Auréline Cardoso : « À qui appartient le féminisme ? Et qui le porte ? »


Entretien inédit | Ballast

Fermeture de centres de san­té sexuelle, baisse voire sup­pres­sion de sub­ven­tions, perte d’a­gré­ment : voi­là quelques unes des contraintes aux­quelles doivent faire face de nom­breuses asso­cia­tions fémi­nistes depuis un an. Les consé­quences de ces choix poli­tiques sont ter­ribles pour les usa­gers et les usa­gères — soit 500 000 per­sonnes chaque année rien que pour le Planning fami­lial. Réduire les finan­ce­ments de ce der­nier, aler­tait une tri­bune en juin der­nier, « revient à sacri­fier des san­tés et des droits ». Les effets se font éga­le­ment sen­tir au quo­ti­dien pour celles, béné­voles ou sala­riées, qui tra­vaillent dans ces struc­tures et qui offrent accueil, écoute et soin. D’ailleurs, leur quo­ti­dien, à quoi res­semble-t-il ? Comment, dans ce contexte, conti­nuer à allier mili­tan­tisme et pro­fes­sion­na­lisme ? Nous en avons dis­cu­té avec la socio­logue Auréline Cardoso-Khoury, mili­tante au Planning fami­lial et autrice d’une thèse sur le tra­vail sala­rié au sein de plu­sieurs asso­cia­tions fémi­nistes1. Cet entre­tien a été réa­li­sé pour le compte d’un article publié dans notre der­nier numé­ro papier por­tant sur « Les luttes rurales du Planning fami­lial ».


Quel est votre lien avec le Planning fami­lial ? Quelles étaient vos moti­va­tions quand vous avez com­men­cé à y enquêter ?

Je suis mili­tante au Planning de Toulouse et je connais bien le Planning du Tarn, où j’ai fait un stage pen­dant que j’étais en mas­ter d’études de genre, en 2014. On était alors en plein « ABCD de l’é­ga­li­té », dont la mise en œuvre expé­ri­men­tale dans des col­lèges avait déclen­ché beau­coup d’op­po­si­tion. Mon point de départ a donc été l’antiféminisme du moment et les dif­fi­cul­tés que ça créait pour les sala­riées du Planning. Je me suis deman­dé dans quelle mesure l’antiféminisme était une source de souf­france au tra­vail. J’ai ensuite fait ma thèse sur l’usure pro­fes­sion­nelle dans les asso­cia­tions fémi­nistes, en enquê­tant aus­si dans des asso­cia­tions de la fédé­ra­tion Solidarité Femmes, qui prennent davan­tage en charge les ques­tions de vio­lences conjugales.

Comment fonc­tionne le Planning familial ?

Il y a deux types de struc­tures : cer­taines sont des Établissements d’information et de conseil conju­gal et fami­lial (EICCF), où il n’y a pas de per­son­nel médi­cal. D’autres sont des Centres de pla­ni­fi­ca­tion. Moi j’étais dans un EICCF, dont j’ai ano­ny­mi­sé la loca­li­sa­tion dans le cadre de mon enquête. Quand j’ai com­men­cé mes obser­va­tions là-bas, il y avait trois sala­riées, puis quatre, avec l’arrivée d’une nou­velle direc­trice, ain­si qu’une dizaine de béné­voles, dont cer­taines étaient membres du conseil d’administration, donc des employeuses. Quant au Planning du Tarn, au moment où j’y ai enquê­té, il n’y avait qu’une seule sala­riée, qui était embau­chée 18 heures par semaine mais qui tra­vaillait bien plus. Il lui fal­lait répondre à des appels à pro­jet et déve­lop­per l’activité du Planning pour pou­voir péren­ni­ser son emploi sala­rié. Enfin, j’ai écrit sur le Planning de Haute-Garonne, à Toulouse, où je suis béné­vole et membre du CA. Je n’y ai pas « enquê­té » comme dans les autres struc­tures, mais ma recherche a nour­ri mon impli­ca­tion dans ce Planning et mon atten­tion à la ques­tion de l’usure pro­fes­sion­nelle des sala­riées. Il y avait quatre sala­riées quand j’y suis arri­vée — aujourd’hui elles sont un peu plus. Ce qui est inté­res­sant, c’est que les deux Plannings que je connais le mieux sont des EICCF situés dans des villes aux dyna­miques assez sem­blables, et avec un même nombre de sala­riées. Pourtant, ils ont des orga­ni­sa­tions du tra­vail com­plè­te­ment différentes.

Lesquelles ?

« Les prin­ci­pales mis­sions du Planning consistent à aider à l’exercice des droits sexuels et reproductifs. »

Il y a une orga­ni­sa­tion assez clas­sique et hié­rar­chi­sée dans l’un (une direc­trice, un CA avec une pré­si­dente, une secré­taire, etc.), tan­dis que dans l’autre, à Toulouse, il y a depuis dix ans un fonc­tion­ne­ment assez hori­zon­tal, avec un CA qui prend des déci­sions en col­la­bo­ra­tion avec les sala­riées. La spé­cia­li­sa­tion des postes y est par ailleurs assez récente. Certaines sala­riées sont davan­tage du côté « action », avec les per­ma­nences et les inter­ven­tions, et d’autres plu­tôt du côté « ges­tion » et admi­nis­tra­tif, mais sans hié­rar­chie entre ces spécialisations.

Pouvez-vous jus­te­ment pré­ci­ser quelles sont les mis­sions assu­rées par les sala­riées et par les béné­voles du Planning Familial ?

Les prin­ci­pales mis­sions du Planning consistent à aider à l’exercice des droits sexuels et repro­duc­tifs. En gros, les EICCF ont prin­ci­pa­le­ment une mis­sion d’écoute et d’orientation. Ils orga­nisent des per­ma­nences où des per­sonnes peuvent venir avec ou sans ren­dez-vous pour des ques­tions liées à la contra­cep­tion, à l’IVG, mais aus­si des ques­tions sur la sexua­li­té, sur les IST, les vio­lences… Dans ces per­ma­nences, on est reçu·e par des per­sonnes qui sont for­mées à l’écoute active, et qui pour cer­taines ont le titre de Conseillère conju­gale et fami­liale (CCF), titre qui a récem­ment été ins­crit au réper­toire des cer­ti­fi­ca­tions pro­fes­sion­nelles. Il y a aus­si plein de per­sonnes qui tra­vaillent en tant que sala­riées au Planning et assurent des per­ma­nences sans avoir ce titre mais en ayant d’autres for­ma­tions, sou­vent éduc’ ou assis­tantes sociales. Elles inter­viennent en milieu sco­laire et en milieux non sco­laires (centres d’hébergement, mai­sons de l’enfance, etc) et ont éga­le­ment une mis­sion de for­ma­tion des pro­fes­sion­nels, notam­ment du tra­vail social, sur des ques­tions de genre et de sexua­li­té. Par exemple, pour savoir com­ment par­ler de sexua­li­té avec les ados, ou com­ment accueillir des vic­times de vio­lence. Certains Plannings ont aus­si des groupes de parole sur dif­fé­rents sujets, comme c’est le cas à Toulouse, avec un groupe dédié aux vio­lences sexuelles.

[Nancy Spero]

S’il y a un mélange entre béné­vo­lat et sala­riat, com­ment se répar­tissent les tâches ?

Ça dépend des Plannings. Ce qu’on observe dans les Plannings médi­ca­li­sés, qui ont sou­vent plus de moyens, c’est qu’il y a très peu de béné­voles dans les actions en lien avec le public. Dans des Plannings où il y a peu de salarié·es, au contraire, on est plu­tôt content·es quand des béné­voles viennent faire des inter­ven­tions. Ensuite, les inter­ven­tions sont finan­cées, ce qui peut sou­le­ver des ques­tions. Parmi les béné­voles du Planning du Tarn-et-Garonne, il y avait des per­sonnes pré­caires qui rele­vaient la pro­blé­ma­tique du tra­vail gra­tuit. Par la suite cer­taines d’entre elles ont tra­vaillé dans des asso­cia­tions fémi­nistes ou au Planning en tant que sala­riées. Il n’y a donc pas de règle unique, mais il y a des enca­dre­ments : cer­tains éta­blis­se­ments sco­laires exigent par exemple que les per­sonnes inter­ve­nant aient une « attes­ta­tion d’éducation à la vie affec­tive et sexuelle », que chaque asso­cia­tion dépar­te­men­tale (AD) peut four­nir à par­tir d’un cer­tain nombre d’heures de for­ma­tion. Mais ça dépend des Plannings. Certaines AD refusent que des béné­voles fassent le tra­vail que des sala­riées font par ailleurs en étant payées. Dans d’autres, c’est un mélange. Par exemple, tenir des stands d’information dans des évé­ne­ments fes­tifs se passe sou­vent le week-end : il y a plus de demandes que d’heures sala­riées, auquel cas c’est pris en charge par des béné­voles. Mais ça pour­rait aus­si rele­ver du tra­vail salarié.

Qu’est-ce qu’on attend jus­te­ment des salariées ? 

Une com­pé­tence d’écoute active est atten­due, qui fait réfé­rence à l’« approche cen­trée sur la per­sonne », théo­ri­sée par le psy­cho­logue Carl Rogers. Le prin­cipe, c’est de ne pas juger et de lais­ser la per­sonne trou­ver ses propres solu­tions, sans en pro­po­ser d’avance. Il y a aus­si des com­pé­tences en termes d’animation de groupe, pour les inter­ven­tions en milieu sco­laire, et tout un tas de connais­sances théo­riques en matière de sexua­li­té ou de contra­cep­tion, sur les­quelles il faut se tenir à jour. Il faut enfin connaître les dif­fé­rents dis­po­si­tifs en place dans sa région, pour pou­voir orien­ter les per­sonnes. C’est donc un mélange de connais­sances, de « savoirs » et de « savoir-être », qui dépend aus­si de la culture locale du Planning, parce qu’on peut mettre des choses dif­fé­rentes der­rière le « féminisme ».

C’est-à-dire ?

« Une com­pé­tence d’écoute active est atten­due. Le prin­cipe, c’est de ne pas juger et de lais­ser la per­sonne trou­ver ses propres solutions. »

Dans cer­tains Plannings, c’est un fémi­nisme « inter­sec­tion­nel », dans d’autres un fémi­nisme plu­tôt « uni­ver­sa­liste », ce qui dépend à la fois des sala­riées et des béné­voles en pré­sence. Ça implique des savoir-être qui sont dif­fi­ciles à appré­hen­der concrè­te­ment, même s’il y a des grands prin­cipes. Par exemple quand on fait une inter­ven­tion dans un lycée, on va évi­ter de juger les pro­pos des élèves, de remettre trop de normes dans leurs témoi­gnages (si par exemple cer­tains parlent de rap­ports sexuels à 12 ans, on va évi­ter de dire que c’est un peu jeune), et on va essayer d’employer un voca­bu­laire le plus neutre pos­sible. Mais les com­pé­tences se forgent dans la pra­tique, avec beau­coup de débrie­fings après les inter­ven­tions, ce qui implique de tou­jours se remettre en ques­tion, de se deman­der com­ment on pour­rait amé­lio­rer ce qu’on pro­pose pour être dans la pos­ture fémi­niste « idéale ».

Est-ce qu’il y a une forme d’ho­mo­gé­néi­sa­tion dans chaque groupe local ou bien une coha­bi­ta­tion de dif­fé­rentes cultures militantes ?

Historiquement, le Planning fami­lial est une asso­cia­tion créée par des femmes méde­cins ou de méde­cins, qui étaient pour la pla­ni­fi­ca­tion des nais­sances et pas for­cé­ment pour l’a­vor­te­ment. Les fon­da­trices, au moment où la loi pour la contra­cep­tion a été votée, se sont désen­ga­gées parce qu’elles consi­dé­raient qu’il n’y avait plus besoin de lut­ter. Le Planning est deve­nu offi­ciel­le­ment fémi­niste dans les années 1970, lors d’un congrès où il y a eu un ren­ver­se­ment. Jusqu’alors, les per­sonnes qui avaient du pou­voir étaient plu­tôt des hommes, des méde­cins, issus de classes très favo­ri­sées, mais les accueillantes, plu­tôt issues des milieux popu­laires, com­mu­nistes, ouvriers, ont pris la main. Ça a beau­coup chan­gé l’o­rien­ta­tion glo­bale du Planning — la remise en cause du pou­voir médi­cal pour l’a­ni­ma­tion des séances d’a­ni­ma­tion, par exemple —, qui conti­nue d’é­vo­luer. Lors de l’un des der­niers congrès, il y a eu d’é­normes dis­cus­sions pour déter­mi­ner si le Planning était uni­ver­sa­liste ou inter­sec­tion­nel. La ques­tion de la ges­ta­tion pour autrui fait aus­si débat, là où d’autres, comme celle de la pros­ti­tu­tion, pas tant. Depuis quelques années, des groupes queer prennent davan­tage de place et les co-pré­si­dentes sont sou­vent issues de ces mouvements-là.

[Nancy Spero]

L’impression que j’ai, c’est qu’on recrute les béné­voles qui nous res­semblent. Il n’y a pas trop de coha­bi­ta­tion. À Toulouse, on a une charte qu’on donne quand on accueille de nou­velles béné­voles, qui dit clai­re­ment qu’on défend un fémi­nisme anti­ra­ciste, qu’on tra­vaille avec des asso­cia­tions de san­té com­mu­nau­taire pour les tra­vailleuses du sexe, etc. Il y a des affiches, ça se voit. Mais il peut aus­si y avoir des ren­ver­se­ments. Dans un autre Planning que j’ai obser­vé, je suis arri­vée en même temps qu’une nou­velle direc­trice, qui n’a­vait pas du tout le même pro­fil que l’an­cienne. Jusqu’alors, le Planning était tenu depuis par des béné­voles retrai­tées de l’Éducation natio­nale ou de l’en­sei­gne­ment supé­rieur, plu­tôt des femmes issues de milieux sociaux favo­ri­sés. Elles avaient du mal à com­prendre pour­quoi les sala­riées ne vou­laient pas gagner plus, leurs reven­di­ca­tions tour­nant plu­tôt autour du sens qu’elles sou­hai­taient trou­ver dans leur tra­vail. Leur culture poli­tique ren­voyait à un fémi­nisme uni­ver­sa­liste, plu­tôt abo­li­tion­niste par rap­port à la pros­ti­tu­tion et anti-voile2. À l’inverse, la nou­velle direc­trice, une femme noire, était issue du tra­vail social et était beau­coup plus sen­sible aux ques­tions de pré­ca­ri­té, d’i­né­ga­li­tés sociales et raciales. En arri­vant, elle a fait bou­ger les choses dans l’as­so­cia­tion, ce qui a plu aux sala­riées. Quand j’ai sou­te­nu ma thèse en 2019, celles-ci m’ont rap­pe­lée pour que j’a­nime un temps de tra­vail parce que la gou­ver­nance du Planning était en train de chan­ger. Il y avait plein de nou­velles et nou­veaux béné­voles, plu­tôt issu·es des milieux anar­chistes, queer, qui étaient rentré·es dans le CA. Les anciennes béné­voles avaient envie de se désen­ga­ger, donc elles ont lais­sé la place sans trop de pro­blèmes, mais par ailleurs elles ne se retrou­vaient pas dans cette nou­velle orga­ni­sa­tion plus horizontale.

Ce qui est inté­res­sant avec le Planning, c’est que c’est un gros mou­ve­ment, donc assez per­méable à toutes les ques­tions de socié­té. À par­tir du moment où la loi sur la contra­cep­tion a été votée, une des grandes mis­sions du Planning a été d’ac­com­pa­gner sa mise en œuvre, d’al­ler faire de l’é­du­ca­tion à la vie affec­tive et sexuelle. Puis, dans les années 1980–1990, la pro­blé­ma­tique du viol et des vio­lences a émer­gé, le Planning s’y est beau­coup inves­ti. Ensuite, il y a eu beau­coup d’ac­tions sur le VIH, entraî­nant une inter­na­tio­na­li­sa­tion. Aujourd’hui, à l’é­chelle confé­dé­rale, il y a des groupes de tra­vail LGBT et de plus en plus de per­sonnes trans militent béné­vo­le­ment au Planning. L’affiche qui a fait débat en 2022, qui titrait « Au Planning, on sait que les hommes aus­si peuvent être enceints », émane de la confé­dé­ra­tion, pas d’une asso­cia­tion dépar­te­men­tale. Ça dénote quand même quelque chose. Même dans le lan­gage uti­li­sé, on parle désor­mais de consen­te­ment, d’i­den­ti­té de genre, de lutte contre l’ho­mo­pho­bie et la transphobie.

Est-ce que cer­taines asso­cia­tions refusent en bloc le sala­riat, et si oui, pourquoi ?

« On recrute les béné­voles qui nous res­semblent. Il n’y a pas trop de cohabitation. »

C’est sou­vent lié au refus d’endosser le rôle d’employeuse. Chaque AD est indé­pen­dante, avec sa propre comp­ta, son propre CA… Dans les AD où il n’y a pas de sala­riat, les per­sonnes disent sou­vent ne pas avoir envie d’as­su­mer ce rôle, qui est à la fois très chro­no­phage si on veut bien le faire (gérer les conflits quand il y en a, notam­ment), et qui néces­site des com­pé­tences spé­ci­fiques en droit du tra­vail. Parfois, c’est pour une rai­son poli­tique : la peur que, si on sala­rie, on perde le mili­tan­tisme poli­tique — cette peur était très pré­sente dans les années 1970 quand le Planning a com­men­cé à sala­rier. Qui dit sala­riat dit emplois, et pour que les emplois soient pérennes, il faut des sub­ven­tions, ce pour quoi il faut répondre à des appels à pro­jet. Et, mal­heu­reu­se­ment, dans ces pro­jets on ne fait pas tou­jours ce qu’on vou­drait : tout ça oblige à entrer dans une logique ges­tion­naire, ce que cer­taines refusent, comme dans les Plannings de Brest ou de Poitiers, pour que leur enga­ge­ment ne concerne que l’action fémi­niste. Il y a aus­si le cas d’AD dans les­quelles il n’y a pas de sala­riat parce que les membres béné­voles n’arrivent pas à réunir les moyens finan­ciers nécessaires.

À quel moment la ques­tion sala­riale inter­vient-elle dans les par­cours des membres du Planning ?

C’est assez carac­té­ris­tique du Planning, par rap­port à d’autres asso­cia­tions : le pas­sage du sta­tut de béné­vole à sala­riée est assez fré­quent. Historiquement, les sala­riées du Planning sont d’anciennes béné­voles : dans les années 1990 et 2000, les mili­tantes n’a­vaient pas for­cé­ment de diplômes et se for­maient au sein du Planning, qui reven­dique l’éducation popu­laire. C’est l’idée qu’il n’y a pas besoin d’un diplôme pour faire des inter­ven­tions, mais qu’en revanche il y a besoin d’une for­ma­tion : un mélange de temps un peu for­mels pen­dant les­quels on trans­met de l’information et on fait des exer­cices, et de temps d’observation ou de co-ani­ma­tion. À par­tir des années 2000, on assiste à une pro­fes­sion­na­li­sa­tion des asso­cia­tions en géné­ral et du Planning en par­ti­cu­lier. Là, on a vu arri­ver des per­sonnes qui n’étaient pas for­cé­ment béné­voles aupa­ra­vant, qui étaient issues des sciences humaines, ou bien de mou­ve­ments mili­tants de gauche ou fémi­nistes. Reste qu’une logique de « file d’attente » per­dure : si on ouvre un poste, on deman­de­ra à telle ou telle béné­vole enga­gée depuis long­temps si le poste l’intéresse — c’est un prin­cipe de coop­ta­tion. Il y a aus­si des sala­riées qui reviennent au béné­vo­lat, et d’autres qui partent, fâchées avec le Planning.

[Nancy Spero]

Qu’est-ce que change ce nou­veau sta­tut dans l’im­pli­ca­tion des béné­voles qui deviennent salariées ?

Certaines béné­voles pas­saient beau­coup de temps au Planning, avec des bou­lots ali­men­taires ou à mi-temps à côté : dans ces cas-là le fait de deve­nir sala­riées marque une forme de sor­tie de la pré­ca­ri­té, qui est toute rela­tive puisque ce sont des emplois qui ne sont pas très bien payés. Il y a aus­si l’apprentissage d’un cadre nou­veau, avec des horaires, etc. Ce qui est dif­fi­cile, c’est sur­tout de ne pas lais­ser le tra­vail nous enva­hir, que ça ne déborde pas trop. Le pro­fil des sala­riées au Planning, depuis une ving­taine d’années, est plu­tôt celui de diplô­mées (au moins bac+3, voire bac+5). Ce pro­fil a chan­gé à mesure qu’on a recru­té des per­sonnes qui n’étaient pas for­cé­ment issues du béné­vo­lat. Il y a aus­si, et c’est nou­veau, des per­sonnes recru­tées sur des postes de ges­tion sans être issues de for­ma­tion en sciences humaines ou fémi­nistes, mais qui ont fait des mas­ters en droit inter­na­tio­nal par exemple.

Reste-t-on long­temps en poste ?

D’après ce que j’ai obser­vé, il y a beau­coup de turn-over, comme dans les asso­cia­tions en géné­ral. Il y a des gens qui res­tent 15 ou 20 ans et font toute leur car­rière au Planning, mais il y a aus­si des gens qui res­tent un an ou deux. Moi, j’ai été au CA du Planning de Toulouse de 2017 à 2021, et en quatre ans j’ai quand même fait pas mal de recru­te­ments ! Il y a eu des ouver­tures de postes, certes, mais aus­si des « départs », comme on le dit pudi­que­ment… Beaucoup de per­sonnes s’en vont du Planning par épui­se­ment. Il y a trop d’heures sup­plé­men­taires, trop de pres­sion par rap­port aux béné­voles qui, par défi­ni­tion, ne comptent pas leurs heures. C’est un tra­vail épui­sant émo­tion­nel­le­ment, avec des récits de vio­lence qua­si­ment tous les jours. On reçoit aus­si par­fois de la vio­lence lors d’interventions. Tout ça, c’est dur, sans comp­ter la pres­sion induite par les sys­tèmes de finan­ce­ment : on passe beau­coup de temps der­rière un ordi­na­teur, y com­pris quand on est sala­riées sur le ter­rain, à mon­ter des dos­siers, rédi­ger des bilans, valo­ri­ser et comp­ta­bi­li­ser tout ce qu’on fait, même pour le tra­vail bénévole.

N’y-t-il pas aus­si, comme dans d’autres sec­teurs, des conflits sur l’or­ga­ni­sa­tion et les condi­tions de travail ? 

« Il y a un épui­se­ment glo­bal des sala­riées et des béné­voles. Tout le monde tra­vaille sous pres­sion, ce qui génère une conflic­tua­li­té qui peut prendre des pro­por­tions importantes. »

C’est la der­nière grosse rai­son expli­quant les départs et rup­tures conven­tion­nelles. Ils sont la plu­part du temps qua­li­fiés de conflits inter­per­son­nels, mais ils révèlent sou­vent des diver­gences dans les manières de conce­voir le tra­vail, de voir l’as­so­cia­tion. Quand les per­sonnes partent par épui­se­ment, elles ne res­tent pas for­cé­ment fâchées, mais les conflits prennent sou­vent une dimen­sion très affec­tive, parce qu’on par­tage un même objec­tif. Ce que j’ob­serve, c’est qu’il y a un épui­se­ment glo­bal des sala­riées et des béné­voles. Tout le monde tra­vaille sous pres­sion, ce qui génère une conflic­tua­li­té qui peut prendre des pro­por­tions impor­tantes. Par rap­port à une grosse entre­prise où on peut chan­ger les gens de ser­vice, ça pose des pro­blèmes si on ne s’en­tend pas avec ses col­lègues dans une petite struc­ture avec quatre sala­riées. Souvent, on tra­vaille dans des locaux réduits, les per­sonnes sont à deux, trois par bureau, par­fois plus.

Comment les conflits sont-ils abor­dés ? Y‑a-t-il des délé­guées du per­son­nel, des syndicats ? 

Il y a des repré­sen­tantes du per­son­nel dans cer­taines AD, mais la plu­part n’en ont pas. Les sala­riées sont sou­vent pré­sentes au CA ou ont une repré­sen­tante. Certains Plannings adhèrent à des conven­tions col­lec­tives, ce qui donne un cadre pour les condi­tions de tra­vail, mais pas tant pour la ges­tion des conflits qui, sou­vent, se fait de façon assez infor­melle entre employeuses béné­voles et sala­riées. Il y aus­si des com­mis­sions de ges­tion des conflits à l’é­chelle confé­dé­rale, donc ça arrive par­fois que les membres de ces com­mis­sions inter­viennent dans un Planning qui n’est pas le leur. C’est une façon de mettre à dis­tance le côté affec­tif. L’association fait éga­le­ment sou­vent appel à des psy­cho­logues du tra­vail pour des super­vi­sions exté­rieures. Si ces intervenant·es aident à gérer le conflit, le tra­vail prin­ci­pal repose sur les béné­voles et les salarié·es, ce qui n’est pas for­cé­ment pris en compte. C’est du temps qu’on ne passe pas à faire toutes les mis­sions pour les­quelles on est payé·es. On essaie d’é­va­cuer cette conflic­tua­li­té au moment des recru­te­ments, en cher­chant des per­sonnes qui sont capables de se remettre en ques­tion. En tout cas, ce que j’ai obser­vé, c’est que plus les membres du CA sont proches socia­le­ment des salarié·es, moins la ques­tion des conflits sala­riaux prend de la place, même si on ne peut pas répondre à toutes les reven­di­ca­tions. Parfois il n’y a tout sim­ple­ment pas les moyens.

[Nancy Spero]

Il reste que tous les micro-conflits sont réglés au sein de l’é­quipe sala­riée. Et les employeuses, sou­vent, ne sont pas for­mées pour ça, car ça n’est pas for­cé­ment ce qu’elles vou­laient faire en venant mili­ter au Planning. Cet enga­ge­ment n’est pas tou­jours recon­nu par les sala­riées. Les situa­tions de conflit les plus des­truc­trices pour la struc­ture ou pour les per­sonnes, c’é­taient des situa­tions où les sala­riées se sen­taient mépri­sées par leur CA — quand on ne recon­naît pas leurs com­pé­tences, qu’on change leurs horaires, qu’on leur reproche de vou­loir tra­vailler moins alors qu’elles font plein d’heures sup’…

J’avais fait un entre­tien avec des per­sonnes qui avaient fait une grève dans leur asso­cia­tion d’ac­cueil de femmes vic­times de vio­lences. La situa­tion décrite était vrai­ment cari­ca­tu­rale : le CA était plein de per­sonnes membres du Parti socia­liste, cadres dans le social, qui mépri­saient les sala­riées. À l’occasion d’un piquet de grève devant l’as­so­cia­tion, une membre du CA était arri­vée et avait dit : « Vous n’al­lez pas nous arra­cher la che­mise comme au patron d’Air France. » La per­sonne me disait ne jamais avoir pen­sé vivre ça dans une asso­cia­tion fémi­niste, où on s’at­tend à une cer­taine démo­cra­tie au tra­vail. Un livre récent, Travailler sans patron, donne beau­coup d’exemples venant soit de SCOP, soit d’as­so­cia­tions. Ce sont des endroits qui redé­fi­nissent en prin­cipe le rap­port au tra­vail, d’au­tant plus dans les asso­cia­tions fémi­nistes, qui ont un rap­port bien par­ti­cu­lier au pou­voir. Ce sont des endroits où on peut en par­ler. Il y a toute la socia­li­sa­tion des femmes à écou­ter, à prendre en compte, à se remettre en cause, qui est cen­sé faci­li­ter ce tra­vail démo­cra­tique — même si ça n’est pas auto­ma­tique. Alors quand on se retrouve mal­trai­tées, mal payées, mépri­sées par des employeuses dans ce genre de contexte, c’est encore plus dur.

« La ques­tion de l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion-dépo­li­ti­sa­tion tra­verse beau­coup de mou­ve­ments asso­cia­tifs, mais elle ne se véri­fie pas pour les mou­ve­ments féministes. »

Enfin, j’ai obser­vé une asso­cia­tion qui fonc­tion­nait en auto­ges­tion depuis trente ans, où il y avait très peu de tur­no­ver. Je me deman­dais com­ment elles fai­saient pour qu’il y en ait si peu alors que le tra­vail est dif­fi­cile. Déjà, l’as­so­cia­tion a un peu d’argent, donc il y a de bonnes condi­tions de tra­vail. Mais, sur­tout, on m’a expli­qué que ça repo­sait sur le pro­ces­sus de recru­te­ment, qui peut en cho­quer certain·es : les per­sonnes ne sont jamais recru­tées en CDI d’emblée, tou­jours en CDD, et elles n’ac­cèdent pas dès le début à toutes les ins­tances de déci­sion. C’est pro­gres­sif. C’est une façon de recru­ter des per­sonnes qui adhèrent com­plè­te­ment au pro­jet. Ça per­met de ne titu­la­ri­ser que des per­sonnes qui vont être rac­cord avec l’or­ga­ni­sa­tion. Ça fait par­tie des stra­té­gies d’an­ti­ci­pa­tion de la conflictualité.

L’institutionnalisation pro­gres­sive du Planning et l’apparition du sala­riat à par­tir des années 1980 avaient fait craindre à cer­taines béné­voles une dépo­li­ti­sa­tion. Est-ce le cas dans les faits ?

Non. La ques­tion de l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion-dépo­li­ti­sa­tion tra­verse beau­coup de mou­ve­ments asso­cia­tifs, mais elle ne se véri­fie pas pour les mou­ve­ments fémi­nistes. Ça n’est pas le sala­riat qui empêche la poli­ti­sa­tion. Individuellement, les per­sonnes qui sont au Planning sont extrê­me­ment poli­ti­sées, mais de beau­coup de façons dif­fé­rentes. Certaines ont une expé­rience poli­tique asso­cia­tive, mili­tante, par­fois dans des par­tis ou des syn­di­cats. Garder ce mili­tan­tisme ne se fait tou­te­fois pas sans ten­sion. Ça demande de jouer le jeu des ins­ti­tu­tions, de savoir adop­ter leur voca­bu­laire. On n’est pas la même per­sonne quand on est en inter­ven­tion ou en ren­dez-vous avec un finan­ceur. Par exemple, beau­coup d’ac­tions du Planning ont été finan­cées par le Fonds inter­mi­nis­té­riel de pré­ven­tion de la délin­quance (FIPD). On se demande quel lien ça a avec le Planning ! Pourtant, toutes les inter­ven­tions en milieu sco­laire tombent sous le coup de cette pré­ven­tion des vio­lences, donc de la « délinquance ».

[Nancy Spero]

La pro­ve­nance des finan­ce­ments et la nature des moyens octroyés ont-elles des consé­quence sur le dis­cours et les actions du Planning ?

Oui, tout de même. Dans le Planning que j’ob­ser­vais, une des sala­riées là depuis long­temps disait qu’elle regret­tait le moment où elle tra­vaillait « à l’an­cienne » — c’est-à-dire à l’é­poque où il y avait des sub­ven­tions annuelles, une dota­tion, et où elles pou­vaient ensuite faire un peu ce qu’elles vou­laient, avec moins de comptes à rendre que main­te­nant. Les finan­ce­ments n’é­taient pas liés à des pro­jets pré­cis. Elles met­taient en place des per­ma­nences en milieu rural, dans des mai­sons de quar­tier, des foyers ruraux. Mais cette dota­tion a été sus­pen­due. Le CA de l’as­so­cia­tion a alors refu­sé de faire du tra­vail gra­tuit et a donc sup­pri­mé les per­ma­nences sans en dis­cu­ter avec les sala­riées qui l’ont très mal vécu, à la fois parce que c’é­tait un manque de démo­cra­tie interne et une perte de sens de leur tra­vail. On leur disait qu’il fal­lait arrê­ter les per­ma­nences en milieu rural, les groupes de parole dans les centres sociaux avec dix femmes, qu’il fal­lait sur­tout aller dans les milieux sco­laires pour des inter­ven­tions de seule­ment deux heures. Si tu fais dix inter­ven­tions de deux heures au lycée, tu vois 300 lycéen·nes. C’est sûr que pou­voir dire que tu as tou­ché 300 per­sonnes, c’est mieux que d’al­ler dire que tu as fait un groupe de parole de trois heures avec huit femmes dans un centre social de quar­tier ! J’ai consta­té une très forte perte de sens dans ce Planning.

C’est une tra­jec­toire qu’on retrouve à d’autres endroits. Au Planning de Toulouse, les groupes de parole pour les per­sonnes vic­times de viol sont sous-finan­cés. Ça demande d’al­ler récu­pé­rer des sous ailleurs. C’est à ce moment-là que la logique ges­tion­naire vient impré­gner les asso­cia­tions, jus­qu’à chan­ger leur lan­gage. Parfois, on en vient même à par­ler des actions en par­lant du finan­ceur ! On va dire « les inter­ven­tions FIPD », donc finan­cées par le fonds de pré­ven­tion de la délin­quance, au lieu de par­ler d’in­ter­ven­tions en milieu sco­laire. Par ailleurs, la poli­ti­sa­tion assu­mée du Planning n’est pas sans effets. Certains Plannings se sont vu reti­rer des finan­ce­ments pour des rai­sons poli­tiques, à l’occasion d’un chan­ge­ment de mai­rie par exemple. Dans cer­taines régions, c’est plus grave, comme dans les Pays de la Loire où ce sont toutes les asso­cia­tions qui sont visées. Bien sûr, si le RN passe au pou­voir, ça ne va pas être bon pour le Planning. Dans les villes diri­gées par le RN, le Planning a très peu de finan­ce­ments, et n’a sou­vent pas de local. Mais il n’y a pas de Plannings qui se sont retrou­vés à chan­ger leurs actions pour gar­der le salariat.

Vous avez obser­vé d’autres asso­cia­tions que le Planning fami­lial, dont Solidarité Femmes. Est-ce que vous avez per­çu des dif­fé­rences dans les moti­va­tions des per­sonnes impli­quées, notam­ment celles qui deve­naient sala­riées, pour choi­sir telle ou telle association ?

« Au Planning le béné­vo­lat est une porte d’en­trée vers le salariat. »

Solidarité Femmes, c’est la fédé­ra­tion d’associations qui gère le 3919, la ligne d’é­coute des­ti­née aux femmes vic­times de vio­lences. On y observe un peu la même chose que dans les Plannings, à savoir une pro­fes­sion­na­li­sa­tion. Il y a davan­tage de per­sonnes issues du tra­vail social « cano­nique », par exemple des édu­ca­trices spé­cia­li­sées, des assis­tantes sociales. Mais on retrouve aus­si des per­sonnes qui ont fait des mas­ters d’é­tudes de genre. Il y a dif­fé­rents pro­fils dans chaque type d’as­so­cia­tion mais pas de dif­fé­rence fla­grante. La seule dif­fé­rence, c’est qu’au Planning le béné­vo­lat est une porte d’en­trée vers le salariat.

Vous avez men­tion­né l’é­vo­lu­tion du pro­fil des sala­riées et béné­voles. Est-ce que ça crée des écarts avec les usager·es des Planning, qui n’ont pas for­cé­ment la même culture politique ?

Le Planning est une asso­cia­tion d’é­du­ca­tion popu­laire, donc il y a bien sûr cette envie que les per­sonnes qui viennent béné­fi­cier des ser­vices du Planning se mobi­lisent. Mais on sait bien que se mobi­li­ser poli­ti­que­ment, ça demande d’a­voir du temps, de se sen­tir légi­time à le faire. Dans les asso­cia­tions d’ac­cueil de femmes vic­times de vio­lences, le fémi­nisme est moins visible qu’au Planning, donc c’est plus facile d’a­voir un dis­cours un peu plus sou­ter­rain. Au Planning, c’est assez expli­cite, ça se voit d’emblée dans les locaux. Mais c’est vrai qu’il y a un déca­lage pos­sible avec certain·es usager·es qui viennent au Planning.

[Nancy Spero]

Quand on regarde les sta­tis­tiques, le Planning reçoit beau­coup de mineur·es. Dans leur cas, c’est plus mixte socia­le­ment que chez les majeur·es — mais en même temps on n’a pas de sta­tis­tiques pré­cises, on ne ren­seigne pas la pro­fes­sion de leurs parents par exemple. On note qu’elles sont lycéennes, mais on ne sait pas dans quel contexte. Chez les majeur·es, les per­sonnes qui viennent aux per­ma­nences sont plu­tôt peu diplô­mées, pré­caires, parce que les per­sonnes qui ne sont pas pré­caires n’ont sou­vent pas besoin d’al­ler cher­cher l’in­for­ma­tion au Planning. Et c’est encore plus le cas dans les asso­cia­tions de la fédé­ra­tion Solidarité Femmes, même s’il y a quelques per­sonnes de classe moyenne. Les per­sonnes de classe supé­rieure qui sont vic­times de vio­lences conju­gales ne viennent pas trop dans ces asso­cia­tions parce qu’elles ont moins besoin d’un héber­ge­ment et parce que c’est stig­ma­ti­sant socialement.

Ça n’a pour­tant pas tou­jours été comme ça. Jusqu’aux années 2000, les per­sonnes qui deve­naient béné­voles avaient pour beau­coup eu recours au Planning pour elles-mêmes ou leurs proches. On a récem­ment accueilli de nou­velles béné­voles au Planning de Toulouse et ce n’est plus la rai­son que les gens donnent en prio­ri­té. C’est une vraie ques­tion démo­cra­tique aus­si, dans le sens où on a des débats poli­tiques qui, pour les trois quarts des usager·es du Planning, sont com­plè­te­ment lunaires — savoir si on est inter­sec­tion­nelles ou uni­ver­sa­listes, par exemple. Les per­sonnes qui viennent aux per­ma­nences ne se retrou­ve­raient sans doute pas du tout là-dedans. Ce qui pose une ques­tion impor­tante : à qui appar­tient le fémi­nisme ? Et qui le porte ?


Illustrations de ban­nière et de vignette : Nancy Spero


  1. Auréline Cardoso, « Profession fémi­niste : socio­lo­gie du tra­vail sala­rié au sein des asso­cia­tions fémi­nistes », thèse de doc­to­rat, Toulouse 2, 2019.[]
  2. Lire sur ce sujet : Alice Romerio, « Le tra­vail fémi­niste et le pro­blème musul­man », Sociétés contem­po­raines, n° 110, 2018, p. 61–88.[]

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