Esquisse pour une histoire de la Commune de Marseille — de Jean-Claude Izzo


Série « La Commune de Marseille »

On connaît sur­tout Jean-Claude Izzo pour ses polars, dont Total Khéops, le pre­mier tome d’une fameuse « tri­lo­gie mar­seillaise » parue à la fin des années 1990. Pourtant, le natif de la ville, qui disait se tenir « irré­mé­dia­ble­ment du côté des pauvres, des oubliés, des dému­nis », s’est aus­si inté­res­sé, en pion­nier, à la Commune de Marseille. En 1971, il publie une série d’ar­ticles dans La Marseillaise, quo­ti­dien dont il a été, un temps, le rédac­teur en chef, afin de fêter le cen­te­naire de l’in­sur­rec­tion. Plus de cin­quante ans après, son texte, que nous publions, a tout gar­dé de sa viva­ci­té. Premier volet de notre série consa­crée à l’événement.


[…] Proclamée le 23 mars 1871, la Commune [de Marseille] avait des anté­cé­dents ; une pre­mière Commune avait eu lieu le 1er novembre 1870. Il nous appar­te­nait donc de retra­cer ces grandes jour­nées révo­lu­tion­naires, ain­si que de bros­ser le por­trait de ces hommes qui, au sein de la cité pho­céenne, sur­ent lut­ter pour la République et la démo­cra­tie. Ce mou­ve­ment régio­nal – et non régio­na­liste – mérite toute notre atten­tion pour son ori­gi­na­li­té. En effet, comme le fai­sait remar­quer Karl Marx, dès l’automne 1870, après le 4 sep­tembre, la Commune « était déjà entre­prise dans les grandes villes du pays », et il pré­ci­sait qu’elle avait été « d’abord ten­tée dans les villes du Midi de la France ». […]

Un bastion républicain

Une ques­tion se pose immé­dia­te­ment. D’où vient qu’en 1870–1871 Marseille se trouve pour ain­si dire haus­sée sur le même plan révo­lu­tion­naire que Lyon et Paris, alors que jusqu’à cette période sa tra­di­tion révo­lu­tion­naire était infi­ni­ment moins riche que celle de ces deux villes ? Il y a plu­sieurs raisons.

Pendant le Second Empire, Marseille est la ville qui enre­gistre le plus gros afflux de popu­la­tion : 195 000 habi­tants en 1851 et 313 000 en 1872. Son com­merce pro­fite sous Napoléon III des rela­tions com­mer­ciales de plus en plus actives de la métro­pole avec l’Algérie. La grande indus­trie s’y déve­loppe et avec elle une bour­geoi­sie indus­trielle ; avec elle aus­si une « un nou­veau pro­lé­ta­riat de souche pay­sanne misé­rable », dont l’éducation poli­tique est à faire, mais qui mène­ra des grèves vigou­reuses contre l’aggravation de ses condi­tions d’existence (entre autres, d’avril 1867 à jan­vier 1868, les grèves dans les bas­sins miniers de Fuveau, Gréasque, Gardanne, Auriol, La Bouilladisse).

« Marseille n’est pas une ville rouge. Tout au plus, est-elle un bas­tion républicain. »

Marseille n’est pas pour autant une « ville rouge ». Tout au plus, est-elle un bas­tion répu­bli­cain. Il n’y eut pas par exemple à Marseille, en 1848, d’affrontements vio­lents entre le pro­lé­ta­riat et la bour­geoi­sie, comme ce fut le cas à Paris, entraî­nant une rup­ture défi­ni­tive avec la pra­tique de la col­la­bo­ra­tion de classe. Par contre, la petite et moyenne bour­geoi­sie se déta­che­ra pro­gres­si­ve­ment de sa classe. Car si la féo­da­li­té finan­cière est satis­faite de l’Empire, qui lui pro­cure d’amples pro­fits, la petite et moyenne bour­geoi­sie, elle, consti­tue­ra une force d’opposition au régime don­nant ain­si corps au radi­ca­lisme marseillais.

Les radi­caux, rapi­de­ment influents dans la popu­la­tion, allaient infli­ger au gou­ver­ne­ment une pre­mière défaite cui­sante. En mai et juin 1869, lors des élec­tions légis­la­tives, deux adver­saires décla­rés de l’Empire, Gambetta et Esquiros sont élus triom­pha­le­ment. Cependant, paral­lè­le­ment aux radi­caux, une nou­velle forme d’opposition appa­raît, le pro­lé­ta­riat, et s’organise dans l’Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs (AIT). L’Internationale, depuis 1864, ral­lie à elle les élé­ments les plus conscients de la classe ouvrière. Dans chaque grande ville, des sec­tions se créent : à Paris, avec Varlin et Benoît Malon ; à Rouen, avec Aubray ; à Lyon, avec A. Richard ; et à Marseille avec André Bastelica, âgé de 23 ans.

Fondée en 1867, la sec­tion mar­seillaise de l’Internationale [AIT, ndlr], après un départ assez lent, prit une rapide exten­sion et comp­ta bien­tôt 4 500 adhé­rents grou­pés en vingt-sept cor­po­ra­tions ouvrières. Elle s’affirmait comme une des mieux orga­ni­sées de France. Dirigée par des ouvriers de la petite indus­trie, des arti­sans, un tapis­sier, un com­mis, un ver­nis­seur, un bou­lan­ger, un pro­fes­seur, et Bastelica lui-même, tour à tour employé de com­merce, typo­graphe et jour­na­liste de talent, la sec­tion, tout en essayant d’organiser la classe ouvrière entre­tient au sein du pro­lé­ta­riat une agi­ta­tion poli­tique permanente.

Il y eut très vite uni­té d’action entre les radi­caux et les inter­na­tio­na­listes — et cela fut pos­sible pour les rai­sons que nous avons vues plus haut. Cette uni­té ira jusqu’à la créa­tion d’un mou­ve­ment — la Ligue du Midi — com­mun aux deux orga­ni­sa­tions. Qui fai­sait le jeu de l’autre ? Bastelica, en 1870, écrit à Varlin : « Nos radi­caux baissent, baissent. La marée basse de l’opinion va bien­tôt mettre à nu la quille déla­brée de ces vieilles pataches. » Il n’en sera pas exac­te­ment ain­si. Bastelica avait sous-esti­mé la force et la har­diesse du radi­ca­lisme mar­seillais auquel sa tac­tique devait sur­tout ser­vir de cau­tion auprès des masses. Cela appa­raî­tra clai­re­ment pen­dant les deux Communes.

Une révolution latente

« Marseille sera à l’avant-garde du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire qui écla­te­ra en France. Elle se lève­ra la première. »

Le pre­mier grand affron­te­ment entre le régime impé­rial et l’opposition fut déclen­ché par l’assassinat à Paris du jour­na­liste Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte, le 8 jan­vier 1870. Marseille, dès qu’elle apprit la chose, se rem­plit de cris hos­tiles à l’Empire. Le 10 jan­vier, une puis­sante mani­fes­ta­tion de plus de 1 200 per­sonnes, dra­peaux rouges en tête, par­court les rues de la ville. On chante La Marseillaise. On réclame la République.

C’était un signe avant cou­reur des évé­ne­ments qui allaient suivre. Après le plé­bis­cite du 8 mai 1870, la farouche oppo­si­tion des Marseillais à l’Empire appa­rut encore plus clai­re­ment. « Seule avec Paris, Marseille avait voté contre l’Empire, par 59 882 non contre 39 531 oui. » Le gou­ver­ne­ment s’inquiéta de ces résul­tats. Le chef du gou­ver­ne­ment, Émile Ollivier, télé­gra­phiait dans le même temps au pro­cu­reur géné­ral d’Aix : « A‑t-on sai­si l’Internationale à Marseille ? Elle y existe cer­tai­ne­ment. On me dit que les réunions de Marseille sont into­lé­rables par leur vio­lence. N’hésitez pas à faire un exemple, et sur­tout frap­pez à la tête. » Mais la tête — Bastelica — s’était déjà réfu­giée en Espagne.

Pour l’AIT, désor­ga­ni­sée un court ins­tant, le coup n’était pas si grave. Le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire mar­seillais se déve­lop­pait bien plus vite que la répres­sion impé­riale. C’est pour­quoi Marseille sera à l’avant-garde du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire qui écla­te­ra en France. Elle se lève­ra la première.

Les 7 et 8 août, au len­de­main du désastre de Forbach, une mani­fes­ta­tion popu­laire d’une ampleur inéga­lée éclate : 40 000 per­sonnes conduites par Naquet, Bouchet, Rouvier et Crémieux — tous quatre radi­caux — se ras­semblent devant la pré­fec­ture et tentent de l’occuper. Mais l’énorme bâti­ment « hos­tile et ver­rouillé » ne cède pas. Le soir, l’arrestation de Naquet porte la colère des mani­fes­tants à son comble. Hâtivement, radi­caux et socia­listes se ren­contrent rue Vacon, et forment un comi­té cen­tral d’action. Et le len­de­main ils se lancent alors à l’assaut de la mai­rie et y pénètrent. Un comi­té révo­lu­tion­naire se consti­tue, com­po­sé des radi­caux Crémieux, l’avocat Giraud, Cabasse, Tardif, Granet, le jeune et ardent poète Clovis Hugues, les jour­na­listes Sorbier et Elbert et des inter­na­tio­na­listes Alérini, Combes, Matheron, Bosc, Gilbert Borde, Conteville.

Ce comi­té ne devait durer que quelques heures (il fai­sait écho en quelque sorte à la ten­ta­tive de « coup de force » man­qué par Blanqui à Paris). Une vigou­reuse charge de police remit très vite les choses en place. Et la foule las­sée des hési­ta­tions du comi­té, aucune déci­sion n’ayant été prise, se lais­sa dis­per­ser. Les insur­gés qui ne s’étaient d’ailleurs pré­sen­tés qu’en « man­da­taire de la patrio­tique cité mar­seillaise » n’invoquèrent comme expli­ca­tion qu’un pro­fond désir de réor­ga­ni­ser la mai­rie et la Garde natio­nale. Au nombre d’une tren­taine les chefs insur­gés furent écroués dans les cachots du fort Saint-Jean. Le mou­ve­ment était amor­cé. Le 10 août, avec le rem­pla­ce­ment du pré­fet, l’État de siège de Marseille est pro­cla­mé. Mais les temps troubles que les cir­cons­tances poli­tiques et les mal­heurs de la patrie avaient fait naître, allaient don­ner à l’AIT l’occasion de jouer son rôle d’impulsion des forces révolutionnaires.

Le 4 sep­tembre, Marseille apprend dans la même jour­née le désastre de Sedan, la cap­ture de l’empereur, et dans la soi­rée, vers 22 heures, la pro­cla­ma­tion de la République et la consti­tu­tion d’un gou­ver­ne­ment de défense nationale.

C’en était beau­coup trop pour une population.

« Le pou­voir révo­lu­tion­naire est dans la rue. C’est celui que repré­sente la Garde civique com­po­sée d’ouvriers, pour la plu­part membres de l’Internationale. »

20 000 per­sonnes, après avoir libé­ré les pri­son­niers d’août, enva­hissent la pré­fec­ture, obli­geant cette fois le pré­fet et sa famille à fuir. Devant cette explo­sion popu­laire, les inter­na­tio­na­listes, afin d’éviter le sac­cage, se consti­tuent — spon­ta­né­ment — en Garde civique, sous la direc­tion de Combes, Matheron, Gavard et de l’un des chefs de la sec­tion pari­sienne de l’Internationale, Edmond Megy. De son côté, sou­cieux de main­te­nir l’ordre, le maire répu­bli­cain Bory demande à Labadié, conseiller muni­ci­pal, d’assumer les fonc­tions de pré­fet inté­ri­maire. Une com­mis­sion dépar­te­men­tale née de la fusion de la muni­ci­pa­li­té et d’un comi­té de salut public, créé la veille au jour­nal Le Peuple, s’installe à la pré­fec­ture. Deux inter­na­tio­na­listes y par­ti­cipent : Delpech et Baume.

Mais le pou­voir révo­lu­tion­naire est dans la rue. C’est celui que repré­sente la Garde civique — à la fois police et armée — com­po­sée d’ouvriers, pour la plu­part membres de l’Internationale. Et bien­tôt il y aura rup­ture, à cause du dra­peau rouge his­sé sur la pré­fec­ture, entre l’Internationale dans la rue, les radi­caux majo­ri­taires dans la com­mis­sion et les modé­rés, Bory, Labadié et Tourel, qui se replie­ront dans la mairie.

C’est alors qu’arrive Alphonse Esquiros. Nommé admi­nis­tra­teur supé­rieur des Bouches-du-Rhône, il entre dans Marseille le 7 sep­tembre. Il est accla­mé à la fois par les gardes civiques, la com­mis­sion et la muni­ci­pa­li­té. Bien que délé­gué par Gambetta, Esquiros pren­dra vite ses dis­tances avec le gou­ver­ne­ment. Il avait en hor­reur les répu­bli­cains modérés.

Le 8 sep­tembre, en col­la­bo­ra­tion avec la com­mis­sion dépar­te­men­tale, Esquiros forme un comi­té local de défense natio­nale. Il n’innovait pas. Partout en France ces comi­tés exis­taient. La dif­fé­rence pour­tant c’est que, au contraire de Paris et des autres villes de pro­vince, Marseille et le Midi n’étaient pas sous l’occupation prus­sienne. Le comi­té en « zone libre » pou­vait prendre un tout autre tour que dans le reste du pays. De plus, le pou­voir poli­tique et juri­dique natio­nal était déjà aux mains de la haute bour­geoi­sie pres­sée de « vendre » la France à Bismarck, dans le seul but de sau­ver ses privilèges.

Bastelica, reve­nu d’Espagne après la chute de l’Empire, fut le plus conscient de cette situa­tion objec­tive et de la poten­tia­li­té révo­lu­tion­naire qui exis­tait dans le Midi. Un accord tac­tique sera pas­sé entre Esquiros, Crémieux et lui. Et, côte à côte, après avoir adres­sé un ulti­ma­tum au gou­ver­ne­ment pro­vi­soire, ils vont inau­gu­rer à Marseille une poli­tique démo­cra­tique de défense natio­nale en col­la­bo­ra­tion avec toutes les couches de la population.

Bastelica était l’ami de Bakounine. Il était aus­si son émule, c’est-à-dire un par­ti­san de la révo­lu­tion « anti-auto­ri­taire » qui abo­li­rait immé­dia­te­ment toute forme d’État et donc toute orga­ni­sa­tion poli­tique de la socié­té. Au congrès de l’AIT, à Berne, en 1868, il appa­rut comme le lea­der de cette ten­dance oppo­sée à celle de Marx. Les évé­ne­ments mar­seillais l’amèneront à modi­fier sa posi­tion. Il s’en expli­que­ra à A. Richard : « Nous ne devons point nous mon­trer indif­fé­rents à la solu­tion poli­tique du pro­blème social : nous devons tendre au contraire à en sai­sir la direc­tion. »

La Ligue du Midi

« La Ligue du Midi était l’aboutissement de la pous­sée patrio­tique et révo­lu­tion­naire de la région. »

Cette direc­tion poli­tique, Bastelica la par­ta­ge­ra avec Crémieux et Esquiros à la Ligue du Midi. La consti­tu­tion de la ligue était un fait impor­tant. Elle était l’aboutissement de la pous­sée patrio­tique et révo­lu­tion­naire de la région. Groupant qua­rante-huit délé­gués de treize dépar­te­ments, la Ligue se consti­tue­ra en véri­table direc­toire régio­nal, « creu­set appe­lé à for­ger un gou­ver­ne­ment et une armée popu­laire », car, selon les conclu­sions de la pre­mière séance de la Ligue, seul le Midi libre « pour­ra sau­ver le Nord » par l’union de « toutes les forces du dépar­te­ment ».

Il ne lui man­quait qu’un pro­gramme poli­tique et social. Elle se le don­ne­ra le 22 sep­tembre. Dans une région pré­si­dée par Bastelica, il est déci­dé « la levée d’un impôt de 30 mil­lions sur les riches, la réqui­si­tion des armes et des che­vaux, la confis­ca­tion des biens des traîtres et du cler­gé, la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, l’enrôlement des prêtres dans l’armée, l’épuration des fonc­tion­naires de l’Empire, la liber­té de la presse par sup­pres­sion des cau­tion­ne­ments, l’élection des juges par le peuple, la sup­pres­sion des écoles reli­gieuses et l’affectation de tous leurs locaux aux écoles laïques ».

C’était une for­mi­dable ten­ta­tive d’organisation dans une pers­pec­tive de luttes pro­chaines. Les jeunes de moins de 20 ans furent grou­pés sur le même modèle que la Garde civique sous la direc­tion du fils d’Esquiros et de Clovis Hugues, dans la jeune Légion urbaine. Entraînée au manie­ment des armes et au com­bat de rue, elle consti­tue­ra, avec les gardes civiques, une véri­table force révo­lu­tion­naire armée pour la ville.

Le pro­gramme adop­té par la Ligue, s’il est nova­teur, n’en est pas moins jaco­bin. Il fau­dra une pres­sion pro­lé­ta­rienne de l’intérieur, pour que le radi­ca­lisme mar­seillais prenne des mesures favo­rables à la classe ouvrière : loyers non exi­gibles d’avance, réduc­tion à 8 heures de la jour­née de tra­vail dans les mines. Bastelica, un peu trop sûr de son influence sur Esquiros et Crémieux, fait alors la navette entre Marseille et Lyon où, selon A. Richard et les « ana­lyses » de Bakounine, la révo­lu­tion était main­te­nant pos­sible et proche.

Cette dis­per­sion se res­sen­ti­ra à la direc­tion de la Ligue. Le jaco­bi­nisme repren­dra vite le des­sus, pré­fé­rant aux réa­li­sa­tions sociales et concrètes la phrase révo­lu­tion­naire, empreinte des « sou­ve­nirs » de 1793. Qu’on en juge : « Nous sommes réso­lus à tous les sacri­fices, écrivent Esquiros et Crémieux, et si nous res­tons seuls, nous ferons appel à la révo­lu­tion, à la révo­lu­tion inexo­rable et impla­cable, avec toutes ses haines, ses colères, sa fer­veur patrio­tique. Nous par­ti­rons de Marseille. Nous prê­che­rons sur nos pas la guerre sainte… »

« Il fau­dra une pres­sion pro­lé­ta­rienne pour que le radi­ca­lisme mar­seillais prenne des mesures favo­rables à la classe ouvrière. »

De son côté, Gambetta, deve­nu ministre de l’intérieur du gou­ver­ne­ment de défense natio­nale, entend en finir avec l’« anar­chie » mar­seillaise. Il s’y repren­dra cepen­dant à deux fois. Le 17 octobre, Dufraisse est char­gé de rem­pla­cer Esquiros. 100 000 per­sonnes, après un mee­ting à l’Alhambra, votent une motion de sou­tien à Esquiros et se massent ensuite devant la pré­fec­ture pour empê­cher l’entrée de Dufraisse. Celui-ci prend peur et s’en retourne dire à Gambetta de renon­cer à son pro­jet. Ce qui n’était pas son avis. Et le 30 octobre, les Marseillais apprennent la nomi­na­tion de A. Gent à la place d’Esquiros. Ils apprennent aus­si la capi­tu­la­tion de Bazaine à Metz.

Cette double nou­velle tombe sur une pou­drière. Elle « ne fut même pas un pré­texte d’insurrection contre le gou­ver­ne­ment, elle fut sim­ple­ment la confir­ma­tion écla­tante de cette inca­pa­ci­té du pou­voir cen­tral que les extré­mistes mar­seillais n’avaient ces­sé de pro­cla­mer, elle ne pro­vo­qua pas la Commune, mais la jus­ti­fia ».

C’est l’émeute.

La première Commune

« La foule des civiques, les orga­ni­sa­tions patrio­tiques, Clovis Hugues en tête de sa Légion, por­tant le dra­peau rouge, marchent sur l’Hôtel de Ville qu’ils occupent sans coup férir. Les gardes natio­naux, hési­tants, sans chef, ne mani­fes­tèrent en effet aucune oppo­si­tion. » Le soir, le peuple est maître de la cité. À l’Hôtel de Ville, un Comité de salut public de qua­rante-neuf membres est consti­tué. À sa tête, Esquiros. Il n’y a plus que trois inter­na­tio­na­listes dans le comi­té. Bastelica n’est plus main­te­nant qu’à la remorque des radi­caux, comme le prouve le mani­feste du Comité qui se borne à fixer pour but à son acti­vi­té « le salut de la République une et indi­vi­sible ». « Formule typi­que­ment radi­cale qui ne fait aucune place aux reven­di­ca­tions ouvrières et omet toute condam­na­tion de la bour­geoi­sie en tant que classe. »

C’est pour­tant sur cette base que le len­de­main 1er novembre, la Commune révo­lu­tion­naire de Marseille est pro­cla­mée. L’internationale n’y a tou­jours que neuf repré­sen­tants sur trente cinq et donc reste en mino­ri­té. L’intrigant Cluseret se trouve là — à point — pour se faire nom­mer géné­ral de la Ligue du Midi. Gent n’est pas Dufraisse. Ancien com­mis­saire de la Ligue, il n’est pas impo­pu­laire, et la popu­la­tion hésite à lui bar­rer la route. Lui n’hésite pas, entre dans Marseille, et payant de cou­rage, il pénètre seul dans la pré­fec­ture. Victime d’un atten­tat (man­qué) il pro­fite du désar­roi qu’entraîne cet inci­dent pour s’installer. Il pro­fi­te­ra aus­si de l’affolement d’Esquiros, dont le fils est gra­ve­ment malade, de la déban­dade des chefs de l’émeute et de la démo­bi­li­sa­tion subite des masses fort mal encadrées…

« Le 1er novembre [1870], la Commune révo­lu­tion­naire de Marseille est proclamée. »

Le 2 novembre, Gent a retour­né la situa­tion en sa faveur. Cluseret s’enfuit sans deman­der son reste : Bastelica se retire, Esquiros, endeuillé, reste abî­mé dans sa dou­leur de père… L’acte final de cette pre­mière Commune avor­tée est révé­la­teur de la confu­sion géné­rale : le 4 novembre, les élé­ments bour­geois de la Garde natio­nale entourent l’Hôtel de Ville encore tenu par les « civiques » et voi­ci com­ment l’international Allerini décrit la scène à Bakounine : « On ouvrit les portes, il y eut une scène de fra­ter­ni­sa­tion ; ouvriers et bour­geois s’embrassèrent et tous sor­tirent ensemble, se mêlèrent ; et, à l’ombre du dra­peau de l’Internationale, ils firent le tour de la ville. La farce était jouée. »

Gent, fin poli­tique, ne se met­tra pas la popu­la­tion à dos. Il n’exercera aucune pour­suite, ni arres­ta­tion, mal­gré les pro­tes­ta­tions d’une bour­geoi­sie qui veut du sang ! Il lais­se­ra même à la Garde civique ses armes… Pour un temps ! Habilement fon­due dans la Garde natio­nale, puis neu­tra­li­sée, elle sera dis­soute de même que la Ligue du Midi. « Rien ne sub­siste — sinon la dés­illu­sion des masses — de la pre­mière Commune mar­seillaise. » La conclu­sion à ces évé­ne­ments, nous les emprun­te­rons à Alérini, dont le juge­ment nous paraît vala­ble­ment fon­dé : « Ce qui manque, c’est un état-major. De là, désor­ga­ni­sa­tion com­plète. La Commune révo­lu­tion­naire avait bien com­men­cé. Mais dès les pre­miers coups de feu, ça a été fini. C’était à qui aurait dis­pa­ru le pre­mier. Bastelica s’est reti­ré ; Combes s’est reti­ré. Personne ne veut accep­ter de res­pon­sa­bi­li­té. »

Prenez vos fusils

Des élec­tions muni­ci­pales vont suivre, puis des légis­la­tives, le 8 février 1871. Brèves, sans tapages — mais faus­sées par Gent qui fait voter les non ins­crits —, elles donnent une majo­ri­té conser­va­trice et « paci­fiste » à l’Assemblée. Ces élec­tions qui ne reflé­taient en rien les évé­ne­ments pas­sés et encore moins les forces en pré­sence, démo­bi­li­sèrent les masses. La sec­tion mar­seillaise de l’Internationale usa alors de la der­nière arme en sa pos­ses­sion : la grève, qui seule pou­vait main­te­nir la cohé­sion et la com­ba­ti­vi­té de la classe ouvrière. Dès le 10 mars, le port était en grève, « le 17, les rues ces­saient d’être balayées. Le 18, grève de chauf­feurs…, les bou­lan­gers s’arrêtaient le 21… Le 22, les gréeurs arri­meurs… »

C’était un « calme lourd » d’inquiétude et de ten­sion, comme celui qui régnait à Paris, au len­de­main du siège, était empreint de fièvre et de ran­cœur. Mais le 22, Marseille reprend son gron­de­ment de guerre. « L’avènement des réac­tion­naires, la nomi­na­tion de Thiers, la paix bâclée et hon­teuse, la monar­chie entre­vue, des défis et des défaites, la cité vaillante avait tout sen­ti aus­si vive­ment que Paris. »

La nou­velle du 18 mars mit le feu aux poudres.

Dans l’effervescence géné­rale, Gaston Crémieux déclare à l’Eldorado, devant un mil­lier de per­sonnes : « Le gou­ver­ne­ment de Versailles a levé sa béquille contre ce qu’il appelle l’insurrection de Paris ; mais elle s’est bri­sée dans ses mains et la Commune en est sor­tie… Jurons que nous sommes unis pour défendre le gou­ver­ne­ment de Paris, le seul que nous recon­nais­sons. » Marseille pro­cla­mait ain­si sa seconde Commune.

« Marseille est sur le pied de guerre. Les bataillons popu­laires, la Garde natio­nale, les civiques, les francs-tireurs et les gari­bal­diens défilent dans les grandes artères de la ville. »

Écrasée dès le 4 avril par le géné­ral Espivent de la Villeboinet, « légi­ti­miste, obtus, dévot hébé­té, géné­ral d’antichambre », elle ne dura que treize jours mais fut « la plus puis­sante et la plus longue des insur­rec­tions de pro­vince ». Malgré les grèves, le 21, le pré­fet, le contre-ami­ral Cosmier télé­gra­phiait à Paris : « Marseille est tran­quille. » Le 22, ter­mi­nant son dis­cours à l’Eldorado, Crémieux s’écrie : « Rentrez chez vous, pre­nez vos fusils, non pas pour atta­quer, mais pour vous défendre. » C’était un véri­table appel aux armes. Les paroles de Crémieux ont cer­tai­ne­ment dépas­sé sa pen­sée. Mais déjà la salle una­nime crie : « Vive Paris ! » Le mou­ve­ment est à nou­veau amor­cé. Il sera irréversible.

Cosmier, alar­mé par les évé­ne­ments, pressent les mani­fes­ta­tions. Il convoque la Garde natio­nale et tente de pro­vo­quer une contre-mani­fes­ta­tion. Personne ne répond à son appel. Quand il prend conscience de son erreur, il est trop tard. Le 23 au matin, Marseille est sur le pied de guerre. Les bataillons popu­laires, la Garde natio­nale, les civiques, les francs-tireurs et les gari­bal­diens défilent dans les grandes artères de la ville. Le conseil muni­ci­pal s’épouvante. En son nom, Labadié, jon­glant avec les phrases, désa­voue Versailles et « blâme de toutes ses forces ce qui se pas­sait à Paris ». Dehors, les troupes pié­tinent, s’impatientent et, fina­le­ment fati­guées d’une attente de six heures, s’ébranlent, marchent sur la pré­fec­ture et l’occupent. Dans le tumulte, une com­mis­sion de douze membres se forme. Côte à côte, une nou­velle fois, on retrouve les radi­caux et les inter­na­tio­na­listes : Crémieux, Job, Étienne et Alérini, Maviel, Gaillard, aux­quels se sont joints des délé­gués du Club de la Garde natio­nale et du conseil muni­ci­pal. Ceux-ci ne mani­fes­tèrent, soit dit en pas­sant, aucun enthousiasme.

Cosmier, lui, sous la pres­sion popu­laire, veut signer sa démis­sion. Mégy s’y oppose, pré­fé­rant le gar­der comme otage. Le seul pou­voir encore exis­tant est le conseil muni­ci­pal. Crémieux s’adresse une seconde fois à lui : « Venez au plus tôt nous aider à consti­tuer une admi­nis­tra­tion pro­vi­soire. » Sans enga­ger sa res­pon­sa­bi­li­té, et d’une façon équi­voque, le conseil accep­ta (il fal­lut d’ailleurs que Job, avec des sol­dats armés, aillent quelque peu les inci­ter à accep­ter l’invitation de Crémieux). La com­mis­sion fit alors affi­cher qu’elle concen­trait en ses mains tous les pouvoirs.

L’expérience du pouvoir

Le 24, la ville entière est au peuple. « Cette vic­toire com­plète tour­na la tête aux plus ardents. » Les civiques arborent le dra­peau rouge et har­cèlent la com­mis­sion qui leur paraît tiède. Les répu­bli­cains petits-bour­geois trouvent, eux, le dra­peau rouge dan­ge­reux. La com­mis­sion hésite. Pour plus de ren­sei­gne­ments, on envoie Cartoux à Paris. En atten­dant, Crémieux fait his­ser sur la pré­fec­ture, entre le dra­peau rouge et le tri­co­lore, le dra­peau noir. Non pas au nom de l’anarchie mais pour tran­cher le débat et pour « signi­fier le deuil de la patrie ».

« L’organisation entière repose sur Crémieux. Celui-ci n’a rien d’un révo­lu­tion­naire farouche. Son seul sou­ci est de voir la Commune s’installer à Marseille. »

L’AIT tient des posi­tions de pre­mier ordre : la gare, le port dont Lombard est capi­taine, Pacini est com­mis­saire cen­tral de la police, Mégy, Matheron, Bonafoux sont à la tête des gardes civiques. Bosc com­mande une com­pa­gnie de gardes natio­naux. Cependant, et bien que les radi­caux Job et Étienne se rangent sur les posi­tions de l’Internationale, la majo­ri­té au sein de la com­mis­sion reste aux radi­caux. Bastelica n’est plus là pour réta­blir l’équilibre et orga­ni­ser. L’organisation entière repose d’ailleurs sur Crémieux. Celui-ci n’a rien d’un révo­lu­tion­naire farouche. Son seul sou­ci est de voir la Commune s’installer à Marseille, de régu­la­ri­ser le mou­ve­ment et ce dans un cli­mat de confiance, de calme. Il dénon­ce­ra les extré­mistes, s’élèvera contre la déten­tion inutile d’otages, contre le désordre… Il sera vite sus­pect, de même que Bouchet qui le seconde.

Le soir du 24, Bouchet donne sa démis­sion. Le len­de­main, il reprend son poste, mais le mou­ve­ment va en se dégra­dant. Les autres Communes de pro­vince com­mencent déjà à cra­quer. Le conseil muni­ci­pal qui n’avait, à aucun moment, prit ouver­te­ment par­ti pour la Commune, prend alors ses dis­tances. Il se déclare seul pou­voir exis­tant et le 26, la com­mis­sion est iso­lée. « Personne ne s’armait contre elle, per­sonne ne s’y ral­liait. » Le même soir, le géné­ral Espivent qui, cal­quant son atti­tude sur celle de Thiers, avait fui avec les fonc­tion­naires et les troupes loya­listes à Aubagne (un petit Versailles !) déclare le dépar­te­ment en état de guerre et se pré­pare à inves­tir Marseille. La confu­sion règne de plus en plus dans la ville et au sein de la com­mis­sion. « Il est curieux à ce pro­pos de consta­ter la posi­tion para­doxale de ces pou­voirs divers qui se côtoyaient sans se heur­ter, sans être même sépa­rés, que par une bar­rière théo­rique. Espivent avait déser­té Marseille alors qu’il aurait pu réta­blir l’ordre avec ses troupes, et Crémieux aurait pu faire occu­per Aubagne avec les gari­bal­diens et les francs-tireurs qu’il avait négli­gé, dans sa bonne foi, de consti­tuer en bataillons orga­ni­sés. »

Et cette sorte de trêve, née de la confu­sion ou de l’attente per­sis­te­ra jusqu’au 4 avril. Le 30, la Commune de Paris délègue trois de ses membres pour prendre la direc­tion du mou­ve­ment : Amouroux, May et Landeck. Celui-ci, aux dires de Lissagaray, n’est qu’un cabo­tin de foire. Ils ne seront, tous trois, d’aucun secours à la Commune de Marseille. Landeck va s’opposer à Crémieux et enve­ni­me­ra les rela­tions entre la com­mis­sion et le conseil muni­ci­pal. Une guerre à coups de pro­cla­ma­tions s’engagera alors entre les deux pou­voirs. Et la Commune, len­te­ment s’essoufflera dans cette « sté­rile suite d’intrigues entre la pré­fec­ture et la mai­rie ». Crémieux démis­sion­ne­ra, puis se ravi­se­ra. « Encore une fois, les cadres supé­rieurs font défaut. La com­ba­ti­vi­té popu­laire fait contraste avec l’inexpérience, l’inconstance ou l’indignité des guides. »

« Gloire à toi, général… »

À Aubagne, Espivent qui n’avait jamais vu un Prussien de sa vie, s’apprête à jouer les grands chefs mili­taires. Il rêve d’écraser les « rouges ». Le 3, il pro­clame l’état de siège, et le 4, ses hommes enva­hissent Marseille. Des bar­ri­cades se dressent. Les gardes natio­naux, les civiques, les francs-tireurs, sou­te­nus par la popu­la­tion, opposent une résis­tance aux troupes loya­listes. Aux avant-postes de Castellane, Crémieux prend contact avec le 5e Chasseur.

– Quelles sont vos inten­tions, demande-t-il ?
– Nous venons réta­blir l’ordre, répon­dit l’officier.
– Quoi ! Vous ose­riez tirer sur le peuple !

« Deux bataillons fra­ter­ni­sèrent, levant les chas­se­pots en l’air. »

Et il harangue les sol­dats : les chas­seurs recu­lèrent, sans tirer, devant la pres­sion de la foule qui criait : « Vive Paris ! » et « Vive l’armée ! ». Deux bataillons fra­ter­ni­sèrent, levant les chas­se­pots en l’air, sous les applau­dis­se­ments de la foule. Espivent, après avoir ren­con­tré — sèche­ment — Crémieux, bat la retraite. Ce n’est qu’une manœuvre : il lui faut du sang et du bruit ! Dans le port, trois bateaux ont leurs canons bra­qués sur la ville : La Couronne, La Magnanime et Le Renard. Espivent avait aus­si fait occu­per le fort de Notre-Dame-de-la-Garde que Crémieux avait négligé.

À 10 heures, les chas­seurs se mettent en marche jusqu’à la pré­fec­ture. Nouvelle fra­ter­ni­sa­tion. Soudain, des coups de feu éclatent. Ce sont de gros bour­geois qui, retran­chés depuis le début de la Commune dans la mai­son des frères de la Doctrine chré­tienne, tirent et sur le peuple et sur l’armée, exci­tant la colère des uns et des autres. Une lutte achar­née s’engage aux portes de la pré­fec­ture. Peu convain­cues, peu expé­ri­men­tées, les troupes d’Espivent peuvent à tout moment être submergées.

Le géné­ral ordonne alors de faire bom­bar­der la pré­fec­ture. Les bat­te­ries du fort Saint-Nicolas et de Notre-Dame-de-la-Garde entrent en action. De midi à 5 heures du soir, toutes les cinq minutes, un obus tom­be­ra sur le bâti­ment. Si le tir de Notre-Dame-de-la-Garde, dès lors rebap­ti­sée par le peuple Notre-Dame-de-la-Bombarde, était pré­cis, ce n’était pas le cas pour celui du fort Saint-Nicolas. Il tirait, lui, au petit bon­heur la chance, sans s’inquiéter de l’endroit où l’obus tom­bait et des dégâts et des morts que cela cau­sait. La pré­fec­ture ne tirait plus depuis long­temps que Notre-Dame-de-la-Garde la bom­bar­dait encore. À 7 heures, Espivent lance fina­le­ment l’assaut de la pré­fec­ture vide. Là, il retrouve sains et saufs, tous les otages. Du côté du peuple, ce fut un mas­sacre. Le nombre de morts en reste incon­nu. Il dépas­sa au moins cent cinquante.

Le 5, Espivent défile avec ses troupes dans la ville aux cris de « Vive Jésus ! » et « Vive le Sacré-Coeur ! » Il ferme les clubs, désarme et dis­sout la Garde natio­nale, éta­blit la censure.

Cinq ans d’ordre
moral commençaient !
Gloire à toi général !
Salut, noble vain­queur ! Illustre conquérant !
C’est à toi, grand héros, que la brune Marseille
Doit son repos pré­sent… et ses assassinats.
Dans l’art de mas­sa­crer, tu fais vrai­ment merveille :
Sauveur, cache tes mains… le sang rou­git tes bras !
Fais chan­ter tes sol­dats, leur voix couvre le râle
Des enfants enten­dus pêle-mêle à tes pieds !…
Continue à pré­sent ta marche triomphale !…

La répres­sion allait s’abattre sur le peuple et sur ses chefs. Un der­nier cri d’espoir, un nou­vel appel à la lutte est lan­cé le 2 mai par Clovis Hugues dans sa « Lettre de Marianne aux répu­bli­cains » : « La déesse au bon­net rouge n’a pas encore épui­sé tous les traits qu’elle dirige contre les conspi­ra­teurs monar­chiques : la grande Marianne au cœur d’airain ne s’est pas encore age­nouillée devant les orga­ni­sa­teurs de la tra­hi­son ; les espé­rances roya­listes ne feront pas que les droits du peuple soient esca­mo­tés, si vous vou­lez vous grou­per encore, fermes et réso­lus, autour de votre chère République. »

Mais il est trop tard. Paris, lui non plus n’en a plus pour longtemps. […]


[lire le deuxième volet | la Commune de Marseille au présent]


Reproduction de plu­sieurs articles de Jean-Claude Izzo parus dans La Marseillaise pour le cen­te­naire de la Commune de Marseille en 1971
Illustration de ban­nière : plan de Marseille, 1596


REBONDS

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