Bolsonaro et la barbarie capitaliste


Traduction d’un entretien d’El Salto pour le site de Ballast

En plein centre de Rio de Janeiro, la porte-parole du Parti socia­lisme et liber­té (PSOL), Marielle Franco, tom­bait sous les balles. C’était en mars 2018 ; deux anciens poli­ciers ont, depuis, été arrê­tés. En octobre de la même année, Jair Bolsonaro, mili­taire de for­ma­tion et porte-voix de l’ex­trême droite libé­rale, était élu pré­sident de la République fédé­ra­tive du Brésil avec plus de 50 mil­lions de voix. Mônica Francisco est elle aus­si membre du PSOL — une for­ma­tion anti­ca­pi­ta­liste sou­te­nue, aux der­nières élec­tions, par le Parti com­mu­niste et les mou­ve­ments indi­gènes. Pasteure, ancienne assis­tante de Marielle Franco et dépu­tée depuis février 2019, elle dénonce la vio­lence sociale, sexiste et raciste du gou­ver­ne­ment en place. La revue espa­gnole El Salto l’a ren­con­trée cet été : nous tra­dui­sons leur échange.


Vous faites par­tie d’un groupe par­le­men­taire qui défend les droits de popu­la­tions tra­di­tion­nel­le­ment dis­cri­mi­nées, telles que la com­mu­nau­té noire, les LGBTI… Quelles sont vos rela­tions avec le gou­ver­ne­ment Bolsonaro ?

Elles sont de plus en plus dif­fi­ciles. D’abord parce que ces popu­la­tions — majo­ri­taires au sein d’une socié­té bré­si­lienne fémi­nine, jeune et noire — qui habitent dans les fave­las et dans les péri­phé­ries vivent dans des condi­tions de vie très pré­caires. Le gou­ver­ne­ment fédé­ral de Jair Bolsonaro et le gou­ver­neur de l’État de Rio, Wilson Witzel, mènent une poli­tique ultra­con­ser­va­trice et tein­tée de forts relents fas­cistes. Ils encou­ragent les actions vio­lentes et les poli­tiques d’aus­té­ri­té dras­tique : la réforme des retraites, l’augmentation des inéga­li­tés sociales et celle du chô­mage. 23,3 mil­lions de Brésiliens vivent dans une extrême pau­vre­té et notre pays compte 14 mil­lions de chô­meurs. Dans l’État de Rio de Janeiro, 56 % des ménages per­çoivent dans le meilleur des cas l’é­qui­valent de deux salaires mini­mum [le salaire mini­mum est d’en­vi­ron 230 euros, ndlr]. Les reve­nus d’un grand nombre de foyers sont infé­rieurs à ces mon­tants et 12,5 % de la popu­la­tion de l’État doit vivre avec moins d’un salaire mini­mum par mois. Ces per­sonnes souffrent de l’intensification et de l’ac­crois­se­ment des vio­lences — notam­ment de la part de l’État —, des carences de ser­vices sani­taires de base pro­fon­dé­ment remis en cause, des poli­tiques publiques insuf­fi­santes et d’un sys­tème de trans­port pré­caire et violent, prin­ci­pa­le­ment pour les femmes.

Y a‑t-il eu, comme cela a été sou­li­gné à plu­sieurs reprises, une aug­men­ta­tion du nombre de morts par­mi la jeu­nesse des popu­la­tions pauvres et noires sous la main des forces de l’ordre ?

« Nous avons assis­té à une aug­men­ta­tion de la vio­lence directe, notam­ment à tra­vers un recours anti­cons­ti­tu­tion­nel à des francs-tireurs et à des héli­co­ptères mili­taires. »

Oui. Au pre­mier semestre 2019, près de 3 000 per­sonnes ont été tuées, par­mi les­quelles plus de 800 par armes à feu. Il s’a­git en majo­ri­té de jeunes entre 15 et 25 ans. Il y a éga­le­ment eu une aug­men­ta­tion de morts par­mi les enfants et les femmes, de fémi­ni­cides, par­ti­cu­liè­re­ment chez les femmes noires des quar­tiers popu­laires.

Des enquê­teurs et des jour­na­listes affirment qu’il y a une forte mili­ta­ri­sa­tion de la vie dans Rio et sa ban­lieue. Est-ce vrai et, si c’est le cas, com­ment cela se tra­duit-il ?

Pendant les 100 pre­miers jours du gou­ver­ne­ment Wilson Witzel, une poli­tique sécu­ri­taire a été mise en place dans des zones défa­vo­ri­sées. Cette poli­tique a été mar­quée par une recru­des­cence des armes et des groupes vio­lents armés. Nous avons assis­té à une aug­men­ta­tion de la vio­lence directe, notam­ment à tra­vers un recours anti­cons­ti­tu­tion­nel à des francs-tireurs et à des héli­co­ptères mili­taires. Je veux sou­li­gner cela parce que l’utilisation de franc-tireurs ne serait être accep­table que dans des situa­tions excep­tion­nelles, de prise d’otage ou de guerre civile décla­rée, par exemple. Cette poli­tique s’ap­puie sur un dis­cours qui cri­mi­na­lise la pau­vre­té. Et cela jus­ti­fie pour eux l’utilisation de tireurs embus­qués, d’hélicoptères en guise de pla­te­formes aériennes, ou encore l’utilisation crois­sante de forces de sécu­ri­té qui ont recours à une vio­lence inouïe contre les popu­la­tions les plus pauvres.

S’agit-il d’une vio­lence ciblée, liée à un quel­conque degré de dis­cri­mi­na­tion ?

En aucun cas. Cette vio­lence est aveugle. Et je tiens à sou­li­gner qu’il y a une cri­mi­na­li­sa­tion crois­sante des mili­tants des droits de l’Homme. Paradoxalement, la Déclaration uni­ver­selle des droits de l’Homme — qui fête son 70e anni­ver­saire — visait à pro­té­ger des groupes vic­times de vio­la­tions sys­té­ma­tiques (qui pour­raient poten­tiel­le­ment être qua­li­fiées de géno­cide), à l’ins­tar des Juifs, des homo­sexuels… Aujourd’hui, les défen­seurs des droits de l’Homme sont pré­sen­tés comme des alliés du ter­ro­risme et comme une menace pour l’État et les « bons citoyens ».

New York, 24 sep­tembre 2019 (Alan Santos / PR)

Après l’assassinat de Marielle Franco ain­si que la démis­sion et l’exil du dépu­té Jean Wyllys [du Parti socia­lisme et liber­té, ndlr], le gouver­ne­ment a‑t-il pris des mesures pour pro­té­ger la vie des hommes poli­tiques mena­cés ?

Bien au contraire, la vio­lence a aug­men­té. Les mou­ve­ments sociaux et poli­tiques de gauche, ain­si que ceux qui, sans en être, sont démo­crates, sou­cieux du droit, consti­tu­tion­na­listes, font l’objet d’hostilité, de décla­ra­tions et de gestes vio­lents : des atti­tudes qui pro­viennent du gou­ver­ne­ment et des groupes poli­tiques sous son influence. Le Brésil a lais­sé assas­si­ner plus de 70 acti­vistes des droits humains en 2017. La plu­part d’entre eux étaient des figures impor­tantes de la défense de l’environnement et des reven­di­ca­tions des popu­la­tions rurales. Le point culmi­nant de ce pro­ces­sus a été atteint avec l’assassinat de Marielle Franco, porte-dra­peau de nom­breuses luttes et causes. Elle était noire, les­bienne et de gauche. Elle a été exé­cu­tée à Rio de Janeiro, dans cette ville que l’on consi­dère comme la seconde capi­tale du pays. Je dis cela pour sou­li­gner l’importance de cette ville, qui a une valeur sym­bo­lique excep­tion­nelle : siège d’événements déci­sifs dans les champs poli­tiques, sociaux et cultu­rels, elle donne le ton. C’est à Rio que se trouvent les plus grandes pla­te­formes pétro­lières, ain­si que le siège de Petrobras, l’entreprise publique la plus impor­tante du Brésil et l’une des plus grandes du monde. Voilà pour­quoi l’assassinat de Marielle est le sym­bole d’une énorme frac­ture démo­cra­tique.

À quoi attri­buez-vous l’in­sis­tance de Bolsonaro dans son com­bat contre les poli­tiques de genre et tout ce qu’il qua­li­fie de « poli­ti­que­ment cor­rect » ?

« Bolsonaro est le résul­tat de la revanche de ces élites qui ont une forte influence dans les classes moyennes. »

Les oppo­sants à Bolsonaro se rebellent contre cette poli­tique conser­va­trice qui per­siste à igno­rer les nou­velles formes d’é­man­ci­pa­tion sociale — qui n’ont pas seule­ment cours au Brésil mais qui résultent davan­tage d’une évo­lu­tion de l’humanité. Elles exis­taient déjà, mais elles conti­nuent de gagner de la force à mesure que la socié­té mûrit, évo­lue, et qu’elle intègre qu’il y a d’autres modes de consti­tu­tion fami­liale, de rela­tions amou­reuses, sexuelles, les­quelles font émer­ger avec force des iden­ti­tés diverses. Il y a une sorte de dis­cours, de pen­sée arrié­rée, qui per­siste à igno­rer ces évo­lu­tions et qui, pous­sée à l’ex­trême, va jusqu’à dire que la Terre est plate.

Bolsonaro est-il l’ex­pres­sion des classes moyennes urbaines ou puise-t-il aus­si sa force dans des sec­teurs popu­laires ?

Il exprime une série de conver­gences. C’est la syn­thèse de la stra­té­gie revan­charde des élites si bien décrite par Jessé Souza dans son livre A Elite do Atraso [L’Élite arrié­rée]. Des élites qui ont pros­pé­ré grâce à l’exploitation de la main d’œuvre esclave, grâce au mas­sacre de la popu­la­tion indi­gène. Ces élites ont fait for­tune puis ont trans­mis leur patri­moine à leurs des­cen­dants de manière peu ortho­doxe… Il y a un fil conduc­teur : la ten­ta­tive de main­tien d’une concep­tion colo­niale. On parle là d’une élite pré­da­trice, extrac­ti­viste — et il ne s’a­git pas seule­ment de la canne à sucre et du café mais aus­si des bois de l’Amazonie et du sec­teur minier. [Le phi­lo­sophe et théo­lo­gien] Leonardo Boff décrit ces élites comme une frange de la popu­la­tion qui hait les pauvres et les Noirs, qui les exploite ; il rap­pelle que leur pro­jet eugé­niste pré­voyait qu’il n’y ait plus de majo­ri­té noire au Brésil en 2012 — et plus qu’un pour­cen­tage minime de popu­la­tion indi­gène. La socié­té serait ain­si majo­ri­tai­re­ment blanche, du fait de l’arrivée d’immigrants que l’on inci­te­rait finan­ciè­re­ment à s’installer dans le pays. Bolsonaro est le résul­tat de la revanche de ces élites qui ont une forte influence dans les classes moyennes, chez les des­cen­dants des hauts fonc­tion­naires et des laquais qui ont labou­ré ces 519 années d’histoire du Brésil — par­mi les­quels beau­coup furent récom­pen­sés par des titres de noblesse. C’est pour cela que nous avons des classes moyennes qui rêvent de faire par­tie de l’élite, qui rem­plissent le rôle de laquais de cette der­nière et enfantent des phé­no­mènes comme Bolsonaro. Il y a aus­si des couches popu­laires, influen­cées par le récit média­tique, qui convergent dans ce résul­tat dra­ma­tique dont nous pâtis­sons aujourd’hui au Brésil.

Marielle Franco (DR)

Vous êtes pas­teure évan­gé­lique. Comment comprendre le sou­tien des églises évan­gé­liques au gou­ver­ne­ment Bolsonaro ?

Cette ques­tion requiert une réponse com­plexe. Certains groupes reli­gieux iden­ti­fiés par la gauche comme fon­da­men­ta­listes — et il s’agit pré­ci­sé­ment de femmes noires et d’une jeu­nesse extrê­me­ment pré­ca­ri­sée qui vivent dans des condi­tions extrê­me­ment dif­fi­ciles, sans aucune pers­pec­tive d’avenir ni consi­dé­ra­tion sociale — trouvent de la consi­dé­ra­tion lors­qu’on leur donne l’opportunité de faire par­tie d’un col­lec­tif. Dans la Baixada Fluminense [région de l’État de Rio de Janeiro, ndlr], où les condi­tions de vie sont les plus dif­fi­ciles, la majo­ri­té des gens vit sous le seuil de pau­vre­té, ne béné­fi­cie d’au­cun ser­vice de trans­ports et sub­siste dans un espace contrô­lé par des groupes para­mi­li­taires. Dans ces quar­tiers, seules les églises évan­gé­liques, mais aus­si catho­liques, leur viennent en aide. Leur base est essen­tiel­le­ment noire, jeune et fémi­nine. Mais qui sont les lea­ders de ces églises, leurs pas­teurs ? Ce sont des Blancs issus des classes moyennes, qui se sont consti­tués comme une élite reli­gieuse rivée aux pou­voirs en place, comme c’est le cas de l’évêque Edir Macedo. Ces pas­teurs déploient un dis­cours reli­gieux tota­le­ment défor­mé : un récit de la pros­pé­ri­té — fal­la­cieux, en tant que tel, car il n’est rien d’autre qu’un dis­cours méri­to­cra­tique tein­té de reli­gieux. Ce récit cherche éga­le­ment à tou­cher et ama­douer les âmes, parce que l’âme, dans notre tra­di­tion chré­tienne, est un espace d’émotion et de sen­ti­ment.

« Il se pro­duit une sorte de fusion entre un récit biblique dis­tor­du et le mes­sage selon lequel le pays aurait besoin d’un homme pro­vi­den­tiel. »

Il se crée là une rela­tion qui s’appuie aus­si sur un fond colo­nial — que ces lea­ders uti­lisent. À par­tir de ces restes de culture colo­niale, il y a une ten­ta­tive de construc­tion d’un pou­voir média­tique hégé­mo­nique. Non seule­ment au sein des groupes reli­gieux, mais dans un spectre large : autour de sec­teurs conso­li­dés au sein du monde laïc, comme la banque, l’agrobusiness ou l’élevage. C’est alors que se pro­duit une sorte de fusion entre un récit biblique dis­tor­du et le mes­sage selon lequel le pays aurait besoin d’un homme pro­vi­den­tiel, au pro­fil fort, proche de celui qui s’est impo­sé aux États-Unis sous l’im­pul­sion du pou­voir reli­gieux. Celui-ci sou­tient la pro­mo­tion de lea­ders poli­tiques au pré­texte qu’ils seraient « envoyés de dieux », comme cela s’est pas­sé pour Trump. Il y a deux semaines, nous avons reçu la visite au Brésil des Ministres de Dieu, une socié­té secrète nord-amé­ri­caine très proche de la Maison Blanche depuis l’ère Kennedy et Nixon. Une paren­thèse : Jair Bolsonaro est catho­lique et s’est cepen­dant ren­du en Israël pour y être bap­ti­sé dans le Jourdain par un pas­teur. De cette façon, il se consti­tue en réfé­rence pour une par­tie de la popu­la­tion non-fami­lia­ri­sée avec l’in­ter­pré­ta­tion des textes reli­gieux. Il s’é­rige en « envoyé de Dieu » afin de s’op­po­ser aux mili­tants qui luttent pour l’é­ga­li­té de genre et un sys­tème de san­té où les femmes ne soient pas cri­mi­na­li­sées, afin de s’op­po­ser aux groupes qui s’ef­forcent de ne pas être trai­tés comme des citoyens de seconde classe, à l’ins­tar de la com­mu­nau­té noire.

Vous par­lez de méri­to­cra­tie. Cette repré­sen­ta­tion du monde pro­mue par les pas­teurs blancs aux popu­la­tions les plus mar­gi­nales char­rie donc éga­le­ment la pro­messe d’une cer­taine ascen­sion sociale…

C’est exact. Plus un groupe contri­bue — et la notion de contri­bu­tion finan­cière est ici déci­sive —, plus il sera béni par le pou­voir. Cette béné­dic­tion est ins­pi­rée par l’impératif d’accumulation et se réfère à un concept de la matrice wébé­rienne. Il s’agit de l’es­prit d’accumulation du capi­tal, qui se pré­sente sous cette forme reli­gieuse.

Policier de l’UPP (Unité de la Police paci­fi­ca­trice) (Divulgação)

Quelles sont les rai­sons pour les­quelles le pas­teur Crivella, maire de Rio de Janeiro, a choi­si de cen­trer ses attaques sur le car­na­val ?

Plusieurs réponses sont pos­sibles. D’une part, les écoles de sam­ba sont un foyer de résis­tance poli­tique, mal­gré la récu­pé­ra­tion pro­gres­sive du car­na­val par les forces du capi­tal. Aussi, à l’ins­tar des reli­gions d’origine afri­caine, le car­na­val est une des expres­sions de la pré­sence noire, d’une résis­tance noire. C’est une par­tie de la réponse ; d’autre part, le car­na­val englobe éga­le­ment une com­po­sante mon­daine, pro­fane, qui va à l’encontre des prin­cipes reli­gieux. Le com­por­te­ment de Crivella s’oppose radi­ca­le­ment aux prin­cipes d’un État laïc. Le chef du pou­voir exé­cu­tif muni­ci­pal se doit de gou­ver­ner dans l’intérêt d’une popu­la­tion qui n’est pour une grande par­tie pas reli­gieuse et qui, pour une autre par­tie, se ras­semble autour de dif­fé­rentes convic­tions. Il ne peut donc pas gou­ver­ner en faveur d’une com­mu­nau­té reli­gieuse spé­ci­fique. En outre, son posi­tion­ne­ment reli­gieux est un geste média­tique envers un sec­teur de l’électorat qui a besoin d’être recon­nu. Il existe autour du car­na­val tout un éco­sys­tème d’associations, d’entrepreneurs s’y rat­ta­chant de près ou de loin, et la bataille à mener est de nature essen­tiel­le­ment cultu­relle et repré­sen­ta­tive, pour un sec­teur qui reste à fidé­li­ser.

Le néo­li­bé­ra­lisme est-il seule­ment une poli­tique injuste à l’en­droit des droits sociaux et de la redis­tri­bu­tion de la richesse, ou bien s’étend-il à davan­tage de sec­teurs ?

Nous avons connu une période de capi­ta­lisme sau­vage dans les années 1970 avec la crise du pétrole, puis les années 1980 et 90. Au Brésil, les années 1980 sont notoi­re­ment connues comme une « décen­nie per­due ». Dans les années 1990, plu­sieurs pics de réces­sion éco­no­mique se sont suc­cé­dé, puis le pays est entré dans une phase de néo­li­bé­ra­lisme post­mo­derne, bar­bare, qui condamne la majo­ri­té des jeunes à la mar­gi­na­li­té, sans for­ma­tion aca­dé­mique, sans futur, à la dis­pa­ri­tion. Cette phase est par­ti­cu­liè­re­ment cruelle en cela qu’elle dis­pose de la capa­ci­té de cap­tu­rer d’importants sec­teurs de la socié­té et de les trans­for­mer en valeur de ce capi­tal finan­cier. Absolument dis­tant, informe, le néo­li­bé­ra­lisme par­vient à s’accaparer les esprits, les cœurs, et engrange les sou­tiens — à tel point qu’au Brésil, les tra­vailleurs pré­caires acceptent de ne pas obte­nir davan­tage de droits. Ce point est l’aspect le plus per­vers de ce modèle. Il rend extrê­me­ment dif­fi­cile, bien que pas impos­sible, la lutte contre le fas­cisme, contre ce capi­ta­lisme bar­bare. Cette lutte sera notre grand défi au XXIe siècle.


Traduit de l’es­pa­gnol par Patrick Zech et Thomas Misiaszek, pour Ballast. « Mônica Francisco : Bolsonaro es el resul­ta­do de la ven­gan­za de las élites », El Salto, 21 sep­tembre 2019.


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