Gilets jaunes : un an de lutte [portfolio]


Photoreportage inédit pour le site de Ballast

« Si les gens sont encore en poste dans les minis­tères, que notre Président est encore en poste, c’est grâce à [nous]. Et per­sonne ne le dit », avouait un CRS à France Inter le 12 novembre der­nier. De fait. Le gou­ver­ne­ment, sans appui popu­laire depuis son entrée en fonc­tion, ne tient que par sa force armée. Tandis qu’une large majo­ri­té de Français conti­nue d’ap­prou­ver le mou­ve­ment social1, celui-ci, mal­gré les yeux cre­vés et les mains arra­chées, fêtait hier son pre­mier anni­ver­saire à la faveur d’un cin­quante-troi­sième « acte ». Pour l’oc­ca­sion, nous sommes allés deman­der, au hasard des rues de la capi­tale, à une dizaine de femmes gilets jaunes ce qu’elles espé­raient à pré­sent. ☰ Par Stéphane Burlot


« J’attends que les plus pauvres soient moins pauvres et que les plus riches soient moins riches. J’ai jamais mani­fes­té avant, jamais fait grève avant. Et là, dis donc, c’é­tait l’an­ni­ver­saire ! » Marie-Laure, 55 ans, Seine-et-Marne, assis­tante de direc­tion

« Ce qu’on recherche, c’est la jus­tice sociale depuis le début. Et on est encore là, depuis le début, pour cette jus­tice sociale qui n’est pas res­pec­tée. Et qui l’est de moins en moins. Là, on n’a même plus le droit de mani­fes­ter alors que tout était décla­ré. Voilà. » Cindy, 35 ans, Seine-et-Marne, maî­tresse de mai­son dans un centre mater­nel

« Au départ, j’a­vais jamais mani­fes­té de ma vie. Ça fai­sait des années que j’at­ten­dais que la popu­la­tion se sou­lève contre ce sys­tème, qui nous empri­sonne, nous mange, nous condi­tionne dès notre plus jeune âge. Je savais qu’un jour ça arri­ve­rait mais je ne savais pas quand. C’est enfin arri­vé il y a un an. Donc j’ai sai­si l’oc­ca­sion de pou­voir un petit peu mani­fes­ter ma colère. Par rap­port à plein d’in­jus­tices : sociales, fis­cales. On a plein de pauvres, on a des gens qui sont dans les rues. On a un pré­sident qui nous avait pro­mis qu’il y aurait plus de SDF mais on s’a­per­çoit que c’est encore le cas. Moi j’é­tais pas quel­qu’un d’é­clai­ré sur toute la situa­tion, mais aujourd’­hui on sait. On peut plus recu­ler, on sait qu’il y a plein de cor­rup­tion, on sait qu’il y a plein de gens qui s’en mettent plein les poches. Il faut que tout ça cède, que ça pète et qu’on reparte sur un nou­veau sys­tème. Quelque chose qui soit plus en accord avec l’en­vi­ron­ne­ment, la vie des petites gens au quo­ti­dien, ceux qui arrivent pas à s’en sor­tir. » Sylvie, 47 ans, Normandie

« J’attends un vrai chan­ge­ment : on n’en peut plus. Du coup, une vraie révo­lu­tion anti­ca­pi­ta­liste et éco­lo­giste. » Dorothée, 36 ans, Paris, sala­riée dans l’hu­ma­ni­taire

« J’ai du mal à attendre quelque chose mais j’ai tou­jours l’es­poir. De se battre, que ça change. Que je puisse don­ner à bouf­fer à mes enfants, en fait, alors que je tra­vaille. » Gwenn, 46 ans, Seine-et-Marne, agente d’en­tre­tien

« Il faut deux choses. Que le gou­ver­ne­ment sépare les banques pri­vées des banques d’af­faires, comme ça les indus­triels n’au­ront plus à jouer qu’a­vec leurs billes. Ça va limi­ter un peu leur nui­sance. Et il faut que le gou­ver­ne­ment s’at­taque aux 100 mil­liards de fraude fis­cale. Comme ça il n’y aura pas besoin de ponc­tion­ner les pauvres, les retrai­tés, les RSA, les han­di­ca­pés. » Sophie, 54 ans, Paris, fonc­tion­naire dans l’en­sei­gne­ment

« On a trois reven­di­ca­tions : la jus­tice sociale, la jus­tice éco­lo­gique et la jus­tice démo­cra­tique. » Némésis, 33 ans, Moselle, pro­fes­seure

« Comme le gou­ver­ne­ment a été inca­pable d’en­tendre les reven­di­ca­tions des gilets jaunes et que la répres­sion s’am­pli­fie, que la casse sociale s’am­pli­fie, on veut que les autres corps sociaux viennent prendre le relai : les étu­diants, les pom­piers, les per­son­nels soi­gnants, les syn­di­cats… Il faut que la relève arrive et qu’on parte sur une grosse conver­gence, sinon révo­lu­tion­naire, bien cor­sée. Car là, il faut agir vite. » Aline, 49 ans, Hauts-de-Seine, artiste

« Depuis le début, c’est la même chose : j’ai­me­rais avoir une nou­velle Constitution parce que j’ai soif de démo­cra­tie. J’aimerais que le sys­tème change. » Sylvie, 50 ans, Île-de-France, sala­riée dans la fonc­tion publique

« J’attends qu’on ait un peu plus de pou­voir de vivre. Pour qu’on puisse vivre avec notre salaire et pas sur­vivre. C’est tout ce que je demande, moi, j’en demande pas plus. » Béatrice, 57 ans, Seine-et-Marne, agente de can­tine

« J’aimerais que les femmes, elles ont autant le droit au tra­vail que les hommes. Et le droit social. Et pour la retraite aus­si. Parce qu’on tra­vaille, on cotise, mais au bout du nez on n’a rien. » Christelle, 34 ans, Dunkerque, chô­meuse

« Ce que je veux, c’est que le gou­ver­ne­ment puisse nous entendre et répondre à nos reven­di­ca­tions. » Anna, 38 ans, Yvelines, ani­ma­trice sco­laire

« Il faut que ça bouge davan­tage. Parce que là, on a l’im­pres­sion de s’être bat­tus pen­dant un an, et c’est pire que quand on a com­men­cé, limite… Alors oui, que ça bouge. » Alexandra, 47 ans, Île-de-France, assis­tante mater­nelle


REBONDS

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  1. « 69 % des Français jugent le mou­ve­ment des gilets jaunes jus­ti­fié, selon un son­dage Odoxa-Dentsu consul­ting pour fran­cein­fo et Le Figaro publié jeu­di 14 novembre [2019]. » Franceinfo
Stéphane Burlot
Stéphane Burlot

Photographe autodidacte, sa passion pour la photographie et la musique l'a amené à participer à de nombreux magazines musicaux depuis le début des années 1990. En 2012, il couvre la campagne présidentielle du Front de Gauche et celle de la France insoumise en 2017.

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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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