Aminata Traoré : « Le capitalisme détruit les sociétés, les économies locales et les écosystèmes »


Texte paru dans le n° 9 de la revue papier Ballast (juin 2020)

Aminata Traoré est l’une des figures du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Aujourd’hui âgée de 74 ans, l’essayiste, doc­teure en psy­cho­so­cio­lo­gie et ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali vit dans le quar­tier de Missira, à Bamako — un quar­tier qu’elle a contri­bué à trans­for­mer, aux côtés des habi­tants, au tour­nant des années 2000. « Je ne suis pas prête à tro­quer une fois encore ma liber­té de pen­ser, d’expression et d’action contre un poste où je serais tenue d’appliquer des ins­truc­tions venues d’ailleurs1», avait-elle confié. Cinq ans après avoir quit­té son poste, l’in­tel­lec­tuelle et mili­tante anti­ca­pi­ta­liste s’a­dres­sait au pré­sident fran­çais — Chirac, alors — au moyen d’un ouvrage en forme de lettre ouverte : elle y dénon­çait notam­ment les poli­tiques de « déve­lop­pe­ment » et le libre-échange. La décen­nie sui­vante, alors qu’elle devait par­ti­ci­per, en France et en Allemagne, à une série de confé­rences, le renou­vel­le­ment de son visa de cir­cu­lation lui était refu­sé. S’élevant contre les inter­ven­tions mili­taires occi­den­tales sur le conti­nent, Aminata Traoré appelle à une « seconde libé­ra­tion de l’Afrique ». Nous nous sommes entre­te­nus avec elle.


Vous venez d’une famille modeste et racon­tez dans Le Viol de l’imaginaire que vous avez tenu à aller à l’école. C’est dans cet espace que, pour la pre­mière fois, vous avez com­pris les lignes de frac­ture qui struc­tu­raient votre pays, dans les années 1950–60…

J’ai gran­di dans un quar­tier popu­laire — « indi­gène », disait-on à l’époque. Il y avait les quar­tiers des colons et ceux des « Soudanais » : c’était ain­si qu’on nous appe­lait. C’est sur mon insis­tance que mes parents se sont mis, tar­di­ve­ment, à cher­cher une école où m’inscrire. Dans mon quar­tier, il n’y avait plus de place ; on m’a ins­crite à l’école Maginot, où la cour était par­ta­gée en deux espaces. D’un côté, les filles noires et métisses ; de l’autre les enfants blancs, filles et gar­çons. J’allais à pied à l’école et, che­min fai­sant, j’ai ren­con­tré une petite fille blanche de mon âge. On s’est regar­dées, on a sym­pa­thi­sé. Puis elle m’a invi­tée à entrer chez elle. Ça a été mon tout pre­mier contact avec « l’autre » — si bien que je n’ai pas souf­fert de l’existence de ces deux espaces en milieu sco­laire. C’était dans l’ordre des choses. Mais je savais, déjà, qu’il était pos­sible de fra­ter­ni­ser avec l’autre.

Vous sou­li­gnez qu’en tant que femme noire, vous vous trou­vez dou­ble­ment au front. Mais vous insis­tez éga­le­ment sur l’hégémonie d’un cer­tain fémi­nisme, trop occidental…

« Il existe une pen­sée fémi­niste domi­nante qui pré­side à la mise en œuvre des pro­jets : un pro­ces­sus d’occidentalisation des femmes dans le cadre d’un pro­jet bien plus global. »

Très tôt, j’ai eu la chance d’être impli­quée dans le com­bat pour les droits des femmes. Dans les années 1970–80, il n’était pas ques­tion de « genre » mais « d’intégration de la femme afri­caine dans le déve­lop­pe­ment ». Toutes et tous, nous étions per­sua­dés que le « déve­lop­pe­ment » était un pro­ces­sus sans entraves : il suf­fi­sait d’être sco­la­ri­sé et d’avoir un diplôme pour avoir droit à un emploi, un salaire, pour ensuite prendre part à la trans­for­ma­tion de nos pays dans dif­fé­rents sec­teurs. On esti­mait que les femmes avaient quelque chose à appor­ter. J’étais confiante. Comme tout le monde, j’avais inté­rio­ri­sé le sché­ma selon lequel ce « déve­lop­pe­ment » sur­vien­drait avec la par­ti­ci­pa­tion des femmes et abou­ti­rait à la trans­for­ma­tion de l’Afrique : le bon­heur, la jus­tice, etc. J’ai fini par réa­li­ser qu’en la matière, nos pays n’étaient pas plus auto­nomes que dans d’autres sec­teurs. J’ai effec­tué pas mal de mis­sions pour les Nations unies, au cours des­quelles j’ai sai­si qu’il existe une pen­sée fémi­niste domi­nante qui pré­side à la for­mu­la­tion et à la mise en œuvre des pro­jets. Un pro­ces­sus d’occidentalisation des femmes dans le cadre d’un pro­jet bien plus global.

Je n’ai jamais été envoyée comme « consul­tante » ou « experte » dans un pays euro­péen ; en revanche, ce sont les femmes occi­den­tales (euro­péennes, amé­ri­caines, géné­ra­le­ment blanches) qui viennent en « expa­triées », qui nous disent, sec­teur par sec­teur, ce qui est bon pour nous. Derrière ces énon­cés, il y a un agen­da : la trans­for­ma­tion de nos socié­tés en fai­sant des femmes le levier par excel­lence. Hier comme aujourd’hui, vous aurez bien peu de chances d’obtenir des finan­ce­ments si votre énon­cé ne cadre pas avec une cer­taine concep­tion du rôle et de la place de la femme, cen­sés évo­luer selon la tra­jec­toire dic­tée par la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale. Les ques­tions sou­le­vées, celles de l’accès des femmes à l’éducation, à l’emploi, au pro­ces­sus de prise de déci­sions, sont réelles. Mais quand je regarde l’état de mon pays et celui du conti­nent noir, je me dis qu’il est de la plus grande impor­tance de repen­ser l’émancipation des femmes, de l’inscrire dans le cadre d’un com­bat plus glo­bal : celui de la seconde libé­ra­tion de l’Afrique — qui, comme vous le savez, est en voie de recolonisation.

[Lonni Friedman]

En France, la mili­tante des quar­tiers popu­laires Fatima Ouassak a cofon­dé Le Front de Mères : elle entend poli­ti­ser le rôle des mères, comme levier fémi­niste et éco­lo­giste. Cet angle vous interpelle-t-il ?

C’est une ques­tion cen­trale. Un dic­ton bamanan2 dit qu’il y a deux pagnes : celui qui per­met à la mère de por­ter son enfant et celui qu’utilise ce der­nier, deve­nu grand, pour por­ter sa mère à son tour. Le débat qui fait actuel­le­ment rage en France sur la réforme des retraites est celui du modèle social à adop­ter. Sous nos cieux, la soli­da­ri­té entre géné­ra­tions se pose en d’autres termes : elle exige des formes de soli­da­ri­té qui reposent encore essen­tiel­le­ment sur les femmes. Le réseau des « mères sociales » que j’ai créé ren­voie au fait que don­ner la vie confère un sens à l’existence et donne du pou­voir aux femmes. Bien des migrants partent avec la volon­té de sub­ve­nir aux besoins de leur mère : « Elle m’a por­tée, c’est à moi de la por­ter à mon tour », entend-on sou­vent dire. Nous avons beau­coup tra­vaillé sur cette notion de « mère sociale » en tant que valeur à pro­mou­voir dans la ges­tion des défis pré­sents, dont, notam­ment, l’accueil des migrants expul­sés et l’environnement.

Que vou­lez-vous dire exac­te­ment par « seconde libé­ra­tion de l’Afrique » ?

« J’ai le sen­ti­ment pro­fond d’une déco­lo­ni­sa­tion inache­vée. Une seconde libé­ra­tion s’impose sous l’angle poli­tique, éco­no­mique, social et culturel. »

Sommes-nous réel­le­ment indé­pen­dants ? Si nous l’étions, nous n’aurions pas eu droit à ce qu’il s’est pas­sé à Pau3… On est édi­fiés quand on voit la France mon­ter au cré­neau pour cher­cher des finan­ce­ments au nom des pays afri­cains, pour leur « sécu­ri­té », au point que l’administration amé­ri­caine, elle-même domi­na­trice, rap­pelle que c’est aux Africains de se prendre en charge dans la réso­lu­tion de leurs besoins ! En fai­sant le bilan du sou­lè­ve­ment de mars 19914, qui a ouvert la voie au mul­ti­par­tisme, à la liber­té d’association et d’expression dans notre pays, je réa­lise qu’il s’est agi d’une révo­lu­tion inache­vée. Elle a por­té sur la dimen­sion poli­tique de l’alternance au pou­voir sans tou­cher au fond du pro­blème, à savoir le modèle éco­no­mique. Bref, j’ai le sen­ti­ment pro­fond d’une déco­lo­ni­sa­tion inache­vée. Une seconde libé­ra­tion s’impose sous l’angle poli­tique, éco­no­mique, social et cultu­rel. Il s’agit de rompre avec un modèle de déve­lop­pe­ment extra­ver­ti qui appau­vrit, déshu­ma­nise et crée le lourd far­deau de la dette. Vous connais­sez la suite. Les bailleurs de fonds, c’est-à-dire nos créan­ciers, font de l’ingérence dans chaque aspect de l’existence de nos États la règle du jeu. Notre seconde libé­ra­tion doit repo­ser sur les ensei­gne­ments de ces der­nières décen­nies d’essais et d’erreurs de développement.

Vous déplo­rez, dans votre cor­res­pon­dance avec l’écrivain séné­ga­lais Boubacar Boris Diop, que les échanges et l’éducation afri­caine se fassent prin­ci­pa­le­ment dans les langues des anciens colons. Vous avez connu, dans l’enfance, cet inter­dit de la langue maternelle…

Dans mon quar­tier comme dans ma famille, on par­lait en langue bama­nan, mais l’éducation sco­laire était dis­pen­sée en fran­çais. Imaginez les dif­fi­cul­tés d’un enfant qui apprend dans une socié­té où la langue d’enseignement est dif­fé­rente de sa langue mater­nelle. C’est un han­di­cap majeur. Chez nous, dès la mater­nelle, les enfants qui ont la chance d’être ins­crits à l’école pri­maire perdent un temps fou à apprendre à s’exprimer en fran­çais avant de com­men­cer à com­prendre quoi que ce soit sur le monde. L’un des fon­de­ments de l’injustice et des inéga­li­tés est la langue. Dans n’importe quel domaine, le fait de maî­tri­ser le fran­çais vous offre plus d’opportunités que le fait de par­ler vos propres langues. La dif­fé­rence entre un jeune qui a pu étu­dier en fran­çais et un autre, tout aus­si intel­li­gent et talen­tueux, qui ne maî­trise pas le fran­çais, est immense : le second aura peu de chances de trou­ver un emploi bien rému­né­ré, de se frayer un che­min. Le fran­çais est la langue domi­nante dans les médias publics, notam­ment la télé­vi­sion, et les jour­naux les plus sui­vis sont en fran­çais. Un effort consi­dé­rable est fait par l’État pour que l’essentiel de l’information soit repris dans les treize langues natio­nales. L’enseignement uni­ver­si­taire se fait éga­le­ment en fran­çais alors que le Mali est un pré­cur­seur en matière de pro­mo­tion des langues nationales…

[Lonni Friedman]

L’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o pointe lui aus­si cette scis­sion interne dans l’apprentissage des langues5. La langue sen­sible, « mater­nelle », devient une sous-langue par rap­port au fran­çais, tenu pour « intellectuel ».

Le constat est réel dans les rap­ports que nous avons entre nous. Nous vivons dans un sys­tème à plu­sieurs vitesses. Il en est ain­si de l’éducation, avec une dif­fé­rence impor­tante entre écoles pri­vées et publiques : les enfants qui vont dans les secondes s’expriment peu en fran­çais quand ils rentrent chez eux. Ils n’ont pas néces­sai­re­ment les mêmes chances en termes de réus­site sco­laire et de pers­pec­tives d’avenir. Ceux qui parlent bien le fran­çais ont, du reste, ten­dance à res­ter ensemble… Et plus ils avancent, plus le fos­sé se creuse entre les enfants des classes sociales modestes et les autres.

Le phi­lo­sophe Achille Mbembe fait du « droit à la mobi­li­té6 » un défi à l’intérieur du conti­nent afri­cain… Vous l’entendez ainsi ?

« C’est extrê­me­ment dou­lou­reux de réa­li­ser que les bâtis­seurs de murs et les fau­teurs de guerre en Libye s’octroient le droit de nous empê­cher de cir­cu­ler dans nos pays et d’un pays à l’autre. »

C’est un défi colos­sal. Il est clai­re­ment éta­bli que l’immense majo­ri­té des gens qui émigrent vont d’un pays afri­cain à l’autre. Sur les routes migra­toires, la langue joue d’ailleurs un rôle impor­tant : un Malien qui va dans un pays fran­co­phone, comme le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, peut se frayer un che­min s’il s’exprime en bama­nan­kan. Mais s’il parle fran­çais, c’est encore mieux : à l’intérieur des pays, cette langue lui per­met de com­mu­ni­quer avec dif­fé­rents groupes eth­niques. Au niveau de l’Union afri­caine [UA] et de la Communauté éco­no­mique des États de l’Afrique de l’Ouest [CEDEAO], des efforts sont faits pour parer cette dif­fi­cul­té de cir­cu­ler entre pays de la région — un pas­se­port de la CEDEAO existe. Mais le drame de la « lutte contre le ter­ro­risme » engendre des reculs en matière de mobi­li­té. L’Europe, qui exter­na­lise ses fron­tières, consi­dère que les nôtres, qui seraient poreuses, laissent pas­ser « dji­ha­distes » et « migrants ». Si bien que pour aller d’un pays afri­cain à l’autre, de nos jours, la voie peut être semée d’embûches. Par exemple, si vous quit­tez Bamako pour rendre visite à un parent au Niger, vous pour­rez avoir des dif­fi­cul­tés au niveau de Gao, ou à la fron­tière : vous serez soup­çon­né de vou­loir rejoindre le Maroc, et peut-être l’Europe… La ques­tion de la mobi­li­té, qui n’est pas une ques­tion aisée, revêt une nou­velle dimen­sion dans le cadre de la lutte anti­ter­ro­riste et de la guerre contre les migrants. C’est extrê­me­ment dou­lou­reux de réa­li­ser que les bâtis­seurs de murs et les fau­teurs de guerre en Libye s’octroient le droit de nous empê­cher de cir­cu­ler dans nos pays et d’un pays à l’autre. Il en est ain­si du Sahel, où la cir­cu­la­tion entre le Mali et le Niger peut être entra­vée par des groupes armés, mais aus­si parce que la traque des dji­ha­distes et celle des can­di­dats à l’émigration se font dans un même élan.

Comment sont débat­tues au Mali les ques­tions liées à l’émigration ?

Jusqu’à une cer­taine période, on ne voyait pas les risques encou­rus par les migrants. L’immigration cir­cu­laire dans la région de Kayes, par exemple, per­met­tait d’aller et de venir. Beaucoup de familles qui ont inves­ti dans l’éducation de leurs enfants ont mis du temps à réa­li­ser que lorsqu’ils partent, ils n’arrivent pas tou­jours à des­ti­na­tion. Les évé­ne­ments dra­ma­tiques de Ceuta et Melilla en 2005, où l’on a vu des cen­taines de jeunes Subsahariens esca­la­der les murs de bar­be­lés, ont cho­qué. Certains sont reve­nus bles­sés, d’autres sont morts. J’ai accueilli, à l’époque, plus d’une cen­taine d’entre eux. Depuis lors, j’organise chaque année un évé­ne­ment appe­lé « Migrances » : la contrac­tion de « migra­tion » et « errance ». Ceux qui reviennent reprennent sou­vent la route, faute d’alternative… Je n’ai jamais retrou­vé cer­tains de ces jeunes, ni ici, ni là-bas. Certains vous disent : « Que vou­lez-vous qu’on fasse ? Quand on reste ici, on est mort socia­le­ment, alors autant mou­rir là-bas, autant ten­ter notre chance… » Nous fai­sons ce que nous pou­vons pour mon­trer qu’il est pos­sible d’explorer et de construire des ave­nirs ici, mais il est clair que les oppor­tu­ni­tés de créa­tion d’emplois sont limi­tées. Et le fait est que nous n’avons pas de mar­chés véri­ta­ble­ment afri­cains, appro­vi­sion­nés par des pro­duits trans­for­més par nous-mêmes et fonc­tion­nant de manière à créer des emplois autres que les petits boulots.

[Dominic Chavez]

Début 2020, vous l’évoquiez, un accord a été signé à Pau pour pro­lon­ger l’intervention fran­çaise au Mali, au Burkina Faso et au Niger, dans le cadre de la lutte contre le dji­ha­disme. Mais c’est de longue date que vous dénon­cez l’ingérence mili­taire étran­gère en Afrique, notam­ment fran­çaise, et la « mili­ta­ri­sa­tion des solu­tions » sur le conti­nent le plus mili­ta­ri­sé au monde…

J’ai en effet été l’une des pre­mières voix à sou­li­gner, du Mali, que c’est une guerre par pro­cu­ra­tion. Il a fal­lu désta­bi­li­ser la Libye. Pour contrer les consé­quences de cette vio­la­tion du droit inter­na­tio­nal et de celle de la démo­cra­tie libé­rale, les Occidentaux à la recherche de fac­teurs de crois­sance à l’extérieur ont ciblé le Bassin médi­ter­ra­néen, ten­tant ain­si de faire d’une pierre deux coups : étendre leur zone d’influence en Afrique et empê­cher celles et ceux qui en subissent les consé­quences d’émigrer vers l’Europe. Cette volon­té d’hégémonie allait à l’encontre des ambi­tions de Mouammar Kadhafi concer­nant le conti­nent afri­cain, qu’il vou­lait trans­for­mer en pôle de déve­lop­pe­ment. Ses prises de posi­tion, dans beau­coup de domaines, notam­ment sa volon­té de créer une banque à même de finan­cer le déve­lop­pe­ment du conti­nent ou de mettre en place des satel­lites pour l’Afrique, n’étaient pas dans l’intérêt des entre­prises occi­den­tales. Faire sau­ter le ver­rou libyen était deve­nu urgent. Sans par­ler, bien sûr, des autres rai­sons que la France connaît bien et qui valent aujourd’hui encore à Nicolas Sarkozy des pro­cès. Kadhafi avait énor­mé­ment inves­ti dans l’armement : le ren­ver­se­ment de son régime a entraî­né la pro­li­fé­ra­tion des armes dans la bande sahé­lo-saha­rienne. On nous a impo­sé cette guerre en nous contrai­gnant à y consa­crer une part sub­stan­tielle des maigres res­sources de nos États. Au bout de six ans, de jan­vier 2013 à ce jour, il s’avère qu’elle a tué quelque six cents dji­ha­distes. Selon l’ONU, ce sont plus de quatre mille per­sonnes, civils et mili­taires, qui ont per­du la vie dans le même contexte, rien qu’en 2019, au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Les gens n’en peuvent plus. Nous par­ta­geons la dou­leur des familles des Français qui sont morts ici. Mais ne fau­drait-il pas faire en sorte que per­sonne ne meure, qu’il s’agisse de Blancs ou de Noirs, en fai­sant taire les armes plu­tôt que de s’indigner quand un seul Blanc perd la vie ?

Votre posi­tion sur la Libye était à contre-cou­rant en 2012. Est-elle enten­due aujourd’hui ?

« Les mou­ve­ments sociaux, les levées de bou­cliers en Occident et le défi cli­ma­tique sont autant de réa­li­tés qui devraient nous per­mettre de nous faire entendre. »

Je n’ai plus besoin d’alerter qui que ce soit. L’aggravation de la situa­tion sécu­ri­taire parle d’elle-même. Nos « sau­veurs » pré­tendent que le retrait de Barkhane7 engen­dre­ra le chaos. Rien n’est moins cer­tain si nous, Sahéliens, ins­cri­vons le com­bat sur le ter­rain du débat d’idées pour des alter­na­tives plus conformes à nos besoins. Le contexte en Europe s’y prête. Je consi­dère que les mou­ve­ments sociaux, les levées de bou­cliers en Occident et le défi cli­ma­tique sont autant de réa­li­tés qui devraient nous per­mettre de nous faire entendre, d’être plus audibles. Ce qu’on appelle « crises migra­toires », « crises sécu­ri­taires » et « réchauf­fe­ment cli­ma­tique » ont une même cause : le sys­tème capi­ta­liste mon­dia­li­sé. Il est grand temps pour l’Afrique de décons­truire l’idée selon laquelle nous sommes « vic­times de nous-mêmes ». Bien sûr, il y a la cor­rup­tion. On nous fait croire que tout ce qui nous arrive résulte d’une mau­vaise « ges­tion ». Mais com­ment se fait-il que des diri­geants si par­fai­te­ment élus, au sein des démo­cra­ties occi­den­tales, ne par­viennent pas à répondre à la demande sociale ?

À pro­pos des élec­tions, jus­te­ment : vous êtes cri­tique quant à l’idée d’associer la démo­cra­tie aux seules « élec­tions trans­pa­rentes ». À pre­mière vue, l’argument peut dérouter !

Je ne doute pas de la néces­si­té d’élire des hommes et des femmes en qui on a confiance, à tra­vers des élec­tions régu­lières, libres et trans­pa­rentes. Mais au-delà de la trans­pa­rence des urnes, il faut des pro­jets de socié­té conformes aux aspi­ra­tions pro­fondes des peuples concer­nés. Pendant toutes ces années, je n’ai pas vu de pro­grammes d’éducation citoyenne per­met­tant à l’électorat de com­prendre dans quel monde nous évo­luons et com­ment nous orga­ni­ser en consé­quence. Prenons une ques­tion aus­si cen­trale que l’écologie : elle paraît tel­le­ment secon­daire par rap­port à la lutte contre le dji­ha­disme ! Je ne vois pas poindre à l’horizon de for­ma­tions poli­tiques qui prennent cette ques­tion à bras le corps — alors que nous sommes au Sahel. On ne va pas à l’essentiel, on ne remet pas en cause le modèle libé­ral. On est pié­gés par le mythe de la trans­pa­rence des urnes, comme s’il ne s’agissait que de ça. La restruc­tu­ra­tion du champ poli­tique en fonc­tion des grands enjeux est une prio­ri­té abso­lue. Sur le ter­rain, je me suis inves­tie dans la trans­for­ma­tion de mon quar­tier, avec les popu­la­tions. Mais ça ne suf­fit pas à chan­ger fon­da­men­ta­le­ment les men­ta­li­tés, les com­por­te­ments dans le sens de la bataille pour l’environnement. D’une élec­tion à l’autre, la situa­tion s’aggrave. Celui ou celle qui n’a pas été élu va attendre la pro­chaine élec­tion pour ten­ter de l’être, et four­bit ses armes pen­dant cinq ans sans don­ner la pos­si­bi­li­té à l’électorat de com­prendre que le monde est en pleine muta­tion et qu’il fau­drait que nous chan­gions indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment notre fusil d’épaule.

[Ray Witlin]

Vous avez été ministre. Que tirez-vous de cette expé­rience, de l’intérieur de la « machine » ?

Quand on m’a pro­po­sé ce poste, j’avais déjà le manus­crit de L’Étau en main. Je savais que ce que je venais d’écrire n’allait pas plaire ; j’ai dit aux auto­ri­tés poli­tiques que j’allais sûre­ment les déran­ger. Elles m’ont répon­du que je les déran­geais déjà mais qu’elles pré­fé­raient que ce soit de l’intérieur. Mais, à la sor­tie du livre, toute dénon­cia­tion du dis­cours domi­nant était — et est tou­jours — consi­dé­rée comme un crime de lèse-majes­té. Le gou­ver­ne­ment ne me l’a pas dit ouver­te­ment puisqu’il était conve­nu dès le départ que je ne serais pas muse­lée. Soumise loca­le­ment à un « devoir de réserve », je don­nais à l’étranger libre cours à ma pen­sée cri­tique. J’ai su par la suite que cer­taines ins­ti­tu­tions comme la Banque mon­diale exer­çaient une pres­sion sur les auto­ri­tés maliennes, sous pré­texte que je ne pou­vais pas dénon­cer à tout bout de champ leur poli­tique d’aide au déve­lop­pe­ment tout en me trou­vant dans un gou­ver­ne­ment qui en dépendait.

Vous avez cla­qué la porte ?

Non. À la faveur d’un rema­nie­ment minis­té­riel, j’ai sou­hai­té ne pas être recon­duite à mon poste. Cela étant dit, j’ai pu poser des choses en termes de renou­vel­le­ment de la réflexion sur la fonc­tion de la culture et du tou­risme en déve­lop­pant les concepts de « maaya » (huma­ni­té) et « dia­ti­guiya » (hos­pi­ta­li­té). J’ai vou­lu mar­quer le tour­nant de l’an 2000 par un évé­ne­ment qui a eu un cer­tain écho : Tombouctou 2000. Ce fut pour moi l’un des temps forts de la mise en œuvre de ces deux concepts.

En France, l’écologie poli­tique oscille entre inves­tir l’appareil d’État et le déser­ter, pour s’en remettre aux seuls ter­rains locaux, communautaires…

« L’Union euro­péenne ne peut pas conti­nuer à se poser en don­neuse de leçons de démo­cra­tie quand les gilets jaunes et les gré­vistes étalent au grand jour l’inaudibilité des peuples d’Europe par leurs dirigeants. »

Dans des pays comme les nôtres, l’éveil des consciences n’a pas atteint un degré suf­fi­sant pour mobi­li­ser les popu­la­tions de manière à ce qu’elles puissent s’organiser et exi­ger des chan­ge­ments poli­tiques au niveau de l’État. De même en ce qui concerne les com­por­te­ments et les pra­tiques au niveau des indi­vi­dus et des com­mu­nau­tés. Nous avons néan­moins mené ici, dans le cadre du mou­ve­ment social, des com­bats contre les OGM, les Accords de par­te­na­riat éco­no­mique. Pour aider les pay­sans, éle­veurs et petits com­mer­çants appau­vris qui, par­fois, tentent d’émigrer mal­gré eux ou se radi­ca­lisent. Trop absor­bés par le quo­ti­dien, les gens sont dans des stra­té­gies de sur­vie. La dépen­dance aux finan­ce­ments exté­rieurs fait que nous avons ten­dance à nous ali­gner sur les options des « dona­teurs ». Nos États passent leur temps à mettre les petits plats dans les grands pour atti­rer les inves­tis­seurs étran­gers — et tout le monde sait ce que cela veut dire en termes de dépen­dance. J’entrevois néan­moins des lueurs d’espoir parce que l’écologie est sur la table. L’Union euro­péenne ne peut pas conti­nuer à se poser en don­neuse de leçons de démo­cra­tie, de déve­lop­pe­ment et de gou­ver­nance quand les gilets jaunes et les gré­vistes étalent au grand jour l’inaudibilité des peuples d’Europe par leurs diri­geants. Des gilets jaunes se sont même sai­sis de la ques­tion du franc CFA !8 Il en est ain­si parce qu’ils savent que le même rou­leau com­pres­seur broie là-bas et ici en silence. C’est aus­si pour cette rai­son que je m’adresse à l’opinion publique fran­çaise et euro­péenne pour faire savoir que ce que nous subis­sons dans le cadre des rela­tions Nord/Sud n’est pas sans liens avec un agen­da élec­to­ral — muni­ci­pal, pré­si­den­tiel — qui veut que Macron se montre ferme au niveau natio­nal. Lors du som­met de Pau dont nous par­lions, Macron a décla­ré que la France n’avait pas d’intérêts au Sahel : c’est plus facile que d’admettre et de faire savoir aux Français que leur pays, après avoir désta­bi­li­sé la Libye, se posi­tionne mili­tai­re­ment au Sahel face à la Chine et à d’autres pays émergents !

L’ingénieur et cher­cheur Malcom Ferdinand met en avant la notion d’« éco­lo­gie déco­lo­niale », réflé­chie à par­tir de l’histoire de la Caraïbe : cette arti­cu­la­tion vous parle-t-elle ?

La seconde libé­ra­tion de l’Afrique exige un chan­ge­ment radi­cal de para­digme. La ques­tion des éner­gies fos­siles, au cœur du débat sur l’écologie en Occident, se pose ici aus­si puisque leur convoi­tise nous vaut des guerres et le sac­cage des éco­sys­tèmes. La décons­truc­tion des thèses déve­lop­pe­men­ta­listes s’impose. On n’a pas atten­du que la ques­tion cli­ma­tique explose au niveau pla­né­taire pour savoir que le néo­li­bé­ra­lisme est un éco­cide. Le nord du Mali a d’abord souf­fert de grandes séche­resses qui, dans les années 1970–80, ont déci­mé le bétail et ont pro­vo­qué le dépla­ce­ment d’un nombre consi­dé­rable de per­sonnes. On voyait des réfu­giés et des dépla­cés par­tout dans la sous-région. Les poli­tiques mises en œuvre sont incom­pa­tibles avec la paix, la sécu­ri­té, la pro­tec­tion de l’environnement et la pro­tec­tion du droit des femmes. Mais on nous sert une grille de lec­ture sim­pliste qui éva­cue les liens entre ces phé­no­mènes. La lame de fond du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé détruit les socié­tés, les éco­no­mies locales et les éco­sys­tèmes, ici comme là-bas. Aujourd’hui, il faut dire et mar­te­ler que la per­sis­tance des guerres sous nos cieux sert des inté­rêts — au-delà des ventes d’armes et de la diplo­ma­tie mili­taire, car avec les armées viennent les entre­prises. En dehors des mai­sons qui sont louées et de cer­taines pres­ta­tions, cette pré­sence mili­taire a peu d’incidences sur les éco­no­mies des Sahéliens.

[Curt Carnemark]

Quel est l’impact du dérè­gle­ment cli­ma­tique sur la ques­tion terroriste ?

Les rébel­lions sont en par­tie liées à ces réa­li­tés : les popu­la­tions souffrent du mal déve­lop­pe­ment et des aléas cli­ma­tiques. La fra­gi­li­sa­tion des régions du nord au Mali est liée à la ques­tion du modèle de déve­lop­pe­ment, inadap­té, et éga­le­ment au fac­teur cli­ma­tique — dont on ne parle pas assez.

Vous sem­blez invi­ter l’Afrique à s’industrialiser davan­tage. Comment envi­sa­ger cette indus­tria­li­sa­tion en pleine cri­tique éco­lo­gique industrielle ?

On peut limi­ter les dégâts en tirant le maxi­mum d’enseignement des par­cours des vieux pays indus­tria­li­sés aujourd’hui en crise. Là où le bât blesse, c’est que nos élites conti­nuent, pour la plu­part d’entre elles, d’idéaliser le modèle pro­duc­ti­viste et consu­mé­riste. Des citoyens aver­tis et édu­qués feraient la dif­fé­rence à tra­vers une conscience éco­no­mique, éco­lo­gique et cultu­relle aiguë, en s’interrogeant sur ce que nous pro­dui­sons, à quel coût et en nous inter­ro­geant sur notre manière de consom­mer. Autant de ques­tions élé­men­taires qui peuvent chan­ger la donne. La publi­ci­té tapa­geuse nous inonde d’idées et d’images qui appellent à la consom­ma­tion en nous don­nant l’impression d’exister. Nous sommes ciblés comme des consom­ma­teurs — deux mil­liards d’ici 2050 —, dont les mul­ti­na­tio­nales ont besoin. Elles paient de bas salaires et pol­luent sou­vent en toute impu­ni­té, rapa­trient des pro­fits juteux dont une par­tie vers les para­dis fis­caux. Qu’y a‑t-il alors d’étonnant si le taux éle­vé de crois­sance dans nos pays n’a pas d’incidences sur la vie réelle des gens ? L’éducation citoyenne qui nous inter­pelle à pré­sent doit consis­ter à inves­tir dans la réflexion sur nous-mêmes : savons-nous ce que nous man­geons ? Savons-nous qu’en fonc­tion de ce savoir, nous contri­buons soit au chô­mage, soit à la paix et à la sécu­ri­té ? Mais, dans un pre­mier temps, je pense sur­tout à l’artisanat.

« La pau­pé­ri­sa­tion des pay­sans dans les zones coton­nières est liée à la nature du com­merce mondial. »

En tant que ministre de la Culture et du Tourisme, j’ai tra­vaillé avec des arti­sans et des créa­teurs talen­tueux capables de par­ti­ci­per à l’émergence de cette autre Afrique. Pour les élites locales, l’aliénation cultu­relle est telle qu’elles pensent qu’on a réus­si quand on a endos­sé une iden­ti­té d’encravaté, avec belle voi­ture, belle mai­son, etc. Quand on essaye de sor­tir de ce sché­ma, on échappe néces­sai­re­ment à l’extraversion et la dépen­dance. Le wax est un cas d’école. Plus nous consom­mons des pro­duits fabri­qués à l’étranger mais des­ti­nés à l’Afrique en pré­ten­dant qu’ils sont « afri­cains », plus on est dans ce que j’appelle le « viol de l’imaginaire », lequel consiste à nous faire inté­rio­ri­ser l’image construite de nous-mêmes. Mis à part la cou­ture du wax et du bazin, ces pro­duits sou­vent fabri­qués à l’étranger ne créent pas d’emplois. Le coton est ache­té ici à un prix que nos États ne fixent pas, et expor­té. L’idéal serait que des usines en trans­forment une par­tie loca­le­ment, sur­tout dans la bande sahé­lienne dont une par­tie des pays dépend du coton. Nous avons mené ici la bataille contre la sub­ven­tion de l’industrie du coton par les États-Unis et d’autres pays occi­den­taux. La pau­pé­ri­sa­tion des pay­sans dans les zones coton­nières est liée à la nature du com­merce mondial.

Qu’en est-il pré­ci­sé­ment des usines de fabri­ca­tion, sur le sol africain ?

En Côte d’Ivoire, au Sénégal et sûre­ment ailleurs, il y a eu des efforts d’industrialisation du sec­teur. Mais avec la libé­ra­li­sa­tion totale des filières, le sec­teur bat de l’aile. Au Mali aus­si, il y a eu des usines. La plu­part ont fer­mé parce qu’il coûte moins cher d’importer que de trans­for­mer loca­le­ment, en rai­son notam­ment du coût des machines et de l’électricité. Dans l’importation, la cor­rup­tion étant la règle du jeu, il est tou­jours pos­sible de payer moins de taxes et d’avoir des passe-droits : il est plus facile d’être impor­ta­teur que pro­prié­taire d’usine… Il existe, fort heu­reu­se­ment, des sty­listes qui mettent en valeur des tex­tiles fabri­qués loca­le­ment, sou­vent fait main, comme le bogo­lan. La por­tée de ces ini­tia­tives dépend de notre regard sur nous-mêmes, et du pri­vi­lège accor­dé aux petites et moyennes entre­prises qui trans­forment loca­le­ment le coton.

[Bamako | DR]

En tant que ministre de la Culture, vous avez éga­le­ment par­ti­ci­pé à la réflexion qui a pré­si­dé à la créa­tion du musée du quai Branly.

Oui. Catherine Trautmann, qui était alors mon homo­logue fran­çaise, m’avait invi­tée. J’ai vu les condi­tions d’acquisition de cer­taines pièces et tout ce que Paris était capable de faire pour obte­nir gain de cause. Je me suis oppo­sée à l’acquisition d’une pièce malienne. En vain. Le pré­sident fran­çais a gagné, en s’adressant à son homo­logue malien. La ques­tion migra­toire émer­geait ; dans une tri­bune que j’ai publiée alors, j’interrogeais l’amour por­té aux œuvres de l’esprit tan­dis qu’on se don­nait tant de mal pour éloi­gner les res­sor­tis­sants des pays dont elles sont ori­gi­naires. À l’intérieur du musée du quai Branly, l’Afrique est don­née à voir dans ce lieu pres­ti­gieux alors que les pro­prié­taires de ces biens ven­dus à prix d’or sont assi­gnés à résidence…

Ces débats, ceux du retour des œuvres, de la « répa­ra­tion », ont res­sur­gi der­niè­re­ment en France…

Le bon sens et la jus­tice vou­draient que ces œuvres soient res­ti­tuées à l’Afrique. Il y a des ten­ta­tives en cours mais les musées qui les détiennent ne sont pas tou­jours prêts à jouer le jeu. Des débats ont lieu sur la capa­ci­té de l’Afrique à les pré­ser­ver. Cela devrait d’abord concer­ner les Africains. L’arrogance à laquelle on nous a habi­tués pré­vaut dans ce domaine aus­si. La plu­part du temps, ces biens cultu­rels avaient une fonc­tion sociale et spi­ri­tuelle — pas celle d’être dans des musées. Le retour de ces objets dans une Afrique en quête de sens et de repères est une nou­velle page de notre his­toire, à écrire en fonc­tion de nos besoins d’aujourd’hui.


Photographie de ban­nière : aux envi­rons de Bamako, culture de pas­tèques, de tomates et autres légumes | Dominic Chavez | World Bank
Photographie de vignette : Samba N’Diaye


  1. Entretien avec Jeune Afrique, juin 2005.
  2. Également appe­lée bam­ba­ra ou bama­nan­kan, c’est la langue la plus par­lée au Mali.
  3. Le 13 jan­vier 2019, un som­met s’est tenu à Pau : ras­sem­blant l’État fran­çais et les pays du G5 Sahel, il eut, selon l’Élysée, pour objec­tif de « rééva­luer le cadre et les objec­tifs de l’engagement fran­çais au Sahel ». Emmanuel Macron s’est alors enga­gé à envoyer 220 sol­dats sup­plé­men­taires.
  4. À la suite d’une mobi­li­sa­tion étu­diante, répri­mée dans le sang, le pré­sident Moussa Traoré, en place depuis vingt-deux ans, fut ren­ver­sé par un coup d’État au pro­fit du lieu­te­nant-colo­nel Amadou Toumani Touré.
  5. Voir Décoloniser l’esprit, La Fabrique, 2011.
  6. Voir Politique des temps aux édi­tions Philippe Rey, 2019.
  7. L’opération mili­taire Barkhane, lan­cée en 2014 par l’État fran­çais et ses alliés, assure lut­ter contre le dji­ha­disme au Sahel et au Sahara.
  8. En 2019, des gilets jaunes de l’Essonne ont mani­fes­té devant l’usine de fabri­ca­tion des francs CFA, à Chamalières, pour dénon­cer la ser­vi­tude moné­taire.

REBONDS

☰ Lire notre article "De l’esclavage à la coopération : chronique de la dépendance", Saïd Bouamama, septembre 2021
☰ Lire notre traduction "Walter Rodney, marxiste panafricain", Sean Ledwith, septembre 2021
☰ Lire notre entretien avec Fatima Ouassak : « Banlieues et gilets jaunes partagent des questions de vie ou de mort », juillet 2019
☰ Lire notre entretien avec l’association Survie : « Il n’y a pas de bases militaires africaines en France », novembre 2016
☰ Lire notre article « Tuer pour civiliser : au cœur du colonialisme », Alain Ruscio, novembre 2014
☰ Lire notre entretien avec Bruno Jaffré : « En tuant Sankara, on s’est débarrassé de quelqu’un de gênant », novembre 2014

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