L’abécédaire de Daniel Guérin


Texte inédit pour le site de Ballast

Celui qui se voyait comme « un his­to­rien [plus] qu’un théo­ri­cien » est l’une des voix les plus mar­quantes du com­mu­nisme liber­taire fran­çais. Rejetant d’un même élan l’au­to­ri­ta­risme léni­niste et le roman­tisme anar­chiste, il œuvra à arti­cu­ler le meilleur du rouge et du noir, ces « frères jumeaux entraî­nés dans une dis­pute aber­rante qui en a fait des frères enne­mis ». Prisonnier dans un camp d’in­ter­ne­ment alle­mand durant la Seconde Guerre mon­diale, anti­co­lo­nia­liste de la pre­mière heure, sym­pa­thi­sant cri­tique des Black Panthers et par­ti­san réso­lu des droits des homo­sexuels, Daniel Guérin, dis­pa­ru en 1988, était ce mili­tant révo­lu­tion­naire pour qui « l’an­ti­dog­ma­tisme était fon­ta­men­tal1 ». 


Abstraction : « L’impartialité est un de ces mots creux, une de ces abs­trac­tions sus­pen­dues dans le vide, comme la Morale uni­ver­selle et éter­nelle, ou l’Intérêt géné­ral. […] Il n’existe pas, il ne peut pas exis­ter d’impartialité en his­toire. L’histoire ne s’occupe pas de figures géo­mé­triques ou de phé­no­mènes d’optique, elle met en scène les classes en lutte, elle fait revivre les pas­sions poli­tiques des hommes. […] L’historien appar­tient lui-même, bien qu’il s’en défende, à une classe ; il épouse, bien qu’il s’en défende, les pas­sions de sa classe. Entre les évé­ne­ments du pas­sé qu’il évoque et les luttes que mène sa classe dans le pré­sent, il y a un lien de conti­nui­té. Il ne peut pas ne pas prendre par­ti. » (La Lutte de classes sous la Première République, Gallimard, 1968)

Blanc : « Le pro­lé­taire blanc, avant d’être un pro­lé­taire, demeu­rait un Blanc. Il défen­dait déses­pé­ré­ment ce qu’il croyait être ses pri­vi­lèges de Blancs. Bien qu’ex­ploi­té, il s’i­ma­gi­nait que son inté­rêt se liait au pou­voir blanc. Dans l’im­mé­diat, les hommes de cou­leur ne pou­vaient se per­mettre d’at­tendre une hypo­thé­tique alliance, ni de déses­pé­rer, si elle tar­dait trop à se pro­duire. » (De l’Oncle Tom aux Panthères, Les édi­tions de Minuit, 1963–1973)

Cloisonnements : « J’ai hor­reur des sectes, des cloi­son­ne­ments, des gens que presque rien ne sépare mais qui, pour­tant, se regardent en chiens de faïence. […] Voulant être, si pos­sible chez tous, avec tous, je vou­drais, pré­somp­tueu­se­ment, récon­ci­lier, ras­sem­bler. » (Front popu­laire révo­lu­tion man­quée, Maspero, 1970)

Durruti : « La Révolution espa­gnole a mon­tré, elle, mal­gré les cir­cons­tances tra­giques d’une guerre civile, bien­tôt aggra­vée par une inter­ven­tion étran­gère, la remar­quable réus­site de l’au­to­ges­tion, à la ville comme à la cam­pagne, et aus­si la recherche, par les liber­taires, d’une conci­lia­tion entre les prin­cipes anar­chistes et les néces­si­tés de la guerre révo­lu­tion­naire à tra­vers une dis­ci­pline mili­taire, sans hié­rar­chie ni grades, libre­ment consen­tie, à la fois pra­ti­quée et sym­bo­li­sée par un grand com­bat­tant anar­chiste : Durruti. » (Pour un com­mu­nisme liber­taire, Spartacus, 2003)

Exploitation : « On cherche en vain sur la pla­nète un seul pays qui soit authen­ti­que­ment socia­liste. En gros, le socia­lisme a été l’objet de deux fal­si­fi­ca­tions prin­ci­pales, sous son éti­quette, on écoule deux mar­chan­dises éga­le­ment fre­la­tées : un vague réfor­misme par­le­men­taire, un jaco­bi­nisme bru­tal et omnié­ta­tique. Or, le socia­lisme a pour moi une signi­fi­ca­tion très pré­cise : la ces­sa­tion de l’exploitation de l’homme par l’homme, la dis­pa­ri­tion de l’État poli­tique, la ges­tion de la socié­té de bas en haut par les pro­duc­teurs libre­ment asso­ciés et fédé­rés. » (Entretien paru dans La Chronique sociale de France, 1960)

Fascisme : « J’ai appris que, si la carence ouvrière se pro­longe, le fas­cisme se géné­ra­li­se­ra dans le monde. Attendrez-vous, ici, que pleuvent les coups de matraque ? Le fas­cisme est essen­tiel­le­ment offen­sif : si nous le lais­sons prendre les devants, si nous res­tons sur la défen­sive, il nous anéan­ti­ra. Il use d’un nou­veau lan­gage, déma­go­gique et révo­lu­tion­naire : si nous res­sas­sons, sans les revi­vi­fier par des actes, les vieux cli­chés usés jusqu’à la corde, si nous ne péné­trons pas jusqu’au fond de ses redou­tables doc­trines, si nous n’apprenons pas à lui répondre, nous subi­rons le sort des Italiens et des Allemands. » (La Peste brune [1932], Spartacus, 2018)

Gestion ouvrière : « Issue d’une entre­prise mili­taire, sous la direc­tion de petits-bour­geois à l’origine natio­na­listes, ame­née par la suite à prendre pour modèles les pays socia­listes de l’Est, la révo­lu­tion cubaine n’a peut-être pas accor­dé une atten­tion suf­fi­sante à la ges­tion ouvrière de la pro­duc­tion du type espa­gnol, you­go­slave ou algé­rien. Le Che Guevara, du temps où il diri­geait le minis­tère de l’Industrie, était méfiant à son égard. Une sus­pi­cion qui repo­sait, d’ailleurs, sur un mal­en­ten­du : il s’imaginait, à tort, que l’autogestion excluait la pla­ni­fi­ca­tion cen­tra­li­sée et qu’elle était syno­nyme d’égoïsme d’entreprise. » (Cuba-Paris, Chez l’au­teur, mai 1968)

Homosexualité : « Les avan­tages rem­por­tés sur l’homophobie par ses vic­times ne peuvent être, en tout état de cause, que limi­tés et fra­giles. En revanche, l’écrasement de la tyran­nie de classe ouvri­rait la voir à la libé­ra­tion totale de l’être humain, y com­pris celle de l’homosexuel. Il s’agit donc de faire en sorte que la plus grande conver­gence pos­sible puisse être éta­blie entre l’une et l’autre. Le révo­lu­tion­naire pro­lé­ta­rien devrait donc se convaincre, ou être convain­cu, que l’émancipation de l’homosexuel, même s’il ne s’y voit pas direc­te­ment impli­qué, le concerne au même degré, entre autres, que celle de la femme et celle de l’homme de cou­leur. De son côté, l’homosexuel devrait sai­sir que sa libé­ra­tion ne sau­rait être totale et irré­ver­sible que si elle s’effectue dans le cadre de la révo­lu­tion sociale, en un mot que si l’espèce humaine par­vient, non seule­ment à libé­ra­li­ser les mœurs, mais, bien davan­tage, à chan­ger la vie. » (Homosexualité et révo­lu­tion, Le vent du ch’­min, 1983)

Deux sol­dats amé­ri­cains à Dijon (DR)

Internationalisme : « Le prin­cipe fédé­ra­liste conduit logi­que­ment à l’in­ter­na­tio­na­lisme, c’est-à-dire à l’or­ga­ni­sa­tion fédé­ra­tive des nations dans la grande et fra­ter­nelle union inter­na­tio­nale humaine. […] Les États-Unis d’Europe, d’a­bord, et, plus tard, ceux du monde entier, ne pour­ront être créées que lorsque, par­tout, l’an­cienne orga­ni­sa­tion fon­dée, de haut en bas, sur la vio­lence et le prin­cipe d’au­to­ri­té, aura été ren­ver­sée. » (L’Anarchisme, Gallimard, 1965–1981)

Jeunesse : « Les jeunes révo­lu­tion­naires aux yeux bri­dés, dés­in­té­res­sés jusqu’au sacri­fice, pro­di­gieu­se­ment intel­li­gents et raf­fi­nés, sor­tis dans les pre­miers rangs de nos grandes écoles, ils les trai­tèrent de ratés, d’ambitieux déçus, avides de places et de pro­fits, et ils éprou­vèrent une joie sadique quand la fleur de la jeu­nesse du Viet-nam mon­ta sur l’échafaud, en criant des vers de Victor Hugo. » (Autobiographie de jeu­nesse, Belfond, 1972)

Kropotkine : « Isolés du monde ouvrier que mono­po­li­saient les social-démo­crates, [les anar­chistes des années 1890] se cal­feu­traient dans de petites cha­pelles, se bar­ri­ca­daient dans des tours d’i­voire pour y res­sas­ser une idéo­lo­gie de plus en plus irréelle ; ou bien ils se livraient et applau­dis­saient à des atten­tats indi­vi­duels, se lais­sant prendre dans l’en­gre­nage de la répres­sion et des repré­sailles. Kropotkine, un des pre­miers, eut le mérite de faire son mea culpa et de recon­naître la sté­ri­li­té de la pro­pa­gande par le fait. » (L’Anarchisme, Gallimard, 1965–1981)

Luxemburg : « Son immense mérite [à Rosa Luxemburg] est d’a­voir à la fois contes­té les concep­tions d’or­ga­ni­sa­tion auto­ri­taire de Lénine et ten­té d’ar­ra­cher la social-démo­cra­tie alle­mande à son léga­lisme réfor­miste en insis­tant, comme aucun mar­xiste ne l’a­vait fait avant elle, sur la prio­ri­té déter­mi­nante de l’au­to-acti­vi­té des masses. […] Nous avons donc aujourd’­hui beau­coup à pui­ser dans ses écrits, mais à condi­tion de ne pas les accep­ter ni les repous­ser en bloc, de ne pas les déni­grer ni les por­ter aux nues. » (Rosa Luxemburg et la spon­ta­néi­té révo­lu­tion­naire, Flammarion, 1971)

Malentendu : « Ma for­ma­tion a été mar­xiste anti­sta­li­nienne. Mais, depuis long­temps déjà, je me suis avi­sé de pui­ser à pleines poi­gnées dans le tré­sor de la pen­sée liber­taire, tou­jours actuelle et tou­jours vivante — à condi­tion de l’é­pouiller, au préa­lable, de pas mal d’in­fan­ti­lisme, d’u­to­pies, de roman­tismes aus­si peu uti­li­sables que désuets. D’où un mal­en­ten­du à peu près inévi­table, mais aigri par une cer­taine mau­vaise foi de mes contra­dic­teurs : les mar­xistes se sont mis à me tour­ner le dos en tant qu’anar­chiste, et les anar­chistes du fait de mon mar­xisme n’ont pas tou­jours vou­lu me regar­der comme un des leurs. » (Pour un com­mu­nisme liber­taire, Spartacus, 2003)

Nausée : « Les célèbres abat­toirs [de Chicago] — aujourd’­hui dépla­cés — empestent à plu­sieurs lieues à la ronde. J’ai la curio­si­té mor­bide de voir égor­ger en série et mettre en boîtes porcs et mou­tons. À en avoir la nau­sée. Encore épargne-t-on aux âmes sen­sibles la vue, sans doute insou­te­nable, du mas­sacre des bovi­dés. » (Le Feu du sang — auto­bio­gra­phie poli­tique et char­nelle, édi­tions Grasset & Fasquelle, 1977)

Lutte pour les droits civiques (James Karales)

Organisation : « Communiste liber­taire est qui hon­nit l’im­puis­sante pagaille de l’i­nor­ga­ni­sa­tion tout autant que le bou­let bureau­cra­tique de la sur-orga­ni­sa­tion. » (À la recherche d’un com­mu­nisme liber­taire, Spartacus, 1984)

Proudhon : « Je réponds à l’a­vance qu’il ne m’est guère pos­sible d’ac­cep­ter Proudhon en bloc, ni de le mythi­fier, que je vois en lui un Protée aux mul­tiples visages, un créa­teur ver­sa­tile et contra­dic­toire, empor­té trop sou­vent par sa faconde, son tem­pé­ra­ment pas­sion­né et que cette sur­abon­dante diver­si­té de son génie, cette vio­lence pay­sanne et plé­béienne, […] font de lui un per­son­nage extra­or­di­nai­re­ment atta­chant. » (Proudhon oui et non, Gallimard, 1978)

Querelle : « L’anarchisme est insé­pa­rable du mar­xisme. Les oppo­ser, c’est poser un faux pro­blème. Leur que­relle est une que­relle de famille. Je vois en eux des frères jumeaux entraî­nés dans une dis­pute aber­rante qui en a fait des frères enne­mis. Ils forment deux variantes, étroi­te­ment appa­ren­tées, d’un seul et même socia­lisme ou com­mu­nisme. » (À la recherche d’un com­mu­nisme liber­taire, Spartacus, 1984)

Réformisme : « Condamner le réfor­misme ne signi­fie pas tou­jours faire fi des réformes. Aucun fléau social ne peut être com­bat­tu seule­ment en lut­tant pour la sup­pres­sion ultime de ses causes. […] Mais où le réfor­misme est mal­fai­sant, c’est lors­qu’il se pro­pose comme une fin en soi et vise à estom­per l’ur­gence de trans­for­ma­tions plus pro­fondes. » (De l’Oncle Tom aux Panthères, Les édi­tions de Minuit, 1963–1973)

Sous-pro­lé­ta­riat : « La com­po­si­tion essen­tiel­le­ment sous-pro­lé­ta­rienne du par­ti [des Black Panthers] a, par ailleurs, posé des pro­blèmes d’ordre à la fois théo­rique et pra­tique. Certains de ses porte-paroles ont pous­sé à l’ex­trême la glo­ri­fi­ca­tion du lum­pen [sous-pro­lé­ta­riat, ndlr]. Eldridge Cleaver s’est livré à une véri­table apo­lo­gie de ces para­sites invo­lon­taires de la socié­té amé­ri­caine : Très bien. Nous sommes des lum­pen. C’est vrai. […] Ceux qu’on nomme la pègre. […]. Mais l’as­pect contes­table de l’a­na­lyse de Cleaver, c’est […] d’o­mettre le fait que la délin­quance tend, trop sou­vent, à se déve­lop­per à l’in­té­rieur du cadre de l’ordre exis­tant où elle agit comme une force de conser­va­tion sociale. C’est ce que recon­nut l’a­mi de Cleaver, Geronimo, ex-lum­pen lui-même, ex-tra­fi­quant, ex-sou­te­neur : Oui, admit-il, cer­tains lum­pen ont été four­voyés par l’i­déo­lo­gie capi­ta­liste. » (De l’Oncle Tom aux Panthères, Les édi­tions de Minuit, 1963–1973)

Tomates : « Ils me font rire, ceux dont les muscles ne sont jamais contrac­tés par l’effort et qui serrent entre leurs doigts un petit gad­get à l’aide duquel ils noir­cissent du papier. J’aime manier ces réa­li­tés tan­gibles que sont un cageot de tomates, un sac de char­bon. Elles me reposent de la cour­ba­ture céré­brale, me délivrent de l’épuisante com­pa­gnie de ces gnomes invi­sibles et déce­vants qui naissent au fil de l’écriture et que l’on fait pas­ser pour des idées. » (Le Feu du sang — auto­bio­gra­phie poli­tique et char­nelle, édi­tions Grasset & Fasquelle, 1977)

URSS : « Loin de prou­ver l’im­pra­ti­ca­bi­li­té du socia­lisme liber­taire, l’ex­pé­rience sovié­tique, dans une large mesure, a confir­mé, au contraire, la jus­tesse pro­phé­tique des vues expri­mées par les fon­da­teurs de l’a­nar­chisme et, notam­ment, de leur cri­tique du socia­lisme auto­ri­taire. » (L’Anarchisme, Gallimard, 1965–1981)

Moscou, URSS, 1947, Robert Capa © International Center of Photography | Magnum Photos

Vélos : « Au sur­plus, ma venue aux idées révo­lu­tion­naires avait été, pour une part plus ou moins large, le pro­duit de mon homo­sexua­li­té, qui avait fait de moi, de très bonne heure, un affran­chi, un aso­cial, un révol­té. Dans mes essais auto­bio­gra­phiques, j’ai rap­por­té que mes convic­tions n’avaient pas tant été pui­sées dans les livres et les jour­naux révo­lu­tion­naires, bien que j’en eusse absor­bé des quan­ti­tés énormes, que dans le contact phy­sique, ves­ti­men­taire, fra­ter­nel, pour ne pas dire spi­ri­tuel, dans la fré­quen­ta­tion des cadres de vie de la classe pro­lé­taire. J’ai appris et décou­vert bien davan­tage chez tel mar­chand de vélos, avec sa clien­tèle de lou­bards, dans telle salle de boxe et de lutte libre du quar­tier de Ménilmontant. J’ai échan­gé plus de libres et enri­chis­sants pro­pos dans l’arrière-boutique fumeuse de tel petit res­to ouvrier, peu­plé de céli­ba­taires endur­cis, que dans les appar­te­ments cos­sus des quelques anciens condis­ciples que je m’étais for­cé de conti­nuer à fré­quen­ter. » (Homosexualité et révo­lu­tion, Le vent du ch’­min, 1983)

Wagon : « Je lui réponds qu’il ne sera pas très dif­fi­cile à Hitler d’en­va­hir la France mais qu’en­suite, plus tard, le peuple fran­çais pour­rait bien lui don­ner du fil à retordre. Ce vain­queur trop lucide sue d’an­goisse. De Settin, on nous embarque dans un wagon cel­lu­laire pour une des­ti­na­tion incon­nue. Des pri­son­niers alle­mands nous y enseignent l’art d’al­lu­mer un mégot de ciga­rette avec un clou et un débris de miroir. » (Le Feu du sang — auto­bio­gra­phie poli­tique et char­nelle, édi­tions Grasset & Fasquelle, 1977)

X : « Peu de jours avant de dis­pa­raître, Malcolm [X] avouait à la femme du pas­teur Martin Luther King : Je suis en train de déri­ver et je ne sais pas où je vais. En fait, il était sur la voie d’une syn­thèse, plus ou moins éla­bo­rée, entre le natio­na­lisme noir et une atti­tude où appa­raissent déjà, au-delà d’une cer­taine confu­sion per­sis­tante dans son esprit, des ten­dances révo­lu­tion­naires, inter­na­tio­na­listes, anti­ca­pi­ta­listes, anti-impé­ria­listes. » (De l’Oncle Tom aux Panthères, Les édi­tions de Minuit, 1963–1973)

Yeux : « J’ai vu, de mes yeux, le fas­cisme. Je sais aujourd’hui ce qu’il est. Et je songe qu’il nous faut faire, avant qu’il soit trop tard, notre exa­men de conscience. Depuis dix ans, nous n’avons pas prê­té au phé­no­mène une atten­tion suf­fi­sante. César de Carnaval, bla­guait Paul-Boncour. Non, le fas­cisme n’est pas une mas­ca­rade. Le fas­cisme est un sys­tème, une idéo­lo­gie, une issue. Il ne résout certes rien, mais il dure. Il est la réponse de la bour­geoi­sie à la carence ouvrière, une ten­ta­tive pour sor­tir du chaos, pour réa­li­ser, sans trop com­pro­mettre les pri­vi­lèges de la bour­geoi­sie, un nou­vel amé­na­ge­ment de l’économie, un ersatz de socia­lisme. » (La Peste brune [1932], Spartacus, 2018)

Zéro : « Mais un monde qui s’écroule est aus­si un monde qui renaît. Loin de nous lais­ser aller au doute, à l’inaction, à la confu­sion, au déses­poir, l’heure est venue pour la gauche fran­çaise de repar­tir a zéro, de repen­ser jusque dans leurs fon­de­ments ses pro­blèmes, de refaire, comme disait Quinet, tout son bagage d’idées. » (« La révo­lu­tion déja­co­bi­ni­sée », Les Temps Modernes, avril 1957)


Tous les abé­cé­daires sont confec­tion­nés, par nos soins, sur la base des ouvrages, articles, entre­tiens et cor­res­pon­dances des auteur.e.s.
Photographie de ban­nière : Italie, 1936, Henri Cartier-Bresson
Photographie de Daniel Guérin : Sophie Bassouls


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  1. Voir « La poli­tique (et les mille vies) de Daniel Guérin », Contretemps, 15 mai 2017.
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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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