Populisme partout, populisme nulle part


Article inédit pour le site de Ballast

La caco­pho­nie des com­men­taires poli­tiques et média­tiques à pro­pos du popu­lisme est à la mesure de la confu­sion qui règne dans l’espace aca­dé­mique lorsqu’il s’agit de le défi­nir. Peu inté­res­sés par l’histoire du phé­no­mène et du concept, les obser­va­teurs tendent à l’analyser au tra­vers d’un prisme biai­sé, euro­cen­tré et anhis­to­rique. Dési­rant à tout prix se poser en défen­seurs de la « démo­cra­tie » contre les formes sup­po­sées de son dévoie­ment actuel, ils finissent par assi­mi­ler l’ensemble des maux contem­po­rains (per­son­na­li­sa­tion de la vie poli­tique, « fake news », méfiance envers les ins­ti­tu­tions, désaf­fi­lia­tion par­ti­sane, ten­dances auto­ri­taires et xéno­phobes, etc.) à des mani­fes­ta­tions d’un popu­lisme omni­pré­sent et néfaste. Ce fai­sant, ils mélangent allè­gre­ment les causes et leurs effets, aug­men­tant plus encore la confu­sion qui entoure le concept (et qu’eux-mêmes se délectent de dénon­cer). Que nous dit un concept qui se confond avec son contraire ? ☰ Par Arthur Borriello


La plu­part des phé­no­mènes poli­tiques qui ont mar­qué les démo­cra­ties occi­den­tales ces der­nières années ont quelque chose à voir, nous dit-on, avec le popu­lisme. Le « mot de l’année 2017 » du Cambridge dic­tio­na­ry s’appliquerait en effet au Brexit, à l’élection de Donald Trump, à la pré­sence du Front natio­nal au deuxième tour des pré­si­den­tielles fran­çaises, aux per­cées élec­to­rales de Podemos et de la France Insoumise, à la mon­tée en puis­sance du PTB (Parti du tra­vail de Belgique) et au tour­nant auto­ri­taire du gou­ver­ne­ment hon­grois sous la hou­lette de Viktor Orbán. Quand bien même les obser­va­teurs s’abstiendraient de convo­quer le concept, les acteurs poli­tiques eux-mêmes s’en char­ge­raient, eux qui s’invectivent volon­tiers en uti­li­sant le « p‑word ». En Belgique, outre le désor­mais tra­di­tion­nel « popu­lisme de droite » sévis­sant en Flandre1, on se sou­vient des accu­sa­tions de popu­lisme à l’encontre du PTB et des éco­lo­gistes, prin­ci­pa­le­ment por­tées par les libé­raux et les démo­crates-chré­tiens. En Italie et en France, les acteurs poli­tiques tra­di­tion­nels du centre droit et du centre gauche n’ont éga­le­ment de cesse d’accuser leurs adver­saires d’être « popu­listes ». Sans par­ler de son uti­li­sa­tion dans les affron­te­ments poli­tiques en Europe de l’Est, aux États-Unis et en Amérique latine.

« À uti­li­ser le concept de popu­lisme à tort et à tra­vers, on s’expose à déve­lop­per des para­doxes qui confinent à l’absurde. Quel peut bien être l’intérêt d’un concept qui se confond avec son contraire ? »

Dans ce jeu séman­tique, les acteurs poli­tiques s’efforcent de choi­sir leur camp. Certains uti­lisent le terme pour insul­ter et délé­gi­ti­mer leurs adver­saires poli­tiques, convain­cus que ses conno­ta­tions néga­tives jet­te­ront sur ces der­niers une lumière peu flat­teuse. D’autres, au contraire, tentent de le réha­bi­li­ter pour le reven­di­quer : c’est le sur­pre­nant point com­mun entre Marine Le Pen et Pablo Iglesias, entre Beppe Grillo et Barack Obama. Pour com­plexi­fier le tout, cer­tains popu­listes notoires se trouvent subi­te­ment pré­sen­tés comme les meilleurs rem­parts contre le popu­lisme : c’est ain­si qu’Angela Merkel semble désor­mais per­ce­voir Silvio Berlusconi2. À l’inverse, des per­son­na­li­tés qui, à l’ins­tar d’Emmanuel Macron, se posent en « pro­gres­sistes » hos­tiles à toute forme de popu­lisme, sont par­fois soup­çon­nées de ver­ser dans ce der­nier. On en vien­drait ain­si à décrire l’actuel pré­sident fran­çais comme un « popu­liste anti-popu­liste » (sic). Anti-popu­liste, parce qu’il se pose en adver­saire expli­cite du popu­lisme et de son incar­na­tion par le Front natio­nal ou la France insou­mise, parce qu’il pro­meut la rai­son éco­no­mique contre les solu­tions pré­ten­du­ment sim­plistes, parce qu’il incarne l’élite éco­no­mique et intel­lec­tuelle fran­çaise contre les « ins­tincts gré­gaires » des classes popu­laires. Populiste, parce qu’il pré­sente un cer­tain air de famille avec des acteurs ou des mou­ve­ments qui sont, sans équi­voque, iden­ti­fiés comme tels : per­son­na­li­sa­tion du pou­voir, hyper-média­ti­sa­tion, non-appar­te­nance aux cir­cuits tra­di­tion­nels de la car­rière poli­tique, modes de com­mu­ni­ca­tion directs, etc. On voit bien que, à uti­li­ser le concept de popu­lisme à tort et à tra­vers, on s’expose à déve­lop­per des para­doxes qui confinent à l’absurde. Quel peut bien être l’intérêt d’un concept qui se confond avec son contraire ?

Pourtant, il semble impos­sible d’éviter pure­ment et sim­ple­ment d’utiliser le terme, comme cer­tains le pro­posent, au vu de son impor­tance dans la réflexion aca­dé­mique et le débat public contem­po­rains. Afin de le réha­bi­li­ter contre les erre­ments de la « popu­lo­lo­gie », deux stra­té­gies intel­lec­tuelles doivent être menées en paral­lèle. La pre­mière consiste à réhis­to­ri­ci­ser le phé­no­mène pour en sai­sir le noyau essen­tiel, ce qui per­met de dis­tin­guer clai­re­ment, dans les mou­ve­ments contem­po­rains, les phé­no­mènes authen­ti­que­ment popu­listes de ceux qui relèvent d’un usage abu­sif du terme. La seconde vise à s’interroger sur ce que l’inflation du terme signi­fie. Si le popu­lisme en est pro­gres­si­ve­ment venu à dési­gner quelque chose de plus que lui-même, c’est parce qu’on tend à le défi­nir (à tort) à par­tir de carac­té­ris­tiques qui struc­turent en réa­li­té le champ poli­tique contem­po­rain dans son ensemble, et qui ne lui sont en rien spé­ci­fiques. Une fois cette confu­sion dis­si­pée, le rap­port entre le popu­lisme et son contexte contem­po­rain d’émergence s’en trouvent cla­ri­fié ; on peut alors — enfin — se pro­po­ser d’en faire une éva­lua­tion nor­ma­tive intel­li­gente, à équi­dis­tance de la condam­na­tion auto­ma­tique et de la consé­cra­tion aveugle que pro­posent res­pec­ti­ve­ment les auteurs libé­raux et post-marxistes.

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Des définitions qui égarent

Longtemps res­tée proverbiale3, l’absence de consen­sus autour de la défi­ni­tion du popu­lisme dans le champ d’études cor­res­pon­dant s’est résor­bée au cours de la der­nière décen­nie. Étant don­née l’extrême varié­té his­to­rique, géo­gra­phique et idéo­lo­gique du phé­no­mène, il n’est pas éton­nant que les deux défi­ni­tions deve­nues cano­niques soient volon­tai­re­ment souples et mini­males. C’est le cas de l’ap­proche « idéa­tion­nelle » de Cas Mudde, poli­to­logue néer­lan­dais, et de celle, « dis­cur­sive », d’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Leur contri­bu­tion est tou­te­fois ambi­va­lente : en pro­po­sant une défi­ni­tion plus étroite du popu­lisme, ces approches ont par­fois éten­du la por­tée de son appli­ca­tion à l’excès, ren­dant dif­fi­cile l’établissement de cri­tères suf­fi­sam­ment spé­ci­fiques que pour le dis­tin­guer d’autres concepts et phé­no­mènes voi­sins. Ce fai­sant, elles flirtent tou­jours avec l’écueil d’élasticité concep­tuelle dénon­cé par le poli­to­logue ita­lien Giovanni Sartori4 ; mal uti­li­sées, elles auto­risent des asso­cia­tions dou­teuses et conduisent à voir le popu­lisme par­tout, ce qui revient à ne l’identifier nulle part.

« En pro­po­sant une défi­ni­tion plus étroite du popu­lisme, ces approches ont par­fois éten­du la por­tée de son appli­ca­tion à l’excès. »

On doit à Cas Mudde d’avoir concep­tua­li­sé le popu­lisme comme une « idéo­lo­gie fine » (thin-cen­te­red ideo­lo­gy) fon­dée sur la croyance en une divi­sion fon­da­men­tale du social entre un peuple bon — déten­teur de la volon­té géné­rale dont l’application devrait être le cœur de l’action poli­tique — et des élites cor­rom­pues. La varié­té des popu­lismes réel­le­ment exis­tants est aisé­ment expli­quée à par­tir de cette pers­pec­tive : ne dis­po­sant que d’un nombre très limi­té de prin­cipes, l’idéologie (fine) popu­liste ne se suf­fit pas à elle-même et se trouve donc sys­té­ma­ti­que­ment asso­ciée avec d’autres tra­di­tions idéo­lo­giques plus « épaisses » (socia­lisme, natio­na­lisme, libé­ra­lisme, etc.). D’où le fait que puissent faci­le­ment coexis­ter les popu­lismes de gauche, les popu­lismes du centre et les par­tis de droite radi­cale popu­liste. Cette approche s’est fina­le­ment impo­sée comme la pers­pec­tive domi­nante en science poli­tique, pro­ba­ble­ment en rai­son de sa plas­ti­ci­té et de son appli­ca­bi­li­té aux cas empi­riques les plus dis­pa­rates. Elle a éga­le­ment pro­gres­si­ve­ment per­co­lé dans la sphère poli­ti­co-média­tique, comme en témoignent les nom­breuses inter­ven­tions de son auteur dans les médias5.

Son suc­cès, cepen­dant, masque au moins trois lacunes impor­tantes. Une fra­gi­li­té théo­rique, d’abord. Le concept d’idéologie fine res­semble à s’y méprendre à une contra­dic­tion logique. Si une idéo­lo­gie est, par défi­ni­tion, une vision du monde tota­li­sante, de deux choses l’une : soit le popu­lisme est plus « épais » qu’il n’y paraît, soit il n’est pas une idéo­lo­gie. Une modes­tie des­crip­tive et expli­ca­tive désar­mante, ensuite. Cette approche ne pro­pose aucune théo­ri­sa­tion sérieuse des causes de l’émergence du popu­lisme. C’est que, si le popu­lisme n’est qu’un élé­ment mar­gi­nal s’adossant à la véri­table « idéo­lo­gie épaisse » d’un mou­ve­ment, il devient de fac­to un élé­ment secon­daire ne jus­ti­fiant pas toute l’attention qu’on lui accorde. Sans sur­prise, la plu­part des auteurs qui basent leur ana­lyse sur cette défi­ni­tion finissent par tra­vailler non pas sur le popu­lisme en tant que tel, mais bien sur la tra­di­tion à laquelle il s’adosse — géné­ra­le­ment, le natio­na­lisme auto­ri­taire. Une hypo­cri­sie nor­ma­tive, enfin : se pré­ten­dant « neutre » et débar­ras­sée des conno­ta­tions péjo­ra­tives que recouvre le terme de popu­lisme, cette approche conti­nue à les véhi­cu­ler de façon expli­cite ou impli­cite. Explicitement, elle asso­cie le popu­lisme à une mora­li­sa­tion des oppo­si­tions poli­tiques — ce qui est lar­ge­ment discutable6 — et à une concep­tion homo­gé­néi­sante et anti-plu­ra­liste du peuple (donc pro­to-tota­li­taire). Implicitement, la concep­tion du popu­lisme comme « idéo­lo­gie fine » véhi­cule l’image d’un phé­no­mène incom­plet, en deçà du niveau de cohé­rence et de ratio­na­li­té offert par les autres familles poli­tiques. En résu­mé, on peut repro­cher à cette pers­pec­tive de s’arrêter trop tôt : en se fixant une ambi­tion si modeste (cir­cons­crire des élé­ments a mini­ma que par­tagent tous les mou­ve­ments popu­listes), elle finit par n’apporter que des réponses conve­nues et déce­vantes lorsqu’il s’agit d’identifier, d’expliquer et de juger le suc­cès des mou­ve­ments populistes.

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Dans une veine très dif­fé­rente, la concep­tion « dis­cur­sive » du popu­lisme pro­po­sée par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, déve­lop­pée dans une pers­pec­tive « post-mar­xiste », abou­tit par­fois à des impasses simi­laires. Pour rap­pel — nous avons déjà eu l’occasion de détailler les carac­té­ris­tiques de cette approche ailleurs7 —, ces auteurs pré­sentent le popu­lisme comme une logique poli­tique, c’est-à-dire une façon de construire des iden­ti­tés poli­tiques en arti­cu­lant entre elles des demandes démo­cra­tiques. Le popu­lisme construi­rait ain­si un sujet popu­laire, un « nous », à par­tir d’une oppo­si­tion à un adver­saire (la caste, l’élite, l’esta­blish­ment), tenu pour res­pon­sable de la frus­tra­tion de ces demandes. L’unité du sujet n’est pas ici le fruit de carac­té­ris­tiques propres que ses com­po­santes par­ta­ge­raient — à l’ins­tar du pro­lé­ta­riat qui, dans l’ap­proche mar­xiste, est défi­ni par la posi­tion de classe de ses membres — mais bien le résul­tat d’une com­mune oppo­si­tion aux élites du sys­tème. Cette com­mune oppo­si­tion est ce qui per­met de tis­ser des liens (Laclau et Mouffe par­le­raient de « chaînes d’é­qui­va­lence ») entre des demandes a prio­ri extrê­me­ment hété­ro­gènes. La nature exacte du sujet popu­laire dépend donc d’un pro­ces­sus contin­gent de construc­tion de la fron­tière poli­tique entre « eux » et « nous ». Par consé­quent, selon l’adversaire visé (les élites poli­tiques et/ou éco­no­miques, les intel­lec­tuels, les mino­ri­tés eth­niques, etc.) et le type de demandes arti­cu­lées, le popu­lisme peut revê­tir des formes éman­ci­pa­trices ou réactionnaires.

« Le popu­lisme a fini par dési­gner un ensemble de trans­for­ma­tions, géné­ra­le­ment per­çues comme néga­tives, que tra­versent nos socié­tés contem­po­raines et leurs modes d’expression politique. »

Cette approche du popu­lisme s’est révé­lée extrê­me­ment féconde et a per­mis de dépas­ser bien des apo­ries. Elle a ancré l’étude du phé­no­mène dans une théo­rie solide du poli­tique et l’a débar­ras­sé (véri­ta­ble­ment, cette fois) de ses conno­ta­tions péjo­ra­tives. Toutefois, elle finit aus­si para­doxa­le­ment par rendre dif­fi­cile l’identification concrète de mou­ve­ments popu­listes : sa dimen­sion exces­si­ve­ment for­ma­liste — le popu­lisme se trouve débar­ras­sé de tout conte­nu idéo­lo­gique, pro­gram­ma­tique ou socio­lo­gique propre, en ce com­pris la cen­tra­li­té de la réfé­rence au « peuple » elle-même — finit par faire du popu­lisme un syno­nyme du poli­tique tout court8, ce qui conduit à voir ses mani­fes­ta­tions par­tout. Alors que cette théo­rie cherche à ins­pi­rer l’émergence d’un popu­lisme de gauche capable de lut­ter aus­si bien contre le centre libé­ral que contre les mou­ve­ments natio­na­listes, elle n’offre aucun prisme nor­ma­tif pour dif­fé­ren­cier le popu­lisme de gauche de son cou­sin de droite. A mini­ma, elle consi­dère la logique popu­liste comme pure­ment neutre, et ren­voie donc dos à dos les acteurs qui la mobi­lisent comme ceux qui le vili­pendent. Populismes de droite et de gauche, dans ce cas, sont sem­blables en ce qu’ils arti­culent d’une même façon (neutre) des conte­nus dif­fé­rents, mais de nature pure­ment axio­lo­gique, donc incom­men­su­rables. Dans sa ver­sion plus pro­fonde, elle attri­bue (quoiqu’implicitement) des ver­tus nor­ma­tives à la poli­ti­sa­tion elle-même, ce qui, de fait, confère une supé­rio­ri­té nor­ma­tive intrin­sèque aux popu­lismes, de droite comme de gauche, vis-à-vis d’un centre libé­ral aux vel­léi­tés dépo­li­ti­sa­trices. Dans les deux cas, l’incapacité de cette théo­rie à faire la dif­fé­rence des­crip­tive et nor­ma­tive entre des varié­tés dif­fé­rentes de popu­lisme pose problème.

Ces deux approches, par leur mini­ma­lisme, finissent par obs­cur­cir le débat en nous fai­sant voir le popu­lisme par­tout. Qu’il soit consi­dé­ré comme un fond idéo­lo­gique extrê­me­ment réduit et souple, capable de s’associer à n’importe quel autre type d’idéologie plus éla­bo­rée, ou comme une logique d’articulation se confon­dant avec celle du poli­tique dans son essence, le popu­lisme peut en effet être recon­nu dans la presque tota­li­té des phé­no­mènes poli­tiques que l’époque contem­po­raine offre à notre regard. Cette ten­dance est encore accen­tuée par la sim­pli­fi­ca­tion de ces approches lorsque le dis­cours média­tique s’en empare en les mêlant à ses propres pré­no­tions : se greffent alors au concept de popu­lisme, de façon plus ou moins expli­cite, des élé­ments qui ne lui sont pas propres (pré­sence d’un lea­der fort, orga­ni­sa­tion par­ti­sane faible et dés­in­ter­mé­diée, ten­dances pro­to-tota­li­taires et xéno­phobes). De cette manière, le popu­lisme a pu inno­cem­ment deve­nir le nom d’autre chose que de lui-même : il a fini par dési­gner un ensemble de trans­for­ma­tions, géné­ra­le­ment per­çues comme néga­tives, que tra­versent nos socié­tés contem­po­raines et leurs modes d’expression poli­tique. Alors que le popu­lisme se pré­sente à tra­vers ses prin­ci­pales mani­fes­ta­tions historiques9 comme un mou­ve­ment de construction/défense démo­cra­tique contre les dérives oli­gar­chiques10, les apo­ries du débat contem­po­rain ont donc fini par en inver­ser com­plè­te­ment le sens, au point d’en faire le bouc émis­saire par excel­lence des dérives anti-démo­cra­tiques que nos socié­tés connaissent. Pour com­prendre le moment que nous tra­ver­sons, il faut alors redé­fi­nir la nature de ces dérives et le rap­port que le popu­lisme authen­tique entre­tient avec celles-ci.

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De la désintermédiation au « moment » populiste

Alors même que son avè­ne­ment géné­ra­li­sé au sor­tir de la guerre froide était annon­cé et salué comme mar­quant la « fin de l’Histoire11 », le modèle démo­cra­tique-libé­ral mon­trait des signaux inquié­tants de dégra­da­tion. Ses ins­ti­tu­tions emblé­ma­tiques et ses acteurs-clés per­daient de leur superbe : les par­le­ments natio­naux se trou­vaient sup­plan­tés par le pou­voir exé­cu­tif et des ins­ti­tu­tions non élues, les par­tis poli­tiques tra­di­tion­nels connais­saient un lent déclin élec­to­ral et orga­ni­sa­tion­nel, la vie poli­tique était ryth­mée par des scan­dales de cor­rup­tion, la com­pé­ti­tion élec­to­rale sem­blait se réduire à un spec­tacle média­tique vidé de tout conte­nu. En paral­lèle, la foi démo­cra­tique sem­blait s’essouffler, cédant sa place à un véri­table désen­chan­te­ment, lar­ge­ment com­men­té et dis­cu­té par les édi­to­ria­listes, socio­logues, poli­to­logues, ain­si que par les poli­ti­ciens eux-mêmes. Ces pro­ces­sus, à l’œuvre depuis le milieu des années 1970, et de façon plus mar­quée depuis les années 1990–2000, ont contri­bué à pro­gres­si­ve­ment creu­ser un vide ver­ti­gi­neux entre les citoyens et leurs repré­sen­tants, comme le poli­to­logue irlan­dais Peter Mair l’a mon­tré dans son ana­lyse magistrale12. D’une part, on a assis­té à un lent pro­ces­sus d’individualisation et de désaf­fi­lia­tion dans les socié­tés occi­den­tales : les groupes sociaux se sont com­plexi­fiés, ren­dant leur struc­tu­ra­tion et repré­sen­ta­tion par des corps inter­mé­diaires de plus en plus aléa­toire et dif­fi­cile. Outre les syn­di­cats, les églises, les clubs et les asso­cia­tions, les orga­ni­sa­tions à avoir le plus souf­fert de ces trans­for­ma­tions sont celles qui assu­raient la repré­sen­ta­tion de ces groupes sociaux auprès de l’État : les par­tis poli­tiques et leurs élites. D’autre part, en réponse à ces évo­lu­tions, ces der­niers ont pro­gres­si­ve­ment cher­ché de nou­velles formes de légi­ti­ma­tion. Après s’être éman­ci­pés de leurs groupes sociaux res­pec­tifs (deve­nant ain­si des par­tis dits « attrape-tout »), ils se sont petit à petit réfu­giés dans les ins­ti­tu­tions éta­tiques au point de se confondre pra­ti­que­ment avec celles-ci ; en paral­lèle, fleu­ris­sait chez les élites un dis­cours de défense des ins­ti­tu­tions et de la sta­bi­li­té éco­no­mique contre les « excès » des demandes démo­cra­tiques, dis­cours confi­nant par­fois à une véri­table « haine de la démo­cra­tie13 ».

« Les groupes sociaux se sont com­plexi­fiés, ren­dant leur struc­tu­ra­tion et repré­sen­ta­tion par des corps inter­mé­diaires de plus en plus aléa­toire et difficile. »

Dans ce contexte struc­tu­rel, les par­tis poli­tiques tra­di­tion­nels se trans­forment donc : s’éloignant inexo­ra­ble­ment du modèle des « par­tis de masse » du XXe siècle, ils voient leur nombre d’adhérents dimi­nuer, leur por­tion d’électorat se res­treindre, l’importance de leurs per­son­na­li­tés média­tiques aug­men­ter, leurs cer­ti­tudes idéo­lo­giques s’évaporer et leur ancrage dans des groupes sociaux spé­ci­fiques s’étioler. Dans les espaces lais­sés vacants, pros­pèrent aus­si de nou­velles for­ma­tions poli­tiques cher­chant à refa­çon­ner les iden­ti­tés poli­tiques d’un élec­to­rat par­tiel­le­ment désaf­fi­lié et ato­mi­sé. Il s’agit, la plu­part du temps, de for­ma­tions acquises au dogme néo­li­bé­ral ou de mou­ve­ments d’extrême droite. Les pre­mières tentent de regrou­per les élites du centre gauche et du centre droit dans un pro­jet « moder­ni­sa­teur » com­mun, impré­gné d’un mode de légi­ti­ma­tion technocratique14. Les seconds tentent d’occuper le ter­rain des classes popu­laires orphe­lines de leur enca­dre­ment par la gauche his­to­rique : les fron­tistes fran­çais, le Vlaams Belang belge et le FPÖ autri­chien en sont les arché­types. Il peut s’agir aus­si de mou­ve­ments éco­lo­gistes, construi­sant leur suc­cès sur la conquête des classes urbaines for­te­ment édu­quées, ou, plus rare­ment, de for­ma­tions per­pé­tuant, en le renou­ve­lant, un héri­tage mar­xiste-léni­niste (à l’instar du PTB). Fait remar­quable — car il explique bon nombre de confu­sions — ces trois types d’acteurs (le centre libé­ral-tech­no­cra­tique, l’extrême droite et les par­tis verts) pré­sentent des carac­té­ris­tiques orga­ni­sa­tion­nelles com­munes, rela­tives au pro­ces­sus de dés­in­ter­mé­dia­tion tou­chant les socié­tés occi­den­tales dans leur ensemble. Plus elles sont récentes, plus ces for­ma­tions sont enclines à se pré­sen­ter comme des mou­ve­ments ou des pla­te­formes plu­tôt que comme des par­tis (le cas Macron est emblé­ma­tique à cet égard), refusent le degré d’institutionnalisation de ces der­niers et sont extrê­me­ment dépen­dantes de la figure de leur lea­der. Celui-ci est en effet seul à même d’incarner l’homogénéité de ces mou­ve­ments au vu de la qua­si-absence de cadres inter­mé­diaires qui les carac­té­risent — un trait qui, encore une fois, doit plus à la donne contem­po­raine qu’à une carac­té­ris­tique intrin­sèque du popu­lisme en tant que tel.

L’irruption de mou­ve­ments popu­listes en Europe est, en com­pa­rai­son avec celle de ces autres types d’acteurs, rela­ti­ve­ment récente. Les mou­ve­ments authen­ti­que­ment appa­ren­tés à cette tra­di­tion poli­tique y sont rares : le Mouvement cinq étoiles en Italie, Podemos en Espagne15, Syriza en Grèce, La France insou­mise en France, la stra­té­gie cor­by­niste au Royaume-Uni. Si la pos­si­bi­li­té de leur émer­gence est due aux mêmes condi­tions struc­tu­relles évo­quées plus haut elle pro­cède éga­le­ment d’un lien plus spé­ci­fique avec la crise éco­no­mique de 2008, sa ges­tion et ses consé­quences. Celles-ci ont consi­dé­ra­ble­ment accé­lé­ré les ten­dances à la dés­in­ter­mé­dia­tion que le monde occi­den­tal connais­sait depuis plu­sieurs décen­nies : dété­rio­ra­tion des condi­tions de vie des classes popu­laires et moyennes, ges­tion tech­no­cra­tique et/ou inter­gou­ver­ne­men­tale des ten­sions dans la zone euro, impres­sion enva­his­sante d’un déca­lage entre repré­sen­tants et repré­sen­tés, sen­sa­tion d’absence d’alternative et de conni­vence idéo­lo­gique des prin­ci­pales familles poli­tiques autour de la logique aus­té­ri­taire. Mises ensemble, ces dyna­miques se sont appa­ren­tées à une véri­table dé-démo­cra­ti­sa­tion de nos socié­tés, que d’aucuns ont lues comme une forme de lati­no-amé­ri­ca­ni­sa­tion de la vie poli­tique (sud-)européenne. Sont alors appa­rus en Europe des mou­ve­ments popu­laires que l’on croyait spé­ci­fiques au contexte de l’Amérique latine, fus­ti­geant l’oligarchisation ram­pante et récla­mant un pro­ces­sus de démo­cra­ti­sa­tion de nos socié­tés au nom de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire. L’Europe connais­sait enfin son « moment populiste ».

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Dans ces condi­tions, attri­buer au « popu­lisme » la res­pon­sa­bi­li­té de la dégra­da­tion démo­cra­tique en Europe est par­ti­cu­liè­re­ment trom­peur. Ce n’est pas le popu­lisme qui consti­tue le nou­veau Zeitgeist du XXIe siècle16, mais bien le pro­ces­sus de dé-démo­cra­ti­sa­tion et de dés­in­ter­mé­dia­tion, cette lame de fond beau­coup plus puis­sante et pré­oc­cu­pante, dont le popu­lisme ne consti­tue que l’écume, au même titre que les autres nou­veaux mou­ve­ments poli­tiques à suc­cès. Notre cri­tique devrait donc se concen­trer sur ces trans­for­ma­tions socio-poli­tiques que tra­versent les démo­cra­ties occi­den­tales et qui, mises bout à bout, font sys­tème : la confis­ca­tion tech­no­cra­tique d’une par­tie de la déci­sion poli­tique (en par­ti­cu­lier en matière d’orientations éco­no­miques), la perte de pou­voir des assem­blées légis­la­tives, la déré­gu­la­tion des acti­vi­tés finan­cières et le détri­co­tage des États-pro­vi­dence, la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la vie poli­tique, la conver­gence idéo­lo­gique des prin­ci­pales familles par­ti­sanes, le déclin des formes conven­tion­nelles de par­ti­ci­pa­tion poli­tique, etc. Plutôt que de fus­ti­ger le popu­lisme et de voir en lui une menace pour la démocratie17, la ques­tion nor­ma­tive à se poser devient celle de son poten­tiel réel de démo­cra­ti­sa­tion, eu égard au contexte d’émergence qui est le sien et aux stra­té­gies qu’il développe.

La fin du « moment » populiste ?

« À bien des égards, le moment popu­liste euro­péen actuel touche à sa fin. Il n’a nulle part sérieu­se­ment ébran­lé l’hégémonie néolibérale. »

À bien des égards, le « moment » popu­liste euro­péen actuel touche à sa fin18 — l’un des para­doxes du popu­lisme veut en effet qu’il se dis­solve dans son accom­plis­se­ment et/ou son institutionnalisation19. Dans la plu­part des pays qui ont vu l’irruption inédite de ces acteurs, le jeu par­ti­san a connu une nou­velle phase de sta­bi­li­sa­tion et ces mou­ve­ments se sont lar­ge­ment nor­ma­li­sés, per­dant ain­si une bonne par­tie de leur élan ini­tial. Le contexte n’est donc plus au bou­le­ver­se­ment rapide et inat­ten­du des iden­ti­fi­ca­tions poli­tiques. En Espagne, la com­pé­ti­tion par­ti­sane s’est réor­ga­ni­sée autour d’un axe gauche-droite, sim­ple­ment plus frag­men­té qu’auparavant, au sein duquel Podemos joue désor­mais le rôle de gauche radi­cale renou­ve­lée. En Grèce, Syriza a fina­le­ment pris la place de la social-démo­cra­tie his­to­rique et de son sys­tème clien­té­laire. En Italie, le Mouvement cinq étoiles s’est nor­ma­li­sé au point de deve­nir un par­te­naire poten­tiel de gou­ver­ne­ment aus­si bien de l’extrême droite (Lega) que du centre gauche (Partito Democratico). C’est pro­ba­ble­ment en France, où les accom­plis­se­ments de ces mou­ve­ments ont jusqu’ici été moindres, que leur poten­tiel de mobi­li­sa­tion reste le plus intact.

À l’issue du cycle poli­tique ini­tié par la crise éco­no­mique de 2008, le bilan de ces expé­riences reste miti­gé. S’il est par­ve­nu à trans­for­mer par­tiel­le­ment le rap­port de force par­ti­san dans plu­sieurs contextes natio­naux, le popu­lisme n’a nulle part sérieu­se­ment ébran­lé l’hégémonie néo­li­bé­rale. Surtout, alors que ses options stra­té­giques (le ver­ti­ca­lisme, la trans­ver­sa­li­té, la foca­li­sa­tion sur le dis­cours, etc.) lui ont per­mis d’engranger des résul­tats élec­to­raux remar­quables à court terme, elles n’ont en aucun cas répon­du à l’ampleur du défi démo­cra­tique consti­tué par la dés­in­ter­mé­dia­tion. La mal­léa­bi­li­té idéo­lo­gique est idéale pour s’adapter à la flui­di­té d’une période de crise, mais elle ne suf­fit pas à fidé­li­ser un élec­to­rat — elle conduit par­fois à le déce­voir amè­re­ment, à l’instar du désap­poin­te­ment pro­vo­qué par l’alliance des cinq étoiles avec la Lega par­mi les mili­tants de gauche du mou­ve­ment. La construc­tion rapide d’une for­ma­tion poli­tique autour d’un lea­der télé­gé­nique per­met d’être rapi­de­ment com­pé­ti­tif dans l’arène élec­to­rale, mais elle ne rem­place pas le patient tra­vail d’encadrement et d’or­ga­ni­sa­tion des classes popu­laires qui a fait la force de la gauche his­to­rique. À tra­vers ces expé­riences, en tenant compte tant de leurs apports que de leurs limites, appa­raissent tou­te­fois en creux les contours de la forme que pour­rait prendre le renou­veau démo­cra­tique futur : réso­lu­ment éco­lo­giste et fémi­niste, capable d’u­nir les classes popu­laires et les classes moyennes, de jouer avec les codes de la com­mu­ni­ca­tion contem­po­raine sans tom­ber dans un mar­ke­ting poli­tique super­fi­ciel, d’in­no­ver en matière orga­ni­sa­tion­nelle sans pour autant négli­ger de prendre racine dans des ter­ri­toires et des couches sociales bien définis.

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Penser cette pro­chaine étape est cru­cial car, indé­pen­dam­ment de son affai­blis­se­ment actuel, le popu­lisme n’est pas voué à dis­pa­raître défi­ni­ti­ve­ment du conti­nent euro­péen. Quand bien même la crête de la « vague » popu­liste serait der­nière nous, l’océan de la dés­in­ter­mé­dia­tion se confond avec notre hori­zon poli­tique et rend extrê­me­ment dif­fi­cile la pen­sée d’un ailleurs, lais­sant pré­sa­ger l’apparition de vagues ulté­rieures. Un retour à la berge de départ, à ce stade, semble dif­fi­ci­le­ment envi­sa­geable, tant le modèle des Trente Glorieuses appa­raît rétros­pec­ti­ve­ment comme l’exception plu­tôt que comme la règle, et tant il semble chi­mé­rique de retour­ner à ce mode d’organisation sociale et de repré­sen­ta­tion poli­tique au vu des trans­for­ma­tions du monde du tra­vail, des tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et du contexte inter­na­tio­nal. Tant que de nou­veaux rivages ne se des­si­ne­ront pas et que pré­vau­dra l’in­cer­ti­tude, les forces néo­fas­cistes et les mou­ve­ments popu­listes conti­nue­ront de mono­po­li­ser le rôle de trouble-fête.

Il fau­dra alors savoir iden­ti­fier pré­ci­sé­ment les mou­ve­ments popu­listes et se sou­ve­nir qu’il est inutile de leur impu­ter la res­pon­sa­bi­li­té de la qua­si-tota­li­té des évo­lu­tions poli­tiques indé­si­rables de notre temps. Il fau­dra se sou­ve­nir que, si les familles poli­tiques tra­di­tion­nelles sont si promptes à accu­ser l’hydre popu­liste, c’est pro­ba­ble­ment parce que cela leur per­met de détour­ner l’attention du public de leur propre res­pon­sa­bi­li­té dans la dégra­da­tion de la repré­sen­ta­tion démo­cra­tique, à bien des égards net­te­ment plus mani­feste et cri­ti­quable. Il fau­dra aus­si se pré­mu­nir contre le label de res­pec­ta­bi­li­té que le qua­li­fi­ca­tif « popu­liste » octroie à des par­tis néo­fas­cistes dont la seule voca­tion est de four­nir l’option d’un virage auto­ri­taire et natio­na­liste au pro­jet néo­li­bé­ral — car, conve­nons-en, c’est véri­ta­ble­ment la der­nière chose dont nous ayons besoin à l’heure actuelle. Cela ne devra pas pour autant nous conduire à sur­es­ti­mer le poten­tiel de ces mou­ve­ments popu­listes, tant qu’ils n’offrent pas de réponse glo­bale et cohé­rente à la dégra­da­tion démo­cra­tique géné­ra­li­sée qui touche nos socié­tés. Gageons au moins que, à par­tir d’une pers­pec­tive plus infor­mée, nous serons cette fois en mesure de ces­ser de voir le popu­lisme par­tout, ce qui nous per­met­tra de l’identifier, de l’analyser et de le cri­ti­quer quelque part.


Illustrations de ban­nière et de vignette : Xan Padrón | www.xanpadron.com


  1. Le natio­na­lisme fla­mand, héri­tier du mou­ve­ment fla­mand prô­nant une éman­ci­pa­tion de la région fla­mande via l’ap­pro­fon­dis­se­ment de la décen­tra­li­sa­tion des struc­tures éta­tiques, ou son indé­pen­dance, est lar­ge­ment majo­ri­taire. Les der­nières élec­tions ont vu le retour de l’ex­trême droite natio­na­liste. Pour plus d’in­for­ma­tion : https://etopia.be/la-victoire-electorale-du-vlaams-belang.
  2. « Silvio, pen­sa­ci tu ». Merkel e Berlusconi, l’asse anti-popu­lis­ti, La Repubblica, 18 août 2017.
  3. Ionescu G. & Gellner E. (dir.), Populism: Its Meanings and National Characteristics. Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1969.
  4. Sartori G., « Bien com­pa­rer, mal com­pa­rer », Revue inter­na­tio­nale de poli­tique com­pa­rée, 1(1), 1994, pp. 19–36.
  5. Notamment dans le dos­sier thé­ma­tique publié par The Guardian.
  6. Stavrakakis Y. & Jäger A. (2018), « Accomplishments and limi­ta­tions of the ‘new’ mains­tream in contem­po­ra­ry popu­lism stu­dies », European Journal of Social Theory, 21(4) : 547–565.
  7. Voir notam­ment mon débat avec Éric Fassin pour la revue Politique (n° 102, décembre 2017), « Pour ou contre le popu­lisme de gauche ? ».
  8. Laclau E., On Populist Reason, Londres, Verso, 2005.
  9. Le People’s Party amé­ri­cain de la fin du 19e siècle, les narod­ni­ki russes et le péro­nisme argen­tin.
  10. Tarragoni F., L’Esprit démo­cra­tique du popu­lisme, La Découverte, 2019.
  11. Fukuyama F., La Fin de l’histoire et le der­nier homme, Flammarion, 2018.
  12. Mair P., Ruling the Void, Londres, Verso, 2013.
  13. Rancière J., La Haine de la démo­cra­tie, La Fabrique, 2005.
  14. Le New Labour de Tony Blair, le SPD de Gerard Schröder à Martin Schultz, Emmanuel Macron et sa République en marche, Matteo Renzi lan­çant Italia Viva ou Albert Rivera pro­pul­sant Ciudadanos à l’échelon natio­nal espa­gnol.
  15. Au moins jusqu’au tour­nant stra­té­gique de Vistalegre II.
  16. Mudde C., « The Populist Zeitgeist », Government and Opposition, 39(4), 2004, p.541–563.
  17. Müller J.-W., Qu’est-ce que le popu­lisme ? Définir enfin la menace, Premier paral­lèle, 2016.
  18. Voir notam­ment : « La paren­thèse du popu­lisme de gauche est en train de se refer­mer » (entre­tien pour Mediapart, 4 juin 2019) et « Le moment popu­liste en Espagne est pas­sé » (The Conversation, 12 mai 2019).
  19. Tarragoni F., op. cit., La Découverte, 2019.

REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Federico Tarragoni : « Le popu­lisme a une dimen­sion démo­cra­tique radi­cale », novembre 2019
☰ Lire notre entre­tien avec Serge Halimi : « Pas de conver­gence des luttes sans une pers­pec­tive poli­tique », octobre 2018
☰ Lire notre entre­tien avec Olivier Starquit : « Les vrais radi­ca­li­sés sont au pou­voir », juillet 2019
☰ Lire notre article : « Le popu­lisme, qu’est-ce donc ? », Pierre-Louis Poyau, février 2018
☰ Lire notre entre­tien avec Benoît Borrits : « Casser le car­can de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive », sep­tembre 2018
☰ Lire notre entre­tien avec Jacques Rancière : « Le peuple est une construc­tion », mai 2017

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Arthur Borriello

Arthur Borriello est politologue et supporter acharné du SSC Napoli. Spécialiste de l'analyse du discours politique, il travaille actuellement sur les populismes sud-européens.

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