Acte X : Liberté, Égalité, Flash-Ball [portfolio]


Photoreportage inédit pour le site de Ballast

« Quand un espace de dia­logue est créé, alors la mani­fes­ta­tion, si elle reste légale, […] devient illé­gi­time. Dans une démo­cra­tie, quand on peut dia­lo­guer, on ne défile pas », décla­rait, à la veille de l’acte X des gilets jaunes, quelque figure natio­nale du jour­na­lisme sur une antenne de radio1Jean-Michel Aphatie, Europe 1, 18 jan­vier 2019. dont le slo­gan condense à mer­veille tout ce qu’elle vient de rater : « Mieux cap­ter son époque ». Piètres démo­crates que nous sommes, nous avons donc déci­dé d’al­ler à la ren­contre, hasard fai­sant, des mani­fes­tants de la capi­tale — avec la même ques­tion pour cha­cun d’entre eux : pour­quoi êtes-vous gilet jaune ? ☰ Par Stéphane Burlot


« Pour les reven­di­ca­tions de tout le monde : je ne suis pas là que pour moi. Je suis tout à fait d’accord avec les dif­fé­rents mes­sages des gilets jaunes : le RIC et l’amélioration du pou­voir d’achat.  » Marie-Christine, 50 ans, agente d’entretien en Picardie.

« Pour nous libé­rer de tous ces cor­niauds à l’Élysée, au Sénat, les dépu­tés qui nous volent notre éga­li­té.  » David, 50 ans, ouvrier dans l’Eure — « Liberté, Égalité, Flash-Ball », indique la pan­carte qu’il porte.

« Pour avoir une meilleure retraite, enle­ver la CSG et dimi­nuer les taxes sur l’a­li­men­ta­tion — ce qui est très impor­tant pour les gens qui ne peuvent pas man­ger conve­na­ble­ment. Enlever les taxes sur l’es­sence afin que les gens puissent aller tra­vailler. Et enle­ver ce pré­sident mépri­sant auprès de son peuple : mal­gré qu’il dise que les gilets jaunes ne sont pas son peuple, les gilets jaunes sont le peuple.  » Évelyne, 63 ans, retrai­tée de la Fonction publique, Paris.

« Pour plus de droits, une vraie démo­cra­tie et ame­ner un lien pour tous. » Alexis, 25 ans, ban­lieue pari­sienne.

« Parce que je suis maman.  » Bérangère, 44 ans, accom­pagne des per­sonnes non-voyantes à Paris.

« La vie est trop chère. Il faut sor­tir de l’Union euro­péenne, il faut reti­rer la loi Travail et le 49.3. C’est un ensemble, mais c’est sur­tout la vie trop chère : on peut plus conti­nuer comme ça. Macron va conti­nuer à nous allu­mer, ça va être de pire en pire. Et tout ça, c’est le tra­vail de 50 ans des Républicains, qui s’ap­pe­laient avant l’UMP, et du Parti socia­liste, qui ont fait un bébé qui s’ap­pelle la République en marche. C’est le même sys­tème, ils vont tout nous prendre. Et je me suis fait racket­ter de 57,50 € sur ma retraite.  » Dan, 70 ans, retrai­té à Aulnay-sous-Bois.

« Pour mon futur, pour mes enfants, pour ma retraite : je suis assez jeune et j’ai déjà du mal à m’en sor­tir. Et pour bais­ser un petit peu les taxes. » Domitille, 29 ans, Montreuil.

« Je me suis tou­jours sen­ti proche du peuple. Moi, je touche plus que le Smic mais j’ai envie que tout le monde soit bien en France, pas que moi.  » Mathieu, 28 ans, Val-de-Marne.

« Je suis actuel­le­ment en contrat aidé à la ville de Paris. Je fais par­tie des tra­vailleurs han­di­ca­pés et je mani­feste contre la pré­ca­ri­té géné­ra­li­sée. Je suis ravie qu’on passe près du Luxembourg car j’ha­bite pas loin et ça m’a­muse de faire chier les bour­geois.  » Pauline, 26 ans, Paris.

« Le mou­ve­ment des gilets jaunes est le mou­ve­ment de la France d’en bas, des plus dému­nis. En tant que jeune de ban­lieue, je fais aus­si par­tie de ces gens que les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs ont lais­sés sur le bord de la route. Alors oui, je sou­tiens ce mou­ve­ment et je compte bien faire entendre la voix des lais­sés-pour-compte.  » Taha, 21 ans, jour­na­liste, Grenoble.

« Pour que tout saute, que le gou­ver­ne­ment et que Macron soient pul­vé­ri­sés en dehors de notre pla­nète. Macron démis­sion !  » Liliane, 70 ans, Paris.

« Il y en assez de voir depuis 40 ans des diri­geants ne prendre que de mau­vaises déci­sions. Ils trouvent des mil­liards là où il faut, et pour nous il n’y a aucune solu­tion. Il faut reprendre les choses en main. On a été fei­gnants pen­dant des décen­nies en lais­sant des repré­sen­tants prendre des déci­sions à notre place : il faut qu’on se réin­ves­tisse dans la vie poli­tique et qu’on prenne des déci­sions qui soient sages pour l’en­semble du peuple. Je vois que le RIC pour reprendre la main, lan­cer des sujets et trou­ver des solu­tions pour amé­lio­rer le quo­ti­dien de cha­cun, et pas que pour les per­sonnes qui ont un pou­voir d’a­chat qui pour l’ins­tant est cor­rect et se foutent de ceux qui sont en bas.  » Arnaud, 42 ans, sala­rié dans le sec­teur de l’éner­gie, Yvelines.

« Pour l’avenir de mes petits, qu’ils aient un ave­nir digne.  » Cathy, femme au foyer, Loiret.

« Nous vivons dans un pays, et dans un monde entier, où il y a trop d’in­jus­tices. Nous vou­lons la vraie démo­cra­tie qui donne le pou­voir au peuple. Actuellement, le peuple n’est pas sou­ve­rain. On nous fait croire qu’on a le pou­voir mais on sait qu’on n’a pas le pou­voir. » Edem, 35 ans, gar­dien d’im­meuble à Paris.

« Je suis retrai­tée, j’ai une fille à charge, et quand Macron a dit qu’il fal­lait prendre sur ma retraite pour s’oc­cu­per des jeunes tra­vailleurs… Moi, des jeunes j’en ai à ma charge ! Toujours au chô­mage à 26 ans, ça com­mence à bien faire ! Alors je suis des­cen­due dans la rue. Et même si on me rend ma CSG, je veux l’in­dexa­tion des retraites et la soli­da­ri­té avec tous les gilets jaunes. » Nelly, 68 ans, ancienne consul­tante en infor­ma­tique pour les sys­tèmes ban­caires, Pontoise.

« Je suis habi­tué aux manifs pour le cli­mat. Mais il y a des cen­taines de mil­liers de per­sonnes qui sortent dans la rue et disent On exprime une souf­france, on veut être res­pec­tés, consi­dé­rés, on veut avoir une démo­cra­tie qui nous repré­sente plus. Et la réac­tion que je vois autour de moi, ce sont des per­sonnes qui s’en foutent un peu : Ouais, bon, les gens ils sont dans la rue, ils mani­festent, ils nous emmerdent un peu, je com­prends pas trop. C’est un aveu­gle­ment énorme. J’ai la chance de pas me deman­der com­ment je fais à la fin du mois, mais c’est pas pour autant que je ne recon­nais pas qu’il y a une énorme souf­france qui s’ex­prime.  » Valentin, 24 ans, ingé­nieur dans une asso­cia­tion tra­vaillant sur la tran­si­tion car­bone, Vincennes.

« Pour vivre cor­rec­te­ment et que mes enfants aient un ave­nir. » Audrey, 37 ans, conduc­trice de ligne de pro­duc­tion à Lille.

« Plus per­sonne peut y arri­ver, on peut plus rien payer, on est tou­jours en moins sur les banques. Je pense que mon­sieur Macron doit faire un effort mais pas que sur l’ISF, parce que ça, l’ISF, il veut pas en entendre par­ler. Mais s’il veut être égal avec tout le monde, il faut qu’il remette l’ISF.  » Michel, 62 ans, retrai­té, Seine-et-Marne.

« Ça a com­men­cé lorsque j’ai été faire le plein le 16 novembre et que ça m’a coû­té 140 balles. Je fais par­tie de la classe moyenne et j’ai pas oublié que je viens de la classe d’en bas. Et là où j’ai gran­di, dans l’Aisne, on est à 10 kilo­mètres du pre­mier com­merce : si tu regroupes pas tes courses avec d’autres, t’es mort, tu peux pas payer ! Je suis venu le 1er décembre, et j’ai vu que der­rière moi il y avait des gens qui souf­fraient sang et eau et qui finis­saient pas les fins de mois. Je me suis dit que c’est pas pos­sible et que tant que les choses ne changent pas, il faut que tu reviennes.  » Pascal, 42 ans, tra­vaille dans les Travaux publics aux Lilas.


REBONDS

☰ Voir notre port­fo­lio « Accéder à la Cité », Maxence Emery, jan­vier 2019
☰ Voir notre port­fo­lio « Jaune rage », Cyrille Choupas, novembre 2018

NOTES   [ + ]

1.Jean-Michel Aphatie, Europe 1, 18 jan­vier 2019.
Stéphane Burlot
Stéphane Burlot

Photographe autodidacte, sa passion pour la photographie et la musique l'a amené à participer à de nombreux magazines musicaux depuis le début des années 1990. En 2012, il couvre la campagne présidentielle du Front de Gauche et celle de la France insoumise en 2017.

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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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