Angela Davis appelle à la résistance collective


Intervention traduite de l’anglais pour le site de Ballast

La Marche des femmes a répon­du hier, en six cents points du globe, à l’in­ves­ti­ture du 45e pré­sident nord-amé­ri­cain, Donald Trump : une foule écra­sante. Aux États-Unis, des rues de Chicago à celles de Portland, des squares de New York aux places de Boston, on dénom­bra plus de deux mil­lions de mani­fes­tantes et de mani­fes­tants : le mil­liar­daire fait en effet l’ob­jet de plu­sieurs accu­sa­tions d’a­gres­sion sexuelle et s’est van­té de pou­voir « tout faire » sur les femmes, sans sou­ci de leur consen­te­ment, du fait de sa célé­bri­té média­tique. La mili­tante fémi­niste Angela Davis, figure du Mouvement noir de libé­ra­tion des années 1970 et can­di­date par deux fois à la vice-pré­si­dence des États-Unis en tant que membre du Parti com­mu­niste, en était. « Les pro­chains 1 459 jours de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump seront 1 459 jours de résis­tance », a‑t-elle lan­cé. Nous tra­dui­sons le discours qu’elle a pro­non­cé à Washington, « L’Histoire ne peut être effa­cée comme on efface une page Web ».


À ce moment déci­sif de notre his­toire, rap­pe­lons-nous que nous toutes et tous qui sommes ici — ces cen­taines de mil­liers, voire de mil­lions de femmes, de per­sonnes trans­genres, d’hommes et de jeunes —, à la Marche des femmes, repré­sen­tons les puis­santes forces du chan­ge­ment : nous sommes déter­mi­nés à empê­cher que ces vieilles cultures racistes et hété­ro-patriar­cales reviennent au devant de la scène. Nous consi­dé­rons que nous sommes des agents col­lec­tifs de l’Histoire et que celle-ci ne peut pas être effa­cée comme on efface une page Web. Nous savons que nous nous ras­sem­blons cet après-midi sur des terres indi­gènes et nous sui­vons l’exemple des peuples des pre­mières nations — qui, mal­gré la vio­lence géno­ci­daire mas­sive qu’ils ont connue, n’ont jamais renon­cé à la lutte pour leur ter­ri­toire, pour l’eau, pour la culture et pour leur peuple. Nous saluons par­ti­cu­liè­re­ment aujourd’­hui les Sioux de Standing Rock. Les luttes pour la liber­té des Noirs, qui ont façon­né la nature même de l’his­toire de notre pays, ne peuvent être sup­pri­mées d’un simple revers de la main. On ne peut pas nous faire oublier que les vies des Noirs comptent réel­le­ment [réfé­rence au mou­ve­ment Black lives mat­ter, ndlr]. L’histoire même de ce pays est ancrée dans celles de l’es­cla­va­gisme et du colo­nia­lisme — ce qui implique, qu’on le veuille ou non, que les États-Unis sont une his­toire d’im­mi­gra­tion et d’es­cla­vage. Propager la xéno­pho­bie, crier au meurtre et au viol et construire des murs n’ef­fa­ce­ront pas l’Histoire. Aucun être humain n’est illégal.

« Oui, nous saluons la lutte pour un salaire mini­mum à 15 dol­lars. Nous nous dédions à la résis­tance col­lec­tive. Nous résis­tons face aux mil­lion­naires qui pro­fitent des taux hypothécaires. »

La lutte pour la pla­nète — contre le dérè­gle­ment cli­ma­tique, pour garan­tir l’ac­ces­si­bi­li­té à l’eau des terres sioux de Standing Rock, de Flint, du Michigan, de la Cisjordanie et de Gaza, pour sau­ver notre faune, notre flore et l’air — est le cœur de la lutte pour la jus­tice sociale. Ceci est une Marche des femmes et cette Marche des femmes repré­sente la pro­messe d’un fémi­nisme qui se bat contre les pou­voirs per­ni­cieux de la vio­lence éta­tique. Un fémi­nisme inclu­sif et inter­sec­tion­nel qui nous invite toutes et tous à rejoindre la résis­tance face au racisme, à l’is­la­mo­pho­bie, à l’an­ti­sé­mi­tisme, à la miso­gy­nie et à l’ex­ploi­ta­tion capi­ta­liste. Oui, nous saluons la lutte pour un salaire mini­mum à 15 dol­lars. Nous nous dédions à la résis­tance col­lec­tive. Nous résis­tons face aux mil­lion­naires qui pro­fitent des taux hypo­thé­caires et face aux agents de la gen­tri­fi­ca­tion. Nous résis­tons face à ceux qui pri­va­tisent les soins de san­té. Nous résis­tons face aux attaques contre les musul­mans et les migrants. Nous résis­tons face aux attaques visant les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap. Nous résis­tons face aux vio­lences éta­tiques per­pé­trées par la police et par le com­plexe indus­tria­lo-car­cé­ral. Nous résis­tons face à la vio­lence de genre ins­ti­tu­tion­nelle et intime — en par­ti­cu­lier contre les femmes trans­genres de couleur.

Lutter pour le droit des femmes, c’est lut­ter pour les droits humains par­tout sur la pla­nète ; c’est pour­quoi nous disons : liber­té et jus­tice pour la Palestine ! Nous célé­brons la libé­ra­tion immi­nente de Chelsea Manning et Oscar López Rivera. Mais nous disons aus­si : libé­rez Leonard Peltier ! Libérez Mumia Abu-Jamal ! Libérez Assata Shakur ! Au cours des pro­chains mois et des pro­chaines années, nous serons appe­lés à inten­si­fier nos demandes de jus­tice sociale, à deve­nir plus actifs dans notre défense des popu­la­tions vul­né­rables. Que ceux qui prônent encore la supré­ma­tie de l’homme blanc hété­ro-patriar­cal se méfient de nous. Les pro­chains 1 459 jours de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump seront 1 459 jours de résis­tance. Résistance sur le ter­rain, résis­tance dans les salles de classe, résis­tance au tra­vail, résis­tance par notre art et notre musique. Ceci n’est que le com­men­ce­ment, et, pour reprendre les mots de l’i­ni­mi­table Ella Baker, « Nous qui croyons en la liber­té, nous ne nous repo­se­rons pas avant qu’elle n’advienne ». Je vous remercie.


Traduction de l’an­glais par Julie Paquette et Cihan Gunes, pour Ballast.


REBONDS

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☰ Lire notre article « Trump — Ne pleurez pas, organisez-vous ! », Richard Greeman, novembre 2016
☰ Lire notre abécédaire d’Angela Davis, octobre 2016
☰ Lire notre entretien avec Hester Eisenstein : « Il y a de la place pour la lutte sur tous les fronts », avril 2016
☰ Lire notre entretien avec Frigga Haug : « La libération des femmes est indispensable à celle de l’humanité », mars 2016
☰ Lire notre traduction « Black Panthers — Pour un antiracisme socialiste », Bobby Seale, décembre 2015

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