veulent libé­rer les ani­maux domes­tiques du contrôle humain. Aucune de ces pers­pec­tives ne laisse de place au fait que de nom­breux ani­maux non domes­tiques nous cherchent. Les ani­maux sont aus­si des agents, et par­fois ils sont atti­rés par les humains et les envi­ron­ne­ments humains pour les oppor­tu­ni­tés qu’ils y trouvent. Le sta­tut juri­dique et poli­tique de tels ani­maux limi­naires est très pré­caire, en par­tie parce qu’ils ne sont pas suf­fi­sam­ment « sau­vages » pour être pro­té­gés par les lois envi­ron­ne­men­tales, et ne sont pas assez contrô­lés pour être pro­té­gés par les lois sur la façon dont les humains devraient régir les ani­maux qu’ils uti­lisent. Cependant, il y a une prise de conscience crois­sante de l’importance des ani­maux limi­naires. Les champs de la géo­gra­phie ani­male, de l’ethnographie mul­ti-espèces et le tour­nant poli­tique dans la théo­rie des droits des ani­maux ont tous com­men­cé à se concen­trer sur les rela­tions humain/animal dans les « zones de contact ». Et il est de plus en plus recon­nu que non seule­ment les inter­ac­tions humain/animal sont inévi­tables et crois­santes, mais qu’au rythme où nous allons, seuls les ani­maux capables de s’adapter aux humains sont sus­cep­tibles de sur­vivre. Il est indis­pen­sable de par­ti­ci­per à l’éthique et à la gou­ver­nance de nos rela­tions avec ces ani­maux limi­naires.

Vous remar­quez que ces ani­maux limi­naires sont ren­dus visibles quand ils nous causent des pro­blèmes (par leur nombre ou leur com­por­te­ment). Peut-on ima­gi­ner, dans l’avenir, que les rats ou les pigeons ne soient plus consi­dé­rés comme des « nui­sibles » mais des rési­dents de nos com­mu­nau­tés ?

Nous voyons déjà du chan­ge­ment. Les poli­tiques de ges­tion de la faune évo­luent vers des stra­té­gies de coexis­tence comme alter­na­tive à la vio­lence et à l’éradication. Il y a aus­si une prise de conscience crois­sante que la pro­tec­tion des ani­maux et de leurs éco­sys­tèmes ne consiste pas seule­ment à conser­ver des terres sau­vages « là-bas », mais à créer et à pro­té­ger des espaces pour les ani­maux dans nos bâti­ments, jar­dins, quar­tiers et villes. Ce chan­ge­ment de pers­pec­tive en est à ses bal­bu­tie­ments, mais les urba­nistes, les archi­tectes, les pay­sa­gistes et les ges­tion­naires de la faune recon­naissent peu à peu que nous habi­tons des com­mu­nau­tés mul­ti-espèces, et que cela demande une concep­tion et des poli­tiques plus tolé­rantes, inclu­sives et créa­tives. Le terme « zoo­po­lis » avait d’ailleurs été inven­té par Jennifer Wolch pour dési­gner pré­ci­sé­ment cette prise de conscience crois­sante de l’importance des ani­maux limi­naires dans la ville.


Traduit de l’anglais par Jean Ganesh et Léonard Perrin
Photo de ban­nière : Martin Stranka
Photo de vignette : Angela Kaja Ferro


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure : Les ani­maux au cœur de l’émancipation, sep­tembre 2018
☰ Lire notre entre­tien avec 269 Libération ani­male : « L’antispécisme et le socia­lisme sont liés », décembre 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Audrey Jougla : « Les expé­riences sur les ani­maux seront inter­dites », mai 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Martin Page : « Les ani­maux sont des indi­vi­dus », mai 2017
☰ Lire notre entre­tien Geoffrey Le Guilcher : « L’abattoir est une chaîne de tabous », avril 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Corinne Pelluchon : « La cause ani­male va dans le sens de l’Histoire », avril 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Les Cahiers anti­spé­cistes : « Sortir les ani­maux de la caté­go­rie des mar­chan­dises », sep­tembre 2016

NOTES   [ + ]

1.L’ONU l’expliquait déjà en 2006. Voir éga­le­ment http://www.fao.org/docrep/018/i3437e/i3437e.pdf.
2.Animaux non domes­ti­qués mais vivants par­mi nous.
3.Voir Will Kymlicka : « Nos pra­tiques impliquent une souf­france ani­male immense pour un béné­fice humain négli­geable », Libération, 7 juillet 2017.
Ballast
Ballast

« Tenir tête, fédérer, amorcer »

Découvrir d'autres articles de



Abonnez-vous ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

couverture du 7

Notre septième numéro est disponible en librairie et en ligne ! Chaque numéro papier, autonome du site Internet, propose des articles inédits.

Au sommaire :
Issa, libre-penseur (Anne Feffer) | Rencontre avec les dockers du Havre (Léon Mazas & Djibril Maïga) | Rencontre avec Florence Aubenas | Angela Davis et Assa Traoré. Entretien croisé | Décroissance, écosocialisme : comment répondre à la question écologique ? avec Agnès Sinaï et Michael Löwy | Afrique du Sud | Une maraude avec l’ADSF (Maya Mihindou) | Vers la libération animale (Léonard Perrin) | Le fédéralisme, avenir de la révolution ? (Edouard Jourdain) | Claude Cahun (Adeline Baldacchino) | Vivre à Jérusalem (Hassina Mechaï) | Pourquoi nous rampons sous la peau du monde (Stéphane Beauverger, Collectif Zanzibar)

Nous sommes un collectif entièrement militant et bénévole, qui refuse la publicité en ligne et papier. Vous pouvez nous soutenir (frais, matériel, reportages, etc.) par un don ponctuel ou régulier.