Au croisement des luttes environnementales et sociales : rencontre avec l’historien Renaud Bécot


Entretien inédit pour le site de Ballast

L’écologie et le monde ouvrier sont encore sou­vent vus comme irré­con­ci­liables. C’est que le pro­duc­ti­visme a his­to­ri­que­ment impré­gné l’i­ma­gi­naire et les pra­tiques de toute une tra­di­tion trans­for­ma­trice. Pourtant, lhis­toire sociale et envi­ron­ne­men­tale montre que des orga­ni­sa­tions syn­di­cales ont pu s’emparer de cer­taines pré­oc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­tales : les catas­trophes indus­trielles et les dif­fé­rentes pol­lu­tions cau­sées par les usines — en par­ti­cu­lier de la chi­mie et de la pétro­chi­mie — ont ain­si sus­ci­té des ques­tion­ne­ments, voire des remises en cause de « l’ordre usi­nier ». Ces ques­tions étaient alors arti­cu­lées à celle de la san­té au tra­vail. Et même plus : « Derrière son appa­rente évi­dence, la sépa­ra­tion entre l’intérieur et l’extérieur des espaces et des temps du tra­vail est une construc­tion his­to­rique répon­dant à des inté­rêts pré­cis », avance l’his­to­rien Renaud Bécot. C’est notam­ment ce que montrent ses tra­vaux, situés au croi­se­ment de l’his­toire envi­ron­ne­men­tale et de l’his­toire sociale. Pour en par­ler, nous l’a­vons ren­con­tré à Grenoble.


Quelques semaines après l’explosion de Lubrizol, vous écri­viez que « la catas­trophe n’a pas (encore) eu lieu ». Les sciences humaines et sociales ne voient pas cet incen­die avec la même tem­po­ra­li­té que « l’événement » à pro­pre­ment par­ler. Pourquoi ?

Ce type de catas­trophe, avec des éma­na­tions de fumées pétro­lières ou pétro­chi­miques, a un impact sur la san­té des rive­rains et des sala­riés qui est tou­jours dif­fé­ré dans le temps. À Lubrizol, les ser­vices pré­fec­to­raux ont dit qu’il n’y avait pas de toxi­ci­té aiguë ni de risque immé­diat. Mais on ne peut pas savoir ce qu’il en sera dans dix ou vingt ans : c’est en ce sens qu’in­ter­viennent dif­fé­rents enjeux de tem­po­ra­li­tés. La catas­trophe de Lubrizol n’a pas encore eu lieu parce que les consé­quences sani­taires ne pour­ront être éva­luées que dans plu­sieurs décen­nies. D’ailleurs, le terme même de « catas­trophe » est un obs­tacle à la com­pré­hen­sion de ce qu’il se passe.

En quel sens ?

« Une fois l’in­cen­die éteint ou l’ex­plo­sion pas­sée, la catas­trophe serait ter­mi­née, comme si ce qui se pas­sait après n’en fai­sait pas partie. »

En employant ce mot, on a tou­jours une foca­li­sa­tion sur un moment, celui de l’accident, avec des images spec­ta­cu­laires très lar­ge­ment dif­fu­sées dans les médias natio­naux : à Feyzin dans les années 19601 c’était l’explosion de la raf­fi­ne­rie, à AZF2 l’explosion et le cra­tère creu­sé sur le site, à Lubrizol le panache de fumée au des­sus de Rouen. Une fois l’in­cen­die éteint ou l’ex­plo­sion pas­sée, la catas­trophe serait ter­mi­née, comme si ce qui se pas­sait après n’en fai­sait pas par­tie. En sciences sociales, on cherche donc d’autres termes. Celui de « désastre », par exemple, qui insiste moins sur un moment don­né. Il y a aus­si des nui­sances indus­trielles qui ne sont pas visibles de manière aus­si spec­ta­cu­laire mais qui pol­luent des sols, des ter­ri­toires : le mot « désastre » rend compte de ces pol­lu­tions chroniques.

Sans être une catas­trophe de nature indus­trielle, ça a été aus­si le cas avec l’in­cen­die de Notre-Dame de Paris : des images très fortes et lar­ge­ment dif­fu­sées. Mais, à pré­sent, les ques­tions de conta­mi­na­tion au plomb sont peu visibles dans l’espace médiatique.

C’est peu visible, mais c’est une mobi­li­sa­tion impor­tante pour les per­sonnes qui la portent. À mon sens, il y a deux enjeux qui doivent être sou­li­gnés à pro­pos de Notre-Dame. Premièrement, sont rejouées des contro­verses sur l’impact sani­taire du plomb, récur­rentes depuis plus d’un siècle. L’historienne Judith Rainhorn3 a tra­vaillé sur l’utilisation de la céruse, un com­po­sé à base de plomb employé notam­ment dans les pein­tures en bâti­ment. Elle montre que pen­dant tout le XIXe siècle, il y a eu plu­sieurs phases de mise en visi­bi­li­té des risques liés à la pro­duc­tion et à l’utilisation de la céruse. Et, très sou­vent, ces moments étaient refer­més par des contre-offen­sives de la part des indus­triels, qui avaient d’ailleurs des relais dans l’espace poli­tique. Il fal­lait de nou­veau prou­ver que le plomb était un patho­gène, mal­gré les tra­vaux qui avaient déjà appor­tés ces preuves et qui étaient alors oubliés. La même contro­verse se répé­tait ain­si à quelques décen­nies d’intervalles… Notre-Dame en est un pro­lon­ge­ment, parce qu’il est dif­fi­cile de faire admettre aux auto­ri­tés publiques que le plomb dif­fu­sé autour de la cathé­drale pour­rait entraî­ner des consé­quences sur la san­té des rive­rains ou des sala­riés qui tra­vaillent sur la recons­truc­tion. Deuxièmement, on voit une coa­li­tion de dif­fé­rents groupes mili­tants qui cherchent à rendre visible le fait qu’il y a eu des dis­per­sions de plomb et les poten­tiels effets sani­taires que cela a pu entraî­ner. Il y a à la fois l’Association fran­çaise des vic­times du satur­nisme — dans une démarche de san­té publique hors des lieux de tra­vail —, et des orga­ni­sa­tions qui tra­vaillent sur les enjeux de san­té au tra­vail, comme l’association Henri Pézerat ou la CGT. Cet ensemble de forces est mar­quant parce que ce n’est pas une jonc­tion tou­jours simple à faire !

[Ralston Crawford]

Nous aurons l’occasion d’y reve­nir. La loi de 1898 sur la répa­ra­tion des acci­dents du tra­vail repose sur l’indemnisation des vic­times, un prin­cipe qui a été éten­du aux mala­dies pro­fes­sion­nelles en 1919. Accidents du tra­vail et patho­lo­gies pro­fes­sion­nelles relèvent alors d’un régime de type assu­ran­tiel, avec une com­pen­sa­tion finan­cière. Comment s’ex­plique cette mutation ?

Pendant tout le XIXe siècle, il n’y a pas de lois spé­ci­fiques sur les acci­dents du tra­vail ou les mala­dies pro­fes­sion­nelles ; le droit du tra­vail n’en est encore qu’à ses pré­mices. Les ouvriers vic­times d’un acci­dent au tra­vail peuvent fon­der juri­di­que­ment leurs plaintes sur les lois appli­cables à l’ensemble de la popu­la­tion, et se tour­ner vers les tri­bu­naux civils pour obte­nir répa­ra­tion du pré­ju­dice subi4. Les employeurs courent donc le risque de se retrou­ver devant une cour de jus­tice et d’être sanc­tion­nés finan­ciè­re­ment, sans pou­voir anti­ci­per le mon­tant. Pour le résu­mer som­mai­re­ment, cela empêche les employeurs de connaître par avance le « poids » d’un acci­dent du tra­vail sur leurs comptes. Si l’ensemble du patro­nat ne sou­tient pas cette loi, parce qu’il s’agit d’une inter­ven­tion dans la sphère des rela­tions pro­fes­sion­nelles, une par­tie y est favo­rable pour pou­voir anti­ci­per le coût des accidents.

Quelles sont alors les impli­ca­tions de ce nou­veau paradigme ?

« Auparavant, quand on par­lait d’une pol­lu­tion indus­trielle, ça pou­vait débor­der les murs de l’usine. »

Il y a trois aspects. Le pre­mier : dès qu’un acci­dent sur­vient sur le lieu et le temps de tra­vail, la res­pon­sa­bi­li­té de l’employeur est enga­gée sans avoir à en faire la preuve, ce qui, dans les faits, est plus com­pli­qué. Deuxième élé­ment, qui est un peu la contre­par­tie de cette pré­somp­tion d’imputabilité : le mon­tant de la répa­ra­tion pour les ouvriers vic­times de l’accident est ver­sé par l’employeur. C’est la répa­ra­tion for­fai­taire, éta­blie selon un barème (qui ne com­pense pas l’ensemble du salaire). Troisième prin­cipe, impli­cite : les ouvriers ne peuvent plus judi­cia­ri­ser les acci­dents dont ils ont été vic­times. À par­tir de 1898, les pro­cé­dures judi­ciaires deviennent qua­si­ment inexis­tantes, ou sont du moins très dif­fi­ciles. Ce sera le cas jusque dans les années 1970, où l’on assiste à plu­sieurs ten­ta­tives pour réin­tro­duire ces enjeux devant la jus­tice, mais ce sera glo­ba­le­ment un échec au cours de cette décen­nie (mais cela se sol­de­ra glo­ba­le­ment par un échec).

Ça consti­tue donc un pivot important…

Oui, car ces lois de 1898 et 1919 conduisent fina­le­ment à enclore le débat sur l’espace et le temps du tra­vail. Auparavant, quand on par­lait d’une pol­lu­tion indus­trielle, ça pou­vait débor­der les murs de l’usine et être por­té aus­si bien par des tra­vailleurs à l’intérieur de l’industrie que par des rive­rains. Cela ne veut pas dire qu’il exis­tait des liens auto­ma­tiques entre les motifs de pro­tes­ta­tion au sein et en-dehors de l’entreprise, mais la ligne de démar­ca­tion juri­dique ne consti­tuait pas un obs­tacle aus­si fort qu’au XXe siècle. Ces lois ren­forcent une sépa­ra­tion entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise.

[Ralston Crawford]

On est mal­gré tout ten­té de voir comme une avan­cée cette sorte de recon­nais­sance des acci­dents du tra­vail et des mala­dies pro­fes­sion­nelles. Mais vous par­lez d’une « forme d’acceptation sociale des acci­dents » : la loi a eu pour effet de les normaliser ?

Cette loi repose sur l’idée que l’accident du tra­vail serait une fata­li­té : le fonc­tion­ne­ment de l’industrie impli­que­rait des acci­dents et la marche du pro­grès serait de les accep­ter. Il y a donc une forme de nor­ma­li­sa­tion. Mais l’ambivalence de la loi se reflète effec­ti­ve­ment dans les posi­tions des orga­ni­sa­tions du mou­ve­ment ouvrier de l’époque. Elle est plu­tôt contes­tée lors de son adop­tion : des socia­listes comme Jules Guesde ain­si que des syn­di­cats s’y opposent car le prin­cipe de moné­ta­ri­sa­tion leur pose pro­blème. Mais assez rapi­de­ment, une fois la loi en appli­ca­tion, les mili­tants syn­di­caux la voient comme un des rares leviers à leur dis­po­si­tion quand ils veulent faire recon­naître un pré­ju­dice subit par un ouvrier. D’ailleurs, à par­tir de l’entre-deux-guerres, aus­si bien à la CGT que dans le syn­di­ca­lisme chré­tien puis à la CFDT après 1964, cette loi est pré­sen­tée comme une conquête sociale, voire même comme une conquête du mou­ve­ment syn­di­cal qui aurait de tout temps deman­dé cette loi. Or, la situa­tion est beau­coup plus nuan­cée.

Pourquoi ?

« Cette loi de 1898 repose sur l’idée que l’accident du tra­vail serait une fata­li­té : le fonc­tion­ne­ment de l’industrie impli­que­rait des acci­dents et la marche du pro­grès serait de les accepter. »

D’une part, au cours du XXe siècle, les orga­ni­sa­tions syn­di­cales se sont appuyées sur le para­digme de la com­pen­sa­tion moné­taire des risques, qui était au cœur des lois de 1898 et 1919. Ces lois sont appa­rues comme les prin­ci­paux leviers, voire les seuls, dont dis­po­saient les syn­di­ca­listes pour faire recon­naître une res­pon­sa­bi­li­té patro­nale lorsque sur­viennent acci­dents et mala­dies. En uti­li­sant ces lois dont l’application ini­tiale était res­treinte à cer­taines patho­lo­gies, les syn­di­ca­listes ont aus­si cher­ché à faire recon­naître davan­tage de mala­dies pro­fes­sion­nelles. Ces démarches repo­saient sur un consen­te­ment tacite au prin­cipe de com­pen­sa­tion moné­taire des risques du tra­vail : ce phé­no­mène se com­prend uni­que­ment si l’on consi­dère que ces lois étaient les seuls leviers dont dis­po­saient les syn­di­ca­listes pour obte­nir une recon­nais­sance mini­male des pré­ju­dices de san­té subis dans le cadre du tra­vail. D’autre part, si cette logique de moné­ta­ri­sa­tion des risques domine dans le monde syn­di­cal au XXe siècle, elle n’écrase pas non plus toutes les orga­ni­sa­tions ni toutes les expé­riences syn­di­cales. Une cri­tique très vive s’est déve­lop­pée, avan­çant l’idée qu’il fau­drait sanc­tua­ri­ser la san­té ouvrière, c’est-à-dire sous­traire les enjeux de san­té du péri­mètre de ce qu’il serait accep­table de négo­cier dans les rela­tions pro­fes­sion­nelles. Dans les années 1970, les syn­di­cats, notam­ment cer­tains sec­teurs de la CFDT, puis cer­tains syn­di­cats au sein de la CGT, ont por­té cette contestation5.

Vous l’a­vez men­tion­né : dans les années 1960–1970, des mou­ve­ments syn­di­caux ont jus­te­ment cher­ché à dépas­ser cette césure entre l’entreprise et le lieu de vie…

Mes pro­pos se fondent essen­tiel­le­ment sur une recherche menée dans les ter­ri­toires de la pétro­chi­mie. Il y a un point impor­tant que l’on n’a pas néces­sai­re­ment en tête aujourd’­hui : une bonne par­tie des per­sonnes qui tra­vaillent dans les sec­teurs de la pétro­chi­mie et de la chi­mie vivent dans un péri­mètre assez res­treint autour de celui de l’entreprise. Elles peuvent donc être tou­chées par les pol­lu­tions dans leur tra­vail comme sur leur lieu de vie. Ça ne veut pas dire que la jonc­tion est évi­dente, mais il y a des cir­cu­la­tions entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise, et la pos­si­bi­li­té de se connec­ter à des asso­cia­tions de rive­rains existe bien. Les luttes pour la san­té au tra­vail et celles contre la pol­lu­tion indus­trielle com­mencent à se ren­con­trer à par­tir du milieu des années 1960 — notam­ment après l’explosion de la raf­fi­ne­rie de Feyzin. Des syn­di­ca­listes réin­ves­tissent les comi­tés d’hygiène et de sécu­ri­té (CHS), et se rendent compte que ces CHS ont un cer­tain nombre de pou­voirs qui n’ont pas été uti­li­sées jusque-là. Par exemple, la pos­si­bi­li­té de mener des enquêtes dans les entre­prises, d’ob­ser­ver ce qu’il se passe dans les ate­liers, de sol­li­ci­ter des exper­tises exté­rieures pour appuyer des pro­po­si­tions syn­di­cales… Une géné­ra­tion de mili­tants — ini­tia­le­ment de la CFDT, très rapi­de­ment sui­vis par des syn­di­qués CGT —, se spé­cia­lise dans le domaine de la san­té au tra­vail. Ils réflé­chissent à la manière dont les CHS seraient sus­cep­tibles d’a­ler­ter les rive­rains sur les pol­lu­tions à l’extérieur et aux liens qu’ils pour­raient tis­ser avec des asso­cia­tions, des comi­tés de rive­rains, des muni­ci­pa­li­tés ouvrières, etc., pour appuyer des reven­di­ca­tions syndicales.

[Ralston Crawford]

Cette pre­mière jonc­tion s’approfondit au début des années 1970. Dans cer­taines muni­ci­pa­li­tés au sud de Lyon, des com­mis­sions extra-muni­ci­pales de luttes contre les nui­sances se mettent en place. C’est un levier que des syn­di­ca­listes uti­lisent pour exi­ger des entre­prises qu’elles dévoilent cer­taines infor­ma­tions, ou pour faire pres­sion sur les employeurs. Au sein de la CFDT, des unions locales sont rem­pla­cées par des « Unions inter­pro­fes­sion­nelles de base » (UIB) : le chan­ge­ment n’af­fecte pas seule­ment la ter­mi­no­lo­gie, mais témoigne d’une volon­té de trans­for­ma­tion des pra­tiques au sein de ces struc­tures. Des sala­riés sur le ter­ri­toire concer­né, des habi­tants, des chô­meurs, des femmes au foyer par­ti­cipent et inter­viennent dans ces UIB. Ce n’est donc pas uni­que­ment une struc­ture qui vise­rait la coor­di­na­tion d’actions syn­di­cales dans dif­fé­rentes entre­prises. Les UIB ont une appré­hen­sion spé­ci­fique du ter­ri­toire, ce qui per­met de mieux se sai­sir des ques­tions envi­ron­ne­men­tales et des pol­lu­tions. Elles faci­litent donc les liens en dehors de l’entreprise, avec des asso­cia­tions, des scien­ti­fiques, etc. Par exemple, dans les années 1970, l’UIB d’Oullins Pierre-Bénite a fait inter­ve­nir le direc­teur du Centre inter­na­tio­nal de la recherche sur le cancer.

Vous par­lez de contes­ta­tions de « l’ordre usi­nier », qui expriment selon vous un « envi­ron­ne­men­ta­lisme ouvrier » : deux mots que l’on n’a pas l’habitude de voir asso­ciés. Qu’entendez-vous par là ?

« Dans l’environnementalisme ouvrier, la réflexion ne se limite pas à l’impact envi­ron­ne­men­tal des acti­vi­tés productives. »

Je ne suis pas le seul à uti­li­ser cette expres­sion : des col­lègues ita­liens, cana­diens, éta­su­niens, l’emploient pour décrire ce qui se passe dans le mou­ve­ment syn­di­cal dans ces pays dans les années 1960 et 1970. Des mili­tants syn­di­caux s’intéressent à par­tir de cette époque aux enjeux envi­ron­ne­men­taux, soit par le prisme des luttes contre les pol­lu­tions indus­trielles, soit par celui d’une pro­tec­tion d’espaces dits natu­rels pour per­mettre un accès des classes popu­laires à ces espaces. L’administration de l’environnement (créée dans les années 1970) met­tait en avant la pro­tec­tion de la nature pour elle-même, et avec une approche que ces mili­tants jugeaient « tech­no­cra­tique ». Les syn­di­ca­listes, eux, à l’in­verse, ins­crivent leur réflexion dans les enjeux de classe, notam­ment ceux liés à la san­té des classes popu­laires — expo­si­tion aux pol­lu­tions indus­trielles dans l’espace de tra­vail et en dehors, accès à des res­sources ou des ter­ri­toires dont ils ne peuvent avoir usage.

On retrouve là des liens avec la notion de jus­tice envi­ron­ne­men­tale : les classes popu­laires vivent dans des lieux avec davan­tage de nui­sances envi­ron­ne­men­tales et de risques industriels.

Cela rejoint en par­tie les constats des tra­vaux sur la jus­tice envi­ron­ne­men­tale, réa­li­sés aux États-Unis depuis la fin des années 1980. Lorsqu’on parle de ce cou­rant en France, pense à la concen­tra­tion d’activités indus­trielles dans un endroit, avec une impor­tante pré­sence de popu­la­tion ouvrière, dans le cas amé­ri­cain, de popu­la­tion lati­no et/ou noire-amé­ri­caine. Ces constats rap­pellent la filia­tion entre la jus­tice envi­ron­ne­men­tale et le mou­ve­ment pour les droits civiques. C’est effec­ti­ve­ment un héri­tage essen­tiel pour com­prendre les mou­ve­ments amé­ri­cains pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale. Cependant, il existe une seconde filia­tion qui est davan­tage mécon­nue : ce sont les mobi­li­sa­tions sur les ques­tions envi­ron­ne­men­tales du mou­ve­ment syn­di­cal éta­su­nien des années 1960–1970. Les syn­di­cats de la chi­mie et du pétrole se sont en effet mobi­li­sés à plu­sieurs reprises : il y a eu des grèves impor­tantes pour deman­der une régle­men­ta­tion envi­ron­ne­men­tale plus contrai­gnante. J’insiste sur ce point car dans l’environnementalisme ouvrier, en France et en Italie en tout cas, la réflexion ne se limite pas à l’impact envi­ron­ne­men­tal des acti­vi­tés pro­duc­tives. Juste après la Seconde Guerre mon­diale, la redis­tri­bu­tion de richesses comme contre­par­tie de l’expansion des forces pro­duc­tives était appuyée par les syn­di­cats, et ce sans inter­ro­ger le conte­nu du tra­vail. L’environnementalisme ouvrier naît en par­tie en réac­tion à cette posi­tion, tan­dis que la fina­li­té de la pro­duc­tion rede­vient cru­ciale pour les orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Les mili­tants se demandent alors s’il est envi­sa­geable de réorien­ter les acti­vi­tés pro­duc­tives en fonc­tion des besoins iden­ti­fiés comme essen­tiels ou superflus.

[Ralston Crawford]

Cette ques­tion des besoins trouve-t-elle un écho avec les mou­ve­ments éco­lo­gistes de l’époque ?

Cela dépend de la manière dont on défi­nit les mou­ve­ments éco­lo­gistes. Au tout début des années 1970, il est dif­fi­cile de savoir quels mou­ve­ments se reven­di­que­raient expli­ci­te­ment de l’écologie. Dans cette période, des per­sonnes portent cette réflexion — cer­tains res­pon­sables de la CFDT, notam­ment — sans s’im­pli­quer dans les mou­ve­ments qui se qua­li­fie­raient d’écologistes. Au début des années 1970 le pro­jet cen­tral de la CFDT est le socia­lisme auto­ges­tion­naire, qui passe par la pla­ni­fi­ca­tion démo­cra­tique de l’économie. Fredo Krumnow (numé­ro 2 du syn­di­cat, en quelque sorte) dit qu’il faut aus­si pen­ser aux cri­tères envi­ron­ne­men­taux de cette pla­ni­fi­ca­tion. Sa réflexion porte sur l’idée que la démo­cra­ti­sa­tion des choix de pro­duc­tion, de la défi­ni­tion des fina­li­tés du tra­vail, etc., pour­rait être un vec­teur de trans­for­ma­tions qui seraient éga­le­ment ver­tueuses sur le plan éco­lo­gique, à condi­tion de sus­ci­ter une réflexion sur la défi­ni­tion des « besoins » des socié­tés. Distinguer ce que sont des besoins « essen­tiels » de ceux qu’il qua­li­fie de « super­flus » consti­tue un enjeu majeur pour lui. Il ne pré­sup­pose pas une défi­ni­tion arrê­tée de ce que seraient ces besoins essen­tiels, il sug­gère plu­tôt que ceux-ci ne pour­raient être défi­nis qu’au terme d’un pro­ces­sus de déli­bé­ra­tion démo­cra­tique. Et c’est seule­ment ain­si qu’il serait pos­sible de réorien­ter des acti­vi­tés pro­duc­tives pour se concen­trer sur les besoins consi­dé­rés dès lors comme essen­tiels et limi­ter les pro­duc­tions moins utiles socia­le­ment et moins viables éco­lo­gi­que­ment. Ce type de réflexions peut ren­con­trer une sym­pa­thie lors de mobi­li­sa­tions qui pré­fi­gurent, en par­tie, l’émergence des cou­rants éco­lo­gistes (les mobi­li­sa­tions autour du Larzac, contre l’implantation d’une usine chi­mique à Marckolsheim en Alsace, etc.). Néanmoins, c’est dif­fi­cile de dire qu’il y aurait ici un lien direct avec des écologistes.

« Au début des années 1970 le pro­jet cen­tral de la CFDT est le socia­lisme auto­ges­tion­naire, qui passe par la pla­ni­fi­ca­tion démo­cra­tique de l’économie. »

En revanche, on peut obser­ver un tour­nant autour de 1974. D’une part, la struc­tu­ra­tion des cou­rants éco­lo­gistes devient plus nette : plu­sieurs jour­naux s’en reven­diquent, des réseaux se struc­turent, la cam­pagne de René Dumont à l’élection pré­si­den­tielle contri­bue aus­si à une mise en visi­bi­li­té de ces cou­rants, etc. D’autre part, l’année 1974 est celle de l’annonce du plan d’équipement élec­tro­nu­cléaire en France et, par consé­quent, des réseaux de contes­ta­tion du pro­gramme nucléaire se struc­turent et prennent une ampleur natio­nale. Dans la construc­tion de ces mobi­li­sa­tions, la CFDT occupe un rôle par­ti­cu­lier, en pro­dui­sant un ouvrage de contre-exper­tise dès 1975. Ce livre per­met aus­si de dif­fu­ser la réflexion cédé­tiste sur les besoins. Ces mobi­li­sa­tions contre l’énergie nucléaire deviennent ain­si un espace de ren­contres entre syn­di­ca­listes et éco­lo­gistes, et la réflexion sur la défi­ni­tion des besoins trouve ici un écho auprès de cou­rants écologistes.

Là où la CGT reste davan­tage dans une vision pro­duc­ti­viste, cette réflexion sur les besoins se voit donc por­tée plus volon­tiers par la CFDT de l’époque. Mais cette ques­tion dis­pa­raît pro­gres­si­ve­ment de tout le pay­sage syn­di­cal au fil des années…

La situa­tion est un peu plus ambi­va­lente. Certes, un cer­tain nombre de mili­tants ont pu prendre leurs dis­tances par rap­port à la CFDT, notam­ment après le recen­trage. Après celui-ci, la réflexion sur la fina­li­té des acti­vi­tés pro­duc­tives est bien moins pré­sente dans les expres­sions cédé­tistes. Mais cela n’est pas lié qu’à des trans­for­ma­tions internes aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales… À la fin des années 1970, le rap­port de force s’est aus­si com­plè­te­ment trans­for­mé, le chan­tage à l’emploi devient plus fort : dans ces condi­tions, il devient plus dif­fi­cile pour les syn­di­ca­listes de poser ces ques­tions. Les tra­jec­toires bio­gra­phiques de plu­sieurs mili­tants CFDT sont d’ailleurs inté­res­santes. Certains quittent leurs sec­teurs indus­triels pour un autre métier, d’autres partent de la CFDT pour aller dans des orga­ni­sa­tions syn­di­cales où ils estiment que ces ques­tions sont davan­tage por­tées. Il y en a qui séparent leur enga­ge­ment syn­di­cal d’un autre enga­ge­ment à l’extérieur de l’entreprise, où les ques­tions des besoins, de trans­for­ma­tion éco­lo­gique de l’économie vont être affir­mées hors d’un cadre de subor­di­na­tion sala­rial. Il y a une nou­velle démar­ca­tion dans l’engagement à la fin des années 1970 et dans les années 1980.

[Ralston Crawford]

Vous par­liez pré­cé­dem­ment des CHS et d’une forme d’expertise syn­di­cale qui s’était consti­tuée au fil du temps. Ce savoir là a‑t-il été trans­mis ou s’est-il perdu ?

C’est com­pli­qué. Des mili­tants ont cher­ché à trans­mettre cette exper­tise, il y a eu régu­liè­re­ment des articles dans la presse syn­di­cale, des for­ma­tions étaient orga­ni­sées, etc., mais il y a indé­nia­ble­ment une rup­ture. Une par­tie de la géné­ra­tion de mili­tants qui s’est for­mée s’épuise, cer­tains res­sentent une forme de dés­illu­sion car ils ont le sen­ti­ment de ne trou­ver per­sonne pour prendre la suite par­mi les jeunes syn­di­qués. Autre fac­teur, qui reste vrai aujourd’hui : les mili­tants inves­tis sur les ques­tions de san­té au tra­vail ont l’impression qu’on leur fait confiance sur ce thème, mais qu’on consi­dère leur action comme péri­phé­rique par rap­port au cœur de l’ac­tion syn­di­cale. Cela rend dif­fi­cile la trans­mis­sion. Des réseaux très actifs sur la san­té au tra­vail conti­nuent quand même leur acti­vi­té, dans les­quels des mili­tants s’investissent, mais leur action se déve­loppe presque en dehors des syn­di­cats. Par exemple, la pre­mière publi­ca­tion en 1985 du livre Les Risques du tra­vail, avec des inter­ven­tions de méde­cins, toxi­co­logues, syn­di­ca­listes, etc., est une manière d’essayer de trans­mettre leur exper­tise. Dans les années 1980, des asso­cia­tions de vic­times de mala­dies pro­fes­sion­nelles com­mencent aus­si à se consti­tuer. Elles théo­risent le fait que même si elles peuvent tra­vailler avec des syn­di­cats, il leur est néces­saire de main­te­nir une forme d’autonomie, car c’est ce qui leur per­met d’être plus cri­tique sur le cadre juri­dique de la com­pen­sa­tion moné­taire dont on dis­cu­tait. Tous ces fac­teurs contri­buent à une rup­ture d’héritage.

Et du côté de col­lec­tifs ou d’associations actuelles, comme le Groupement d’in­té­rêt scien­ti­fique sur les can­cers d’o­ri­gine pro­fes­sion­nelle en Seine-Saint-Denis (Giscop93) ou l’association des anciens ver­riers de Givors, leur action s’inscrit-elle dans une conti­nui­té his­to­rique des mobi­li­sa­tions syn­di­cales passées ?

« Des réseaux très actifs sur la san­té au tra­vail conti­nuent quand même leur acti­vi­té, mais leur action se déve­loppe presque en dehors des syndicats. »

Il faut d’abord dis­tin­guer ces deux struc­tures. Les deux s’inscrivent dans des ter­ri­toires mar­qués par les consé­quences sociales et éco­lo­giques de la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, elles prennent donc en charge des pro­blèmes qui peuvent pré­sen­ter une simi­la­ri­té, mais elles n’ont ni le même sta­tut, ni la même fonc­tion. L’association des anciens ver­riers ras­semble d’abord d’anciens sala­riés d’une même entre­prise pour pro­lon­ger les soli­da­ri­tés qui pou­vaient exis­ter dans ce col­lec­tif de tra­vail, et par­fois faire valoir leurs inté­rêts par une action reven­di­ca­tive. Quant au Giscop93, c’est d’abord un groupe de recherche sur les can­cers d’origine pro­fes­sion­nelle. C’est-à-dire que les recherches sont menées pour mieux connaître et sen­si­bi­li­ser sur le rôle du tra­vail dans la l’ap­pa­ri­tion des mala­dies, pour faci­li­ter ensuite le par­cours d’accès aux droits et la recon­nais­sance pour les ayants-droits, et fina­le­ment pour encou­ra­ger des pra­tiques de pré­ven­tion dans les lieux de tra­vail patho­gènes. Bref, les anciens ver­riers sont réunis dans une asso­cia­tion qui peut avoir des acti­vi­tés reven­di­ca­tives, alors que le Giscop93 est une ins­ti­tu­tion qui répond à un inté­rêt géné­ral en cher­chant à per­fec­tion­ner l’action publique en matière de san­té et à flui­di­fier l’accès aux droits pour tous et toutes.

Ensuite, il est dif­fi­cile d’avoir une réponse homo­gène, car cela dépend des his­toires sociales de chaque ter­ri­toire indus­triel. Sur le plan his­to­rique, les Unions inter­pro­fes­sion­nelles de base dont on par­lait ne sont pas des asso­cia­tions, mais vrai­ment des struc­tures syn­di­cales, puisqu’elles étaient inté­grées à la CFDT de l’époque. Aujourd’hui, dans le cas de Givors, même si l’association n’est pas liée à un syn­di­cat en par­ti­cu­lier, il y a une conti­nui­té très nette entre son action et l’activité syn­di­cale des anciens ver­riers. Dans les années 1970, on recense plu­sieurs mobi­li­sa­tions sur la pol­lu­tion indus­trielle, la san­té au tra­vail, dans ces ter­ri­toires du sud-lyon­nais. À Givors, il y une forte implan­ta­tion du Parti com­mu­niste et de la CGT dans la plu­part des entre­prises, et en 1971, le maire com­mu­niste Camille Vallin créé une asso­cia­tion envi­ron­ne­men­ta­liste. Des contre-exper­tises sont menées pour prou­ver un cer­tain nombre de pol­lu­tions indus­trielles dans le « cou­loir de la chi­mie ». Donc les mobi­li­sa­tions sur la san­té au tra­vail de ces der­nières années sont faci­li­tées par des dis­cours qui ont déjà été enten­dus il y a plu­sieurs décen­nies. Pour d’autres ter­ri­toires, comme l’étang de Berre et la région de Fos-sur-Mer, il y a aus­si eu his­to­ri­que­ment des mobi­li­sa­tions sur les pol­lu­tions indus­trielles. Au cours des années 1970, une asso­cia­tion de méde­cins se consti­tue pour essayer de recen­ser les mala­dies liées à ces pol­lu­tions ; l’association n’existe plus mais été active pen­dant des années. Cet arrière-plan par­ti­cipe à nour­rir des dis­cours cri­tiques sur la pol­lu­tion indus­trielle et son impact sani­taire, et peut four­nir des res­sources scien­ti­fiques, dis­cur­sives, aux col­lec­tifs de sala­riés ou d’anciens sala­riés qui se mobi­lisent aujourd’hui pour construire leur action.


Illustration de ban­nière : Ralston Crawford


  1. Raffinerie de pétrole au sud de Lyon qui a connu une explo­sion en 1966.
  2. Explosion de l’u­sine d’en­grais azo­tés AZF située à Toulouse en 2001, ayant entraî­né la mort de 31 per­sonnes.
  3. Voir notam­ment la tri­bune « Autour de Notre-Dame, un silence de plomb » et l’ar­ticle « Le plomb, le peintre et la flèche de Notre-Dame. Politiques de l’ignorance à pro­pos du risque satur­nin en longue durée ».
  4. Dans une recherche impor­tante, l’historien Alain Cottereau avait bien démon­tré que les tri­bu­naux civils pou­vaient être inves­tis par les tra­vailleurs au XIXe siècle, ce qui ne fut plus le cas par la suite. Voir Alain Cottereau, « Droit et bon droit. Un droit des ouvriers ins­tau­ré, puis évin­cé par le droit du tra­vail (France, XIXe siècle) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 57, n° 6, 2002, p. 1521–1557 [ndla].
  5. Les tra­vaux d’histoire de la san­té au tra­vail ont beau­coup insis­té sur le fait que la contes­ta­tion du prin­cipe de com­pen­sa­tion moné­taire n’aurait pu se déployer qu’à par­tir des marges du sala­riat, dans les luttes des OS et des tra­vailleurs immi­grés dans les années 1970, qui n’étaient pas les franges du sala­riat les plus influentes dans les orga­ni­sa­tions syn­di­cales. C’est en par­tie vrai, mais en par­tie seule­ment, puisque ces contes­ta­tions furent aus­si por­tées par des syn­di­ca­listes. Surtout, au-delà de la période de forte conflic­tua­li­té sociale des années 1968, cette contes­ta­tion du prin­cipe de com­pen­sa­tion moné­taire des risques a conti­nué à vivre dans cer­tains sec­teurs des mondes du tra­vail. Et la trans­mis­sion de ces réflexions et pra­tiques repose bien sur des orga­ni­sa­tions qui peuvent conser­ver une mémoire et la trans­mettre, c’est. C’est le cas des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, puis d’associations de vic­times des mala­dies pro­fes­sion­nelles — mais qui sont sou­vent ani­mées par d’anciens syn­di­ca­listes [ndla].

REBONDS

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