Des villes policières et un monde militarisé


Traduction d’un article paru dans The Boston Review

On l’ap­pelle « Cop City » : un pro­jet de centre d’en­traî­ne­ment pour la police éta­su­nienne qui s’é­ta­le­rait sur 35 hec­tares dans une forêt au sud-est d’Atlanta. C’est dans cette ville que George Floyd et Rayshard Brooks ont été tués en 2020, déclen­chant des mani­fes­ta­tions d’une ampleur inédite contre les vio­lences poli­cières dans tout le pays. Depuis 2021, la forêt est occu­pée par des oppo­sants, éco­lo­gistes et anti­ra­cistes confon­dus. Il y a tout juste un an, l’un d’eux, Manuel Paez Terán, était abat­tu au cours d’une des­cente de police sur les cam­pe­ments : le pre­mier assas­si­nat d’un mili­tant éco­lo­giste aux États-Unis. En sep­tembre 2023, l’ONG Global Witness révé­lait que 177 acti­vistes avaient été tués au cours de l’an­née pré­cé­dente pour leur enga­ge­ment éco­lo­giste, dont la plu­part en Amérique cen­trale et du Sud, por­tant à près de 2 000 leur nombre sur la der­nière décen­nie. Dans cet article que nous tra­dui­sons, l’a­vo­cate et habi­tante d’Atlanta Azadeh N. Shahshahani jette un pont entre la répres­sion à l’en­contre des gar­diens de la forêt dans sa ville et celle que subissent les défen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment sur tout le conti­nent.


Le 18 jan­vier 2023, la police d’Atlanta, celle du com­té de Dekalb, la police d’État de Géorgie et une équipe du SWAT1 ont fait irrup­tion avec des chiens, armés de balles au poivre et de balles réelles, dans un cam­pe­ment de pro­tes­ta­taires dans la forêt de Weelaunee. Ils ont abat­tu Manuel Paez Terán (aus­si connu sous le nom de Tortuguita), un jeune véné­zué­lien indi­gène de 36 ans, qui était venu mani­fes­ter contre le défri­che­ment de la forêt cen­sé pré­cé­der la construc­tion de l’Atlanta Public Safety Training Center — autre­ment appe­lé Cop City par ceux qui s’y opposent depuis deux ans. Même après sa mort, que Kamau Franklin, du Community Movement Builders, un col­lec­tif noir regrou­pant des habi­tants et des acti­vistes, a qua­li­fiée à juste titre d’« assas­si­nat poli­tique », les agents de police ont pour­sui­vi leur vio­lente opé­ra­tion de déblaie­ment : ils ont cou­pé des branches et les cordes des acti­vistes sus­pen­dus dans les arbres, ont tiré sur les mani­fes­tants avec des balles en caou­tchouc et des gaz lacry­mo­gènes. L’autopsie offi­cielle, fina­le­ment publiée en avril, révèle que Tortuguita a été abat­tu par plus de cin­quante balles. Des cher­cheurs et jour­na­listes ont consi­dé­ré que cette fusillade était « sans pré­cé­dent ». Selon The Guardian, il s’a­git du pre­mier cas connu d’as­sas­si­nat d’un mani­fes­tant éco­lo­giste par les forces de sécu­ri­té d’un État dans le pays.

Au Honduras, onze jours seule­ment après le meurtre de Tortuguita, Aly Domínguez et Jairo Bonilla, deux défen­seurs de Guapinol, ont été assas­si­nés par des tireurs non iden­ti­fiés. Ils étaient les cofon­da­teurs d’un groupe qui menait l’oc­cu­pa­tion de la mine de Los Pinares, pour pro­tes­ter contre les opé­ra­tions d’ex­ploi­ta­tion qui menacent de pol­luer leur source, la rivière Guapinol. Le gou­ver­ne­ment du Honduras a refu­sé d’al­ler plus loin dans l’in­ves­ti­ga­tion et a attri­bué les meurtres à une ten­ta­tive de vol. Entre décembre 2022 et février 2023, au moins sept défen­seurs de la nature et membres des com­mu­nau­tés situées dans la région du Bajo Aguán — une val­lée fer­tile et extrê­me­ment mili­ta­ri­sée du nord du Honduras — ont été tués. Parmi eux, Hipolito Rivas, le lea­der pay­san de la coopé­ra­tive Gregorio Chavez, son fils Jose Omar Cruz Tome, le pré­sident de la coopé­ra­tive de Los Laureles et son beau-père, Andy Martinez Murrillo. Cela fait des décen­nies que les com­mu­nau­tés du Bajo Aguán et des orga­ni­sa­tions de soli­da­ri­té inter­na­tio­nale dénoncent la col­la­bo­ra­tion entre des entre­prises pri­vées de sécu­ri­té, au ser­vice de socié­tés minière et d’huile de palme, et des forces mili­taires, para-mili­taires et poli­cières appuyées par les États-Unis, dans le but de répri­mer vio­lem­ment l’op­po­si­tion qui s’or­ga­nise contre le vol des terres et la des­truc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment dont dépendent ces industries.

« Si le meurtre de Tortuguita consti­tue une dan­ge­reuse pre­mière aux États-Unis, l’as­sas­si­nat de défen­seurs de la nature est une pra­tique cruel­le­ment cou­rante en Amérique du Sud et en Amérique centrale. »

Au même moment, dans le nord du Salvador, une semaine seule­ment avant la des­cente meur­trière dans la forêt de Weelaunee, la police d’État a mené un de ces raids dont elle a le secret. Les habi­tants de la com­mu­nau­té rurale de Santa Marta ont été réveillés au beau milieu de la nuit par des sirènes et des pro­jec­teurs tan­dis que la police pro­cé­dait à l’ar­res­ta­tion d’Antonio Pacheco, le direc­teur exé­cu­tif de l’Association de déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social de Santa Marta, qui a contri­bué à ani­mer le puis­sant mou­ve­ment contre l’ex­ploi­ta­tion minière au Salvador. Quatre autres lea­ders com­mu­nau­taires — Miguel Ángel Gámez, Alejandro Laínez García, Pedro Antonio Rivas Laínez et Saúl Agustín Rivas Ortega — ont éga­le­ment été arrê­tés. La scène n’a paru que trop fami­lière à une com­mu­nau­té qui, pen­dant la guerre menée au Salvador et sou­te­nue par les États-Unis contre les forces révo­lu­tion­naires de gauche dans les années 1980, a été vic­time d’un hor­rible mas­sacre et d’une répres­sion brutale.

Si le meurtre de Tortuguita par la Georgia State Patrol consti­tue une dan­ge­reuse pre­mière aux États-Unis, l’as­sas­si­nat de défen­seurs de la nature est une pra­tique cruel­le­ment cou­rante en Amérique du Sud et en Amérique cen­trale. L’Amérique latine est depuis long­temps la région la plus meur­trière qui soit pour les défen­seurs des droits humains et envi­ron­ne­men­taux. Dans une étude publiée en 2022, Frontline Defenders a noté que quatre des cinq pays contri­buant à 80 % des meurtres de défen­seurs des droits humains dans le monde se trou­vaient cette année-là en Amérique latine. D’autres rap­ports montrent que 75 % de tous les meurtres de défen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment dans le monde ont eu lieu dans cette région, et qu’ils touchent plus par­ti­cu­liè­re­ment les autoch­tones. Ces sta­tis­tiques révèlent ce que les mili­tants éco­lo­gistes du monde entier savent depuis long­temps : la vio­lence de l’État à l’en­contre des défen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment ne se limite pas aux États-Unis.

[ADES Santa Marta]

Mais si cette vio­lence ne se can­tonne pas à l’in­té­rieur des fron­tières des États-Unis, le pays a sans nul doute joué un rôle actif dans sa pro­pa­ga­tion. En Amérique latine, les États-Unis encou­ragent depuis long­temps les poli­tiques éco­no­miques en faveur des entre­prises enga­gées dans les indus­tries extrac­tives et dans d’autres formes d’ex­ploi­ta­tion, tout en for­mant, armant et sou­te­nant les États et les forces para­mi­li­taires qui répriment bru­ta­le­ment ceux qui s’op­posent à ces poli­tiques. En bref, le modèle éta­su­nien de main­tien de l’ordre — celui qui serait ensei­gné à Cop City et expor­té ailleurs — existe pour pro­té­ger le capi­tal et la pro­prié­té. La répres­sion contre ceux qui le com­battent, à Atlanta, au Honduras, au Salvador et dans le monde entier, offre un aper­çu effrayant d’un ave­nir pos­sible : celui d’une vio­lence éta­tique crois­sante contre les com­mu­nau­tés qui, par­tout, luttent pour défendre l’eau, la terre et les éco­sys­tèmes contre l’a­vi­di­té des entreprises.

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À Atlanta, les com­mu­nau­tés se sont orga­ni­sées pour pro­té­ger envi­ron 45 hec­tares de la South River Forest — ou Weelaunee Forest pour le peuple Muscogee (Creek) —, non pas contre les ravages de l’ex­ploi­ta­tion minière, des plan­ta­tions d’huile de palme, de l’ex­ploi­ta­tion fores­tière ou des bar­rages hydro­élec­triques — les prin­ci­pales forces à l’o­ri­gine des acca­pa­re­ments de terres en Amérique cen­trale — mais contre la construc­tion d’une base poli­cière. La ville d’Atlanta, le dépar­te­ment de la police d’Atlanta et la Fondation de la police d’Atlanta (Atlanta Police Foundation, APF) ont eu l’i­dée de créer un Centre de for­ma­tion à la sécu­ri­té publique à Atlanta après les sou­lè­ve­ments de 2020 contre les vio­lences poli­cières. Les plans pré­voient une zone d’es­sais d’ex­plo­sifs, plus de douze champs de tir, une aire d’at­ter­ris­sage pour héli­co­ptères Black Hawk, un centre d’en­traî­ne­ment au contrôle des foules, un par­cours de conduite pour que la police puisse s’en­traî­ner aux pour­suites, et un « vil­lage fic­tif » avec un hôtel/boîte de nuit et une supé­rette. Deux fois plus grande que les ins­tal­la­tions simi­laires à New York et à Los Angeles, Cop City serait l’ins­tal­la­tion la plus impor­tante de ce type au niveau national.

« Cop City a pour but d’in­ti­mi­der et d’en­tra­ver la construc­tion des mobi­li­sa­tions, de détour­ner des res­sources indis­pen­sables pour les com­mu­nau­tés locales et d’exa­cer­ber [leur] surveillance. »

En sep­tembre 2021, le conseil muni­ci­pal d’Atlanta a approu­vé Cop City par 10 voix contre 4 et a loué le ter­rain à l’APF, une orga­ni­sa­tion à but non lucra­tif qui consacre des fonds pri­vés au main­tien de l’ordre et à la sur­veillance des habi­tants d’Atlanta. Les par­ti­sans de Cop City affirment que les ins­tal­la­tions de for­ma­tion actuelles sont « infé­rieures aux normes » et que le « Centre de for­ma­tion à la sécu­ri­té publique d’Atlanta » est néces­saire pour amé­lio­rer le moral des poli­ciers et les inci­ter à res­ter dans la ville. Les habi­tants se sont oppo­sés à Cop City pen­dant dix-sept heures de consul­ta­tions publiques enre­gis­trées en 2021 et à nou­veau en 2023.

Cette construc­tion rédui­rait le cou­vert végé­tal d’Atlanta et aug­men­te­rait la pol­lu­tion atmo­sphé­rique et sonore dans le quar­tier majo­ri­tai­re­ment noir et ouvrier situé près de la forêt. Les essais d’armes et le stand de tir rejet­te­ront des métaux lourds et des pro­duits chi­miques toxiques dans la South River, déjà mena­cée ; ceux-ci res­te­ront dans le sol et l’eau pen­dant des décen­nies. Enfin, le prix de Cop City, esti­mé à 90 mil­lions de dol­lars — 30 mil­lions de la ville d’Atlanta et 60 mil­lions de l’APF — ne tient pas compte des coûts sociaux et éco­lo­giques du pro­jet. Cop City a pour but d’in­ti­mi­der et d’en­tra­ver la construc­tion des mobi­li­sa­tions, de détour­ner des res­sources indis­pen­sables pour les com­mu­nau­tés locales et d’exa­cer­ber la sur­veillance des com­mu­nau­tés noires, brunes2 et autres dépos­sé­dées, non seule­ment à Atlanta, mais aus­si dans tout le pays et dans le monde entier.

[Matthew Pearson | Wabe]

Les acti­vistes ont com­pris la menace que repré­sente Cop City. Ils se sont mobi­li­sés pour s’op­po­ser au déve­lop­pe­ment de la sur­veillance et à la mili­ta­ri­sa­tion de la police, ain­si que pour pro­té­ger la forêt. Mais l’État a aus­si conscience que les efforts qu’il déploie pour construire Cop City sont mena­cés par ces mili­tants. Il a rapi­de­ment pris des mesures anti­ter­ro­ristes au niveau natio­nal et à l’é­chelle de l’État de Géorgie afin de cri­mi­na­li­ser les pro­tes­ta­tions et de décou­ra­ger l’ex­pres­sion d’un désac­cord. L’État uti­lise fré­quem­ment le ter­ro­risme comme éti­quette poli­tique pour jus­ti­fier son usage de la vio­lence contre les com­mu­nau­tés noires et brunes. Récemment, des fonc­tion­naires et des pro­cu­reurs locaux de Géorgie ont qua­li­fié le mou­ve­ment pour l’a­bo­li­tion des pri­sons de menace ter­ro­riste inté­rieure, comme en 2020, lorsque les forces de l’ordre ont qua­li­fié les mani­fes­ta­tions de Black Lives Matter et anti­fas­cistes d’actes de ter­ro­risme intérieur.

Pendant ce qu’on a appe­lé la période de la « Peur verte » au milieu des années 2000, le gou­ver­ne­ment a pour­sui­vi les mili­tants éco­lo­gistes du Front de libé­ra­tion de la Terre (Earth Liberation Front) et du Front de libé­ra­tion des ani­maux (Animal Liberation Front) en ver­tu des lois fédé­rales sur le ter­ro­risme. L’écoterrorisme est alors deve­nu la prio­ri­té du minis­tère de la Justice en matière de ter­ro­risme inté­rieur. À la fin des années 2010, le FBI a com­men­cé à ran­ger les mili­tants de Black Lives Matter dans la caté­go­rie d’ »extré­mistes de l’i­den­ti­té noire » et à les sur­veiller davan­tage. Plus récem­ment, les acti­vistes qui pro­testent contre le Dakota Access Pipeline ont été tra­duits en jus­tice en tant que terroristes.

« Aujourd’hui, pour la pre­mière fois, l’État de Géorgie uti­lise sa loi sur le ter­ro­risme inté­rieur contre un mou­ve­ment éco­lo­giste et antiraciste. »

Aujourd’hui, pour la pre­mière fois, l’État de Géorgie uti­lise sa loi sur le ter­ro­risme inté­rieur contre un mou­ve­ment éco­lo­giste et anti­ra­ciste. Près de vingt défen­seurs des forêts ont été arrê­tés en ver­tu de cette loi entre décembre 2022 et jan­vier 2023, un nombre qui a plus que dou­blé depuis. Les décla­ra­tions sous ser­ment de la police citent comme exemples d’ac­ti­vi­tés « ter­ro­ristes » l’ »intru­sion cri­mi­nelle sur un ter­rain noti­fié par l’État comme inter­dit d’ac­cès », le fait de « dor­mir dans la forêt », de « dor­mir dans un hamac avec un autre accu­sé » ou d’être un « membre connu » d’un « mou­ve­ment d’a­bo­li­tion des pri­sons » et d’ »occu­per une cabane dans un arbre tout en por­tant un masque à gaz et une tenue de camou­flage ». Même les ani­ma­teurs du Fonds pour les libé­ra­tions sous cau­tion ont été arrê­tés lors d’une des­cente effec­tuée le 31 mai dans les bureaux du Fonds de soli­da­ri­té d’Atlanta, et accu­sés de « fraude cari­ta­tive » et de « blan­chi­ment d’argent ».

Des acti­vistes et des avo­cats avaient déjà pré­ve­nu que la loi sur le « ter­ro­risme inté­rieur » du gou­ver­neur de Géorgie, Brian Kemp, aurait des consé­quences désas­treuses pour les mili­tants. Aujourd’hui, ils tirent la son­nette d’a­larme quant au dan­ge­reux pré­cé­dent juri­dique que ces accu­sa­tions pour­raient créer. En ver­tu de la loi de l’État de Géorgie, le ter­ro­risme inté­rieur com­prend désor­mais la com­mis­sion d’un crime ayant pour inten­tion de « mettre hors ser­vice ou de détruire des infra­struc­tures essen­tielles », de cau­ser des « pertes éco­no­miques majeures » et d’in­ti­mi­der la popu­la­tion civile, d’al­té­rer, de modi­fier ou de contraindre la poli­tique gou­ver­ne­men­tale, ou d’af­fec­ter la conduite du gou­ver­ne­ment par l’u­ti­li­sa­tion d’ »engins des­truc­tifs ». Les « infra­struc­tures cri­tiques » peuvent être des « ins­tal­la­tions, sys­tèmes, fonc­tions ou biens » publics ou pri­vés, phy­siques ou vir­tuels, qui four­nissent ou dis­tri­buent des « ser­vices au béné­fice du public ». Vingt États ont déjà adop­té des lois anti-mani­fes­ta­tion simi­laires dans le but d’é­touf­fer les défen­seurs de l’environnement.

[Fernando Silva | Contracorriente]

Les auto­ri­tés locales de Géorgie ont adop­té des élé­ments de lan­gage sur les « mani­fes­tants exté­rieurs » pour jus­ti­fier un « état d’ur­gence » en réponse à la résis­tance conti­nue à Cop City et aux mani­fes­ta­tions qui ont sui­vi l’as­sas­si­nat de Tortuguita. Le 26 jan­vier, le gou­ver­neur Kemp a publié un décret lui accor­dant des pou­voirs élar­gis, y com­pris le déploie­ment d’un mil­lier de sol­dats de la Garde natio­nale pour « maî­tri­ser les émeutes et les ras­sem­ble­ments illé­gaux ». Le 29 août, le pro­cu­reur géné­ral de l’État, Chris Carr, a incul­pé 61 per­sonnes, dont des acti­vistes, un obser­va­teur juri­dique et des employés du Fonds pour les libé­ra­tions sous cau­tion, en ver­tu de la loi de Géorgie sur la cor­rup­tion et l’in­fluence des extor­queurs (RICO), en publiant un acte d’ac­cu­sa­tion qui éta­blit un lien entre les mani­fes­ta­tions liées à Stop Cop City et celles qui ont eu lieu en 2020 à la suite du meurtre de George Floyd. Bon nombre des accu­sés cités font dans le même temps l’ob­jet d’al­lé­ga­tions de ter­ro­risme natio­nal, ce qui crée un pré­cé­dent inquié­tant quant à l’u­ti­li­sa­tion de la loi RICO pour étouf­fer un désaccord.

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Cette nou­velle réa­li­té pour les mili­tants éco­lo­gistes états-uniens n’est que trop bien connue des mou­ve­ments popu­laires orga­ni­sés en Amérique cen­trale, où la police et l’ar­mée ont reçu, de la part des États-Unis, un entraî­ne­ment inten­sif depuis des décen­nies. Comme à Atlanta, les accu­sa­tions de ter­ro­risme ont été uti­li­sées pour déshu­ma­ni­ser les enne­mis de l’État. Dans le cas du Salvador, les mili­tants éco­lo­gistes et les diri­geants com­mu­nau­taires ont été éti­que­tés comme membres de gangs. Ces accu­sa­tions ont éga­le­ment été uti­li­sées pour jus­ti­fier et glo­ri­fier la vio­lence de l’État : les pho­to­gra­phies offi­cielles d’un grand nombre de pri­son­niers menot­tés ont été dif­fu­sées pour sus­ci­ter la peur et nor­ma­li­ser l’a­vi­lis­se­ment. Le gou­ver­ne­ment du Salvador appelle une de ses nou­velles pri­sons, qui serait l’une des plus grandes du monde, le « Centre de confi­ne­ment des ter­ro­ristes ». Dans ce contexte, le régime de Nayib Bukele a arrê­té non seule­ment des mili­tants contre l’in­dus­trie minière, mais aus­si des diri­geants syn­di­caux, des lea­ders des orga­ni­sa­tions de jeu­nesse et des oppo­sants politiques.

« Ces poli­tiques [au Salvador] sont l’a­bou­tis­se­ment de deux décen­nies de répres­sion poli­cière sou­te­nue par les États-Unis. »

L’opération du pro­cu­reur géné­ral contre les « cinq de Santa Marta », les mani­fes­tants oppo­sés à l’in­dus­trie minière qui ont été empri­son­nés, s’ins­crit dans une cam­pagne d’ar­res­ta­tions mas­sive lan­cée en mars 2022, lorsque le gou­ver­ne­ment de Bukele a sus­pen­du des droits consti­tu­tion­nels essen­tiels au pré­texte de lut­ter contre la vio­lence des gangs. Les légis­la­teurs issus du même par­ti que Bukele ont conti­nuel­le­ment — et illé­ga­le­ment — recon­duit une mesure d’ur­gence de 30 jours, dite d’é­tat d’ex­cep­tion, au cours des 16 der­niers mois. Le fait que le gou­ver­ne­ment sal­va­do­rien ne res­pecte pas les pro­cé­dures légales est deve­nu un cau­che­mar pour les familles de la classe ouvrière dont les com­mu­nau­tés sont concer­nées par la mili­ta­ri­sa­tion. Plus de 71 000 per­sonnes ont été arrê­tées, sou­vent sans man­dat, sans preuve et sans enquête. En juillet 2023, les orga­ni­sa­tions sal­va­do­riennes de défense des droits humains avaient recen­sé plus de 6 400 vio­la­tions des droits humains, prin­ci­pa­le­ment des arres­ta­tions arbi­traires, et la mort d’au moins 153 per­sonnes en pri­son, que ce soit à la suite de tor­tures, de pas­sages à tabac ou d’un manque d’ac­cès aux soins médi­caux. Aucune d’entre elles n’a été recon­nue cou­pable de crime.

Ces poli­tiques sont l’a­bou­tis­se­ment de deux décen­nies de répres­sion poli­cière sou­te­nue par les États-Unis. Comme le sou­lignent les cher­cheurs Leisy Ábrego et Steven Osuna, les gou­ver­ne­ments de droite ont d’a­bord mis en œuvre un plan anti­gang du type « main de fer » au Salvador, c’est-à-dire « mode­lé sur les poli­tiques états-uniennes de tolé­rance zéro et de main­tien de l’ordre dites de la fenêtre bri­sée3 » en 2003. À l’ins­tar des cam­pagnes anti-insur­rec­tion­nelles des années 1980, les stra­té­gies états-uniennes de main­tien de l’ordre et de sécu­ri­té expor­tées au cours des trente der­nières années ont armé les gou­ver­ne­ments d’Amérique cen­trale et d’Amérique du Sud en leur don­nant les moyens de répri­mer les com­mu­nau­tés appau­vries, y com­pris celles qui s’or­ga­nisent pour défendre la terre et l’eau.

[Erik S. Lesser | EPA-EFE]

En 2006, le gou­ver­ne­ment d’ex­trême droite de l’Alliance répu­bli­caine natio­na­liste (ARENA) a adop­té une loi anti­ter­ro­riste cal­quée sur le Patriot Act des États-Unis. Les mili­tants du Salvador se sont vive­ment oppo­sés à cette loi en rai­son de son carac­tère radi­cal et ont aver­ti sur le fait qu’elle allait ouvrir la voie à des per­sé­cu­tions poli­tiques. Parmi les pre­mières per­sonnes qui ont été incul­pées en ver­tu des nou­velles lois, on compte 14 mili­tants de la com­mu­nau­té de Suchitoto qui pro­tes­taient contre la pri­va­ti­sa­tion de l’eau. Grâce à une action de soli­da­ri­té inter­na­tio­nale, ils ont été libé­rés en 2007 et les charges rete­nues contre eux ont été abandonnées.

La for­ma­tion des forces de sécu­ri­té en Amérique du Sud et en Amérique cen­trale est un pilier de la stra­té­gie géo­po­li­tique des États-Unis dans la région : elle per­met de s’as­su­rer que les per­sonnes au pou­voir res­tent favo­rables aux inté­rêts com­mer­ciaux états-uniens. La tris­te­ment célèbre École mili­taires des Amériques (School of the Americas), d’a­bord basée au Panama puis trans­fé­rée à Fort Moore, en Géorgie, accueille des offi­ciers mili­taires d’Amérique du Sud et d’Amérique cen­trale et pro­pose des cours allant de « l’en­traî­ne­ment tac­tique à la théo­rie avan­cée sur l’ap­pli­ca­tion de la doc­trine mili­taire ». Elle a par la suite été rebap­ti­sée « Institut de l’hé­mi­sphère occi­den­tal pour la coopé­ra­tion en matière de sécu­ri­té » après avoir été accu­sée de for­mer ses élèves à la tor­ture et aux tech­niques d’as­sas­si­nat. Parmi les diplô­més de l’é­cole au Salvador figurent le colo­nel Domingo Monterrosa, qui a diri­gé le bataillon Atlacatl, de sombre mémoire, qui a mas­sa­cré des cen­taines de per­sonnes à El Mozote en 1981, et Roberto D’Aubuisson, qui a pla­ni­fié l’as­sas­si­nat en 1980 de l’ar­che­vêque sal­va­do­rien Óscar Romero, qui cri­ti­quait ouver­te­ment le gou­ver­ne­ment mili­taire. L’institut reste opé­ra­tion­nel et déclare « for­mer chaque année entre 1 200 et 1 900 étu­diants mili­taires, poli­ciers et civils de tout l’hé­mi­sphère ».

« La for­ma­tion des forces de sécu­ri­té en Amérique du Sud et en Amérique cen­trale est un pilier de la stra­té­gie géo­po­li­tique des États-Unis dans la région. »

Au milieu des années 2000, les États-Unis ont élar­gi leur champ d’ac­tion au main­tien de l’ordre. En 2005, dans le cadre d’un effort visant à ren­for­cer la confiance des inves­tis­seurs états-uniens dans l’ac­cord de libre-échange nou­vel­le­ment adop­té entre la République domi­ni­caine et l’Amérique cen­trale (DR-CAFTA), l’ad­mi­nis­tra­tion Bush a ouvert une nou­velle branche de l’é­cole inter­na­tio­nale de for­ma­tion de la police héri­tée de l’ère Clinton, l’International Law Enforcement Academy (ILEA), à San Salvador. Les États-Unis pré­sentent ce tra­vail comme allant dans le sens d’une « pro­fes­sion­na­li­sa­tion » de la police — un terme sus­pect, compte tenu du fait que les États-Unis res­tent le pays à hauts reve­nus où le taux d’ho­mi­cides poli­ciers est de loin le plus éle­vé au monde. Ce qui a été appe­lé l’ »École des Amériques pour la police » a per­mis à des mil­liers de poli­ciers d’Amérique cen­trale et du Sud de rece­voir une for­ma­tion du FBI, de la DEA et d’autres agences basées aux États-Unis, y com­pris des forces de police locales et d’État. Depuis 2011, ces for­ma­tions com­prennent éga­le­ment des cours dis­pen­sés par le dépar­te­ment de police d’Atlanta, dans le cadre de son par­te­na­riat avec le dépar­te­ment d’État.

En 2007, l’ad­mi­nis­tra­tion Bush a lan­cé l’i­ni­tia­tive Mérida, cen­sée se concen­trer sur la sur­veillance des fron­tières et aider les gou­ver­ne­ments du Mexique et d’autres pays d’Amérique cen­trale dans la lutte contre la drogue. Les experts ont d’emblée fait valoir que cette ini­tia­tive ne ferait que ren­for­cer les réseaux de cri­mi­na­li­té orga­ni­sée, ce qui s’est avé­ré exact. L’Initiative de sécu­ri­té régio­nale pour l’Amérique cen­trale (CARSI) a pris la suite peu après en pré­ten­dant « stop­per le flux de stu­pé­fiants, d’armes et d’argent liquide géné­ré par les ventes de drogues illi­cites » et « ren­for­cer et inté­grer les efforts de sécu­ri­té de la fron­tière sud-ouest des États-Unis jus­qu’au Panama ».

[Fernando Silva | Contracorriente]

En 2017, la Commission inter-amé­ri­caine des droits humains a été sai­sie de plu­sieurs affaires concer­nant le nombre crois­sant d’exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires com­mises par la police sal­va­do­rienne. L’année sui­vante, le rap­por­teur spé­cial des Nations unies sur les exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires, som­maires et arbi­traires a fait état d’un « sché­ma de com­por­te­ment par­mi le per­son­nel de sécu­ri­té, qui se tra­duit par des exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires et un recours exces­sif à la force ». Il citait « des élé­ments du cadre juri­dique, tels que la loi anti­ter­ro­riste de 2006″ comme prin­ci­paux fac­teurs contri­buant à ces violations.

Un élé­ment clé des efforts de réforme de la police amé­ri­caine en Amérique cen­trale a été la créa­tion, le déve­lop­pe­ment et la for­ma­tion d’u­ni­tés de police d’é­lite spé­cia­li­sées dans la lutte contre le crime orga­ni­sé — sou­vent à des fins létales. Les enquê­teurs ont éta­bli un lien entre les Forces de réac­tion spé­cia­li­sées (FES) du Salvador, une uni­té mixte de la police et de l’ar­mée sou­te­nue par un impor­tant finan­ce­ment états-unien, et les meurtres de 43 per­sonnes soup­çon­nées d’ap­par­te­nir à des gangs au cours du seul pre­mier semestre 2017. Bien que l’u­ni­té soit offi­ciel­le­ment dis­soute, nombre de ses membres ont rejoint une nou­velle sec­tion sou­te­nue par les États-Unis, appe­lée les Jaguars. Au Honduras voi­sin, les États-Unis ont for­te­ment inves­ti dans la créa­tion des TIGRES, les Troupes de ren­sei­gne­ment et groupes d’in­ter­ven­tion spé­cia­li­sés dans la sécu­ri­té. Lancés en 2012, les agents des TIGRES ont été impli­qués à plu­sieurs reprises dans des affaires de tra­fic de drogue, de cor­rup­tion et de répres­sion de manifestants.

« Bon nombre des aspects les plus dan­ge­reux des pra­tiques poli­cières cir­culent aujourd’­hui à l’é­chelle internationale. »

Ces der­nières années, cer­taines des forces de sécu­ri­té les plus célèbres for­mées par les États-Unis dans le monde sont deve­nues à leur tour for­ma­trices, sou­vent grâce au finan­ce­ment de diverses agences états-uniennes. Des sol­dats colom­biens pro­posent désor­mais des for­ma­tions au Honduras par l’in­ter­mé­diaire du Commandement sud des États-Unis (SOUTHCOM). La police d’Atlanta a éga­le­ment reçu une for­ma­tion de la Colombie, ain­si que d’Israël et d’autres pays, dans le cadre d’un pro­gramme sub­ven­tion­né par le minis­tère états-unien de la jus­tice. Des acti­vistes ont fait valoir que, si elle était construite, Cop City pour­rait accueillir des for­ma­tions simi­laires pour des forces inter­na­tio­nales. Avec les pro­grammes de for­ma­tion et de per­fec­tion­ne­ment finan­cés par les États-Unis, bon nombre des aspects les plus dan­ge­reux des pra­tiques poli­cières cir­culent aujourd’­hui à l’é­chelle inter­na­tio­nale. Depuis la créa­tion des écoles de police sou­te­nues par les États-Unis au Salvador, le taux d’in­car­cé­ra­tion par habi­tant de ce pays a dépas­sé celui des États-Unis — il est aujourd’­hui le plus éle­vé au monde.

Lorsque le pré­sident sal­va­do­rien Nayib Bukele est appa­ru dans l’é­mis­sion de Tucker Carlson sur Fox News pour fêter les mesures répres­sives adoptées4, il a exhor­té les États-Unis à suivre ses traces. Tandis que se dérou­laient des mani­fes­ta­tions contre Cop City en mars der­nier, le gou­ver­neur Kemp a accueilli l’am­bas­sa­drice sal­va­do­rienne Milena Mayorga en Géorgie. Ce même mois, Milena Mayorga a invi­té le maire d’Atlanta, Andre Dickens, à se rendre de manière immi­nente au Salvador dans le cadre d’une délé­ga­tion. Alors que la Géorgie et le gou­ver­ne­ment sal­va­do­rien ren­forcent leurs liens diplo­ma­tiques, l’ex­por­ta­tion par les États-Unis de leur « exper­tise » aux forces de police et mili­taires d’Amérique cen­trale ne se fait plus seule­ment en ligne droite, mais suit un cercle vicieux.

[ABC News]

*

Il y a quinze ans, les direc­teurs de l’ILEA étaient très clairs lors­qu’ils par­laient de leurs objec­tifs lors de l’ou­ver­ture d’une nou­velle école de police au Salvador : rendre l’Amérique latine « sûre pour les inves­tis­se­ments étran­gers » en « assu­rant la sécu­ri­té régio­nale et la sta­bi­li­té éco­no­mique et en lut­tant contre la cri­mi­na­li­té ». Laura Richardson, cheffe du SOUTHCOM pour l’Amérique latine, s’est récem­ment fait l’é­cho de ces com­men­taires en jus­ti­fiant l’im­por­tance des opé­ra­tions mili­taires états-uniennes en Amérique latine par les « riches res­sources et les élé­ments rares » pré­sents dans la région, tels que le lithium et le pétrole. Ce n’est pas une coïn­ci­dence si des fabri­cants de tasers, allant de Wells Fargo à Axon, ont été d’im­por­tants dona­teurs de la Fondation de la police d’Atlanta pour la construc­tion de Cop City et de fon­da­tions poli­cières dans tout le pays. Elles savent, comme la police qu’elles financent, que les batailles pour l’ac­cès à la terre et aux res­sources natu­relles comme l’eau ne feront que s’in­ten­si­fier à mesure que la crise cli­ma­tique s’ag­gra­ve­ra et elles agissent en conséquence.

Mais l’es­poir reste per­mis. Le mou­ve­ment Defend the Atlanta Forest/Stop Cop City, gui­dé par des prin­cipes anti­ra­cistes, indi­gènes, abo­li­tion­nistes et par des poli­tiques de défense de l’en­vi­ron­ne­ment, a réus­si, avec l’aide de mani­fes­tants qui occupent la forêt depuis la fin de l’an­née 2021, à stop­per le pro­jet jus­qu’à pré­sent. Ces défen­seurs s’ap­puient sur des tac­tiques variées : cam­pe­ments, occu­pa­tion dans les arbres, marches paci­fiques, évé­ne­ments com­mu­nau­taires et enquêtes. La résis­tance conti­nue a for­cé la ville à réduire l’é­chelle du pro­jet de plus de 75 hec­tares à 42,5 hec­tares et à pro­mettre de faire de la forêt envi­ron­nante un parc public pré­ser­vé de 132,5 hectares.

« Malgré les risques, les com­mu­nau­tés orga­ni­sées en Amérique cen­trale ne reculent pas. Les acti­vistes d’Atlanta non plus. »

Au Salvador aus­si, les défen­seurs de la terre et de l’eau sont par­ve­nus à empê­cher des opé­ra­tions minières. En 2017, le pays est deve­nu le pre­mier au monde à inter­dire l’ex­ploi­ta­tion des mines de métaux, en grande par­tie grâce aux com­mu­nau­tés qui ont tra­vaillé sans relâche pen­dant près de vingt ans pour s’or­ga­ni­ser contre celle-ci, et ce mal­gré les menaces et le har­cè­le­ment. D’autres com­mu­nau­tés et mou­ve­ments dans toute la région suivent cet exemple. Ils refusent de céder aux forces mili­taires et para­mi­li­taires coer­ci­tives et vio­lentes sou­te­nues par les États-Unis. En 2015, au Honduras, la Commission inter-amé­ri­caine des droits humains a esti­mé que l’État avait vio­lé les droits humains des com­mu­nau­tés indi­gènes gari­fu­na en éten­dant le déve­lop­pe­ment urbain sur leurs terres. Cette déci­sion a mar­qué une vic­toire pour la recon­nais­sance des droits fon­ciers des Garifuna, bien que le gou­ver­ne­ment hon­du­rien n’ait pas encore mis en œuvre de mesures conformes à la décision.

Les mou­ve­ments éco­lo­gistes ont éga­le­ment réus­si à lut­ter contre la cri­mi­na­li­sa­tion des défen­seurs de la terre et de l’eau. Après un tol­lé inter­na­tio­nal, les charges rete­nues contre les huit défen­seurs de l’eau de Guapinol, arrê­tés en 2019 pour s’être oppo­sés au pro­jet minier Los Pinares, ont été aban­don­nées en 2022. Enfin, le 5 sep­tembre 2023, les cinq défen­seurs de l’eau de Santa Marta arrê­tés en jan­vier ont été trans­fé­rés de leur pri­son pour être assi­gnés à rési­dence à la suite d’une cam­pagne inter­na­tio­nale, même si la lutte pour l’a­ban­don de toutes les charges rete­nues contre eux se poursuit.

[ADES Santa Marta]

L’investissement des États-Unis dans le contrôle de ter­ri­toires, de res­sources et de popu­la­tions entières par le biais du main­tien de l’ordre reflète les tac­tiques qu’ils ont contri­bué à mettre en place en Amérique cen­trale, ce qui est pour le moins pré­oc­cu­pant. Mais c’est aus­si un indi­ca­teur : les mou­ve­ments qui les com­battent, tant aux États-Unis qu’en Amérique cen­trale, sont capables de consti­tuer des menaces signi­fi­ca­tives à l’ordre raciste que les États-Unis cherchent à main­te­nir par le biais de tac­tiques conjointes telles que les pour­suites judi­ciaires et la qua­li­fi­ca­tion de ter­ro­riste. Malgré les risques, les com­mu­nau­tés orga­ni­sées en Amérique cen­trale ne reculent pas. Les acti­vistes d’Atlanta non plus. Ensemble, ils conçoivent des alter­na­tives à la des­truc­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et à la mili­ta­ri­sa­tion dont nous avons besoin de toute urgence.


Traduit de l’anglais par la rédac­tion de Ballast | Azadeh N. Shahshahani, « Cop Cities in a Militarized World », The Boston Review, 15 sep­tembre 2023
Photographie de ban­nière : Nicole Craine | The New York Times
Photographie de vignette : Cheney Orr | Reuters

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  1. Acronyme de « Special Weapons And Tactics », qui désigne un type d’unités d’in­ter­ven­tion appar­te­nant aux forces de police des États-Unis, spé­cia­li­sées dans les opé­ra­tion en milieu urbain aux côtés d’autres forces de police [ndlr].
  2. Ce qua­li­fi­ca­tif peut dési­gner, aux États-Unis, les per­sonnes des com­mu­nau­tés Latinos, Asiatiques du Sud-Est, Moyen-orien­tales, etc., de façon péjo­ra­tive ou, à l’in­verse, pour retour­ner une assi­gna­tion stig­ma­ti­sante [ndlr].
  3. Les contours de cette théo­rie, nom­mée « bro­ken win­dows » en anglais, ont été défi­nis en 1982 par George L. Kelling et James Q. Wilson, en par­tant du prin­cipe que, « si une vitre est cas­sée et n’est pas répa­rée, toutes les autres vitres connaî­tront bien­tôt le même sort ». L’idée est que, dès que se mul­ti­plient des signes d’abandon, le van­da­lisme tend à se mani­fes­ter, sui­vi de com­por­te­ments vio­lents [ndlr].
  4. Le 5 novembre 2022, le pré­sident du Salvador a décla­ré au micro de Fox News que les États-Unis sont désor­mais moins sûrs que son pays du tiers-monde [ndlr].

REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Paul Rocher : « Une police démo­cra­tique est une contra­dic­tion », décembre 2022
☰ Lire notre article « Les forêts, du fan­tasme occi­den­tal à l’é­man­ci­pa­tion déco­lo­niale », Cyprine et Layé, juillet 2022
☰ Lire notre tra­duc­tion « Écologie : construire des coa­li­tions révo­lu­tion­naires », Jaskiran Dhillon, avril 2022
☰ Lire notre entre­tien avec Angela Davis et Assa Traoré, mai 2020
☰ Lire notre article « États-Unis : les pri­son­niers face aux catas­trophes éco­lo­giques », Gwenola Ricordeau et Joël Charbit, mai 2019


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