Jean-Pierre Siméon : « La poésie comme force d’objection radicale »


Entretien inédit pour le site de Ballast*

Sauver le monde par la poé­sie ? L’intitulé fera sou­rire cer­tains, sans doute, mais pre­nons Jean-Pierre Siméon au sérieux ; le poète et direc­teur artis­tique du Printemps des poètes le jure et tend à le prou­ver : l’art et la lit­té­ra­ture, à condi­tion qu’ils ne soient pas bibe­lots ou diver­tis­se­ment, ont leur rôle à jouer dans l’é­man­ci­pa­tion et l’in­sur­rec­tion des consciences, à échelle indi­vi­duelle et col­lec­tive. Face au tout-mar­chand, les mots se rebiffent et tracent une autre voie : quand reprendre goût à la langue et à ce qu’elle dit du monde, c’est reprendre un peu le pou­voir sur nos vies. 


Vous venez de publier La Poésie sau­ve­ra le monde au Passeur. Une œuvre de poète enga­gé dans la vie de la Cité, per­sua­dé que le rap­port entre la poé­sie et la poli­tique – au sens le plus large – est bien plus consub­stan­tiel qu’il n’y paraît. Vous ne mâchez d’ailleurs pas vos mots à l’en­droit de ceux qui l’oublieraient : « Seule la poé­sie vécue, et vécue avec l’autre, est insur­rec­tion­nelle ; autre­ment consi­dé­rée, elle n’est qu’un bai­ser don­né à sa propre lèpre, elle ne vaut que ce que vaut un papier peint sur un mur en ruine. » Comme en êtes-vous venu à cette réflexion, à ce livre ?

Ceux qui me connaissent un peu savent que c’est une ques­tion qui m’agite depuis long­temps, la poé­sie, et que je ne la consi­dère pas comme un orne­ment lit­té­raire, comme une char­mante chose qui ferait du bien de temps en temps à l’âme. Je consi­dère – aujourd’hui de façon réflé­chie, bien sûr, mais depuis tou­jours, en fait – que c’est un ali­ment essen­tiel à l’existence pour tout humain, pas seule­ment pour quelques-uns qui seraient pré­des­ti­nés ou qui auraient cette folie, tout d’un coup de lire, des poèmes ! Je consi­dère depuis tou­jours que la poé­sie est un dia­pa­son de l’existence, intran­si­geant, sans com­pro­mis, c’est-à-dire que c’est à tra­vers la poé­sie, l’intensité, l’intensité du poème – même si la poé­sie, on en par­le­ra, peut se trou­ver au cœur de tous les arts –, qu’on renoue avec ce dia­pa­son qui nous enjoint, si on est hon­nête, si on est sin­cère, à être plei­ne­ment, être sans com­pro­mis, être dans une étreinte curieuse avec l’existence. On l’oublie sans cesse : le pre­mier pri­vi­lège d’être vivant, c’est la fra­gi­li­té extrême de l’existence – quand on pense à tout ce à quoi on s’occupe, qui est véniel, qui est secon­daire, qui est ridi­cu­le­ment du leurre. Quand on com­prend qu’on a ce tré­sor d’existence et quand on est, comme nous, en Europe, plu­tôt pré­ser­vés, et qu’on n’arrête pas de se plaindre, de pleu­rer, de râler, ça m’est insup­por­table. La poé­sie nous dit une chose : la vie est un tré­sor qui n’attend que nous.

« L’art est une néces­si­té abso­lue pour la socié­té, ce n’est pas une parure, une sorte de pot de fleurs sur la che­mi­née. »

Je vis dans un monde, comme vous, que je trouve de plus en plus insup­por­table. Je suis en colère tous les matins, mais depuis tou­jours, ce n’est pas nou­veau ; ce sont des colères plu­tôt joyeuses, c’est-à-dire, en géné­ral, sans larme à l’œil – il faut avoir des colères vigou­reuses, fermes, rai­son­nées. On peut avoir des colères rai­son­nées, la preuve, je pense que mon essai en est une. Il faut avoir ce sen­ti­ment per­pé­tuel­le­ment de l’inachevé, de l’insatisfaction, si on veut être juste avec l’existence — parce que nous sommes tou­jours en-deçà de ce que nous pour­rions être, de ce que nous vou­drions être, et qu’il ne faut pas se conten­ter de cet en-deçà. Je vis dans un monde qui est plus anti­poé­tique que jamais, au rebours de tout ce que je crois, de tout ce qui me consti­tue, pas seule­ment pour moi, mais dans ma concep­tion du monde – je crois encore qu’il y a un pro­grès pos­sible, que l’humanité a déjà beau­coup avan­cé, qu’il y a des reculs, des défaites à lon­gueur de jour­née, à lon­gueur d’instant, même, car à chaque ins­tant il y a des défaites humaines autour de nous, dans le monde et près de nous, mais, quand même, les choses avancent et peuvent encore avan­cer. On ne peut pas vivre sans la pré­mo­ni­tion d’un monde plus heu­reux, d’un monde plus juste, plus équi­table – où cha­cun aurait sa part d’être, parce que beau­coup n’existent pas, ne sont pas, souffrent ter­ri­ble­ment d’un manque d’être — même nous. Et par­fois, d’ailleurs — atten­tion, ne nous trom­pons pas ! —, les gens les plus pri­vés d’être sont les plus riches et les plus en vue. Je ne sup­porte pas ce monde-là : je le trouve au rebours de ce que pour­rait être une exis­tence plus accom­plie. C’est ce que tous les poètes for­mulent comme vœu, c’est-à-dire aus­si bien Rimbaud que Daumal dans Le Grand Jeu. Tous les poètes, depuis tou­jours, que ce soit Maïakovski, Ritsos, Neruda ; tous ces gens-là essaient de pro­po­ser, de sus­ci­ter une com­pré­hen­sion plus juste et plus dyna­mique, plus gour­mande aus­si, de la vie. Je suis habi­té d’une convic­tion forte ; ce ne sont pas des cer­ti­tudes, mais des convic­tions.

Vous dites même que la poé­sie est « leçon d’inquiétude ». De scep­ti­cisme donc – et tou­jours « force d’objection radi­cale »…

Exactement. J’ai fait cet essai parce que je le porte depuis long­temps. Je l’écrivais tous les jours dans ma tête, qua­si­ment, et un jour – je suis pares­seux, c’est tout, donc je ne l’écrivais pas, je le fai­sais sans arrêt en confé­rence mais je ne l’écrivais pas –, je me suis dit qu’il fal­lait le for­mu­ler. Et puis il y a eu quelques colères, quelques aga­ce­ments très pré­cis. Dans ma posi­tion de direc­teur artis­tique du Printemps des poètes, je me suis heur­té à tel­le­ment de médio­cri­té, tel­le­ment de bêtise, tel­le­ment de mes­qui­ne­rie de la part de ceux qui gou­vernent, de ceux qui ont le pou­voir (qu’ils soient des cadres cultu­rels ou des cadres poli­tiques). Cette médio­cri­té qui vou­drait que les choses de l’art soient un petit arran­ge­ment com­mode. Je ne peux pas admettre ça ! Si on s’engage dans l’art, quel qu’il soit, c’est incan­des­cent, c’est brû­lant ! C’est en disant que c’est une néces­si­té abso­lue pour la socié­té, que ce n’est pas une parure, une sorte de pot de fleurs sur la che­mi­née alors que la mai­son brûle ! Cet été, je me suis donc dit : « Allez, je l’écris ! » Ça a été fait en une quin­zaine de jours – comme je le por­tais depuis long­temps, c’est venu très faci­le­ment.

Vous écri­vez aus­si : « J’ai la convic­tion que cet exer­cice de l’intelligence par la lec­ture du poème qui est exer­cice du doute, pas­sion de l’hypothèse, ala­cri­té de la per­cep­tion, goût de la nuance, et qui rend à la conscience son auto­no­mie et sa res­pon­sa­bi­li­té, trouve son emploi dans la lec­ture du monde. S’adonner à la lec­ture des poèmes, c’est res­tau­rer en soi les moyens per­dus de l’intelligence, se don­ner à une com­pré­hen­sion cou­ra­geuse du monde. » Vous uti­li­sez d’ailleurs ce syl­lo­gisme très juste : « La lec­ture active du poème ouvre et libère la conscience. Or, la conscience libre fait le citoyen libre. Donc, la poé­sie est la condi­tion d’une cité libre. » Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Cet essai n’est pas un éloge de la poé­sie comme une sorte d’effervescence gen­tille réser­vée à quelques-uns ; c’est un point de vue réel­le­ment poli­tique. Avant de par­ler de poé­sie, j’y dis quels sont les tra­vers insup­por­tables du monde dans lequel nous vivons ici et main­te­nant ; j’essaie de mon­trer en quoi la poé­sie est une objec­tion radi­cale à tout cela. Ce qui carac­té­rise ce monde, pour faire court – la socié­té déve­lop­pée, occi­den­tale, vous voyez tout ce que l’on peut dire là-des­sus… –, ce qui le carac­té­rise pour moi de façon forte, c’est l’extraordinaire force de décer­ve­lage, comme disait déjà Jarry, qui fait des ravages : nous sommes aujourd’hui confron­tés à une oppres­sion silen­cieuse, une tyran­nie sour­noise, qui a le talent de se faire aimer, qui enferme les consciences indi­vi­duelles — donc la conscience col­lec­tive. Nous sommes sou­mis à lon­gueur de jour­née à des repré­sen­ta­tions du monde, à des dis­cours qui véhi­culent ces repré­sen­ta­tions et qui closent, qui enferment notre com­pré­hen­sion des choses, de notre propre exis­tence comme du des­tin col­lec­tif, qui nous immo­bi­lisent.

« Nous avons ten­dance à nous sou­mettre, parce que la chose la mieux par­ta­gée du monde, et je la par­tage aus­si, c’est la paresse. La paresse de la conscience. »

Ça passe par le lan­gage com­mun, par­ta­gé, que nous enten­dons tous, tous les jours, à tra­vers les moyens de dif­fu­sion qui n’ont jamais été aus­si affi­nés et omni­pré­sents depuis le début de l’humanité – la radio, la télé­vi­sion, les mp3, les télé­phones. Jamais nous n’avons vécu dans une telle bulle de lan­gage. Il y a de la parole par­tout, jamais on n’a autant par­lé, oui, mais… une parole vaine, une parole creuse, une parole plate, qui ne dit du réel qu’un ersatz du réel, qui n’est qu’un leurre, qui tra­hit tou­jours la véri­té de l’existence dans son expé­rience. Le grand mal­heur de notre temps, c’est que l’on n’arrête pas de par­ler d’écart entre les élites et le peuple mais, au fond, à l’origine de tout ça, la vraie ques­tion est celle de la langue : les moyens d’oppression, ce ne sont plus le fusil, c’est bien plus sub­til et bien plus malin, bien plus fort, c’est cette langue qui nous pénètre par tous les moyens. Nous sommes sans cesse confron­tés à des modes de repré­sen­ta­tion du monde, à des injonc­tions qui nous disent com­ment aimer, com­ment com­prendre, com­ment man­ger, com­ment dor­mir, com­ment vivre, quoi ! Sans cesse et dans les moindres détails. Comme ces injonc­tions sont constantes, adroites, par­fois plai­santes, elles nous enferment et font de nous, petit à petit, des clones. Et nous avons ten­dance à nous sou­mettre, parce que la chose la mieux par­ta­gée du monde, et je la par­tage aus­si, c’est la paresse. La paresse de la conscience.

Nous sommes humai­ne­ment capables de tout, de la grande inven­tion à la Einstein, du geste de géné­ro­si­té le plus simple auprès de quelqu’un en détresse, et nous sommes capables du pire, simul­ta­né­ment, de l’endormissement de la conscience qui fait de nous des êtres végé­ta­tifs. Aujourd’hui, l’oppression passe par la langue car nous avons affaire à une langue très propre sur elle, celle de la télé­vi­sion : elle est cra­va­tée, elle va très rare­ment à la faute de syn­taxe, non, elle est bien… Mais c’est une langue d’une extra­or­di­naire force d’aplatissement du réel : la réa­li­té que nous connais­sons, que nous vivons, dont le poème nous rend la jus­tesse, est d’une com­plexi­té infi­nie. Nous sommes pleins de mou­ve­ments, de dési­rs, d’angoisses, de contra­dic­tions inté­rieures vivantes ; nous sommes des êtres en méta­mor­phose per­ma­nente. Or la réa­li­té qui est dite dans cette langue, elle ne peut être que l’inverse de ça, puisque pour rendre compte de ce dont je parle – cette épais­seur, cette pro­fon­deur du réel, de notre réel inté­rieur comme du réel qui nous entoure —, il fau­drait une langue qui soit la plus sub­tile pos­sible, qui rende compte de cette com­plexi­té. Or quelle est cette langue qui essaie de façon intran­si­geante d’être au plus vrai de la réa­li­té ? C’est la langue des poètes, puisqu’ils ne font que ça, inven­ter la langue pour ça ! En face, nous avons en par­tage une langue com­mune qui est le déno­mi­na­teur com­mun, qui sim­pli­fie tout. Jamais les pro­ces­sus de sim­pli­fi­ca­tion de la réa­li­té n’ont été aus­si grands que dans la langue par­ta­gée aujourd’hui. C’est-à-dire que tout phé­no­mène est ren­voyé, pour le dire sim­ple­ment, à des sché­mas, à des concepts uni­voques qui sont d’une évi­dence telle qu’on les accepte, et je crois qu’il faut com­prendre la poé­sie comme seule objec­tion véri­table à cette oppres­sion de la langue molle, de la langue méduse, de la langue qui enferme le réel et nous tous dans des pseu­do-récits. Nous sommes tous dans des fic­tions ; nous fic­tion­na­li­sons cha­cune des don­nées de l’existence : l’amour, la mort, la nour­ri­ture, même l’espoir, le désir. On trouve pour tout des fic­tions plates, simples, dans les­quelles on va ren­trer faci­le­ment, mais ce sont des fic­tions…

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Pour autant, vous res­tez com­plè­te­ment sur le plan de l’immanence, n’est-ce-pas ? C’est-à-dire que vous ne ren­voyez pas à une véri­té ultime, à une trans­cen­dance, à un outre-monde. Vous dites bien que cette poé­sie est la tra­duc­tion d’un sen­sua­lisme ; vous par­lez sou­vent de « la chair du monde ». Vous ren­voyez à la com­plexi­té des émo­tions humaines que peut por­ter le lan­gage poé­tique…

Oui, ça part d’une com­pré­hen­sion de la réa­li­té qui me semble propre aux poètes. Les phi­lo­sophes, les socio­logues, tous les « ‑logues » du monde cherchent à sai­sir la réa­li­té, mais on oublie tou­jours la façon dont les poètes sai­sissent cette réa­li­té, depuis tou­jours, depuis Homère, et même depuis Babylone. Il y a une autre façon de sai­sir la réa­li­té que cette des­crip­tion objec­tive qu’on nous pro­pose par­tout. Les poètes disent depuis tou­jours que la réa­li­té est un mille-feuilles. Les poètes le reven­diquent : la réa­li­té est la pen­sée (et le concept, bien sûr) et la sen­sa­tion (la sen­sua­li­té, le sen­ti­ment, l’affect, l’émotif, etc.). Les poètes nous disent depuis tou­jours : la réa­li­té, la vraie, elle est là, elle n’est pas dans cette sur­face qui est la sur­face du miroir aux alouettes, qui nous trompe – regar­dez la tra­ver­sée du miroir des sur­réa­listes, mais déjà Rabelais disait la même chose. Les poètes disent que nous sommes confron­tés à une sur­face du réel (les méca­nismes ordi­naires, le prag­ma­tique, le quo­ti­dien, la néces­si­té de la conser­va­tion de l’existence). On se laisse absor­ber par cette sur­face du réel qui n’est que la pointe émer­gée de l’iceberg. Les poètes sont les vrais réa­listes. On en fait tou­jours des rêveurs, des gens qui sont ailleurs, vous savez : « Ah, heu­reu­se­ment qu’on a des poètes pour nous faire rêver, etc. » Mais merde ! Non ! C’est tout le contraire ; les poètes sont enti­chés du réel, ils n’ont d’occupation que de répé­ter sans cesse que le réel n’est pas ce qu’on nous dit, ce qu’on croit ! Ils nous rap­pellent tou­jours que, par exemple, le moindre petit fait de l’existence, vu ou éprou­vé, sup­po­se­rait une Iliade ou une Odyssée à lui tout seul – c’est-à-dire un déve­lop­pe­ment pour en sai­sir la réso­nance réelle en nous, com­prendre com­ment en sai­sir les tenants et abou­tis­sants, car entendre l’effet en nous du réel deman­de­rait une quête et une explo­ra­tion illi­mi­tées ! Le réel est illi­mi­té, voi­là ce que disent les poètes ! Que rien, ni un caillou, ni un visage, ni un geste, n’est mono­sé­mique, alors que tout dans la socié­té veut nous faire croire que ça l’est : un geste = un sens ; un regard, un visage = un sens. C’est la carte d’identité, c’est le juge­ment au faciès. Ou encore, un voile = un sens ; vous voyez ce que je veux dire…

Vous avez jus­te­ment un beau pas­sage là-des­sus : « Voyez, par exemple, l’obsession iden­ti­taire qui régit nos socié­tés, et voyez com­ment le prin­cipe même de la poé­sie tel que je l’expose le ridi­cu­lise. Depuis les mythes sumé­riens qui offrent la figure d’une déesse conjoin­te­ment divi­ni­té de l’amour et de la guerre, en pas­sant par Ulysse qui se bap­tise Personne, jusqu’au « Je est un Autre » de Rimbaud ou le « Je cherche un être en moi à enva­hir« de Michaux, la poé­sie n’a jamais ces­sé de contes­ter l’illusion de l’identité stable qui masque la pro­fon­deur que cha­cun nous sommes, l’innombrable que cha­cun nous sommes, la plas­ti­ci­té du vivant lui offrant par bon­heur la chance des méta­mor­phoses. Par bon­heur en effet : c’est le gage d’une liber­té irré­duc­tible que de ne pou­voir être assi­gné à rési­dence dans une iden­ti­té close, et gro­tes­que­ment, sinon vio­lem­ment réduc­trice, que le jeu social et sur­tout la logique d’un pou­voir qui a besoin d’ordre et de maî­trise pour s’exercer, imposent. » Donc la poé­sie, en tant qu’elle est poly­sé­mie, est déjà une manière de récu­ser cette assi­gna­tion, cette clô­ture-là.

Absolument. On est dans une sorte de monde tota­li­taire, au sens où il veut faire un tout de chaque chose, un tout clos. La poé­sie a tou­jours été une objec­tion liber­taire à l’organisation du monde et à la pen­sée du monde telle qu’elle est consti­tuée dans l’imaginaire col­lec­tif par le pou­voir et les idéo­lo­gies domi­nantes. N’oublions pas que l’imaginaire col­lec­tif est gou­ver­né par les croyances, par les phi­lo­so­phies, par les dogmes. Ce n’est pas par hasard qu’on a mis les poètes en exil, rap­pe­lez-vous de l’époque grecque ou latine – ils gênent tou­jours, parce qu’ils récusent ces com­pré­hen­sions limi­tées et closes du monde : ils disent tou­jours que, non, les choses ne sont pas « arrê­tées » (et je dis « arrê­tées » à des­sein). Nous vivons dans un monde qui tend à immo­bi­li­ser : jamais on n’a eu autant de forces d’immobilisation. C’est un pro­ces­sus délé­tère, gra­ve­ment néfaste. Que sont ces pro­ces­sus, très concrè­te­ment ? L’obsession iden­ti­taire, effec­ti­ve­ment, parce que iden­ti­fier c’est arrê­ter, dire « voi­là le sens auto­ri­sé, légi­time, par­ta­geable, objec­tif » ; ce sont aus­si toutes les caté­go­ri­sa­tions, les clas­si­fi­ca­tions, toutes les mises en ordre. Tout est mis en ordre, aujourd’hui. Regardez, je donne cet exemple parce que moi qui suis un liber­taire invé­té­ré, je ne sup­porte pas de m’entendre dire dans le train, que je prends qua­si­ment tous les deux jours : « Attendez l’arrêt du train pour des­cendre. » On me prend vrai­ment pour un con, non ?! (rires) Ou alors : « N’oubliez pas d’étiqueter vos bagages. » Ça fait dix ans qu’on nous dit d’étiqueter les bagages à cause des ter­ro­ristes. Ça vou­drait dire quoi, ça ? Que le ter­ro­riste n’étiquette pas son bagage ? Mais enfin… Voyez que c’est com­plè­te­ment vain, mais si ceux qui le savent et le font quand même conti­nuent, c’est que l’enjeu n’est pas ce que ça dit, ça ne dit rien… Ou plu­tôt, ça ne dit qu’une chose : garde à vous, faites gaffe, vous êtes mena­cé, soyez dans la peur, soyez sur le qui-vive… Et des injonc­tions comme ça, pour tout, pour le poids, le cho­les­té­rol, à chaque ins­tant on nous donne des ordres, c’est une mise en ordre qui indique nos com­por­te­ments. Tout à l’heure encore, j’étais en colère. J’ai l’application du Monde sur mon smart­phone et je voyais les titres : ce qu’il faut lire, quel spec­tacle aller voir, etc. Ce sont encore des injonc­tions, trom­peuses, sous la forme d’apparentes ques­tions, qui vous disent en fait quoi lire, quoi voir. Je vis dans un monde qui m’est insup­por­table parce qu’on me dit quoi pen­ser, quoi aimer, com­ment sen­tir, com­ment man­ger, com­ment bai­ser. Je ne sup­porte pas, c’est tout !

« La poé­sie a tou­jours été une objec­tion liber­taire à l’organisation du monde et à la pen­sée du monde telle qu’elle est consti­tuée dans l’imaginaire col­lec­tif par le pou­voir et les idéo­lo­gies domi­nantes. »

Mais la poé­sie n’est pas seule­ment le poème ; la poé­sie, c’est d’abord la défi­ni­tion qu’en donne Georges Perros : « Le plus beau poème du monde ne sera jamais qu’un pâle reflet de ce qu’est la poé­sie : une manière d’être, d’habiter, de s’habiter. » Regardez, c’est magni­fique : « une manière d’être, d’habiter, de s’habiter. » Mon essai n’est que le déve­lop­pe­ment de ça. Quelle est cette manière d’être, d’habiter, de s’habiter, dont témoigne la poé­sie ? Dont elle est la cris­tal­li­sa­tion, le reflet, dont le poème nous donne le « la », le dia­pa­son ? Qu’est-ce que c’est ? C’est cette liber­té intran­si­geante dont par­lait Rimbaud, la liber­té libre qui récuse. Certes, quand il y a socié­té — et je suis un homme social —, il y a fata­le­ment, obli­ga­toi­re­ment, des ordres et des injonc­tions, mais le pro­blème c’est quand il n’y a plus de place pour l’objection, pour la mise en doute de ces ordres et de ces injonc­tions. Je dis que plus que jamais, le monde dans lequel je vis, au début du XXIe siècle, ici et main­te­nant, en France, est un monde oppres­sif qui nous enferme dans des injonc­tions. Bien sûr, nous avons la liber­té de parole, la liber­té de dépla­ce­ment, mais nous sommes très pro­fon­dé­ment pri­son­niers : c’est ça, la grande astuce de nos pseu­do-démo­cra­ties, c’est de nous don­ner une illu­sion de réel et de nous enfer­mer pour ce qui compte. Et ce qui compte, c’est le bat­te­ment de notre cœur, c’est le désir pro­fond, c’est le choix à faire à chaque ins­tant du pas qui vient, etc. Et là nous n’avons plus le choix, tout est fait pour nous enfer­mer, comme dans le film de Fritz Lang, Metropolis, qui est une magni­fique méta­phore de ça. Ce n’est pas visible, le pro­blème est que c’est invi­sible, mais cette mise au pas invi­sible m’est insup­por­table, et donc je dis, pro­fon­dé­ment, que la poé­sie est l’objection la plus radi­cale, la plus ferme.

En écou­tant un poème, on entend une autre langue que la langue ordi­naire – autre, même, que la langue savante, for­mel­le­ment très abou­tie. Tout d’un coup ça dis­sone, le poème dis­sone, ça parle autre­ment ! Et ça parle autre­ment parce que ça veut dire autre chose. Les poèmes ne parlent pas autre­ment pour se dis­tin­guer, ils ne sont pas cons à ce point ! Pas pour faire les malins ! Pourquoi Mallarmé aurait pas­sé des mois à écrire un poème pour faire le malin, pour­quoi ? Ca ne lui a pas rap­por­té grand-chose, d’ailleurs… Non, évi­dem­ment, tous le font à leur manière, avec les mille ava­tars du poème, tous le font dis­so­ner parce qu’ils veulent dire l’autre véri­té du monde, dont nous avons la pres­cience, la pré­mo­ni­tion intime, pro­fonde, que nous vou­drions tou­jours atteindre et que tout nous empêche d’atteindre. Le poète nous ramène tou­jours à l’exigence de liber­té qui sonne en nous ; elle tinte en nous, elle nous appelle – c’est le rap­pel de la cloche, vous voyez. À chaque fois que j’entends un poème, je me dis « mer­ci » ; je dis mer­ci au poète, au poème, parce qu’il me rend la convic­tion qu’on peut voir le monde autre­ment, qu’on peut le dire autre­ment, qu’on peut sen­tir, éprou­ver le monde autre­ment que selon les invi­ta­tions, ces effets de mode du diver­tis­se­ment. Le pro­blème, c’est que les repré­sen­ta­tions closes du réel qu’on veut nous faire ava­ler n’ont pas seule­ment les moyens de l’information (qui est déjà un grand moyen), mais il y a aus­si tous ceux de la fic­tion : on est dans un monde où la fic­tion domine. Tout est fic­tion, même le poli­tique. C’est un phé­no­mène qui n’a jamais atteint le degré d’intensité actuel. Tout est fic­tion, on fic­tion­na­lise tout ! Tout devient récit — donc un pseu­do-réel. Un récit n’est jamais la réa­li­té, il n’est que la repré­sen­ta­tion par quelqu’un du réel. Nous sommes aujourd’hui tous conduits par ces récits à nous adap­ter, à nous confor­mer au modèle induit der­rière le récit, au mode de com­por­te­ment qu’il sug­gère. La publi­ci­té, c’est pareil, et tout ce qui relève de la mode, de la gas­tro­no­mie – tout ce qui concerne par par­tie notre exis­tence, tout cela est fic­tion­na­li­sé, et on nous demande d’entrer dans cette fic­tion. Bientôt, nous nous retrou­ve­rons tous à jouer des rôles. Shakespeare le disait déjà que l’homme est un comé­dien dans un théâtre, mais tout de même, là, ça devient très très grave ! Nous sommes tous des figu­rants d’une farce funèbre. Nous sommes tous en train de jouer des rôles qui ne sont pas les nôtres.

Et, inver­se­ment, vous pen­sez aus­si qu’on peut faire du théâtre un ins­tru­ment pour ame­ner la poé­sie au monde et la don­ner en par­tage – avec la dimen­sion phy­sique qui passe par le fait de lire et de dire un texte, de jouer du rythme, du silence, du souffle. Vous insis­tez sur la dimen­sion d’oralité de la poé­sie ; vous écri­vez même : « Dire un poème, c’est récu­ser l’extinction du souffle dans la langue et du souffle en soi-même. » Et vous tra­vaillez depuis des années avec des comé­diens, sur des pro­jets de théâtre – com­ment avez-vous éta­bli ce lien entre théâtre et poé­sie ?

Beaucoup à dire là-des­sus, donc je vais essayer d’être bref, même si je ne sais pas faire… D’abord, je rap­pelle ceci : le théâtre est l’une des plus belles inven­tions de l’histoire humaine, des socié­tés humaines. Il n’y a pas de théâtre sans socié­té, et c’est l’une des fonc­tions sociales que le théâtre, c’est même sa fonc­tion sociale qui le jus­ti­fie, de mon point de vue. Qu’est-ce que c’est que cette inven­tion extra­or­di­naire ? Juste ça, c’est-à-dire une boîte cou­pée de la vie a prio­ri, de la vie dans ses appa­rences pre­mières, du mou­ve­ment, du bruit, cou­pée de toutes les injonc­tions dont je par­lais et voyez, tout d’un coup on se retrouve ici, c’est com­plè­te­ment absurde d’une cer­taine façon, on se retrouve dans un temps arrê­té, un temps immo­bile, un temps de silence où il n’y aurait qu’une chose à faire : s’entendre, se par­ler. Le théâtre est le lieu qu’on a inven­té dans la socié­té pour oublier un temps les contraintes et les néces­si­tés de la vie immé­diate, pour se mettre dans un temps sus­pen­du. Et dans ce temps sus­pen­du, qu’est-ce qu’on scrute, qu’est-ce qu’on se donne les moyens de scru­ter ? Évidemment, vous le savez, la condi­tion humaine, la nôtre, des­tin indi­vi­duel et col­lec­tif puisque les deux sont liés. Sauf que ce lieu-là est pré­vu pour être un lieu du ques­tion­ne­ment. C’est à dire que si on inter­roge la condi­tion humaine c’est que l’affaire est grave.

« Tout est fic­tion, même le poli­tique. C’est un phé­no­mène qui n’a jamais atteint le degré d’intensité actuel. Tout est fic­tion, on fic­tion­na­lise tout ! »

On se demande tou­jours au théâtre « Qui je suis ? », jus­te­ment, puisqu’on a déjà des gens qui jouent un rôle dans lequel on se recon­naît. Ils jouent faux, et pour­tant c’est nous. Enfin ils sont faux, ils jouent vrai. C’est le men­tir-vrai… La ques­tion se pose de qui on est, soi, quand on est assis et qu’on regarde du théâtre. Est-ce que je suis lui, pas lui ? Et le comé­dien, il est lui, pas lui ? Toutes ces ques­tions essen­tielles se posent et sur­tout, le théâtre, quand il est fidèle à sa fonc­tion pre­mière, le fait dans la langue qui n’est auto­ri­sée que là : parce que bon, excu­sez-moi, on ne parle pas comme Shakespeare ou Musset dehors, on ne parle comme ça que dans le théâtre. C’est-à-dire que le théâtre est le lieu dans la Cité, le seul lieu, public ou même finan­cé en par­tie par des fonds publics – com­bien de temps cela va durer, on ne sait pas ! –, le seul lieu public où tout le monde est cen­sé pou­voir se retrou­ver pour ne faire qu’une chose : entendre la langue des poètes. C’est-à-dire une langue inso­lite, une langue impré­vue, impos­sible : elle est impos­sible, parce qu’on ne peut pas par­ler en alexan­drins à la télé­vi­sion ou dans la rue, on ne parle même pas Brecht dans la rue. Même si, par­fois, il y a des effets popu­laires dans la langue du théâtre, c’est une langue com­po­sée, fabri­quée, une langue qui assume jus­te­ment toutes les sub­ti­li­tés de la poé­sie, une langue de la nuance, une langue où on entend le res­pir, où on entend le silence. Une langue qui porte encore son silence.

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La langue propre qui nous est don­née en par­tage aujourd’hui, je veux dire la langue cra­va­tée, l’un de ses grands défauts – il y en a plu­sieurs –, c’est d’être dans un conti­nuum, c’est-à-dire qu’il n’y a plus d’arrêt, il n’y a plus de silence dans la langue. Or, com­ment vou­lez-vous qu’il y ait un sens sup­plé­men­taire au mot qui est enten­du, une plus-value de sens, s’il n’y a pas de silence, s’il n’y a pas la réso­nance pos­sible du mot ? La réso­nance, c’est la poly­sé­mie qui arrive, les autres sens pos­sibles du mot. Si on est dans la rapi­di­té, on n’entend du mot que le sens pre­mier, celui du dic­tion­naire, et donc on est dans une raré­fac­tion du sens du réel. Et on est dans le men­songe. Qu’est-ce qui fait la poé­sie ? Qu’est-ce qui fait que le théâtre est essen­tiel ? La poé­sie remet du silence dans la langue ; le poème naît d’un rythme (qui est l’es­sence même de toute poé­sie) impré­vu dans la langue. La poé­sie, comme disait Aragon, exige « la révolte de l’o­reille » ; lorsque l’o­reille se révolte, elle écoute ! Tous les jours, nos oreilles entendent sans écou­ter. On entend de la langue mais il ne se dit rien. On nous dit qu’il va faire chaud ou froid, mais il suf­fit d’ou­vrir la fenêtre ! (rires) Qu’est-ce qu’un vers, sur une feuille ? Des mots, puis du blanc ; des mots qui reprennent à la ligne en-des­sous, puis du blanc : ce blanc, c’est le silence. C’est l’ar­rêt incon­gru. Ce qui se dit en plus de ce qu’il se dit.

Mais que l’on com­prend tou­jours, chez vous ! Vous n’êtes pas un par­ti­san du mini­ma­lisme pur, du silence pour le silence, seul sur la scène, avec des mots qui ne font que jouer entre eux. Vous ne pen­sez pas que l’on est plus intel­li­gent si l’on n’y com­prend rien. (rires) Vous main­te­nez l’i­dée de trans­mis­sion.

« L’art, c’est aus­si de l’é­du­ca­tion popu­laire. Ce n’est pas pour se faire du bien à soi. Merde ! La mai­son brûle ! »

C’est très juste. La poé­sie, c’est une volon­té intran­si­geante de dire le monde autre­ment. De le faire par­ta­ger aux autres. De dire qu’on peut voir un visage autre­ment. « À la place du ciel / Je met­trai ton visage / Les oiseaux ne seront / Même pas éton­nés », c’est quand même une autre manière que de dire « Tu es belle ! ». (rires) Si on perd la rai­son, si on ne s’in­té­resse plus qu’aux moyens de trou­bler (c’est vrai en poé­sie comme en pein­ture ou au ciné­ma), aux moyens d’in­quié­ter, on tombe dans le for­ma­lisme. Et c’est la dérive de tous les arts. De perdre leur enjeu pre­mier ! Le for­ma­lisme fait que l’art n’a plus à voir avec le pro­ces­sus social — et la poé­sie est l’art le plus intègre, le plus intran­si­geant, le plus immé­dia­te­ment per­cep­tible par tous.

Max-Pol Fouchet disait cela, aus­si, que la poé­sie est « le che­val de flèche » de tous les arts. La poé­sie, ce ne sont pas que des mots sur une page ; elle est vécue.

Oui, c’est ça. Je récuse le for­ma­lisme, même si tout artiste a la pré­oc­cu­pa­tion de la forme, puisque c’est ce qui le fonde comme artiste (modi­fier les formes du lan­gage, ver­bal, visuel, cor­po­rel, etc.). Les ministres nous disent, depuis des années, que l’é­du­ca­tion artis­tique doit être au cœur de l’é­cole : c’est du bara­tin, ce n’est jamais vrai. Tous les jeunes devraient aller au théâtre au moins une fois par mois ! L’art, c’est aus­si de l’é­du­ca­tion popu­laire. Ce n’est pas pour se faire du bien à soi. Merde ! La mai­son brûle ! Si on fait de l’art, la ques­tion est de savoir à quoi il sert dans le pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment des consciences. Mais atten­tion : une fois, je par­lais de ça avec des cama­rades com­mu­nistes ; ils me disaient que j’a­vais rai­son, que l’art est en effet un fac­teur d’é­man­ci­pa­tion sociale ; j’ai bien pré­ci­sé : « Attention ! Même le poème d’a­mour. » Même Jacottet, qui n’a jamais par­lé de la révo­lu­tion dans ses poèmes. Jacottet par­ti­cipe, avec tous les autres, à cette chose essen­tielle qui est l’é­veil de la conscience. Nous sommes un peu gran­dis, après. Darwich, lors­qu’il lit des poèmes à des mil­liers de gens, cette poé­sie magni­fique, très par­ta­geable tout en étant très savante, il y par­ti­cipe : le pay­san pales­ti­nien qui entend du Darwich est gran­di. Car cette parole, qui n’est pas celle de l’ONU ni du com­mer­çant, lui est adres­sée. Quelque chose en vous se dit que vous êtes plus grand que ce que vous êtes. Vous êtes alors capable d’une com­pré­hen­sion du monde supé­rieure, fine, com­plexe. Quand j’é­coute Shakespeare, je n’en com­prends qu’un dixième. On n’a jamais fini de le com­prendre. La radio, pas besoin d’exé­gèse ! Plus on veut une socié­té de consciences alertes, qui accepte la com­plexi­té, plus on a besoin de cette langue-là. Je suis humain car je suis com­plexe, dirait Edgar Morin !


Toutes les illus­tra­tions ont été réa­li­sées par Archibald Apori, pour Ballast.


* Retranscription, pour la pré­sente revue, d’un échange entre Jean-Pierre Siméon et Adeline Baldacchino, le 17 octobre 2015, au théâtre des Déchargeurs (Paris) — avec l’ai­mable auto­ri­sa­tion des inter­ve­nants.


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