Alberta, du pain et des roses


Texte inédit pour Ballast

Marseille, décembre 2021. Nous assis­tons à une dis­cus­sion publique ini­tiée par l’or­ga­ni­sa­tion Révolution Permanente. On y croise le syn­di­ca­liste Anasse Kazib, alors en cam­pagne pour l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, Almamy Kanouté, mili­tant et tra­vailleur social, Sasha Yaropolskaya, cofon­da­trice du média trans­fé­mi­niste XY, et Kamel Guémari, figure de l’au­to­nomie ali­men­taire de la ville. L’échange débute par l’in­ter­ven­tion d’une mili­tante « com­mu­niste révo­lu­tion­naire », Alberta, alors âgée de 21 ans : elle alerte de la situa­tion de grande pré­ca­ri­té de la jeu­nesse étu­diante. Celle qui rem­plit les files d’attente de la dis­tri­bu­tion ali­men­taire et celle qui s’empare de la rue. « On n’a connu que des crises. On nous dit de ne pas rêver. On ne se lais­se­ra pas confis­quer notre ave­nir ni nos rêves », clame-t-elle. Une année a pas­sé. Nous la ren­con­trons à Marseille, seule, cette fois. L’occasion de reve­nir sur son par­cours de militante.


J’ai com­men­cé à m’impliquer au lycée pen­dant les mobi­li­sa­tions contre la loi Travail, mais c’est le mou­ve­ment des gilets jaunes, qui a coïn­ci­dé avec mon ins­tal­la­tion à Toulouse comme étu­diante, qui a mar­qué mes débuts de mili­tante. Le moment des révo­lu­tions arabes, notam­ment la révo­lu­tion syrienne [débu­tée en 2011, ndlr], a aus­si été un mar­queur dans ma conscien­ti­sa­tion : en fait, un réel désen­chan­te­ment. Nous pou­vions assis­ter au sou­lè­ve­ment d’un peuple et à sa répres­sion cho­quante. Ça m’a ren­due malade, peut-être parce que j’y avais vécu. La répres­sion était tel­le­ment injuste pour une demande aus­si simple que « Pain, liber­té, jus­tice sociale », comme ils disaient en Syrie. C’est peut-être naïf mais ça m’a fait voir les choses dif­fé­rem­ment. J’étais très jeune, ça a été impor­tant de regar­der, en miroir, la puis­sance du col­lec­tif face à la bru­ta­li­té de la répres­sion. Je ne com­pre­nais pas pour­quoi il n’y avait pas de grandes mani­fes­ta­tions de sou­tien au peuple syrien ici, en France. Des enfants se fai­saient tuer, les États ne fai­saient rien pour les popu­la­tions et, quand cer­tains ont tra­ver­sé la Méditerranée, ils sont morts en mer…

Au lycée, lors du quin­quen­nat Hollande, on est des­cen­dus dans la rue célé­brer la « vic­toire » de la gauche. Quelques mois plus tard, nous étions encore dans la rue contre ce même gou­ver­ne­ment. Ça a été la pre­mière fois que j’ai été en mani­fes­ta­tion en mon nom. Puis il y a eu les gilets jaunes. À Toulouse, capi­tale du mou­ve­ment comme on disait alors, tous les ronds-points conver­geaient le same­di dans la ville. Je me sou­viens par­ti­cu­liè­re­ment du pre­mier décembre 2018 — sa marée humaine impres­sion­nante. On mar­chait der­rière l’endroit où se tenaient les flics. C’était incroyable ! Nous avions repris la rue. Ce même jour un ami s’est pris un tir de fla­sh­ball dans la jambe. Tous les same­di, ça dis­cu­tait, ça échan­geait : que signi­fie « faire la révo­lu­tion » ?, ça veut dire quoi « chan­ger le monde » ? On assis­tait à un truc de ouf.

« On est plus d’un étu­diant sur deux à ne pas avoir de bourses ou pour qui elles ne suf­fisent pas, à galé­rer de job en job sans réus­sir à vali­der nos années. »

Contrairement aux marches syn­di­cales et orga­ni­sées, ce qui m’a frap­pée, dès le début, c’é­tait les échanges qui avaient lieu. Pour beau­coup, c’était une pre­mière mobi­li­sa­tion. On enten­dait des per­sonnes qui racon­taient que ça fai­sait vingt ans qu’elles galé­raient. Je me sou­viens d’une assis­tante mater­nelle qui m’a dit : « Je pen­sais pas qu’on était aus­si nom­breuses du même métier à galé­rer. » Elle pre­nait conscience de la pos­si­bi­li­té d’unir les reven­di­ca­tions et de chan­ger, à plu­sieurs, les condi­tions de tra­vail. Ce qui a été fort dans ce mou­ve­ment, c’était ça : se retrou­ver, mobi­li­ser des per­sonnes qui ne s’é­taient jamais mobi­li­sées. C’est à ce moment là que j’ai réa­li­sé, voyant le nombre deve­nir insuf­fi­sant dans la rue, qu’il nous fal­lait un pro­jet : j’avais envie d’une orga­ni­sa­tion. Je savais que je vou­lais être dans un groupe révo­lu­tion­naire. Alors j’ai adhé­ré à Révolution Permanente. Ce qui m’a convain­cue, c’est leur effort pour dépas­ser les divi­sions des luttes. Notamment pen­dant le mou­ve­ment des gilets jaunes : en cher­chant à orga­ni­ser une jonc­tion avec les che­mi­nots, qui venaient de faire une grève his­to­rique, et le Comité Adama à un moment ou une bonne par­tie de la gauche syn­di­cale et poli­tique regar­dait de très loin le mouvement. 

Je suis née en 2000 d’une mère argen­tine et d’un père fran­çais. On est par­tis vivre en Syrie quand j’étais enfant. Puis à Marseille, où j’ai gran­di, du côté de la Plaine [quar­tier du centre-ville, ndlr] — mes parents, musi­ciens, sont encore là-bas. J’ai fait une licence en éco­no­mie et je suis à pré­sent en mas­ter de phi­lo­so­phie, psy­cha­na­lyse et éco­no­mie poli­tique du sujet. C’est un mas­ter de recherche un peu OVNI à la fac du Mirail1. Je ne sais pas encore où je vais avec ça… (rires) Je tra­vaille sur la tor­ture psy­cho­lo­gique et le conti­nuum entre répres­sion en pri­son et répres­sion des quar­tiers popu­laires. À côté, je suis sur­veillante dans un lycée. On est plus d’un étu­diant sur deux à ne pas avoir de bourses ou pour qui elles ne suf­fisent pas, à galé­rer de job en job sans réus­sir à vali­der nos années à cause de la charge que ça repré­sente. Ce n’est pas excep­tion­nel entre étu­diants que de réflé­chir à com­ment on va se payer à man­ger ou aller chez le méde­cin. 25 euros pour voir le doc­teur, ça fait plu­sieurs repas. Il y a un mépris envers les jeunes qui me révolte, qui ne porte pas seule­ment sur les étu­diants. D’ailleurs, c’est impor­tant de le dire : il y a une aug­men­ta­tion des jeunes qui se retrouvent sans cur­sus, sans chô­mage — des jeunes de 17 ans sans tra­vail, sans quoi vivre, qui sont obli­gés de retour­ner chez leurs parents et n’ont même plus la pos­si­bi­li­té d’être en études.

[Marseille, 18 octobre 2022 | Maya Mihindou]

Quand j’étais en deuxième année de fac, un étu­diant s’est immo­lé à Lyon. Il a vou­lu en faire un geste poli­tique en disant : ce n’est pas assez de vivre avec 100 euros par mois ! Faut-il en arri­ver là pour libé­rer la parole sur la pré­ca­ri­té étu­diante ? En plus de ça, Macron com­mence à avan­cer l’idée de rendre la fac payante, après avoir déjà énor­mé­ment aug­men­té les frais d’inscriptions pour les étran­gers « extra-euro­péens » lors de son pre­mier quin­quen­nat, une mesure raciste qu’on a été nom­breux à com­battre. Si on te demande 3 000 euros pour pas­ser ta licence alors que tu tra­vailles à côté, tu vas arrê­ter tes études. Cette ques­tion des sub­ven­tions et des finan­ce­ments se pose à tous les niveaux de l’Université. La crise sani­taire mis en évi­dence ces situa­tions ter­ribles que vivent les étu­diants. Pendant le pre­mier confi­ne­ment, je suis res­tée chez mes parents à Marseille. Mais avec les mesures de confi­ne­ment, qui ont mis fin bru­ta­le­ment à tous les jobs pré­caires, une grande par­tie des jeunes se sont retrou­vés du jour au len­de­main sans reve­nus. Des mil­liers d’entre eux ont dû avoir recours à des aides alimentaires.

En plus de la détresse, des incer­ti­tudes, de l’angoisse liée à la sélec­tion et à la mise en concur­rence tou­jours plus bru­tale dans les facs, la faim s’est répan­due comme une traî­née de poudre. L’État a mis en place la poli­tique des repas à un euro mais, quelques mois avant, il bais­sait les APL… Alors il y a eu beau­coup de soli­da­ri­tés entre étu­diants. Des dis­tri­bu­tions de colis ali­men­taires, via des banques ali­men­taires, des maraudes… Ces situa­tions n’étaient pas nou­velles, mais elles ont été consi­dé­ra­ble­ment aggra­vées. En réa­li­té, ça n’a pas vrai­ment ces­sé depuis, sim­ple­ment ça ne fait plus la une des jour­naux. Des jeunes font tou­jours la queue, à Paris, pour un colis ali­men­taire. Le pire, c’est qu’on subit ces condi­tions de pré­ca­ri­té extrême tout en consta­tant que les diplômes garan­tissent de moins en moins une amé­lio­ra­tion de cette situa­tion une fois les études finies.

« À une jeune mobi­li­sée qui hur­lait On va cre­ver, la pla­nète brûle !, l’un d’eux a répon­du : Crève et fais pas chier. C’était un des actionnaires. »

Depuis la ren­trée et cet été d’incendies et de séche­resses, une nou­velle géné­ra­tion de jeunes éner­vés par les excès de consom­ma­tion des riches, les jets pri­vés, les ter­rains de golf, portent une sen­si­bi­li­té anti­ca­pi­ta­liste. Et dans les mobi­li­sa­tions récentes pour le cli­mat, on essaie de mon­trer que ce sont les mêmes riches, ceux qui volent en jet pri­vés, qui décident de la pro­duc­tion du gaz et de l’électricité et sont res­pon­sables de la des­truc­tion de la pla­nète comme de la hausse de nos fac­tures. On disait en manif : « Et un, et deux, et trois degrés : c’est Total qu’il faut expro­prier ! » Il ne faut pas oublier qu’en mai der­nier, de jeunes acti­vistes du cli­mat ont empê­ché la tenue de l’assemblée des action­naires de Total. À une jeune mobi­li­sée qui hur­lait « On va cre­ver, la pla­nète va brû­ler ! » l’un d’eux a répon­du : « Crève et fais pas chier. » C’était un des action­naires prin­ci­paux, en cos­tard. Que cet action­naire puisse se per­mettre de répondre ain­si reflète un immense mépris. Ça m’a fait pen­ser au mes­sage qui cir­cule beau­coup en manif : « Travaille, consomme et ferme ta gueule ». Récemment la grève des raf­fi­neurs a impo­sé le thème de la pré­ca­ri­té au tra­vail et la ques­tion des salaires dans le débat natio­nal. Et comme ils sont en pre­mière ligne de l’exploitation chez Total, ce n’est qu’à leurs côtés qu’on pour­ra faire tom­ber les Patrick Pouyanné [PDG du groupe TotalEnergies, ndlr]. 

Plus que d’autres sans doute, nous sommes une géné­ra­tion qui a peu confiance en l’avenir. On va nous dire qu’on est jeune, que c’est nor­mal d’être indé­cis… Ce que révèle le coup d’éclat des étu­diants d’AgroParisTech, ces étu­diants des­ti­nés à deve­nir ingé­nieurs et qui ont déci­dé de « démis­sion­ner » en lisant un puis­sant dis­cours anticapitaliste2, c’est cette prise de conscience qui se géné­ra­lise, y com­pris dans les grandes écoles : de plus en plus de jeunes refusent de deve­nir les rouages d’un sys­tème qui exploite la Terre, les tra­vailleurs, et emmène l’humanité tout droit à la catas­trophe. Avec Révolution Permanente, on a un col­lec­tif d’étudiants qui s’appelle Le Poing levé. On ne res­treint pas notre acti­vi­té à des reven­di­ca­tions sec­to­rielles qui ne concer­ne­raient que les étu­diants, au contraire. On est là pour ren­ver­ser la table, on est un col­lec­tif de jeunes com­mu­nistes révo­lu­tion­naires. L’une des batailles menées a concer­né l’inscription et la régu­la­ri­sa­tion de tous les étu­diants réfu­giés arri­vant d’Ukraine, qui sont triés par la France et les uni­ver­si­tés selon leur natio­na­li­té. On est bien enten­du oppo­sés à cette guerre menée par Poutine mais on refuse de nous ali­gner der­rière l’OTAN, qui ne cherche qu’à ren­for­cer sa puis­sance au tra­vers de ce conflit.

[Marseille, 18 octobre 2022 | Maya Mihindou]

Le fémi­nisme et l’antiracisme ? Il est clair que la jeu­nesse se poli­tise beau­coup sur ces ques­tions. Dès le lycée, des élèves remettent en cause leurs cours, réclament d’étudier la colo­ni­sa­tion, confrontent les pro­grammes ! Ça arrive de plus en plus car il y a des prises de consciences qui émanent des mou­ve­ments anti­ra­cistes et fémi­nistes, mais aus­si, il me semble, d’un sys­tème qui ne peut plus nous garan­tir un taf. Les jeunes qui affirment très tôt ne plus vou­loir vivre dans un modèle comme le nôtre sont de plus en plus nom­breux. En fait on ne peut plus accep­ter ça. La crise du Covid a mar­qué une géné­ra­tion. Macron a dit, en 2020, « c’est dur d’avoir 20 ans ». À ça je réponds que, ce qui est « dur » en réa­li­té, c’est d’a­voir vu le gou­ver­ne­ment pié­ti­ner les soi­gnants et notre san­té pen­dant la crise sani­taire, et res­ter du côté des grands patrons quand il s’a­gis­sait de réqui­si­tion­ner les gré­vistes. Par ailleurs, pour­quoi on aug­mente en conti­nu le bud­get de la police et de l’armée alors que les élèves s’entassent dans les classes, que les uni­ver­si­tés sont à court de moyens, qu’on ferme des ser­vices d’urgences hospitalières ?

Si la répres­sion sur les mou­ve­ments anti­ra­cistes et les vio­lences poli­cières est aus­si forte, c’est parce que la mobi­li­sa­tion après le meurtre de George Floyd a ras­sem­blé des cen­taines de mil­liers de per­sonnes. Le meurtre de George Floyd, les ras­sem­ble­ments pour Adama Traoré : tout ça marque une géné­ra­tion. On ne peut plus accep­ter qu’un mec se fasse tuer devant tout le monde alors qu’il hurle qu’il ne peut plus res­pi­rer. Il y a une into­lé­rance face au racisme d’État et aux injus­tices beau­coup plus forte qu’au­pa­ra­vant. Nous sommes la géné­ra­tion cli­mat, la géné­ra­tion Adama, une géné­ra­tion fémi­niste et qui lutte pour les droits des per­sonnes LGBTQI+. Est-ce que je me sou­viens de Charlie [attaque du 7 jan­vier 2015, ndlr] ? Oui, on en avait par­lé à l’école. C’était cho­quant. L’instrumentalisation aus­si, ça a été cho­quant. Par exemple, au lycée, l’état d’urgence a eu pour consé­quence la mise en place des agents de sécu­ri­té et des fouilles sur les gamins. L’assassinat de Samuel Paty a été ter­rible, et il a lui aus­si été ins­tru­men­ta­li­sé… Le gou­ver­ne­ment a appe­lé à l’« uni­té natio­nale » der­rière Darmanin et en a pro­fi­té pour voter la loi « contre le sépa­ra­tisme », qui per­met aujourd’hui de dis­soudre plus faci­le­ment des orga­ni­sa­tions comme Palestine Vaincra. Ou d’autres orga­ni­sa­tions anti­fas­cistes. Et d’entretenir des amal­games dangereux. 

« On ne pour­ra pas ren­ver­ser ce sys­tème sans ceux qui le font tour­ner. C’est pour cette rai­son qu’avec mes cama­rades on accorde énor­mé­ment d’importance au sou­tien des grèves. »

Pour les pro­chains com­bats, il va fal­loir qu’on se lie au mou­ve­ment ouvrier, aux gilets jaunes et aux tra­vailleurs qui, en fai­sant grève contre la réforme des retraites en 2019, ont para­ly­sé la capi­tale. On ne pour­ra pas ren­ver­ser ce sys­tème sans ceux qui le font tour­ner. C’est pour cette rai­son qu’avec mes cama­rades on accorde énor­mé­ment d’importance au sou­tien des grèves, notam­ment à celles qui reven­diquent des aug­men­ta­tions de salaires en ce moment.

C’est sûr que c’est démo­ra­li­sant d’aller en manif tous les jours et de ne rien obte­nir. De se retrou­ver encore avec Macron. Les gilets jaunes cla­maient « Macron démis­sion » et il y a une « nou­velle gauche » qui a culti­vé l’espoir d’une coha­bi­ta­tion. On est pas­sé de « Révolution » et « Macron démis­sion » à « Premier Ministre de Macron ». J’ai beau­coup enten­du, ces der­niers temps, que si on avait eu peu de vic­toires ces der­nières années, c’est parce que les luttes « ça marche plus » et qu’on devrait se conten­ter des vieilles recettes par­le­men­taires d’une gauche ins­ti­tu­tion­nelle qui a déjà tel­le­ment tra­hi. Dire ça, c’est refu­ser de tirer les bilans sérieux de ces luttes, et de se deman­der pour­quoi elles n’ont pas été jusqu’au bout. La réa­li­té c’est que depuis que je suis enga­gée et mili­tante, j’ai par­ti­ci­pé à beau­coup de luttes ouvrières et de mou­ve­ments sociaux, avec des dizaines voire des cen­taines de mil­liers de per­sonnes en grève ou dans la rue, de sec­teurs qui n’ont pas su s’unir. Et ce pro­blème ne peut pas être délié du rôle des direc­tions syn­di­cales, qui consacrent un effort très impor­tant à cloi­son­ner les luttes — comme quand elles ont dénon­cé les « vio­lences des gilets jaunes » alors même que ce mou­ve­ment était en train de créer les condi­tions pour faire plier Macron une bonne fois pour toutes, si on s’y met­tait tous !

[Marseille, 18 octobre 2022 | Maya Mihindou]

C’est impor­tant de faire ce type de bilan car, sinon, les défaites sont démo­ra­li­santes. Alors que quand on y regarde de plus près, il y a eu énor­mé­ment de révoltes ces der­nières années ! J’ai été tou­chée par les mou­ve­ments au Chili, à Hong Kong, par Black Lives Matter et, en ce moment, par la jeu­nesse en Iran. Et qui aurait pen­sé voir ces images des mani­fes­tants sri-lan­kais pro­fi­ter de la pis­cine de leur pré­sident ! Personne n’a envie de lut­ter toute sa vie sans espé­rer gagner. Personne, mili­tants ou non, n’a envie de voir son hori­zon des pos­sibles réduit. Mais on nous répond : « Crève et fais pas chier. » La répres­sion sera bru­tale, et attendre les pro­chaines élec­tions ne nous pré­pare pas à lut­ter ! Pendant la cam­pagne d’Anasse Kazib, on a dit que c’était une cam­pagne pour redon­ner espoir, jus­te­ment, car nous vou­lions arti­cu­ler la lutte des classes avec toutes les oppres­sions. Et mon­trer le poten­tiel que ça aurait si on lut­tait contre les bureau­cra­ties qui veulent seg­men­ter les luttes et qui empêchent le mou­ve­ment ouvrier de rêver plus haut ! On veut construire un mou­ve­ment ouvrier qui s’empare jusqu’au bout des ques­tions d’écologie ou de genre. Je ne sais pas si vous avez sui­vi la grève qu’il y a eu à la raf­fi­ne­rie de Grand­puits ? Là, les gré­vistes ont mon­tré que ça n’é­tait pas Total qui allait opé­rer la tran­si­tion éco­lo­gique, mais bien ceux qui connaissent le mieux l’outil de pro­duc­tion : les tra­vailleuses et les travailleurs.


Photographies de ban­nière et de vignette : Maya Mihindou


  1. Renommée depuis quelques années Université Jean-Jaurès.
  2. À l’oc­ca­sion de la céré­mo­nie de remise des diplômes de l’é­cole d’in­gé­nieurs en mai 2022, un col­lec­tif d’é­tu­diants et d’é­tu­diantes a pro­non­cé un dis­cours invi­tant les futurs ingé­nieurs de leur géné­ra­tion à déser­ter l’in­dus­trie pour explo­rer d’autres métiers et façons de vivres, affir­mant entre autres que « l’a­gro-indus­trie mène une guerre au vivant et à la pay­san­ne­rie par­tout sur Terre ».

REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Anasse Kazib et Laura Varlet : « Affronter et dépos­sé­der le sys­tème », jan­vier 2022
☰ Lire notre texte « Le monde des labo­rieux », Éric Louis, jan­vier 2022
☰ Lire les bonnes feuilles « Des égales dans la lutte des classes — par Clara Zetkin », février 2021
☰ Lire notre série consa­crée à Gabriel, gilet jaune muti­lé, jan­vier 2021
☰ Lire notre ren­contre « Angela Davis et Assa Traoré : regards croi­sés », mai 2020
☰ Lire notre entre­tien avec Fatima Ouassak : « Banlieues et gilets jaunes par­tagent des ques­tions de vie ou de mort », juillet 2019

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