La prisonnière politique Leyla Güven s’adresse au monde


Traduction d’un entretien de Bianet pour le site de Ballast

En février 2019, nous avions publié le récit d’une ren­contre avec Leyla Güven, mili­tante fémi­niste, ancienne maire et dépu­tée du Parti démo­cra­tique des peuples (HDP) en Turquie. Celle-ci venait d’être libé­rée après une grève de la faim de sept mois. Mais, le 4 juin 2020, son sta­tut de par­le­men­taire était révo­qué et son immu­ni­té levée : le 21 décembre de la même année, elle était condam­née à vingt-deux ans et trois mois de pri­son. Le prix à payer pour avoir été la copré­si­dente du Congrès de la socié­té démo­cra­tique (DTK), une pla­te­forme qui regroupe des syn­di­cats, des orga­ni­sa­tions poli­tiques et civiles kurdes en Turquie, et pro­meut, via une pro­po­si­tion d’au­to­no­mie démo­cra­tique, la réso­lu­tion paci­fique du conflit. Leyla Güven, bien­tôt 58 ans, est déte­nue dans une pri­son de haute sécu­ri­té de la pro­vince kurde d’Elazığ. De sa cel­lule, elle cor­res­pond avec l’ex­té­rieur. Nous tra­dui­sons du turc cet entre­tien mené par la jour­na­liste Banu Guven, paru récem­ment dans les colonnes du média indé­pen­dant Bianet (Bağımsız İletişim Ağı) : la pri­son­nière poli­tique revient sur sa vie en cap­ti­vi­té, sa résis­tance à la dic­ta­ture et ses concep­tions fémi­nistes, socia­listes et écologiques.


Leyla, com­ment allez-vous ? Votre san­té, votre moral ? 

Dans la pri­son d’Elaziğ, nous sommes des femmes « déso­béis­santes », « extra­or­di­naires », « irré­for­mables », « rebelles », qui bri­sons les tabous tra­di­tion­nels. J’y suis la doyenne et nous sommes trois géné­ra­tions de femmes kurdes réunies. Malgré les murs inco­lores entou­rés de grillages, nous allons bien. Nous sommes de bonne humeur. Nous lisons beau­coup, ce qui nous per­met de voya­ger à tra­vers le monde. Dans la pri­son — où tout est inter­dit —, notre créa­ti­vi­té est à son comble. Chaque jour, nous bat­tons notre propre record avec de nou­velles créa­tions. Je vous donne quelques exemples. Nous pei­gnons sur des feuilles de papier A4 avec du café puis bro­dons par-des­sus. Avec les noyaux d’o­live, nous fabri­quons des bijoux. Nous tres­sons de magni­fiques bra­ce­lets avec des fils colo­rés. Nous conce­vons des marque-pages avec les cartes pos­tales qui nous arrivent. Et nous avons davan­tage de créa­tions encore. Nous les offrons en cadeau à nos amis et nous les envoyons à l’é­tran­ger pour gagner un reve­nu sup­plé­men­taire, qui sert à notre vie com­mune — pour ne pas être un far­deau pour nos familles1. Nous chan­tons dans une « langue inconnue2 » — c’est-à-dire en kurde ! — et dan­sons le halay. Parfois, alors que nous mar­chons dans la tra­vée prin­ci­pale, nous « met­tons nos mains dans nos poches3 » et fai­sons enra­ger le garde. Les gens à l’ex­té­rieur seront sur­pris, mais nous man­quons de temps ici ! Nous sommes donc en bonne san­té et nous avons le moral, à tout point de vue.

Comment la vie s’est-elle dérou­lée, dehors, durant vos nom­breuses années d’emprisonnement ? Qu’est-ce qui vous a le plus manqué ?

« Nous pei­gnons sur des feuilles de papier A4 avec du café puis bro­dons par-des­sus. Avec les noyaux d’o­live, nous fabri­quons des bijoux. Nous tres­sons de magni­fiques bra­ce­lets avec des fils colorés. »

« La vie ne s’ar­rête jamais : s’ar­rê­ter ne lui convient pas », a dit un sage. Il a bien rai­son. À l’in­té­rieur, à l’ex­té­rieur, dans tous les domaines, la vie s’é­coule tant bien que mal avec dou­leur, dou­ceur, joie et tris­tesse. Mon far­deau est à cet égard le plus léger, com­pa­ré à mes amies qui sont à enfer­mées depuis dix, vingt, trente ans, ou même plus. Même dans cette courte période de temps (sept ans, au total), j’ai tra­ver­sé beau­coup de choses. J’ai été arrê­tée en 2009 alors que j’é­tais maire de Viranşehir4. Mon fils s’est marié : je n’ai pu voir que ses pho­tos. Puis mon petit-fils Avesta est né. J’ai pu le voir pour la pre­mière fois à l’in­té­rieur du palais de jus­tice de Diyarbakır, dans la grande salle d’au­dience spé­cia­le­ment construite pour nous. Je n’ou­blie­rai jamais le jour où mes avo­cats, avec la per­mis­sion du pré­sident du tri­bu­nal, m’ont envoyé Avesta dans les bras d’un soldat.

Quand j’ai appris par le jour­nal que mon vieux père était décé­dé à la même période, j’ai par­ta­gé ma dou­leur avec mes amies. Je n’ai pas pu lui dire au revoir pour son der­nier voyage. En 2018, j’ai per­du ma chère mère, ma pre­mière phi­lo­sophe, alors que j’é­tais de nou­veau en pri­son. Ma mère Cevriye était une femme sage. Elle était comme les femmes du Néolithique. J’ai appris par ma famille qu’elle est morte en disant « Leyla doit avoir faim, don­nez-lui à man­ger ». J’étais en grève de la faim. Je n’ai pas pu aller la voir car je n’é­tais pas en capa­ci­té de voya­ger. Quand j’ai été libé­rée, je suis allée sur les tombes de ma mère et de mon père, je leur ai dit pour­quoi je n’a­vais pas pu venir, je leur ai par­lé. Lorsque j’ai été arrê­tée pour la troi­sième fois en 2020, mon troi­sième petit-enfant, Ranya, est né. Je ne pou­vais pas pro­fi­ter autant que je le sou­hai­tais de mes petits-enfants, Avesta, Zenda et Ranya, qui sont pour moi les plus belles choses au monde. Je ne pou­vais pas pas­ser du temps avec eux. En somme, la vie s’é­coule iné­luc­ta­ble­ment, avec ce qu’elle nous prend comme ce qu’elle nous offre.

[Amed/Diyarbakır sous couvre-feu, en 2016 | Loez]

En tant que « femme kurde » qui a été témoin de toutes les souf­frances de notre région, en tant que « mère », en tant que « poli­ti­cienne », je m’abs­tiens de par­ler de mes propres expé­riences. Quand je pense aux enfants de Mère Taybet5, aux atro­ci­tés vécues par les familles de Cemile Çağırga6, Uğur Kaymaz7, Ceylan Önkol8, Berkin Elvan9 ou bien encore au mas­sacre de Roboskî10 — qui est une plaie ouverte dans le cœur du peuple kurde —, je peux dire que mes expé­riences sont beau­coup plus légères. Ces terres sont pleines de souf­france. Maintenant, je dis par­lons d’a­mour, écri­vons sur la tolé­rance, l’a­pai­se­ment et la paix. Dehors, ce sont mes com­pa­gnons, mes amis et mes cama­rades qui me manquent le plus. Ça me manque de mar­cher sur la terre, de regar­der le ciel sans limites, de mar­cher sous les arbres, de tou­cher une feuille. Et tant d’autres choses encore.

Vous avez tra­ver­sé des moments très dif­fi­ciles avec une femme à vos côtés : votre fille, Sabiha Temizkan. Souhaitez-vous dire quelques mots sur cette relation ?

« Ces terres sont pleines de souf­france. Maintenant, je dis par­lons d’a­mour, écri­vons sur la tolé­rance, l’a­pai­se­ment et la paix. Dehors, ce sont mes com­pa­gnons, mes amis et mes cama­rades qui me manquent le plus. »

Il n’y a que dix-sept ans d’é­cart entre moi et Sabiha : on peut dire qu’on a gran­di ensemble. L’être le plus signi­fi­ca­tif de ma vie, mon âme, ma moi­tié, ma chère fille, qui ne m’a jamais lais­sée seule. Sabiha est celle pour qui j’a­vais le moins de temps à consa­crer quand je n’é­tais pas en pri­son. Je la rap­pe­lais par­fois bien après minuit. Elle a tou­jours réagi avec une grande matu­ri­té et me disait qu’elle me com­pre­nait. En tant que jour­na­liste, elle a sui­vi de près mes acti­vi­tés poli­tiques et les a tou­jours res­pec­tées. Parce qu’elle connais­sait les injus­tices vécues par notre peuple. Chaque fois que j’é­tais arrê­tée, elle ces­sait ce sur quoi elle tra­vaillait et pre­nait des déci­sions qui pou­vaient chan­ger l’or­ga­ni­sa­tion de sa vie, pour agir en fonc­tion de moi. Maintenant, elle s’est ins­tal­lée à Diyarbakır afin de pou­voir venir régu­liè­re­ment me rendre visite en pri­son. Je sup­pose qu’être la fille d’une mère comme moi coûte beau­coup. Sabiha le paie bien trop cher. Après tout, notre lutte, en tant que femmes, nous la menons jus­te­ment pour que les mères, les filles et les fils puissent vivre en paix, tran­quille­ment, sans devoir sans cesse s’in­quié­ter pour la vie des uns et des autres. Quand on pense à la fille de 2 ans de notre amie Songül, qui a été arrê­tée il y a envi­ron cinq mois et qui est déte­nue avec nous, on s’at­triste de voir que nos his­toires de mères et filles se répètent encore. Mais la lutte des femmes est belle et nous sommes déter­mi­nées à éli­mi­ner toute ces injustices.

Comment la soli­da­ri­té des femmes est-elle vécue en pri­son ? Comment tra­ver­sez-vous ce moment ensemble, non seule­ment poli­ti­que­ment mais émotionnellement ?

Chaque socié­té a des codes cultu­rels, poli­tiques et idéo­lo­giques. Ces codes peuvent être mis à mal dans les regrou­pe­ments for­cés. La struc­ture fami­liale et les traits de per­son­na­li­té dans les­quels cha­cun gran­dit peuvent être ame­nés à chan­ger. Nous sommes dans une posi­tion très avan­ta­geuse à cet égard. Tout d’a­bord, nous sommes toutes fémi­nistes : nous avons bien conscience de notre condi­tion de femme et nous croyons en la libé­ra­tion des femmes. Deuxièmement, nous avons la même pers­pec­tive poli­tique, nous par­ta­geons la même vision du monde, la même idéo­lo­gie. Troisièmement, la loi de la cama­ra­de­rie, que nous appe­lons « rehe­val » en kurde, est très forte en nous. Face à tout dan­ger qui peut venir de l’ex­té­rieur, cha­cune de nous est prête à se mettre en pre­mière ligne pour pro­té­ger les autres. Quant aux efforts, au tra­vail que cha­cune de nous four­nit, on pour­rait presque dire qu’on est en com­pé­ti­tion tant cha­cune de nous s’in­ves­tit. Par exemple, comme je suis la plus âgée du ser­vice, elles cherchent à me pré­ser­ver, elles ne me laissent pas tra­vailler. Malgré toutes mes objec­tions, cette situa­tion dure depuis des années. Nous sommes vrai­ment très unies. Ici, nous sommes égales dans tous les sens du terme. Seules les mères qui ont des enfants à l’ex­té­rieur, et ont donc cette res­pon­sa­bi­li­té, passent en prio­ri­té, dans le sens où nous fai­sons tout pour les com­prendre et sur­tout les sou­te­nir. Ici, la dou­leur d’une per­sonne peut être la dou­leur de toutes, comme sa joie. Lorsque nous reve­nons du téléphone11 ou des moments de visites fami­liales, nous par­lons et dis­cu­tons pen­dant des jours de celles-ci, bien que ces échanges n’aient duré qu’une heure. Nous par­ta­geons tant que nous savons ce que la famille de cha­cune a dit, ce qu’elle vit, ce qu’elle pense. Les jours de cour­rier, dans nos lettres, les salu­ta­tions pour les unes et les autres pleuvent. Nous don­nons du sens au fait de vivre ensemble.

[Grève de la faim à Amed/Diyarbakır, avril 2017 | Loez]

En tant que femmes, vous avez publié en pri­son un maga­zine appe­lé Tevn. Comment avez-vous choi­si ce nom ? Pouvez-vous nous par­ler de ce maga­zine, de son pro­ces­sus de créa­tion et de son contenu ?

« Tevn » signi­fie métier à tis­ser, en kurde. La rai­son pour laquelle nous uti­li­sons ce nom est que les femmes kurdes se sont tou­jours ras­sem­blées autour du tevn et ont créé des œuvres, comme des artistes. Le mot « tev » veut dire « entier ». Bien que le sys­tème mas­cu­lin veuille réduire les acti­vi­tés col­lec­tives des femmes au com­mé­rage, dans les faits, les femmes par­ti­cipent à des acti­vi­tés sociales et artis­tiques qu’elles tissent nœud par nœud. La plus jeune de notre dor­toir, Emine, 24 ans, de Şırnak, a été arrê­tée alors qu’elle était employée de l’ins­ti­tu­tion cultu­relle et artis­tique MKM. Ici, elle nous offre par­fois un fes­tin musi­cal avec ses ins­tru­ments et ses chan­sons. Heval [« cama­rade », en kurde, ndlr] Emine a sug­gé­ré le nom de ce maga­zine. Comment est née l’i­dée de celui-ci ? En fait, une telle acti­vi­té dans les pri­sons n’est pas chose nou­velle. Nos amies pri­son­nières ont tou­jours pro­duit de nom­breuses œuvres, des livres, des maga­zines, des romans, des articles et des images. Ces pro­duc­tions sont pré­cieuses. Mon amie Mizgîn Aydın, pri­son­nière depuis près de vingt-huit ans, a écrit des dizaines de livres en kurde. Elle a éga­le­ment envoyé régu­liè­re­ment des articles à des quo­ti­diens étran­gers. Donc, de notre point de vue, les pri­sons ne sont pas des endroits où pas­ser son temps allon­gé : au contraire, ce sont des lieux de production.

« Peu importe la cou­leur de notre peau ou la langue que nous par­lons, nous sommes toutes recou­vertes de la même boue. »

Un jour, j’ai par­ta­gé l’i­dée de publier un maga­zine. Les autres ont dit : « Nous n’a­vons jamais fait une telle chose aupa­ra­vant, mais d’ac­cord, écri­vons, à condi­tion de ne pas l’en­voyer à l’ex­té­rieur car ne nous sommes qu’a­ma­trices. » J’ai dit « OK » pour les convaincre. J’ai envoyé le seul exem­plaire que nous avions pro­duit à ma fille Sabiha, pour qu’elle puisse en faire plu­sieurs copies, puis je les ai infor­mées : « Mes amies, vos articles vont deve­nir un maga­zine. » Pourquoi notre maga­zine est-il en kurde ? Dans l’his­toire de la République turque, il ne reste pas de vio­lence ou d’as­si­mi­la­tion que nous n’ayons connues du fait de notre langue. Il y a des mil­liers d’exemples que nous pou­vons don­ner, de « Comment vas-tu Kamber Ateş12 ? » à « Parle turc, parle beaucoup13 ». Nous, onze femmes kurdes, par­lons notre langue mater­nelle au quo­ti­dien, nous rêvons en kurde, nous le par­lons avec nos familles. Nous, pri­son­nières, avons été condam­nées dans la Turquie d’Erdoğan du XXIe siècle pour avoir dan­sé le halay sur un air chan­té dans une langue « incon­nue et incom­pré­hen­sible » dans la pri­son d’Elaziğ. Ainsi, nous avons vu de nou­veau que, mal­gré tout ce temps, la haine et la men­ta­li­té des diri­geants de ce pays contre les Kurdes n’ont jamais chan­gé. Pour ces rai­sons, nous avons publié notre maga­zine en kurde.

Comment pas­sez-vous le 8 mars ?

Le 8 mars est un jour de résis­tance et un jour pour deman­der des comptes au sys­tème patriar­cal, plus qu’un jour de fête pour les femmes. Il se pré­pare par un tra­vail fébrile, des mois à l’a­vance et par­tout dans le monde. Les femmes se lancent dans la résis­tance à l’u­sine, dans les champs, à la mai­son et dans tous les domaines de la vie ; elles affluent vers les lieux où est célé­bré le 8 mars. « Seules celles qui sacri­fient leur vie peuvent gagner », a décla­ré cette chère Clara Zetkin. Nous, les femmes, en tant que leurs suc­ces­seuses, disons que nous serons par­tout pour deman­der des comptes pour toutes les femmes, de Roza14 à Sara15, de Mère Taybet à Özgecan16, qui ont été assas­si­nées par la vio­lence mas­cu­line. Peu importe la cou­leur de notre peau ou la langue que nous par­lons, nous sommes toutes recou­vertes de la même boue. Aujourd’hui, la vio­lence contre les femmes est vécue à l’é­chelle mon­diale et notre lutte pour une vie libre trans­cen­de­ra les fron­tières. Nous, les femmes, sommes conscientes des mines que le sys­tème domi­nant a posées sur notre che­min. En même temps, nous savons que les épines qui piquent nos pieds annoncent la rose que nous recher­chons. Nous savons aus­si par expé­rience qu’au­cun dic­ta­teur ne tom­be­ra si on le pousse pas. C’est pour­quoi nous avons besoin de dire à haute voix à la men­ta­li­té patriar­cale : « La vie est plus forte que la loi. »

[Répétitions dans un centre culturel kurde d'Amed/Diyarbakır, mars 2017 | Loez]

Nous, les femmes, n’au­rons jamais honte de notre iden­ti­té. D’un autre côté, vous devrez rendre des comptes aux femmes pour toutes celles que vous avez tuées avec vos sys­tèmes capi­ta­listes, impé­ria­listes et fas­cistes, et dont vous avez pro­vo­qué le meurtre par les pro­pos que vous avez tenus. Et vous devrez le faire sans attendre de par­don. Nous avons pas­sé ce 8 mars révol­tées, en disant « Nous sommes tristes, nous sommes en colère, nous sommes en résis­tance » pour chaque femme assas­si­née. Nous, les femmes, ne tom­be­rons jamais dans le déses­poir, nous nous ser­rons les coudes et mar­che­rons ensemble vers l’é­ga­li­té. Pour cette rai­son, nous crions tou­jours haut et fort notre rébel­lion contre la pau­vre­té, l’in­jus­tice et l’ar­bi­traire dans chaque lieu où le 8 mars est célé­bré. Des femmes qui résistent aux bar­bares de Daech au Rojava aux femmes qui résistent aux Talibans en Afghanistan, et dans tous les aspects de la vie, contre les élé­ments monistes, conser­va­teurs, natio­na­listes, reli­gieux, sexistes, enne­mis des femmes et des humains, nous pour­sui­vrons toutes notre lutte avec notre propre volon­té et nos pra­tiques d’au­to­dé­fense, pour que des comptes soient ren­dus. Grâce aux réseaux tech­no­lo­giques en déve­lop­pe­ment, les femmes trans­for­me­ront le monde et par­ta­ge­ront leurs expé­riences à l’é­chelle mon­diale en pla­ni­fiant leurs actions pour vivre chaque jour avec l’es­prit du 8 mars. C’est avec toutes ces pen­sées qu’est célé­bré le 8 mars de toutes les femmes, et j’es­père les retrou­ver un jour dans un monde sans vio­lence. Notre cœur de femmes cap­tives sera tou­jours avec vous. Vive le 8 mars. Bijî 8 Adare.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus mais, aus­si, qu’est-ce qui vous donne le plus d’es­poir pour votre pays ?

« Au stade actuel, il y a une lutte féroce entre les idéo­lo­gies du fas­cisme et du socia­lisme par­tout dans le monde. »

Un chan­ge­ment se pro­duit à la vitesse d’un oura­gan non seule­ment en Turquie, mais par­tout dans le monde. La pan­dé­mie a à la fois ren­du ce chan­ge­ment visible et accé­lé­ré sa vitesse. Les États-nations des­po­tiques ont été dépas­sés dans un monde glo­ba­li­sé, pas­sé de bipo­laire à mul­ti­po­laire, et ont ces­sé d’être un sys­tème pour les peuples. Ce sys­tème, qui a sur­vé­cu jus­qu’à aujourd’­hui en détrui­sant la nature et les femmes, a fait vivre à toute la socié­té des expé­riences dou­lou­reuses qui ont mon­tré qu’au­cune exis­tence n’est illi­mi­tée. Nous savons tous ce que font vivre aux femmes et aux enfants les hommes rete­nus à la mai­son en période de pan­dé­mie. Les crises cli­ma­tiques mon­diales doivent être consi­dé­rées comme une légi­time défense de la nature. Incendie, inon­da­tion, tsu­na­mi, tor­nade, trem­ble­ment de terre, épi­dé­mies, etc. Les catas­trophes conti­nuent d’aug­men­ter. En effet, après la socié­té néo­li­thique, la science s’est déso­cia­li­sée et est pas­sée entre les mains des men­ta­li­tés et du pou­voir mas­cu­lins. Les scien­ti­fiques ont beau­coup d’in­for­ma­tions sur le cours du monde, mais les diri­geants cachent constam­ment ces infor­ma­tions à la socié­té. Mon inquié­tude est qu’a­vec l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle déve­lop­pée, les gens seront au chô­mage, dys­fonc­tion­nels, et cela pro­vo­que­ra un sérieux chaos. Par consé­quent, pour que les socié­tés puissent conti­nuer à vivre dans un envi­ron­ne­ment démo­cra­tique, éga­li­taire et authen­tique, il est essen­tiel que toutes les acti­vi­tés et tous les déve­lop­pe­ments menés au nom de l’hu­ma­ni­té soient trans­pa­rents et participatifs.

Un autre pro­blème déchi­rant est que, alors que les fron­tières ont per­du leur sens dans le monde glo­ba­li­sé, les réfu­giés fuyant la guerre et l’im­passe dans leur pays meurent sur le che­min de la migra­tion et leurs corps échouent sur les rives. Si 500 mil­lions d’Européens riches ne peuvent pas accueillir quelques mil­lions de réfu­giés dans leurs pays, qu’ils cessent de par­ler de démo­cra­tie et de droits humains ! Riches/pauvres, Noirs/Blancs, forts/faibles, Est/Ouest, et tant d’autres contra­dic­tions qui s’ap­pro­fon­dissent par­tout dans le monde, ne sont plus gérables. Au stade actuel, il y a une lutte féroce entre les idéo­lo­gies du fas­cisme et du socia­lisme par­tout dans le monde. Il est de la plus haute impor­tance de voir quelle idéo­lo­gie sera choi­sie par les peuples. Le fas­cisme « ne gagne pas, mais usurpe » de par son carac­tère. À un moment comme celui que nous tra­ver­sons, les femmes, les jeunes, les gens de gauche, les socia­listes, les sociaux-démo­crates, les éco­lo­gistes et bien d’autres ont de grandes res­pon­sa­bi­li­tés. En ce sens, j’es­père et sou­haite qu’a­vec le vent de gauche socia­liste qui souffle dans toutes les géo­gra­phies, les valeurs éco­lo­giques et uni­ver­selles assurent à tous les peuples une vie sans fron­tières et sans classes, pour la liber­té et l’in­dé­pen­dance. Notre espoir est un monde démo­cra­tique, un peuple libre, une vie écologique.

[Atelier d'écriture de lettres à des prisonnières à l'occasion du 8 mars, à Amed/Diyarbakır, en mars 2021 | Loez]

Comment éva­luez-vous les ini­tia­tives et les nou­velles alliances poli­tiques de l’op­po­si­tion à l’ap­proche des élec­tions pré­si­den­tielles de 2023 ?

Tout au long de l’his­toire de la République, nous avons connu toutes sortes de per­sé­cu­tions à l’en­contre des peuples kurdes, armé­niens, assy­riens, yézi­dis et alé­vis. Le contraste entre les pauvres et les riches n’a jamais été aus­si pro­fond qu’au cours des vingt der­nières années. Le gou­ver­ne­ment AKP-MHP [coa­li­tion entre les par­tis AKP (isla­mo-natio­na­liste et libé­ral) et MHP (fas­ciste), ndlr], iso­lé sur la scène inter­na­tio­nale, est occu­pé à mettre en place, chaque jour, un nou­vel agen­da arti­fi­ciel afin de cacher la cor­rup­tion, la pau­vre­té et les inter­dic­tions qui sévissent tou­jours plus en poli­tique inté­rieure. Les plans qu’il ima­gine sont tou­te­fois ins­tan­ta­né­ment déchif­frés et déjoués par la géné­ra­tion Z [en Turquie, per­sonnes nées entre 1997 et 2010, ndlr] et de braves dis­si­dents. Cette men­ta­li­té, qui est res­tée au pou­voir pen­dant vingt ans en pro­dui­sant de nom­breuses vic­times, ne sait plus inven­ter une nou­velle fable et sombre de plus en plus à mesure qu’elle se débat. Par consé­quent, ils ren­dront compte de toute la dou­leur qu’ils ont infli­gée en vingt ans, de Roboskî à Soma17, de Suruç18 au mas­sacre de la gare d’Ankara19, tant au niveau des ins­tances natio­nales qu’in­ter­na­tio­nales (La Haye). Nous n’a­vons aucun doute là-dessus.

« Si l’AKP est res­té au pou­voir pen­dant vingt ans, ce n’est pas à cause de son suc­cès mais à cause de la pas­si­vi­té, de l’i­nef­fi­ca­ci­té et de l’in­suf­fi­sance de l’opposition. »

Quant à l’op­po­si­tion, à l’ex­cep­tion de notre par­ti, le HDP, les idéo­lo­gies comme les poli­tiques des autres par­tis sont actuel­le­ment com­plè­te­ment neu­tra­li­sées. Un par­ti conser­va­teur de droite exprime ce que l’on pour­rait attendre d’un par­ti social-démo­crate, ou inver­se­ment. Si l’AKP est res­té au pou­voir pen­dant vingt ans, ce n’est pas à cause de son suc­cès mais à cause de la pas­si­vi­té, de l’i­nef­fi­ca­ci­té et de l’in­suf­fi­sance de l’op­po­si­tion. Comme le CHP est le par­ti le plus ancien et le plus influent de Turquie, il a un rôle et une mis­sion impor­tants [fon­dé par Atatürk, il allie natio­na­lisme kéma­liste et social-démo­cra­tie, ndlr]. Cependant, mal­gré ce pas­sé pro­fon­dé­ment enra­ci­né, il n’a pas pu sur­mon­ter le sta­tu quo et renaître. C’est pour cette rai­son qu’il n’a pas su don­ner de l’es­poir à la popu­la­tion et n’est pas arri­vé au pou­voir. Pendant des années, en tant que prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion, il a sou­te­nu, que cela ait été fait volon­tai­re­ment ou non, les poli­tiques natio­na­listes et patriar­cales du gou­ver­ne­ment. Ces jours-ci, il a ras­sem­blé autour de lui tous les seg­ments natio­na­listes et reli­gieux de droite et a créé « une cho­rale pour chas­ser Erdoğan ». Construire des alliances, des fronts pour ampli­fier la force d’une voix sont bien sûr des choses impor­tantes dans les démo­cra­ties, mais le conte­nu de cette voix, ce qu’elle dit, est tout aus­si impor­tant. Le par­ti İYİ [né d’une scis­sion du par­ti d’ex­trême droite MHP, ndlr], qui fait par­tie de cette alliance20 autour du CHP et d’autres, n’a pas ces­sé d’ac­cu­ser l’op­po­si­tion socia­liste, en pre­mier lieu le HDP, d’être des mar­gi­naux, des sépa­ra­tistes, des ter­ro­ristes — ou bien d’autres qua­li­fi­ca­tifs très lourds encore. Nous sommes curieuses de voir quel genre de che­min, de méthode, ils sui­vront quand ils arri­ve­ront au pou­voir. Nos peuples sur­veillent de près ce que feront les par­tis qui ont com­pro­mis leurs prin­cipes pour arri­ver au pou­voir. Que feront-ils une fois qu’ils y accè­de­ront ? Vont-ils sup­pri­mer l’im­mu­ni­té qui auto­rise la cor­rup­tion de la classe actuel­le­ment au pou­voir ? Et que feront-ils des autres pro­blèmes chro­niques du pays ?

Le pré­sident du CHP est un homme poli­tique qui ne peut tou­jours pas dési­gner [la ville de] Dersîm21 par son nom, et lorsque l’im­mu­ni­té de deux membres du HDP et d’un membre du CHP a été levée, il n’a­vait que le nom de son adjoint à la bouche22. Alors que la gou­ver­nance de l’AKP était cou­pable d’une série innom­brable de faits, il ne fai­sait que cri­ti­quer sa posi­tion dans le cadre du pro­ces­sus de « solu­tion de la ques­tion kurde23 ». En d’autres termes, lors­qu’il répète son slo­gan « droit-loi-jus­tice », il ne semble par­ler que de son propre par­ti et d’une par­tie seule­ment de la popu­la­tion ; il évite sciem­ment de par­ler des Kurdes, qui sont, par­mi d’autres, vic­times de lois répres­sives et dis­cri­mi­na­toires. Il ne pro­duit aucun pro­jet concret et ne déve­loppe aucune poli­tique contre l’in­ter­dic­tion du kurde, qui est la langue mater­nelle d’en­vi­ron 30 mil­lions de Kurdes.

[Amed/Diyarbakır, mars 2016 : la famille de Cihat Morgül, abattu par les forces armées turques alors qu'il n'avait que 14 ans | Loez]

Les poli­tiques géné­rales du CHP affectent mal­heu­reu­se­ment aus­si leurs poli­tiques concer­nant les droits des femmes. Bien qu’il y ait des dizaines de femmes maires, dépu­tées et copré­si­dentes du HDP empri­son­nées, je n’ai jamais enten­du par­ler de femmes du CHP leur ren­dant visite en pri­son. Si elles sont venues et que je n’en ai pas enten­du par­ler, je pré­sen­te­rai mes excuses. Nous avons cepen­dant tou­jours dit que les poli­tiques concer­nant les droits des femmes dépassent les par­tis et que la soli­da­ri­té entre femmes est indis­pen­sable. Je pense que le prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion, tout comme ses par­tis amis, n’ins­pirent pas confiance au peuple. Nos peuples ne sont jamais sans solu­tions ni alter­na­tives. Les tra­vailleurs, les ouvriers, les femmes et les jeunes de ce pays, quelles que soient les croyances ou les ana­lyses de tous ceux qui s’op­posent au gou­ver­ne­ment AKP, se bat­tront pour le pou­voir démo­cra­tique des peuples. Les femmes éco­lo­gistes démo­crates uni­ront leurs forces autour d’une pers­pec­tive liber­taire : elles n’au­to­ri­se­ront jamais ces orien­ta­tions fas­cistes et libé­rales. Les diverses com­po­santes du HDP ain­si que tous les groupes d’op­po­si­tion qui croient aux valeurs uni­ver­selles démo­cra­tiques seront une alter­na­tive aux men­ta­li­tés impé­ria­listes en sus­ci­tant l’es­poir. L’année 2023 sera le début de nom­breuses années au cours des­quelles les gens res­pi­re­ront pro­fon­dé­ment, connaî­tront le prin­temps presque à chaque sai­son : per­sonne ne res­te­ra plus affa­mé ou expo­sé. Nous avons la force et le cou­rage de le faire ! Mille salu­ta­tions à celles et ceux qui résistent dans tous les domaines de la vie pour que ces jours puissent advenir.

La pres­sion exer­cée par un gar­dien de pri­son pour vous faire reti­rer les mains des poches est allée jus­qu’à l’i­so­le­ment cel­lu­laire. Vous vous êtes oppo­sée. Que pou­vez-vous dire de cette expé­rience et des condi­tions carcérales ?

« Nous conti­nue­rons notre che­min, les mains dans les poches, sans jamais accep­ter la cen­sure et en riant autant qu’il nous plaira. » 

Partout dans le monde, les diri­geants déve­loppent des méthodes spé­ciales pour mettre au pas les per­sonnes qu’ils arrêtent et les tenir entre leurs griffes. Les expé­riences dans les pri­sons de Guantánamo, Evin [Iran], Ulucanlar [Turquie] et Diyarbakır en sont des exemples. Foucault ana­lyse très bien ce concept dans son livre Surveiller et punir. Les révo­lu­tion­naires et les insur­gés n’ont jamais accep­té cette men­ta­li­té inhu­maine. Ils et elles ont été sou­mis à d’im­por­tantes tor­tures. Apparemment, le gou­ver­ne­ment AKP n’a pas très bien lu ces his­toires de résis­tance — et même s’il l’a fait, il ne les a pas com­prises. Dans les pri­sons, ils pensent pou­voir bri­ser la volon­té des pri­son­niers avec des méthodes insi­dieuses et sub­tiles. Nous sui­vons de près, via les médias, les très graves vio­la­tions des droits humains qui ont lieu dans toutes les pri­sons. Nous savons qu’ils vont jus­qu’à lais­ser les pri­son­niers malades cou­rir le risque de mou­rir en déten­tion, comme c’est le cas de notre chère amie Aysel Tuğluk [ancienne dépu­tée kurde déte­nue en Turquie pour ses opi­nions poli­tiques : elle souffre d’une mala­die grave, ndlr]. 

Si le groupe d’où ils tirent leur pou­voir n’est pas tou­jours bien défi­ni, ces élé­ments cherchent à nous bri­ser, à nous faire entrer en crise, à nous faire perdre nos moyens. Je pense que ce garde, qui est pro­ba­ble­ment un des­pote à la mai­son, a essayé ça avec moi. Selon sa men­ta­li­té, les femmes devraient tou­jours s’a­bais­ser devant les hommes, ne rien dire et obéir sans bron­cher. Quand je lui ai dit : « Je ne suis ni ton offi­cier, ni ton sol­dat. Qui es-tu ? Reste à ta place », c’est lui qui a per­du la rai­son. Il a presque fait une crise de nerfs. Évidemment, bien que ces évé­ne­ments se soient dérou­lés sous les yeux de toute l’ad­mi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire, j’ai été condam­née à onze jours d’i­so­le­ment parce que j’é­tais seule [sans témoins] avec eux. Je leur ai dit : « Nous autres n’au­rions pas fini en pri­son si nous bais­sions la tête devant des per­sonnes comme lui. » Nous ne nous pros­ter­ne­rons jamais. Ni pen­dant 11 jours, ni même pen­dant 1001 jours. Nous conti­nue­rons notre che­min, les mains dans les poches, sans jamais accep­ter la cen­sure et en riant autant qu’il nous plaira.


Traduit du turc par la rédac­tion de Ballast | Banu Güven, « Ayağımıza batan diken­ler, aradığımız gülün haber­ci­si », Bianet, 14 mars 2022 
Photographie de ban­nière : Loez


  1. Dans les pri­sons turques, comme en France, les pri­son­niers doivent can­ti­ner pour ache­ter les pro­duits néces­saires à la vie cou­rante.
  2. Pour évi­ter d’u­ti­li­ser l’ad­jec­tif kurde, l’État uti­li­sait, et uti­lise encore par­fois, cette expres­sion dans ses docu­ments offi­ciels.
  3. Une pra­tique inter­dite dans la plu­part des sys­tèmes car­cé­raux.
  4. Ville au sud-ouest d’Amed (Diyarbakır).
  5. Taybet Inan, mère de onze enfants âgée de 57 ans, a été tuée le 19 décembre 2015 par l’ar­mée turque à Silopi, durant les affron­te­ments qui ont sui­vi la décla­ra­tion d’au­to­no­mie de militant·es kurdes dans les quar­tiers de villes majo­ri­tai­re­ment kurdes en Turquie. Son corps a été lais­sé pen­dant sept jours dans la rue, sans que ses proches ne puissent le récu­pé­rer.
  6. Enfant kurde tué par les forces armées turques durant le couvre-feu décré­té du 4 au 12 sep­tembre 2015, à Cizre.
  7. Adolescent kurde tué avec son père par des tirs de la police turque, devant leur mai­son, à Mardin, le 21 novembre 2004.
  8. Adolescente kurde tuée par l’ex­plo­sion d’un obus turc alors qu’elle fai­sait paître des mou­tons dans la pro­vince de Diyarbakır le 28 sep­tembre 2009.
  9. Adolescent kurde mort après avoir été griè­ve­ment bles­sé à la tête par une gre­nade de gaz lacry­mo­gène lan­cée par un poli­cier turc pen­dant les mani­fes­ta­tions de 2013, en Turquie.
  10. Le 28 décembre 2011, trente-quatre vil­la­geois trans­por­tant des mar­chan­dises à dos de mules sont tués à la fron­tière tur­co-ira­kienne par un bom­bar­de­ment de l’ar­mée turque, qui pré­tend avoir cru qu’il s’a­gis­sait de combattant·es du PKK.
  11. Sauf sanc­tions, les détenu·es en Turquie ont la pos­si­bi­li­té de télé­pho­ner à leur famille dix minutes par semaine.
  12. Lire cette his­toire sur Kedistan.
  13. Les gar­diens de la pri­son de Diyarbakır, connus pour leur pra­tique de la tor­ture, tenaient ce dis­cours aux prisonnier·es.
  14. Il s’a­git peut-être de Roza Hêlin, com­man­dante dans les YJA-Star, tom­bée à Dersim en 2016.
  15. Sakine Cansız, assas­si­née à Paris en jan­vier 2013 par un agent au ser­vice de l’État turc.
  16. Cette étu­diante en psy­cho­lo­gie de 20 ans a été enle­vée à Mersin dans un bus, alors qu’elle ren­trait de ses cours, par trois hommes qui l’ont vio­lée et assas­si­née.
  17. Le 13 mai 2014, cet acci­dent minier occa­sionne 301 vic­times. Des mani­fes­ta­tions éclatent alors contre le pou­voir.
  18. Le 20 juillet 2015, un kami­kaze de Daech se fait explo­ser au milieu d’un groupe de jeunes socia­listes venus par­ti­ci­per à la recons­truc­tion de Kobanê : 33 morts et plus de 100 blessé·es.
  19. (Le 10 octobre 2015, deux bombes explosent à Ankara au milieu d’un mee­ting syn­di­cal au sou­tien au HDP, tuant 128 per­sonnes.
  20. La « cho­rale » dénon­cée par Leyla Güven, alliance consti­tuée sous le nom de Alliance popu­laire.
  21. Avec la consti­tu­tion de la République, le nom de la ville a été chan­gé pour Tunceli. L’emploi d’un nom plu­tôt que l’autre est depuis lors recon­nu comme un mar­queur poli­tique concer­nant les poli­tiques d’as­si­mi­la­tion en Turquie.
  22. La levée de l’im­mu­ni­té d’é­lus du HDP, alors que ce par­ti de gauche était en pleine ascen­sion et fai­sait de hauts scores pen­dant les élec­tions, est ce qui a per­mis leur incar­cé­ra­tion sous diverses accu­sa­tions comme de ter­ro­risme.
  23. De 2012 à mi-2015, le gou­ver­ne­ment d’Erdoğan mène des négo­cia­tions avec Öcalan. Beaucoup espèrent enfin une solu­tion poli­tique à la ques­tion kurde. Mais les espoirs volent en éclat quand la guerre reprend dans les régions kurdes, suite à des atten­tats de Daech : beau­coup consi­dèrent que Erdoğan, mena­cé par la mon­tée du HDP, les a uti­li­sés comme pré­texte pour rompre les pour­par­lers.

REBONDS

☰ Lire notre article « Kurdistan Nord : une ferme écologique en résistance », Loez, novembre 2021
☰ Lire notre entretien « Kedistan : un regard libertaire sur le Moyen-Orient », mars 2021
☰ Lire les bonnes feuilles « Un jour nous vaincrons — par Zehra Doğan », décembre 2019
☰ Lire notre article « Leyla Güven, notes d'une libération », Danielle Simonnet, février 2019
☰ Lire notre entretien avec Guillaume Perrier : « Erdoğan, un rêve de présidence omnipotente », juin 2018
☰ Lire notre dossier consacré au Kurdistan

Sur le même sujet :
Ballast

« Tenir tête, fédérer, amorcer »

Découvrir d'autres articles de



Nous sommes un collectif entièrement militant et bénévole, qui refuse la publicité. Vous pouvez nous soutenir (frais, matériel, reportages, etc.) par un don ponctuel ou régulier.