Quand un prof démissionne


Texte inédit pour le site de Ballast

Un chiffre : entre la ses­sion 2019 et 2020 du concours d’en­sei­gnant en lycée pro­fes­sion­nel, le nombre de can­di­dats a dimi­nué de 20 %. Une décla­ra­tion : en visite la semaine der­nière dans un lycée pro­fes­sion­nel d’Indre-et-Loire, le ministre de l’Éducation natio­nale, Jean-Michel Blanquer, a loué « les res­sources humaines, l’é­pa­nouis­se­ment des per­son­nels, le bon­heur au tra­vail ». Entre les deux : un fos­sé. Celui d’un quo­ti­dien réel­le­ment vécu, que la com­mu­ni­ca­tion du pou­voir enjambe toute honte bue. Hugues Fardao, pro­fes­seur de lettres dans un lycée poly­va­lent nor­mand jus­qu’à cette année, a choi­si de démis­sion­ner pour pro­tes­ter contre ce qu’il appelle la « fran­ce­té­lé­com­mi­sa­tion de l’Éducation natio­nale » et « la casse du ser­vice public ». Si cer­tains ensei­gnants conti­nuent de miser sur la lutte syn­di­cale ou poli­tique, il estime, lui, n’être plus en mesure de sur­mon­ter les contra­dic­tions éthiques et pro­fes­sion­nelles impo­sées par le minis­tère. Une déci­sion dif­fi­cile qu’il nous raconte.


L’École répu­bli­caine signi­fie beau­coup pour moi : c’est l’idée que le savoir per­met de s’émanciper, de se libé­rer. Parce qu’on appré­hende mieux le monde qui nous entoure quand on sait des choses et que ce savoir est acces­sible et uni­ver­sel. Dans le même temps, je suis par­ti­san de George Steiner lors­qu’il explique que la culture ne peut pas vaincre la bar­ba­rie — mais au moins, on essaie. Ça ne fait pas de moi un idéa­liste, dans la mesure où l’expérience face aux élèves et dans la vie quo­ti­dienne met à nu les pro­blèmes d’accès au savoir, ain­si que l’inégalité des capa­ci­tés de cha­cun. J’ai moi-même mes limites : je sais que je ne peux pas faire telles ou telles études ni accé­der à un cer­tain niveau. Il faut cepen­dant offrir les meilleures condi­tions d’accès . « Croyant laïc », alors, cer­tai­ne­ment. On ne peut pas faire de miracles mais on doit avoir la foi. J’ai la convic­tion inébran­lable qu’on peut amé­lio­rer l’être humain par la culture et les connais­sances, parce que ça le rend meilleur, et par « ça le rend meilleur » j’entends : parce qu’il ana­lyse l’univers et sa rela­tion aux autres de façon plus pré­cise. On sait que ce n’est pas l’intelligence qui donne accès au lan­gage, c’est le lan­gage qui déve­loppe notre intel­li­gence — de intel­le­gere : com­prendre. Le lan­gage, lui, se déve­loppe par le contact avec l’autre, la lec­ture, l’apport de nou­velles connais­sances. On ouvre l’élève à l’autre, à la dif­fé­rence, on lui per­met de rela­ti­vi­ser et de juger plus jus­te­ment. Il serait vani­teux de croire que le prof fait tout : un élève qui refuse de tra­vailler un mini­mum ne va pas aller loin. Mais on a une part de res­pon­sa­bi­li­té dans ce qu’il devient. Et puis, par­fois, il y a un déclic.

« La goutte d’eau, c’est la perte de sens de mon métier. La réforme pour une École de la confiance, c’est un rou­leau com­pres­seur qui nous tombe des­sus. »

Mais là, la goutte d’eau, c’est la perte de sens de mon métier. D’ordinaire, à chaque réforme, on prend ce qui marche et on laisse le reste, selon les classes, les niveaux ou notre péda­go­gie. On amor­tit le choc, on pro­tège les élèves en fai­sant ce qui nous semble bon, avec l’expérience de ce qui fonc­tionne ou non. Mais la réforme pour une « École de la confiance », c’est un rou­leau com­pres­seur qui nous tombe des­sus : ça ver­rouille tout, c’est impo­sé dans l’urgence et sans concer­ta­tion. C’est une réforme pro­fon­dé­ment inéga­li­taire. Le choix libre et varié van­té par le ministre, c’est faux ! Tous les lycées n’offrent pas les mêmes spé­cia­li­tés. Si vous habi­tez dans une grande ville, pas de pro­blème, mais les lycées de pro­vince n’ont pas toutes les matières : il faut donc que l’élève aille étu­dier loin de chez lui. Ce sont des coûts pour les familles modestes. Des lycées d’une même ville mutua­lisent les matières et les élèves cir­culent d’un éta­blis­se­ment à un autre avec sou­vent des dif­fi­cul­tés maté­rielles — tant pour eux que pour l’administration. Pour la DRH1 du rec­to­rat, rien de cho­quant : ils ont une petite carte devant eux et se disent que les gens peuvent bou­ger. Non ! Pas tou­jours. Il y a des dis­pa­ri­tés énormes et des dif­fi­cul­tés sociales incroyables qui entravent l’accès à l’éducation : le grand qui garde ses frères et sœurs car l’unique parent tra­vaille tard, l’internat qui coûte cher, le manque d’informations des parents… et tant d’autres pro­blèmes ! Avec la désor­ga­ni­sa­tion com­plète mise en œuvre actuel­le­ment, c’est pire.

Alors oui, la pré­sen­ta­tion de la réforme est par­fai­te­ment men­son­gère. D’un point de vue pra­tique, pour les ensei­gnants, c’est sans comp­ter les contrôles en cours de for­ma­tion dont nous n’avons pas encore les barèmes — pra­tique, pour orga­ni­ser les bacs blancs ! — ou les atten­dus de Parcoursup pas encore dévoi­lés. Ou bien les pro­fes­seurs prin­ci­paux qui deviennent de fait des conseillers d’orientation… 1 000 tra­cas qui prouvent la totale pré­ci­pi­ta­tion du minis­tère et son mépris envers les ensei­gnants et les élèves. Et comme tout arrive en même temps, on ne sait plus com­ment lut­ter. C’est un mur incroya­ble­ment épais dont chaque brique de non-sens est sou­dé par le ciment du mépris — en bonus, l’ignorance du public, au mieux ; sa haine anti-profs, au pire. C’est à pleu­rer de rage, quand on croit dur comme fer à l’instruction, de se rendre compte que les pauvres vont mor­fler comme pas pos­sible, encore plus qu’avant, avec en plus le sou­rire de façade du ministre et l’appui béat et hypo­crite des ins­pec­teurs. Car le corps d’inspection cen­sé nous aider est de plus en plus… doit-on dire « inutile » ou « impuis­sant » ? En tout cas, il ne sert plus que de rouage : il trans­met la réforme, c’est tout.

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À mon niveau, je me sens blo­qué. Si je dévie de la route tra­cée par les pro­grammes de fran­çais, les élèves ne seront pas pré­pa­rés à l’épreuve, laquelle est désor­mais assez cadrée. Or le pro­gramme de fran­çais au lycée tech­no­lo­gique est cos­taud, depuis la réforme, mais on n’a pas plus d’heures… On a le double de livres à faire lire aux élèves, de la gram­maire, plus les textes com­plé­men­taires habi­tuels — mais avec trois heures par semaine en Première tech­no et quatre en Première géné­rale. C’est du gavage, il n’y a pas d’autre mot. On veut abor­der la lit­té­ra­ture en fai­sant réflé­chir les élèves, en tra­vaillant les textes… C’est ce qu’on nous demande offi­ciel­le­ment : faire lire, faire aimer la lec­ture, que les élèves s’approprient les textes, qu’ils tiennent un jour­nal de lec­ture. Las !… L’institution se moque de nous : nous sommes contraints par le temps d’avancer à marche for­cée dans les par­cours impo­sés par le pro­gramme. Parcours qui, par­fois, sont débiles : tra­vailler, par exemple, la rela­tion maître/valet dans Le Mariage de Figaro, c’est stu­pide tant cette œuvre est riche de sub­ver­sion et repré­sente l’esprit des Lumières. L’impossibilité de réel­le­ment tra­vailler les œuvres, comme on le fai­sait depuis des années, est cri­mi­nel. On a l’effet d’annonce « Super pro­gramme, plus de fran­çais, applau­dis­sez le bate­leur-ministre ! », et, dans le même temps, le même volume horaire pour trois fois plus de choses à voir avec les élèves. C’est mépri­sant. Je refuse d’en être com­plice. Bien enten­du, les meilleurs réus­si­ront sans l’aide des profs, s’adapteront, auront leur culture per­son­nelle et/ou fami­liale pour les aider. Les autres ? Je n’ose pas y pen­ser.

« La confiance annon­cée par le ministre est orwel­lienne puis­qu’on cadre de plus en plus les profs, qu’on se méfie de leur liber­té, tant péda­go­gique qu’intellectuelle. »

Une démis­sion col­lec­tive condui­rait sim­ple­ment à recru­ter des contrac­tuels en masse. Je ne crois pas à un sou­tien mas­sif de la socié­té. Il y a déjà des décrets auto­ri­sant le recru­te­ment d’étudiants à temps par­tiel, dès la deuxième année uni­ver­si­taire. Ça veut dire que tout le monde peut être prof, du moment qu’on suit comme un mou­ton le pro­gramme et les direc­tives. La « fran­ce­té­lé­com­mi­sa­tion » de l’Éducation natio­nale, ça vient. Comment s’établit la main­mise mana­gé­riale chez nous ? Le ministre applique les règles de gram­maire et de rhé­to­rique qu’on trouve expli­ci­tées dans 1984 d’Orwell. Je sais que c’est une com­pa­rai­son usée jusqu’à la corde, sou­vent exa­gé­rée et per­dant donc de son effi­ca­ci­té ; soyons donc pré­cis : si on pointe spé­ci­fi­que­ment le lan­gage uti­li­sé dans le roman d’Orwell, on a une cor­res­pon­dance. Il s’agit d’utiliser des anti­thèses. Dans le livre, « La guerre c’est la paix » et on maquille les évé­ne­ments poli­tiques : la véri­té devient rela­tive. La « confiance » annon­cée par le ministre est orwel­lienne puis­qu’on cadre de plus en plus les profs, qu’on se méfie de leur liber­té, tant péda­go­gique qu’intellectuelle, et qu’on bloque leur parole lorsqu’ils veulent faire remon­ter les faits depuis le ter­rain. Le fameux « pas-de-vague ». Or nous sommes tout de même des uni­ver­si­taires ou, pour les profs de matière tech­nique, des pro­fes­sion­nels ; nous sommes tous, de ce fait, tout à fait légi­times pour impo­ser notre point de vue en tant que connais­seurs, spé­cia­listes. Mais cette légi­ti­mi­té est niée.

Il y a une infan­ti­li­sa­tion — encore au sens latin infans : qui ne sait pas encore par­ler — de la pro­fes­sion par l’institution. Nous sommes déten­teurs d’un savoir cri­tique, et ce savoir ana­ly­tique, nous enten­dons bien le par­ta­ger avec les élèves. Pour en faire quoi ? Des citoyens ! Et que veut le minis­tère ? Il nous demande de faire de nos élèves des citoyens mais nous refuse le savoir cri­tique : c’est insen­sé. Parallèlement, on accable les ensei­gnants, sur­tout les profs prin­ci­paux, de tâches qui n’ont rien à voir avec leur tra­vail — elles étaient assu­rées par des agents admi­nis­tra­tifs ou des cop­sys2. Les rec­teurs, eux, gèrent des flux : ils ne pensent plus à l’humain. Cette atti­tude se pro­page dans les rouages de la machine, et l’institution se déshu­ma­nise. Or nous, profs, sommes confron­tés chaque jour aux rap­ports humains et sociaux. Mais la hié­rar­chie nie la pos­si­bi­li­té de ces rap­ports sociaux à notre échelle ; elle nie que nous soyons capables de les appré­hen­der — alors que nos études nous ont don­né les outils intel­lec­tuels, didac­tiques et cultu­rels pour le faire. La négo­cia­tion par la parole entre les citoyens qui consti­tuent le peuple et l’acceptation à consen­tir à des efforts pour le bien com­mun, c’est pour­tant la base de la démo­cra­tie et de notre République.

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Mes col­lègues sont dégoû­tés. Mais com­ment par­tir ? Certains ont des enfants étu­diants, il faut payer les études, les appar­te­ments. D’autres sont très proches de la retraite, ils pensent tenir le coup. Et s’ils partent main­te­nant, à quoi cela ser­vi­rait-il ? D’autres ne savent pas quoi faire comme métier à part prof. D’autres res­tent pour lut­ter… Mais tous sont effon­drés. Et puis la peur de péna­li­ser les élèves est très pré­sente : beau­coup d’enseignants n’ont pas fait grève en juin der­nier par crainte de faire du mal aux futurs bache­liers. Il ne faut pas juger l’inaction. Les col­lègues sont aus­si bles­sés par les injonc­tions à la veille des cor­rec­tions d’examens : avoir la moyenne, sur­no­ter — en LVE3, c’est fla­grant —, avoir le sen­ti­ment de bra­der le bac. On reproche aux lycéens leur manque de tra­vail ? Le signal vient d’en haut ! D’un autre côté, avec la réforme, les exi­gences de cer­taines matières, comme en mathé­ma­tiques ou en fran­çais, vont mon­ter d’un cran. Il y aura de la casse. Va-t-on accep­ter au minis­tère de voir les résul­tats du bac s’effondrer ? J’en doute fort. Une belle façade pour le public, un décor en ruines en cou­lisses pour les ensei­gnants. Pas facile de se moti­ver pour mon­ter sur scène et repré­sen­ter la farce. Quant aux sym­boles répu­bli­cains affi­chés : joli, mais nous on veut du marbre, pas du stuc.

« C’est une logique comp­table qui pré­side au regrou­pe­ment de filières et à la baisse des horaires. »

La voie pro­fes­sion­nelle est, elle aus­si, une catas­trophe. J’ai tra­vaillé un an en lycée pro­fes­sion­nel, en 2005/2006, et mon lycée actuel est un lycée poly­va­lent qui accueille autant d’élèves en géné­ral et tech­no­lo­gique qu’en pro­fes­sion­nel. On croise nos col­lègues du LP4 chaque jour et on échange avec eux. Il y a encore 10 ans, le bac pro­fes­sion­nel s’obtenait en 4 ans : deux ans de BEP5, puis deux ans de bac pro, et les élèves sor­taient avec de l’expérience, un âge un peu plus avan­cé et plus de matu­ri­té — et ils savaient bos­ser. Puis on est pas­sé à 3 ans : Seconde, Première, Terminale pro. Encore une fois la nov­langue orwel­lienne était là : « C’est pour faire comme le bac géné­ral ou tech­no, en 3 ans, tout pareil, pas de dis­cri­mi­na­tion, on reva­lo­rise le bac pro. » « Revaloriser », dans le lan­gage : « casse », en réa­li­té. Typique. Parce que bien enten­du, tu vas apprendre en 3 ans ce qu’on appre­nait en 4 ! Et cette année les matières géné­rales sont lit­té­ra­le­ment et exac­te­ment ampu­tées de moi­tié. Le LP va fabri­quer des pousse-bou­tons. C’est scan­da­leux. Ajoutons à cela la Seconde pro qui regroupe désor­mais des classes par filière, avec plus d’élèves par classe… Quand on connaît cer­tains publics dif­fi­ciles au LP, c’est incroyable ! En réa­li­té, c’est une logique comp­table qui pré­side au regrou­pe­ment de filières et à la baisse des horaires. Le but du LP, nor­ma­le­ment, c’est d’avoir des ouvriers qua­li­fiés qui pour­ront évo­luer dans leurs entre­prises, ou d’avoir de bons élèves qui seront moti­vés par le BTS6.

Et puis le mépris, encore et tou­jours le mépris. Les élève du LP n’ont donc plus besoin de fran­çais ou d’histoire-géographie ? C’est épou­van­table. Le LP est une chance pour des élèves non-sco­laires qui peuvent se décou­vrir une voca­tion… Encore fau­drait-il qu’un maxi­mum de filières soient repré­sen­tées dans chaque bas­sin d’éducation, ce qui n’est pas le cas. J’ajoute qu’il me semble inutile de tenir le dis­cours de l’adéquation du bas­sin d’emploi de la région et de l’adaptabilité du LP à ce bas­sin : dans un monde en constante évo­lu­tion, ouvrir une classe sur un sec­teur por­teur ne garan­tit pas d’offrir un emploi aux futurs diplô­més. En 3 ou 4 ans, l’offre pro­fes­sion­nelle peut chan­ger : que faire, alors, de ceux qui se lancent dans telle ou telle filière qui se tarie ? Arrêtons de croire que mettre de l’argent dans l’école est une dépense : c’est un inves­tis­se­ment. Le savoir « bour­geois » — et je le dis sans être péjo­ra­tif, mais dans le sens de la culture héri­tée du XIXe siècle — est regar­dé par les classes sociales supé­rieures comme une chasse gar­dée : si le peuple s’en empare, qu’est-ce qui don­ne­rait à ces classes supé­rieures la légi­ti­mi­té de pla­cer ses des­cen­dants aux meilleurs postes ? Il s’agit d’une classe qui veut s’enfermer dans un entre-soi idéo­lo­gique et social en ver­rouillant toutes les portes d’accès à l’éducation supé­rieure. Que veut-on par­ta­ger ou non, et dans quel but ? Dans sa confé­rence ges­ti­cu­lée sur l’Éducation natio­nale, Franck Lepage l’explique bien lorsqu’il relate son expé­rience à Sciences Po : il est un excellent élève mais, issu d’un milieu très popu­laire, n’a pas l’attitude ou la « culture de classe » néces­saire pour réus­sir.

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Sur le ter­rain, les syn­di­ca­listes au sein de chaque éta­blis­se­ment nous défendent becs et ongles : ils sont for­mi­dables au niveau local. Je suis plus cri­tique quand on monte dans les hau­teurs : la tra­di­tion­nelle grève de ren­trée ne sert à rien. Il faut un blo­cage mas­sif, et là, ça heurte une pen­sée ancrée chez les profs : si je n’enseigne pas, qui le fera ? Les élèves perdent des heures, des jours de cours ; c’est un déchi­re­ment pour beau­coup de col­lègues. La mobi­li­sa­tion est donc dif­fi­cile. D’autant qu’un gou­ver­ne­ment libé­ral attaque sur plu­sieurs fronts, et que la conver­gence des luttes est dif­fi­cile avec d’autres pro­fes­sions. On est payés au-des­sus du SMIC, on a des vacances : évi­dem­ment, on tra­vaille, mais on a une liber­té incroyable en matière d’or­ga­ni­sa­tion : ça ne per­met pas de nous poser en mal­heu­reux devant un sala­rié qui trime 47 semaines par an pour 1 000 balles par mois. Alors qu’à notre échelle, vu les res­pon­sa­bi­li­tés, la lon­gueur des études, le temps consa­cré au tra­vail, on devrait être payés davan­tage : la voca­tion a bon dos, le ministre sait s’en ser­vir ! Mais on peut avoir la foi et vou­loir vivre décem­ment, ce ne doit pas être incom­pa­tible. La volon­té d’appliquer à l’Éducation natio­nale le lan­gage et les méthodes de l’entreprise néo­li­bé­rale, vrai­ment, ça bou­sille tout.


Propos recueillis par Noé Roland.


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Laurence de Cock : « L’enseignement de l’histoire est pris en étau », avril 2019
☰ Lire notre entre­tien avec Véronique Decker : « Aux côtés des élèves, jamais face à eux », sep­tembre 2018
☰ Lire notre entre­tien avec Franck Lepage : « L’école fabrique des tra­vailleurs adap­tables et non des esprits cri­tiques », juin 2015

  1. Directeur ou direc­trice des res­sources humaines.
  2. Conseillers d’o­rien­ta­tion psy­cho­logues.
  3. Langue vivante étran­gère.
  4. Lycée pro­fes­sion­nel.
  5. Brevet d’é­tudes pro­fes­sion­nelles.
  6. Brevet de tech­ni­cien supé­rieur.
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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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