La Quadrature du Net : « En France, la surveillance de la population est extrêmement développée »


Entretien inédit pour le site de Ballast

Hier, le Conseil d’État fran­çais refu­sait, en réfé­ré, de sus­pendre le pass vac­ci­nal adop­té par l’Assemblée natio­nale le 16 jan­vier der­nier, suc­cé­dant au pass sani­taire — et ce mal­gré l’op­po­si­tion de tous les défen­seurs des droits et des liber­tés indi­vi­duelles et col­lec­tives. Dès le mois d’août 2021, l’as­so­cia­tion La Quadrature du Net aler­tait ain­si contre « les dan­gers » posés par sa mise en place. Précisant : « Cet embal­le­ment dra­ma­tique des pou­voirs de l’État s’inscrit dans un mou­ve­ment d’ensemble déjà à l’œuvre depuis plu­sieurs années ». C’est de ce mou­ve­ment dont nous avons sou­hai­té dis­cu­ter. Fondée en 2008, La Quadrature du Net est deve­nue un acteur incon­tour­nable de la lutte contre la cen­sure et la sur­veillance — et plus géné­ra­le­ment de la défense des liber­tés fon­da­men­tales dans un monde où le numé­rique s’é­tend à tous les domaines d’ac­ti­vi­té. En pointe lors de la créa­tion d’Hadopi1, elle effec­tue un impor­tant tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion d’en­jeux sou­vent tech­niques et obs­curs. Caméras, smart city, tech­no­po­lice, lois ren­sei­gne­ment, neu­tra­li­té du Net et pass : tour d’ho­ri­zon d’un pis­tage de chaque instant.


Commençons par un dis­po­si­tif de sur­veillance deve­nu cen­tral dans nos vies en un clin d’œil : le pass sanitaire/vaccinal. Vous le repla­cez dans une évo­lu­tion plus large des tech­no­lo­gies qui ont per­mis l’ap­pli­ca­tion de la « répres­sion par l’ex­clu­sion », jusque-là limi­tée. Comment expli­quez-vous la fai­blesse des cri­tiques envers la géné­ra­li­sa­tion d’un tel dispositif ?

Le propre de la « répres­sion par l’ex­clu­sion » est d’être dif­fi­cile à cri­ti­quer en masse. Elle se fonde sur une frac­ture entre per­sonnes jugées dési­rables ou indé­si­rables par l’État (gens du voyage et migrant·es, typi­que­ment) en espé­rant que cette frac­ture et les dif­fé­rences de trai­te­ment qui en résultent freinent la soli­da­ri­té des per­sonnes non-exclues envers celles exclues. Avec des consé­quences moins dra­ma­tiques, c’est sur ce type de frac­ture que repose le pass sani­taire pour répri­mer par l’ex­clu­sion les per­sonnes non-vac­ci­nées, qui ne béné­fi­cient pas tou­jours d’une grande soli­da­ri­té. À droite comme à gauche, on ne manque pas d’ex­cuses pour ne plus par­ti­ci­per aux mani­fes­ta­tions anti-pass : moque­ries ou haine contre les per­sonnes qui ont peur des nou­velles tech­no­lo­gies (vac­cins comme 5G) ; culpa­bi­li­sa­tion des per­sonnes non-vac­ci­nées ; refus d’être asso­cié à des per­sonnes de classe infé­rieure ; puis refus d’être asso­cié à l’ex­trême droite qui, fata­le­ment, est venue pro­fi­ter de l’i­so­le­ment poli­tique dans lequel les militant·es anti-pass avaient été laissé·es. Pourtant, les sys­tèmes de répres­sion par l’ex­clu­sion sont au cœur de l’i­déo­lo­gie d’ex­trême droite et des poli­tiques menées par le gou­ver­ne­ment, que ce soit contre les pauvres, les étranger·es ou toute per­sonne déviant des normes réac­tion­naires. Le pass sani­taire, en mon­trant com­ment les nou­velles tech­no­lo­gies peuvent décu­pler ces pra­tiques de contrôle et d’ex­clu­sion, devrait être une cible dans la lutte contre les idées d’ex­trême droite.

Loi sécu­ri­té glo­bale, loi ren­sei­gne­ment, lois anti­ter­ro­ristes… Il ne passe pas un an sans qu’une nou­velle loi vienne élar­gir l’u­sage des drones, des camé­ras de sur­veillance, de la recon­nais­sance faciale, des per­qui­si­tions admi­nis­tra­tives ou encore du par­tage des ren­sei­gne­ments entre ser­vices. Le quin­quen­nat Macron se dis­tingue-t-il des précédents ?

« Le pass sani­taire, en mon­trant com­ment les nou­velles tech­no­lo­gies peuvent décu­pler ces pra­tiques de contrôle et d’ex­clu­sion, devrait être une cible dans la lutte contre les idées d’ex­trême droite. »

Le rôle de Macron est pro­ba­ble­ment très faible dans ces évo­lu­tions. Sur ces sujets, ce sont les ser­vices de ren­sei­gne­ment et la police qui ont tou­jours défi­ni la marche à suivre — elle-même sou­vent la consé­quences d’é­vo­lu­tions inter­na­tio­nales : les Français tentent depuis plus de dix ans de rat­tra­per leur retard tech­no­lo­gique sur la NSA. Il a fal­lu attendre 2013 et les divul­ga­tions d’Edward Snowden pour que le gou­ver­ne­ment prenne la peine de léga­li­ser les pro­grammes de sur­veillance mas­sifs et secrets déve­lop­pés par le ren­sei­gne­ment fran­çais. S’agissant de la recon­nais­sance faciale, c’est la Chine qui semble inquié­ter les polices euro­péennes : hors de ques­tion pour l’Occident de perdre l’hé­gé­mo­nie tech­no­lo­gique de l’op­pres­sion et de se faire dis­tan­cer par l’empire du Milieu ! D’autant que les enjeux indus­triels sont immenses et que l’in­dus­trie fran­çaise (Thalès, Atos, Idémia, Evitech…) pro­met, si on lui en donne l’argent et les lois néces­saires, de faire de la France un pays à la pointe de la sur­veillance biométrique2. Cette esca­lade sécu­ri­taire est la consé­quence natu­relle de notre sys­tème éco­no­mique, de la struc­ture de notre État et de fac­teurs géo­po­li­tiques — autant de choses qui exis­taient bien avant Macron et risquent hélas de lui survivre.

En France, un des contre-pou­voirs clefs est la Commission natio­nale de l’in­for­ma­tique et des liber­tés (CNIL), créée en 1978 et réfor­mée en 2004. Vous cri­ti­quez sou­vent ses prises de posi­tion, ou plu­tôt leur absence. Faut-il la réfor­mer ou la supprimer ?

La CNIL, mal­gré des moyens encore faibles face à l’am­pleur des trai­te­ments de don­nées per­son­nelles qui sont réa­li­sés, a déjà un cer­tain nombre de res­sources pour mettre de sérieux freins au déve­lop­pe­ment de la tech­no­po­lice — l’al­liance des nou­velles tech­no­lo­gies aux pou­voirs de police : ce qu’elle ne fait encore que trop rare­ment. C’est à la popu­la­tion de mettre la pres­sion pour la faire chan­ger de pos­ture. Récemment, cer­tains signes laissent pen­ser que cette mobi­li­sa­tion com­mence à payer : la CNIL a ren­du quelques déci­sions contre de nou­velles tech­no­lo­gies de sur­veillance. Même si ces déci­sions inter­viennent sou­vent après que le tra­vail ait été fait par la popu­la­tion (si la CNIL a bien fini par inter­dire les drones, par exemple, elle l’a fait plu­sieurs mois après nos actions vic­to­rieuses devant le Conseil d’État), c’est pro­ba­ble­ment un bon début. Continuons dans cette voie tout en nous sou­ve­nant qu’il sera dif­fi­cile d’es­pé­rer une pleine pro­tec­tion de la part de la CNIL et qu’il est donc néces­saire que la popu­la­tion conti­nue de s’or­ga­ni­ser pour se défendre elle-même.

[Stéphane Burlot]

Le règle­ment géné­ral sur la pro­tec­tion des don­nées (RGPD), adop­té en 2016, est cen­sé offrir un des cadres les plus sûrs du monde en termes de pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles. Côté uti­li­sa­teur, il s’est sur­tout tra­duit par une mul­ti­pli­ca­tion des mes­sages plus ou moins clairs nous deman­dant d’ac­cep­ter des cookies pour « amé­lio­rer notre expé­rience ». Quel bilan en tirez-vous ?

En 2016, nous étions très miti­gés s’a­gis­sant du RGPD. À nos yeux, il ne chan­geait pas grand-chose par rap­port au droit euro­péen anté­rieur qui, depuis 1995, offrait une vague pro­tec­tion de nos don­nées per­son­nelles. En 2018, tou­te­fois, au moment où le texte allait entrer en appli­ca­tion, il a pro­fi­té d’une très forte et sur­pre­nante média­ti­sa­tion. Nous avons donc ran­gé notre pes­si­misme pour sur­fer sur la vague et ten­ter de pous­ser des inter­pré­ta­tions juri­diques capables de sub­ver­tir le modèle éco­no­mique du capi­ta­lisme de sur­veillance. C’est pour­quoi nous avons dépo­sé, avec 12 000 per­sonnes, des plaintes col­lec­tives contre Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft dans le but de les empê­cher de faire du ciblage publi­ci­taire en Europe. Trois ans plus tard, le résul­tat est miti­gé : Amazon vient de rece­voir une amende record de 746 mil­lions d’eu­ros au Luxembourg suite à notre plainte, avec obli­ga­tion sous astreinte d’ar­rê­ter la publi­ci­té ciblée sans notre consen­te­ment. Amazon a fait appel de la déci­sion et n’a pas encore chan­gé son com­por­te­ment. Les quatre autres plaintes sont blo­quées en Irlande, où les entre­prises sont situées et où l’au­to­ri­té sem­blable à la CNIL ne parait pas pres­sée de tra­vailler. Comme pour la CNIL en France, le seul blo­cage semble être poli­tique : der­rière un pro­tec­tion­nisme de façade, peu d’États euro­péens sou­haitent se mettre à dos les GAFAM qui sont de puis­sants alliés en matière de cen­sure, de déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique ou de pro­pa­gande poli­tique. Mais comme pour la CNIL, la popu­la­tion peut faire pres­sion sur ces ins­ti­tu­tions plus ou moins indé­pen­dantes, et nous ne déses­pé­rons pas de quelques belles sur­prises à venir.

Sur le plan des don­nées per­son­nelles, on oppose sou­vent le modèle occi­den­tal — où des grands groupes pri­vés sont les pre­miers à en orga­ni­ser la col­lecte et à en pro­fi­ter — au modèle chi­nois — où c’est l’État qui s’en sert pour déve­lop­per des poli­tiques de fichage et de social ran­king. Une telle dicho­to­mie per­met-elle de pen­ser les simi­la­ri­tés et dif­fé­rences entre Chine, États-Unis et Europe ?

« L’Asie ne doit ser­vir ni de repous­soir dys­to­pique ni de rivale éco­no­mique : nous y voyons sur­tout des popu­la­tions subis­sant des tech­no­lo­gies simi­laires à celles que nous subis­sons en Europe. »

Nous n’op­po­sons pas de modèle pré­ten­du­ment occi­den­tal à un modèle pré­ten­du­ment chi­nois (où le sec­teur pri­vé joue d’ailleurs un rôle fon­da­men­tal) car il nous semble que ce dis­cours per­met sur­tout aux gou­ver­ne­ments euro­péens de dis­si­mu­ler la sur­veillance de masse qu’ils ont déjà ins­tal­lée, tout en leur offrant le pré­texte pour en ins­tal­ler davan­tage afin de rat­tra­per un pré­ten­du retard vis-à-vis de la Chine. En réa­li­té, en France, la sur­veillance de la popu­la­tion est extrê­me­ment déve­lop­pée, qu’elle soit réa­li­sée par l’in­dus­trie pri­vée ou par l’État — qui tient à jour des fichiers sur la popu­la­tion, gérés par l’ad­mi­nis­tra­tion sans le contrôle de la jus­tice, afin de savoir quelles per­sonnes sont cor­rec­te­ment inté­grées dans la socié­té ou, au contraire, posent des risques poli­tiques et doivent ain­si se voir refu­ser l’ac­cès à cer­taines pro­fes­sions ou à un titre de séjour.

Que sont pré­ci­sé­ment ces fichiers ?

Voyez par exemple le fichier TAJ3 ou le fichier PASP4. Le social ran­king lui-même est direc­te­ment ins­pi­ré des sys­tèmes de cre­dit ran­king (éva­lua­tion de sol­va­bi­li­té) déve­lop­pé aux États-Unis. La recon­nais­sance faciale est l’hé­ri­tière de l’an­thro­po­mé­trie fran­çaise : une tech­nique poli­cière de mesure du corps déve­lop­pée au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, fortes de ces échanges cultu­rels, les indus­tries occi­den­tales et asia­tiques col­la­borent pour déve­lop­per leurs tech­no­lo­gies poli­cières, cha­cune expé­ri­men­tant ses outils dans les pays de l’autre. On a récem­ment vu Huawei déployer gra­tui­te­ment sa recon­nais­sance faciale dans des lycées à Marseille et Nice, pen­dant que la France orga­ni­sait des expé­ri­men­ta­tions simi­laires à Singapour. Elles se servent cha­cune de l’autre comme pré­texte pour avoir le sou­tien de son État et de sa popu­la­tion. L’Asie ne doit ser­vir ni de repous­soir dys­to­pique ni de rivale éco­no­mique : nous y voyons sur­tout des popu­la­tions subis­sant des tech­no­lo­gies simi­laires à celles que nous subis­sons en Europe, et avec les­quelles nous aurions tout inté­rêt à tis­ser des solidarités.

Pour lut­ter contre l’emprise des grandes entre­prises amé­ri­caines, les GAFAM, le déve­lop­pe­ment d’al­ter­na­tives « sou­ve­raines » euro­péennes voire fran­çaises est sou­vent avan­cé comme la solu­tion. Pourtant, avoir un Google pari­sien ou un Facebook ber­li­nois chan­ge­rait-il fon­da­men­ta­le­ment un modèle basé sur la col­lecte mas­sive de don­nées per­son­nelles ven­dues à des annonceurs ?

Peu de monde sou­haite véri­ta­ble­ment l’ap­pa­ri­tion d’un Google pari­sien ou d’un Facebook ber­li­nois. Le gou­ver­ne­ment fran­çais vante les mérites de Google et de Facebook dès que l’oc­ca­sion se pré­sente et n’au­rait aucun inté­rêt à ce que ceux-ci dis­pa­raissent ou s’é­loignent. Google et Facebook ont gra­tui­te­ment repris à leur compte tout le tra­vail de police de l’Internet, et le gou­ver­ne­ment a expri­mé à de nom­breuses reprises en être très satis­fait (son seul pro­blème concerne Twitter qui est moins coopé­ra­tif que les deux autres). Pour le gou­ver­ne­ment fran­çais, rem­pla­cer Google et Facebook par des équi­va­lents euro­péens ris­que­rait non seule­ment de les sub­sti­tuer à des acteurs moins effi­caces, mais aus­si de sou­mettre ces nou­veaux acteurs aux lois et aux débats publics euro­péens aux­quels les GAFAM peuvent échap­per en bonne par­tie. Le seul avan­tage pour le gou­ver­ne­ment serait d’a­voir de gros acteurs fran­çais plus proches de ses ser­vices de ren­sei­gne­ment, mais cette rai­son ne semble pas actuel­le­ment suf­fire pour entre­prendre les démarches ris­quées et tita­nesques qui seraient néces­saires à l’ap­pa­ri­tion d’un Google ou d’un Facebook fran­çais — le gou­ver­ne­ment semble pré­fé­rer la solu­tion confor­table du sta­tu quo. Du côté de la popu­la­tion, comme vous l’a­vez bien sou­li­gné, celle-ci a bien plus inté­rêt à voir le modèle de sur­veillance publi­ci­taire dis­pa­raître plu­tôt que chan­ger de pro­prié­taire. Cette solu­tion est d’au­tant plus sou­hai­table que, juri­di­que­ment, le RGPD la rend tout à fait réaliste5.

[Stéphane Burlot]

Vous êtes plu­tôt cri­tiques des ini­tia­tives, qu’elles viennent du gou­ver­ne­ment ou de la Commission euro­péenne, qui visent à lut­ter contre la pro­pa­ga­tion des fake news et des pro­pos hai­neux sur le Web, et par­ti­cu­liè­re­ment sur les réseaux sociaux. Faut-il régu­ler le conte­nu dif­fu­sé sur ces pla­te­formes, au risque, donc, de censurer ?

Nous ne pen­sons pas que Google et Facebook puissent véri­ta­ble­ment offrir des espaces de liber­tés d’ex­pres­sion : quand ils le font, ce n’est que de façon incon­grue et tem­po­raire. Au contraire. La rai­son d’être de ces entre­prises est de créer des espaces d’ex­pres­sion inégale où sont favo­ri­sées les indus­tries qui les financent pour dif­fu­ser leur pro­pa­gande publi­ci­taire au détri­ment du reste de la popu­la­tion — l’in­verse de la liber­té d’ex­pres­sion. Google et Facebook sont des modèles de cen­sure par nature, de sorte qu’ils n’ont pas atten­du que des lois le leur demandent pour cen­su­rer des pro­pos contraires à leurs objec­tifs com­mer­ciaux. Les lois de cen­sure (qu’elles pré­tendent lut­ter contre la haine ou contre le ter­ro­risme) sont moins une menace pour les grands réseaux sociaux (qui ne s’en trouvent pas vrai­ment alté­rés) que pour les alter­na­tives décen­tra­li­sées déployées par la popu­la­tion. On ne peut que sou­li­gner l’é­chec colos­sal du CSA et de la jus­tice pour lut­ter contre la pro­pa­ga­tion des idées de haine dans l’es­pace public. Par contre, ces lois pré­sentent un tel poids qu’elles ont pour effet, si ce n’est pour but, de décou­ra­ger en Europe le déve­lop­pe­ment d’al­ter­na­tives popu­laires, seules à même d’of­frir sur Internet de véri­tables espaces d’ex­pres­sion où les uniques formes de cen­sure ou de modé­ra­tion sont celles choi­sies par la popu­la­tion autogérée.

Tout ne se passe pas à l’é­chelle euro­péenne ou natio­nale. Vous inter­pel­lez sou­vent des villes, de gauche comme de droite, pour leur goût immo­dé­ré pour la vidéo­sur­veillance et tout autre outil qui contient les mots « smart » ou « big data ». Marseille est la der­nière en date. Comment expli­quer cet engoue­ment pour des dis­po­si­tifs dan­ge­reux pour la vie pri­vée, et à l’ef­fi­ca­ci­té d’ailleurs sou­vent contestée ?

« L’utilisation de camé­ras dans l’es­pace public n’est qua­si­ment plus remise en cause au sein du champ poli­tique et média­tique. Pourtant, il est bien au cœur de la technopolice. »

L’échelle locale est très inté­res­sante à regar­der s’a­gis­sant du déploie­ment de la tech­no­po­lice. C’est d’ailleurs le nom que nous avons don­né à une cam­pagne lan­cée en 2019 qui fait aus­si écho à l’in­va­sion des tech­no­lo­gies et l’ac­cé­lé­ra­tion gran­dis­sante du tout-numé­rique dans les espaces urbains. Nous nous sommes aper­çus que de nom­breux dis­po­si­tifs tech­no­po­li­ciers étaient d’a­bord déployés loca­le­ment, dans dif­fé­rentes villes. Ces dis­po­si­tifs incluent l’é­coute urbaine, la vidéo­sur­veillance auto­ma­ti­sée (c’est-à-dire l’a­jout d’une couche logi­cielle sur des camé­ras clas­siques avec détec­tion de com­por­te­ments anor­maux, de marau­dage, etc.), la recon­nais­sance faciale, des hauts par­leurs cou­plés aux camé­ras, jus­qu’aux logi­ciels de police pré­dic­tive. Les muni­ci­pa­li­tés sont motrices dans la mise en place de ce qui est sou­vent pré­sen­té comme n’é­tant « que » des expé­ri­men­ta­tions. À l’o­ri­gine de tous ces dis­po­si­tifs, il y a le déploie­ment de la vidéo­sur­veillance, à l’i­ni­tia­tive des col­lec­ti­vi­tés locales et inci­té par des finan­ce­ments publics. L’utilisation de camé­ras dans l’es­pace public n’est qua­si­ment plus remise en cause au sein du champ poli­tique et média­tique. Pourtant, il est bien au cœur de la tech­no­po­lice : c’est sur cette infra­struc­ture et sa crois­sance inces­sante qu’elle repose. Et si la vidéo­sur­veillance s’est impo­sée comme solu­tion, c’est le fait d’un enche­vê­tre­ment d’in­té­rêts conver­gents entre les élus locaux et les indus­triels. Si les muni­ci­pa­li­tés ins­tallent tou­jours plus de camé­ras, c’est parce qu’elles peuvent faci­le­ment capi­ta­li­ser sur ces dis­po­si­tifs. L’extension et le ren­for­ce­ment des dis­po­si­tifs sécu­ri­taires consti­tuent ain­si des res­sources que les élus peuvent exploi­ter poli­ti­que­ment : c’est ce qu’on observe à Nice, où Christian Estrosi ne cesse de crier à tue-tête que sa ville est la plus vidéo­sur­veillée de France et, par consé­quent, la plus sécu­ri­sée ! Lorsqu’un évé­ne­ment a lieu — du dépôt d’or­dure sau­vage à un atten­tat, en pas­sant par un cam­brio­lage —, l’an­nonce de l’ins­tal­la­tion de nou­velles camé­ras ou de recon­nais­sance faciale donne l’im­pres­sion de faire quelque chose de concret, une mesure réa­li­sable rapi­de­ment qui pré­tend résoudre un problème.

Qu’en est-il des indus­triels que vous mentionnez ?

Pour les acteurs pri­vés, la tech­no­po­lice repré­sente un mar­ché très lucra­tif. Que ce soit pour les indus­triels de la défense, donc mili­taires, comme Thalès, le cham­pion fran­çais (vente d’arme, de drone, etc.), des entre­prises his­to­ri­que­ment du numé­rique, de l’éner­gie ou des start-up. Pour les entre­prises d’ar­me­ment, rien d’é­ton­nant à ce qu’elles abreuvent aus­si le mar­ché de la sécu­ri­té inté­rieure en tech­no­lo­gies de sur­veillance : le mar­ché civil repré­sente une pers­pec­tive de débou­chés à la R&D mili­taire — comme le géo­graphe Stephen Graham le montre avec l’exemple des drones. Le mar­ché de la sécu­ri­té n’est autre que la trans­for­ma­tion et la tra­duc­tion de tech­no­lo­gies mili­taires vers celles du main­tien de l’ordre afin de trou­ver des débou­chés natio­naux. En dehors des entre­prises pro­pre­ment sécu­ri­taires, le mar­ché de la sur­veillance inté­resse aus­si d’autres acteurs, atti­rant des entre­prises spé­cia­li­sées dans d’autres sec­teurs. Des entre­prises des TIC [tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et la com­mu­ni­ca­tion] tentent ain­si de d’ins­crire dans ce mar­ché : IBM à Toulouse pour équi­per une tren­taine de camé­ras de vidéo­sur­veillance de la métro­pole d’un logi­ciel de vidéo­sur­veillance auto­ma­ti­sée ; Cisco à Marseille et Nice pour équi­per les lycées de por­tiques de recon­nais­sance faciale. Enfin, les start-ups ne sont pas en reste. Certaines se sont créées spé­ci­fi­que­ment pour le mar­ché de la sécu­ri­té urbaine tan­dis que d’autres, comme Two‑I, ini­tia­le­ment spé­cia­li­sée dans la recon­nais­sance d’é­mo­tions, se sont au contraire recon­ver­ties. Aujourd’hui, elle met au point des algo­rithmes de recon­nais­sance faciale, tes­tés sur les sup­por­ters du stade de foot de Metz, ain­si qu’une pla­te­forme d’hypervision per­met­tant le pilo­tage à dis­tance de la ville. Si le recours aux nou­velles tech­no­lo­gies dans le but d’au­to­ma­ti­ser, de ratio­na­li­ser et de rendre plus effi­cace la sécu­ri­té urbaine est si pré­sent dans les grandes villes, c’est parce qu’il s’ins­crit dans le nou­veau récit néo­li­bé­ral. Le recours à l’i­ma­gi­naire d’une « smart city » montre à quel point les métro­poles ont inté­gré la ratio­na­li­té du New Public Management en appli­quant ce capi­ta­lisme numé­rique à l’aménagement et à la ges­tion ter­ri­to­riale. En bref, si les muni­ci­pa­li­tés sont si promptes à avoir recours à la tech­no­po­lice et aux dis­po­si­tifs de sur­veillance, c’est parce qu’elles y ont tout inté­rêt, éco­no­mi­que­ment comme politiquement.

[Stéphane Burlot]

Que ce soit au nom de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, de la par­ti­ci­pa­tion des citoyens avec les « civic tech » et bien sûr de la sécu­ri­té, la mul­ti­pli­ca­tion des don­nées — et donc de ses sources (cap­teurs, appli­ca­tions mobiles, camé­ras) — est cen­sée appor­ter de nom­breuses réponses aux défis que vont connaître les grands centres urbains dans les décen­nies à venir. Rejetez-vous en bloc le concept de smart city ou peut-on ima­gi­ner une « ville intel­li­gente » sans entrer dans la sur­en­chère tech­no­lo­gique et sécuritaire ?

C’est une nou­velle « fic­tion urbaine », une manière pour le capi­ta­lisme numé­rique de s’at­ta­quer à la ges­tion de l’es­pace urbain. La trans­for­ma­tion des métro­poles devien­drait sou­dain pos­sible : les nou­velles tech­no­lo­gies per­met­traient à des méga­lo­poles de pal­lier à la crise éco­lo­gique tout en étant plus démo­cra­tiques et hori­zon­tales. Tout ça repose sur une croyance : à tra­vers la maî­trise et le contrôle tou­jours plus fin et total des res­sources, il serait pos­sible de faire des éco­no­mies d’éner­gie et d’être plus effi­cace dans l’al­lo­ca­tion de celle-ci au sein des villes. Et, en bonus, cette numé­ri­sa­tion ver­rait l’a­vè­ne­ment d’une « citoyen­ne­té aug­men­tée », où les habitant·es tou­jours connecté·es seraient de véri­table acteurs d’une ville tou­jours plus démo­cra­tique. C’est ce que le géo­graphe Guillaume Faburel nomme la « pro­phé­tie tech­no­lo­gique », soit le pro­grès tech­no­lo­gique pour toute réponse aux pro­blèmes sociaux. Ces fic­tions reposent notam­ment sur l’a­mé­na­ge­ment de mul­tiples cap­teurs dans le pay­sage urbain : des camé­ras de vidéo­sur­veillance, des cap­teurs sur les pou­belles pour savoir quand elles sont pleines, des indi­ca­teurs de la pol­lu­tion de l’air, des détec­teurs de mou­ve­ment pour les lam­pa­daires auto­ma­ti­sés, etc. Cette auto­ma­ti­sa­tion, dou­blée d’une sur­en­chère de nou­velles tech­no­lo­gies, est ins­crite dans l’ADN des smart cities : leur fameuse « intel­li­gence » pro­vien­drait de la col­lecte et de l’a­na­lyse des don­nées pro­duites par ces cap­teurs. En outre, la notion de safe city — soit une ville intel­li­gente et sûre est appa­rue, bien que dif­fé­rem­ment mis en avant selon les métro­poles. Ce concept, né de la bouche des indus­triels, illustre le pas­sage à l’au­to­ma­ti­sa­tion de la sécu­ri­té urbaine et à la tech­no­po­lice. La smart city et la safe city sont les deux faces d’une même pièce. Que ce soit pour une ges­tion soi-disant éco­lo­gique de la ville ou bien pour mener de manière plus effi­cace la chasse aux pauvres, ce sont les mêmes infra­struc­tures tech­no­lo­giques qui sont uti­li­sées, les mêmes acteurs pri­vés et le même mar­ché éco­no­mique sont convoqués.

Vous avez un exemple ?

« Que ce soit pour une ges­tion soi-disant éco­lo­gique de la ville ou bien pour mener de manière plus effi­cace la chasse aux pauvres, ce sont les mêmes infra­struc­tures tech­no­lo­giques qui sont utilisées. »

Le cas des lam­pa­daires est assez par­lant. Plusieurs villes mettent en place des lam­pa­daires connec­tés, dotés de détec­teur de mou­ve­ment, qui s’al­lument lors­qu’une per­sonne passe, dis­po­si­tif jus­ti­fié par un argu­men­taire pseu­do-éco­lo­gique. L’ajout de cap­teurs per­met en réa­li­té d’in­té­grer les lam­pa­daires dans les sché­mas de sécu­ri­té des villes — que ce soit pour ins­tal­ler une camé­ra des­sus, pour aug­men­ter la lumi­no­si­té lorsque les poli­ciers ont détec­té quelques chose et cherchent à éclai­rer un évé­ne­ment ou encore pour y ajou­ter une recharge de télé­phone ou une antenne 5G. Dans les faits, ça contri­bue encore une fois à éjec­ter les per­sonnes les plus pré­caires des centres-villes : un lam­pa­daire qui ne s’al­lume que lors­qu’il y a du pas­sage invite à consi­dé­rer l’es­pace public comme un endroit où tran­sitent des flux, non comme un poten­tiel espace de vie. La ville intel­li­gente contri­bue à un solu­tion­nisme tech­no­lo­gique qui cache de vraies issues, celles qui ne sont pas tenues par la tech­no­cra­tie au pou­voir mais construites par et pour les gens. Quid des lam­pa­daires avec un inter­rup­teur pour les allu­mer ou les éteindre ? La fable d’une ville intel­li­gente est en train d’é­vo­luer. Il ne s’a­git plus uni­que­ment de cibler les métro­poles : désor­mais, ce sont des « ter­ri­toires connec­tés » qui sont visés. Une manière d’ap­po­ser un maillage numé­rique à toutes les échelles possibles.

L’empreinte éco­lo­gique du numé­rique devient de plus en plus pré­oc­cu­pante. Elle fait l’ob­jet de nom­breuses ana­lyses et pro­po­si­tions. Le jour­na­liste Guillaume Pitron pose par exemple la ques­tion de prio­ri­ser cer­tains flux selon leur uti­li­té sociale au nom de la sobrié­té éner­gé­tique. Ce fonc­tion­ne­ment vien­drait tou­te­fois remettre en cause un prin­cipe que vous défen­dez, celui de la neu­tra­li­té du Net. Comment conci­lier ces deux préoccupations ?

Cela pose la ques­tion du sens poli­tique et social que nous, en tant que société(s) connectée(s), vou­lons don­ner à Internet aujourd’­hui. La neu­tra­li­té du Net pose comme prin­cipe que les four­nis­seurs d’ac­cès à Internet traitent tous les flux de com­mu­ni­ca­tion de la même manière, sans blo­quer, ralen­tir ou faire payer l’ac­cès à cer­tains conte­nus plu­tôt qu’à d’autres. Il s’a­git d’un ter­rain où s’af­frontent divers idéaux poli­tiques et divers inté­rêts éco­no­miques, en pre­nant pour objet cette infra­struc­ture tech­nique, com­plexe et pleine de poten­tia­li­tés qu’est Internet. La neu­tra­li­té peut recou­vrir plu­sieurs dimen­sions poli­tiques. L’une d’entre elles s’ap­puie sur une vision d’Internet en tant que bien com­mun, libre et acces­sible à tous et toutes de la même manière. C’est un bel idéal qui, dans les faits, ren­contre un cer­tain nombre d’obs­tacles : au niveau du fonc­tion­ne­ment des divers pro­to­coles de com­mu­ni­ca­tion, de la ges­tion des infra­struc­tures, selon les moyens maté­riels per­son­nels des gens qui se connectent ou en fonc­tion de leur maî­trise des codes pour navi­guer « libre­ment » sur Internet. La neu­tra­li­té du Net recouvre donc de mul­tiples dimen­sions, à la fois tech­nique, poli­tique, éco­no­mique et sociale.

[Stéphane Burlot]

Et l’empreinte écologique ?

Guillaume Pitron met un coup de pro­jec­teur sur la dimen­sion éco­lo­gique d’Internet. Ce qu’il nous semble inter­ro­ger par ses tra­vaux, c’est cette image d’Internet construite comme un espace vir­tuel (le cybe­res­pace), libre et éga­li­taire par excel­lence, espace de tous les pos­sibles com­plè­te­ment décou­plé des réa­li­tés phy­siques. Or il rap­pelle à rai­son qu’Internet, tel que nous le connais­sons aujourd’­hui, se construit grâce à des tech­no­lo­gies et à des infra­struc­tures coû­teuses en éner­gie comme en maté­riaux rares et pol­luants, dont l’ex­trac­tion et le trai­te­ment affectent de manière inéga­li­taire ter­ri­toires et popu­la­tions. Dans un même temps, cer­taines des valeurs domi­nantes qui gou­vernent le déve­lop­pe­ment des réseaux sti­pulent que tout doit être acces­sible par­tout à tout moment, de manière qua­si ins­tan­ta­née, quel qu’en soit le coût éco­lo­gique. Ce rap­port au temps et à l’es­pace est carac­té­ris­tique de nos socié­tés modernes capi­ta­listes. On pour­rait faire, dans une cer­taine mesure, un paral­lèle avec la capa­ci­té de voya­ger jus­qu’à l’autre bout du monde à très grande vitesse grâce au réseau de trans­port aérien. Cette « liber­té de cir­cu­ler » repose sur l’u­ti­li­sa­tion d’a­vions très gour­mands et émet­teurs de CO2 pol­luants : aujourd’­hui, nous qui avons accès à cette tech­no­lo­gie et conscience des enjeux éco­lo­giques, nous sommes amené·es à réflé­chir en quels termes il nous paraît juste et légi­time de prendre l’a­vion pour nous dépla­cer. De la même manière, nous pou­vons réflé­chir à nos pra­tiques de com­mu­ni­ca­tion, aux manières de conci­lier l’en­semble de nos valeurs poli­tiques : aus­si bien la liber­té et l’é­ga­li­té d’ac­cès et d’é­change que la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Sans remettre en cause la neu­tra­li­té du Net, on pour­rait défendre ses usages pure­ment média­tiques, de com­mu­ni­ca­tions entre humains, avec des machines plus simples, plus lentes, et des réseaux gérés en bien com­mun. Réglementer les usages d’Internet peut être tout à fait com­pa­tible avec cette neu­tra­li­té : celle-ci n’est pas affec­tée par le fait que nous n’ayons, par exemple, pas le droit de har­ce­ler. La neu­tra­li­té du Net, à nos yeux, est impor­tante car elle per­met de mettre les gens à éga­li­té, de faire en sorte que tout le monde puisse par­ti­ci­per à la chose publique. D’éviter éga­le­ment de culpa­bi­li­ser ou de péna­li­ser injus­te­ment les popu­la­tions. C’est pour­quoi nous n’a­vons pour l’ins­tant trai­té le pro­blème éco­lo­gique que par le biais des indus­tries, en atta­quant le sys­tème publi­ci­taire des GAFAM au cœur de la surconsommation.


Photographie de ban­nière : Stéphane Burlot


  1. La Haute Autorité pour la dif­fu­sion des œuvres et la pro­tec­tion des droits sur inter­net, crée en 2009, est char­gée de lut­ter contre le pira­tage d’œuvres pro­té­gées par le droit d’au­teur à tra­vers la riposte gra­duée. Début 2022, elle fusionne avec le Conseil supé­rieur de l’au­dio­vi­suel (CSA) au sein de l’Autorité de régu­la­tion de la com­mu­ni­ca­tion audio­vi­suelle et numé­rique (Arcom).
  2. La sur­veillance bio­mé­trique uti­lise des carac­té­ris­tiques phy­siques et bio­lo­giques pour iden­ti­fier les indi­vi­dus : recon­nais­sance faciale, empreintes digi­tales ou réti­niennes, etc.
  3. Fichier de trai­te­ment d’an­té­cé­dents judi­ciaires, mobi­li­sé lors d’en­quêtes judi­ciaires ou admi­nis­tra­tives.
  4. Fichier de pré­ven­tion des atteintes à la sécu­ri­té publique, por­tant sur les per­sonnes sus­cep­tibles d’êtres impli­quées dans des actions de vio­lence col­lec­tive. Il concer­nait 60 000 per­sonnes en 2020.
  5. Le RGPD inter­dit le fait de condi­tion­ner l’ac­cès à un ser­vice à notre consen­te­ment d’y être sur­veillés, ce qui est la façon dont la sur­veillance publi­ci­taire nous est actuel­le­ment impo­sée [ndla].

REBONDS

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