Élan transformateur en Iran : le Kurdistan en première ligne


Traduction d’un article de Kurdish Peace Institute

Voilà bien­tôt un mois que Jina (Mahsa) Amini a été tuée à Téhéran par la police de la mora­li­té après avoir été inter­pel­lée en rai­son du port « inap­pro­prié » de son fou­lard, obli­ga­toire depuis la fon­da­tion de la République isla­mique d’Iran en 1979. La jeune femme allait bien­tôt fêter ses 23 ans ; elle était ori­gi­naire du Rojhelat, l’une des quatre par­ties du Kurdistan (dit « Est », « orien­tal » ou « ira­nien »). Le sou­lè­ve­ment popu­laire est immé­diat : par­ti du Rojhelat, il s’é­tend à l’en­semble du pays. Le slogan « Femme, vie, liber­té » (« Jin, jiyan, aza­dî ») — for­gé au sein du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire, anti­co­lo­nia­liste et socia­liste kurde — résonne dans les rues. Sur fond de chô­mage de masse, de flam­bée des prix et d’embargo éta­su­nien, un objec­tif révo­lu­tion­naire se dégage clai­re­ment des rangs plu­riels de la contes­ta­tion : faire tom­ber l’ap­pa­reil théo­cra­tique d’État et la dic­ta­ture. La répres­sion est bru­tale : on compte à ce jour envi­ron 185 morts. En par­te­na­riat avec le média Serhildan, nous tra­dui­sons une ana­lyse d’Allan Hassaniyan. L’auteur et cher­cheur revient sur le rôle, régu­liè­re­ment occul­té dans les médias moyen-orien­taux et inter­na­tio­naux, des Kurdes d’Iran dans le déclen­che­ment de ce nou­veau mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion et, plus lar­ge­ment, sur les points aveugles d’une lec­ture étroi­te­ment natio­na­liste et centralisatrice.


Si l’on prend comme point de départ la créa­tion de l’État-nation ira­nien en 1925, on peut affir­mer que le contrat social entre l’État et la socié­té en Iran est né para­ly­sé et dys­fonc­tion­nel. La socié­té ira­nienne est sem­blable aux socié­tés d’autres États du Moyen-Orient qui n’ont jamais connu de liber­té et de démo­cra­tie réelles : la moder­ni­té a été pres­crite à ces socié­tés dans le cadre d’un régime auto­ri­taire. Une forme de natio­na­lisme a été impo­sée de haut en bas à leurs com­mu­nau­tés mul­tieth­niques et mul­ti­re­li­gieuses. En réponse, la lutte pour la démo­cra­tie, l’in­clu­sion et le chan­ge­ment a été une entre­prise conti­nue en Iran, menée par dif­fé­rents peuples et com­mu­nau­tés.

L’Iran est un pays où de nom­breuses révo­lu­tions et sou­lè­ve­ments ont échoué, notam­ment la révo­lu­tion consti­tu­tion­nelle, la révo­lu­tion de 1979 et le Mouvement vert1. Elles peuvent toutes être qua­li­fiées d’« échouées » car aucune d’entre elles n’a satis­fait le désir popu­laire de chan­ge­ment démo­cra­tique, sou­vent en rai­son de la répres­sion de l’État et de la mar­gi­na­li­sa­tion des forces pro­gres­sistes. Elles ont cepen­dant don­né aux peuples d’Iran une expé­rience pré­cieuse en matière de résis­tance. Ce que nous obser­vons aujourd’­hui est la conti­nua­tion d’un désir et d’une lutte cen­te­naires pour le chan­ge­ment et le pro­grès en Iran. Un exa­men du sou­lè­ve­ment en cours sug­gère qu’il est trop tôt pour qua­li­fier les pro­tes­ta­tions de véri­ta­ble­ment natio­nales, mais elles sont cer­tai­ne­ment très répan­dues : des habi­tants des prin­ci­pales villes et pro­vinces, dont Téhéran, Shiraz, Rasht, Kermashan, Saqqez, Ahwaz, Zahedan, Zabol, Sanandaj, et bien d’autres, y par­ti­cipent depuis près de trois semaines.

Le catalyseur de la révolution

« Ce que nous obser­vons aujourd’­hui est la conti­nua­tion d’un désir et d’une lutte cen­te­naires pour le chan­ge­ment et le pro­grès en Iran. »

Selon Dennis W. K. Khong et P. C. Lim, tout sou­lè­ve­ment et toute révo­lu­tion ont un cata­ly­seur. Par exemple, l’au­to-immo­la­tion du ven­deur ambu­lant tuni­sien Mohamed Bouazizi en décembre 2010 est deve­nue le cata­ly­seur de la révo­lu­tion tuni­sienne et, plus lar­ge­ment, du Printemps arabe. Le meurtre bru­tal de Jina (Mahsa) Amini, une Kurde de 22 ans, par les forces de sécu­ri­té ira­niennes le 16 sep­tembre 2022 et les mani­fes­ta­tions kurdes qui ont sui­vi sont éga­le­ment deve­nus le cata­ly­seur du sou­lè­ve­ment actuel en Iran. Jina a été assas­si­née « alors qu’elle visi­tait Téhéran avec sa famille lors­qu’elle a été arrê­tée par la police des mœurs pour avoir por­té un hijab incor­rect — une infrac­tion pénale en Iran. Elle a été arrê­tée, emme­née dans un centre de réédu­ca­tion isla­mique géré par l’État, puis hos­pi­ta­li­sée en rai­son de bles­sures à la tête dues aux coups reçus pen­dant sa garde à vue. Elle est tom­bée dans le coma et a été décla­rée morte quelques heures plus tard ». Malgré les menaces des forces de sécu­ri­té ira­niennes à l’en­contre de la famille de Jina et de la com­mu­nau­té kurde locale, des mil­liers de per­sonnes se sont ras­sem­blées pour ses funé­railles dans la ville kurde de Saqqez, le lendemain.

Sur la pierre tom­bale de Jina, on pou­vait lire : « Très chère Jina, tu ne mour­ras jamais ! Ton nom devien­dra un sym­bole ». C’est ce qu’il est en effet rapi­de­ment deve­nu. Une syn­thèse de cha­grin, de colère et de pro­fond désir de chan­ge­ment a trans­for­mé ses funé­railles en une mani­fes­ta­tion de résis­tance. Les per­sonnes en deuil ont chan­té des chan­sons kurdes révo­lu­tion­naires et scan­dé des slo­gans anti-régime, comme « Mort au dic­ta­teur ». Les femmes de Saqqez ont reti­ré leur fou­lard en signe de pro­tes­ta­tion contre le meurtre de Jina et de résis­tance à la poli­tique conser­va­trice du régime isla­mique en matière de genre. Les manifestant·es de Saqqez ont arra­ché les images de l’aya­tol­lah Ali Khamenei, le guide suprême de l’Iran. Les mani­fes­ta­tions anti­gou­ver­ne­men­tales se sont ensuite éten­dues à la ville voi­sine de Diwandare. Les habi­tants de Sine (Sanandaj2), la capi­tale de la pro­vince du Kurdistan, et d’autres pro­vinces kurdes comme Kermanshah, Lorestan et Ilam se sont joints aux pro­tes­ta­tions le jour sui­vant. Deux grèves géné­rales à l’é­chelle du Kurdistan, l’une le 19 sep­tembre et l’autre le 1er octobre, ont reçu le sou­tien des cinq pro­vinces kurdes d’Iran. Les pro­tes­ta­tions se sont rapi­de­ment éten­dues à plus de 30 pro­vinces. Elles ont été accueillies par une réponse bru­tale des forces de sécu­ri­té ira­niennes, avec des rap­ports fai­sant état de la mort d’au moins 75 per­sonnes et de plu­sieurs mil­liers d’autres déte­nues et bles­sées. Le pré­sident ira­nien Ibrahim Raisi a mena­cé de trai­ter les mani­fes­tants de manière « ferme » s’ils ne ces­saient pas leurs manifestations.

[Saqqez (Kurdistan oriental), 18 septembre 2022]

Les soulèvements transformateurs

On ne sait pas encore com­ment le mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion va évo­luer ni dans quelle mesure le régime par­vien­dra à le répri­mer. Cependant, quoi qu’il arrive, les sou­lè­ve­ments ont déjà fran­chi une étape impor­tante, redé­fi­nis­sant les rela­tions entre l’État et la socié­té en Iran et « secouant la République isla­mique dans ses fon­de­ments ». Les chan­ge­ments dans les rela­tions entre le centre perse du pays et sa péri­phé­rie non perse illus­trent cette transformation.

Nationalisme et diversité en Iran

L’Iran est un pays diver­si­fié, com­po­sé de Perses, d’Azéris, de Kurdes, de Baloutches, d’Arabes, de Turkmènes et de bien d’autres eth­nies. Les habi­tants du pays peuvent être clas­sés en deux caté­go­ries : ceux du centre et ceux de la péri­phé­rie — non seule­ment en termes de situa­tion géo­gra­phique, mais aus­si sur le plan poli­tique et en termes d’ac­cès à la prise de déci­sion, à la richesse et aux pri­vi­lèges. Ainsi que le montrent des cher­cheurs comme Mostafa Vaziri et Reza Zia-Ebrahimi, le natio­na­lisme ira­nien est source de divi­sion et d’ex­clu­sion. En termes d’i­den­ti­té, l’Iran peut être clas­sé comme une socié­té fon­da­men­ta­le­ment frag­men­tée ; le sen­ti­ment inté­rieur du « nous » et de « l’autre » s’a­vère assez fort. L’État a tou­te­fois ten­té de le dis­si­mu­ler en recou­rant à la vio­lence et à la force coer­ci­tive. Barzoo Eliassi affirme que le natio­na­lisme ira­nien est, par essence, une déco­ra­tion de la supré­ma­tie perse. Contrairement au natio­na­lisme turc, qui affirme fiè­re­ment son ori­gine et sa supré­ma­tie turques, le natio­na­lisme ira­nien est insai­sis­sable : il dis­si­mule la par­ti­cu­la­ri­té perse, laquelle s’est impo­sée par la vio­lence idéo­lo­gique et poli­tique. La soli­da­ri­té inter­com­mu­nau­taire est donc un élé­ment absent de la socié­té ira­nienne : il est dif­fi­cile de trou­ver des exemples signi­fi­ca­tifs où le seg­ment pri­vi­lé­gié et domi­nant (perse) de la socié­té ira­nienne offre sa soli­da­ri­té à la lutte des nations et des com­mu­nau­tés subal­ternes, exclues et situées à la péri­phé­rie de l’Iran. Cet arran­ge­ment, bien que fon­da­men­ta­le­ment instable, a jus­qu’à pré­sent bien fonc­tion­né pour l’État : les com­mu­nau­tés et les groupes natio­naux d’Iran ont géné­ra­le­ment mené leurs luttes pour la liber­té en s’i­so­lant les uns des autres. Il s’a­git là d’une preuve évi­dente de l’ab­sence d’un esprit natio­nal uni­fié et volon­taire par­ta­gé par les diverses com­mu­nau­tés natio­nales iraniennes.

De nouveaux modèles de solidarité ?

Dans ce contexte, le mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion actuel repré­sente une nou­velle page en train de se tour­ner : à la fois dans la par­ti­ci­pa­tion des per­sonnes du centre et de la péri­phé­rie et dans la rela­tion entre ces régions. Les régions cen­trales de l’Iran, y com­pris Téhéran, ont été rela­ti­ve­ment épar­gnées par les mani­fes­ta­tions mas­sives remet­tant en cause l’au­to­ri­té du régime isla­mique depuis l’é­cra­se­ment du Mouvement vert en 2009 — sur­tout si on les com­pare aux régions péri­phé­riques du pays comme le Kurdistan, le Khuzestan, le Sistan et le Baloutchistan. C’est la pre­mière fois dans l’his­toire du régime isla­mique que des com­mu­nau­tés du centre expriment leur soli­da­ri­té et suivent l’exemple de la péri­phé­rie. Comme décrit ci-des­sus, les pro­tes­ta­tions ont com­men­cé dans les régions kurdes et se sont éten­dues à d’autres par­ties du pays. Les mani­fes­tants à tra­vers l’Iran par­tagent un esprit com­mun et uti­lisent les mêmes slo­gans. Par exemple, « Jin, jiyan, aza­dî » [« Femme, vie, liber­té »], un slo­gan du mou­ve­ment kurde qui repré­sente une approche unique de l’é­ga­li­té des sexes, est deve­nu un slo­gan com­mun, liant ces pro­tes­ta­tions à tra­vers l’Iran.

« C’est la pre­mière fois dans l’his­toire du régime isla­mique que des com­mu­nau­tés du centre suivent l’exemple de la péri­phé­rie. Ce sou­lè­ve­ment est une révolte contre le racisme, la miso­gy­nie et l’ex­clu­sion de l’État. »

D’un point de vue kurde, ce que nous voyons dans d’autres par­ties de l’Iran est la recon­nais­sance de la dyna­mique kurde de chan­ge­ment démo­cra­tique. Théoriquement, on pour­rait s’at­tendre à ce qu’une métro­pole comme Téhéran soit le centre de la révo­lu­tion et que les pro­vinces et les péri­phé­ries suivent son exemple ; cette fois, cepen­dant, Téhéran a sui­vi l’exemple du Kurdistan. Le XXIe siècle est riche en exemples d’actes d’ac­ti­visme civique au Kurdistan, où les grèves géné­rales et les mani­fes­ta­tions de rue sont des méthodes cou­rantes d’op­po­si­tion aux poli­tiques dis­cri­mi­na­toires de Téhéran envers les Kurdes. Néanmoins, la souf­france des Kurdes, comme celle des popu­la­tions du Khuzestan, du Sistan et du Baloutchistan, a été igno­rée par la majo­ri­té de la socié­té ira­nienne, et aucune soli­da­ri­té n’a été accor­dée — jus­qu’à pré­sent. Pour com­prendre pour­quoi cela est trans­for­ma­teur, il est impor­tant de com­prendre les rai­sons pour les­quelles cela ne s’est pas pro­duit aupa­ra­vant. L’État ira­nien a nié l’exis­tence du peuple kurde et en a fait un « autre » invi­sible. Sa lutte pour les droits fon­da­men­taux et la démo­cra­tie a non seule­ment été exclue, mais aus­si qua­li­fiée de « tra­hi­son ». Cette exclu­sion, ce déni et cette cri­mi­na­li­sa­tion signi­fient que les non-Kurdes ne connaissent pas les efforts des Kurdes pour résis­ter à l’au­to­ri­ta­risme et à l’op­pres­sion en Iran. Le Kurdistan a été la seule région d’Iran à boy­cot­ter le réfé­ren­dum en faveur de la République isla­mique en mars 1979, juste après la révo­lu­tion ira­nienne. Dans l’ère post-révo­lu­tion­naire, lorsque le régime isla­mique a réus­si à étouf­fer les voix de l’op­po­si­tion, la résis­tance du peuple kurde et l’ac­cueil de groupes d’op­po­si­tion de dif­fé­rentes régions d’Iran ont fait de la région un « bas­tion de la révo­lu­tion » pour les forces progressistes.

Les récents évé­ne­ments et inci­dents sur­ve­nus à Téhéran, dans le Mazandaran, le Sistan, le Baloutchistan et d’autres régions d’Iran montrent que ces mani­fes­ta­tions, qui ont débu­té en soli­da­ri­té avec les mani­fes­ta­tions au Kurdistan, consti­tuent désor­mais un mou­ve­ment géné­ra­li­sé pour le chan­ge­ment de régime. Une autre action menée par un seg­ment oppri­mé de la socié­té le sou­ligne : le retrait par les femmes de leur fou­lard obli­ga­toire, un défi sym­bo­lique cen­tral à l’au­to­ri­té du régime isla­mique. Les mani­fes­tants ne luttent pas uni­que­ment contre les codes ves­ti­men­taires et la « police des mœurs » mais s’at­taquent à ces sym­boles oppres­sifs dans le cadre d’une lutte contre les vio­la­tions sys­té­miques des droits humains, contre des décen­nies de ter­ro­risme d’État et d’op­pres­sions croi­sées, contre l’ex­clu­sion des com­mu­nau­tés non perses et non chiites. Ce sou­lè­ve­ment est une révolte contre le racisme, la miso­gy­nie et l’ex­clu­sion de l’État.

[Téhéran, 19 septembre 2022 | AFP | Stringer]

Obstacles au changement

Malgré son impact sans pré­cé­dent, le mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion est confron­té à de sérieux défis. Les mani­fes­ta­tions sont encore épar­pillées et le régime a tou­jours la capa­ci­té de sévir lorsque la situa­tion s’ag­grave dans une ville ou une région. Les sec­teurs déci­sifs, comme les baz­za­ris (mar­chands et com­mer­çants), les tra­vailleurs des prin­ci­pales indus­tries ira­niennes et les employés de l’État n’ont pas encore rejoint le mou­ve­ment en grand nombre. En consé­quence, les mino­ri­tés natio­nales, les femmes et les étu­diants uni­ver­si­taires sont les prin­ci­pales sec­tions de la socié­té ira­nienne qui ont por­té le far­deau des mesures de répres­sion pour assu­rer la pour­suite des mani­fes­ta­tions. À Shno (Oshnavieh), les mani­fes­tants kurdes ont réus­si à contrô­ler toute la ville pen­dant une nuit. Les res­pon­sables locaux et les forces de sécu­ri­té ont éva­cué leurs familles hors des villes kurdes ou les ont relo­gées dans des gar­ni­sons et des bases mili­taires. Cependant, de nom­breux Kurdes craignent que l’u­ni­té et la soli­da­ri­té ne dis­pa­raissent s’ils reven­diquent l’é­ga­li­té des droits de citoyen­ne­té et le droit d’ex­pri­mer leur iden­ti­té natio­nale singulière.

La crainte d’une vio­lence d’État impré­vi­sible et sévère est éga­le­ment immense au Kurdistan et dans d’autres régions peu­plées de nations oppri­mées. Le 28 sep­tembre, le célèbre Corps des gar­diens de la révo­lu­tion isla­mique (IRGC) a mené de mul­tiples attaques contre les bases, les écoles et les ins­tal­la­tions civiles des par­tis d’op­po­si­tion kurdes Komala, Parti démo­cra­tique du Kurdistan d’Iran (KDPI) et Parti de la liber­té du Kurdistan (PAK), au Kurdistan ira­kien. Ces attaques ont pro­vo­qué des dégâts maté­riels et fait plu­sieurs morts et bles­sés, notam­ment des femmes et des enfants. La socié­té kurde voit dans ces attaques un signe de la peur et du déses­poir du régime. Au Sistan et au Baloutchistan, où les forces de sécu­ri­té répriment depuis des décen­nies le peuple baloutche, les com­mu­nau­tés locales ont ten­té de se défendre. L’agence de presse pro-régime Tasnim a ain­si rap­por­té la mort d’Ali Mousavi, com­man­dant des ser­vices de ren­sei­gne­ment de l’IRGC au Sistan et au Baloutchistan. La répres­sion éta­tique qui en a résul­té a entraî­né la mort de dizaines de civils et en a bles­sé beau­coup d’autres.

Les leçons du mouvement de protestation

Trois semaines de mani­fes­ta­tions sou­te­nues montrent que, même dans une socié­té aus­si divi­sée que celle de l’Iran, des sou­lè­ve­ments uni­fiés contre le régime sont pos­sibles mal­gré un sen­ti­ment faible ou absent d’ap­par­te­nance à une iden­ti­té natio­nale offi­cielle. À cet égard, la lutte pour l’é­ga­li­té des sexes repré­sente une dyna­mique uni­fi­ca­trice impor­tante. En rai­son de la mar­gi­na­li­sa­tion des Kurdes et de leur his­toire de lutte, la recon­nais­sance des pré­oc­cu­pa­tions kurdes par les forces pro­gres­sistes est une condi­tion préa­lable impor­tante à la réus­site d’un chan­ge­ment fon­da­men­tal en Iran. Le fait que ce mou­ve­ment ait sui­vi l’exemple des mani­fes­tants kurdes est un signe impor­tant que de nou­velles formes de soli­da­ri­té se déve­loppent dans ce sens. À l’a­ve­nir, les ten­ta­tives visant à main­te­nir l’u­ni­té de la lutte contre le régime isla­mique ira­nien devraient res­pec­ter les dif­fé­rences de reven­di­ca­tions sou­le­vées par des per­sonnes issues de dif­fé­rents milieux en Iran, et non impo­ser l’homogénéisation.


Photographie de ban­nière : AFP | Getty Images
Traduit par la rédac­tion de Serhildan en par­te­na­riat avec Ballast | Allan Hassaniyan, « Iran’s Transformative Moment : Kurdistan on the Frontline », Kurdish Peace Institute, 3 octobre 2022


  1. Fariba Adelkhah, autrice de l’ar­ticle lié, est empri­son­née depuis 18 mois en Iran à la date où nous publions ce texte.
  2. En per­san.

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☰ Lire notre article « Iran : un an après le sou­lè­ve­ment de novembre 2019 », Collectif 98, décembre 2020
☰ Lire notre article « Entre l’Iran et l’Irak : les kol­bars ne plient pas », Loez, décembre 2019
☰ Lire notre article « Forough Farrokhzad, une rébel­lion ira­nienne », Adeline Baldacchino, mars 2019
☰ Lire notre tra­duc­tion « Iran — Nous vou­lons des droits égaux ! », Shiva Mahbobi, juin 2018
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