Sauvegarder le patrimoine, confisquer le passé


Texte inédit pour le site de Ballast

Protéger le patri­moine : qui serait contre ? Mais qu’en­tend-on par là, au juste ? Un héri­tage com­mun, une culture locale ou natio­nale, une iden­ti­té plus ou moins popu­laire dont il est dit qu’elle tra­verse le temps (ou le doit). Ce pas­sé, mis en récit, ne manque pas d’être mobi­li­sé pour peser sur notre temps. Le patri­moine, racon­té et finan­cé par le som­met, devient alors affaire de grands hommes, d’é­mo­tion anec­do­tique ou de consen­sus inof­fen­sif — et lorsque les humbles appa­raissent, ils le sont comme autant de vic­times pas­sives d’un ordre qu’il ne s’a­git évi­dem­ment pas de contes­ter. Contre un usage contre-éman­ci­pa­teur, iden­ti­taire ou mar­chand du patri­moine et de l’Histoire, ce texte invite à une reprise en main démo­cra­tique : une autre mémoire est pos­sible. ☰ Par Arthur L.


Invité le 2 mars 2018 sur l’antenne d’Europe 1 pour par­ler des « chefs d’œuvre fran­çais en péril », Stéphane Bern tire la son­nette d’alarme : « Je savais que [de nom­breux] monu­ments étaient en souf­france, mais pas de là à voir des urgences. Il y a péril en la demeure. » Six mois plus tôt, en sep­tembre 2017, l’animateur de Secrets d’histoire avait été nom­mé par Emmanuel Macron à la tête d’une « Mission patri­moine », dont le but est d’« iden­ti­fier les joyaux qui sont en péril et qui ont besoin d’urgence d’être sau­ve­gar­dés ». Le ton est alar­miste, le registre volon­tai­re­ment émo­tion­nel. Le temps presse, peut-être même est-il déjà trop tard. Ce dis­cours n’est pas neuf ; il est même aus­si ancien que la notion de patri­moine, enten­du comme héri­tage col­lec­tif à conser­ver, à connaître et à trans­mettre, telle qu’en­trée en ges­ta­tion au cours du XVIIIe siècle et éla­bo­rée tout au long des XIXe et XXe siècles.

« Protéger le patri­moine est deve­nu un impé­ra­tif à ce point caté­go­rique que peu s’aventurent à l’interroger. »

L’anthropologue David Berliner parle d’« exo­nos­tal­gie » pour qua­li­fier l’angoisse res­sen­tie face à la dis­pa­ri­tion d’un temps que l’on n’a pas connu soi-même. Chaque dégra­da­tion, acci­den­telle ou inten­tion­nelle, d’un monu­ment déclenche un concert de déso­la­tions d’autant plus déses­pé­rées qu’on est impuis­sant à empê­cher le désastre. Au prin­temps 2019, des foules incré­dules ont ain­si pu assis­ter à la com­bus­tion de la toi­ture de la cathé­drale Notre-Dame de Paris, monu­ment dont l’inscription au patri­moine mon­dial de l’Unesco et les soins en prin­cipe dévo­lus à sa conser­va­tion avaient pu convaincre de l’immortalité. Le registre émo­tion­nel de la dis­pa­ri­tion est for­te­ment mobi­li­sa­teur. Mais cette rhé­to­rique est aus­si effi­cace sym­bo­li­que­ment que léni­fiante intel­lec­tuel­le­ment : pro­té­ger le patri­moine est deve­nu un impé­ra­tif à ce point caté­go­rique que peu s’aventurent à l’interroger.

Contre le consensus patrimonial

Le patri­moine tire sa force mobi­li­sa­trice de ce qu’il est décla­ré pro­prié­té com­mune. Manifestation tan­gible mais tou­jours mena­cée d’un pas­sé envi­sa­gé comme la matrice de l’identité d’une nation ou d’un ter­ri­toire, sa conser­va­tion est d’utilité publique et relève donc d’une res­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive. Un chef d’État sou­cieux d’incarner l’éthos natio­nal aura ain­si à cœur de mon­trer qu’il se pré­oc­cupe de ces ques­tions. Emmanuel Macron s’est acquit­té à peu de frais de cette exi­gence, en confiant à un ani­ma­teur popu­laire le soin d’incarner le volet patri­mo­nial de son action poli­tique, puis en pre­nant les rênes du pro­jet de recons­truc­tion de Notre-Dame de Paris sans attendre l’avis des experts. Les traces du pas­sé étant plé­tho­riques, un tri s’o­père néces­sai­re­ment entre ce qui doit être conser­vé et ce qui peut dis­pa­raître sans mettre en péril la conti­nui­té cultu­relle-iden­ti­taire de la nation. Or un tel tri est loin d’être consen­suel, comme en témoignent les nom­breuses contro­verses qui entourent régu­liè­re­ment tel ou tel pro­jet de conser­va­tion, de res­tau­ra­tion ou de des­truc­tion. L’une des plus récentes a ain­si écla­té à l’occasion de l’annonce de la nomi­na­tion de Stéphane Bern à la tête de la Mission patri­moine — choix que l’historien Nicolas Offenstadt qua­li­fie de « désas­treux » : « Dans son émis­sion Secrets d’histoire, [Stéphane Bern] s’attarde presque exclu­si­ve­ment sur l’histoire des grands hommes et des grands faits. Quant au patri­moine, il est presque réduit aux châ­teaux et aux églises. Or l’histoire et le patri­moine, ce n’est pas que ça1. »

Robert Delaunay, La ville (n° 2), 1910

Car consti­tuer un héri­tage com­mun ne va pas sans réveiller les dif­fé­rentes conflic­tua­li­tés plus ou moins lar­vées au creux de chaque socié­té. « Stéphane Bern sera-t-il atten­tif au patri­moine ouvrier et mili­tant ? », s’interroge ain­si Offenstadt. Quant à l’objet patri­mo­nial — qu’il s’agisse d’un monu­ment, d’un quar­tier ou d’un savoir-faire —, il n’est lui-même mobi­li­sable que s’il existe une socié­té dési­reuse de l’investir de signi­fi­ca­tions pour le pré­sent, sans quoi il demeure à l’état de déchet2. Or le consen­sus patri­mo­nial incar­né — notam­ment — par l’a­ni­ma­teur nie cette dimen­sion poli­tique du patri­moine en l’enchaînant à une vision essen­tia­liste et anhis­to­rique de l’identité, dont les sciences sociales ont pour­tant lar­ge­ment démon­tré l’ineptie. Dans sa bouche, comme dans celle des folk­lo­ristes du XIXe siècle, l’identité de la France s’enracinerait dans un monde rural idéa­li­sé, théâtre d’une socia­bi­li­té pai­sible arti­cu­lée autour des églises et des lavoirs, condam­nés à la décré­pi­tude — par la déchris­tia­ni­sa­tion et la négli­gence de l’État. Sauver le patri­moine rural et en par­ti­cu­lier ses ava­tars reli­gieux, ce serait renouer avec une « convi­via­li­té », une « iden­ti­té » per­dues, et « faire en sorte que les gens aient envie de res­ter dans les vil­lages plu­tôt que d’aller dans les péri­phé­ries des villes3 ».

« Constituer un héri­tage com­mun ne va pas sans réveiller les dif­fé­rentes conflic­tua­li­tés plus ou moins lar­vées au creux de chaque socié­té. »

Outre que le lichen qui gri­gnote les façades des églises ne peut pas être tenu pour res­pon­sable des dis­pa­ri­tés ter­ri­to­riales, invo­quer le retour à l’authenticité d’un âge d’or comme remède aux pro­blé­ma­tiques contem­po­raines n’est, bien sûr, poli­ti­que­ment pas ano­din. Les domi­nants n’aiment rien moins que le désordre et la remise en cause de leur domi­na­tion par des subal­ternes récal­ci­trants, aux­quels ils aiment oppo­ser quelque idéal de fru­ga­li­té paci­fique. Du pro­lé­ta­riat révol­té du XIXe siècle aux gilets jaunes d’aujourd’hui, la bour­geoi­sie ne se com­plaît à encen­ser le peuple qu’à condi­tion que celui-ci se montre docile à l’ordre qu’elle lui impose4.

Une culture pétrifiante

La néga­tion de la dimen­sion poli­tique du patri­moine s’inscrit donc dans un cadre plus géné­ral de déni de la conflic­tua­li­té sociale. La sur­va­lo­ri­sa­tion de la sphère cultu­relle appa­raît comme une ten­ta­tive d’apaiser les ten­sions poli­tiques par la construc­tion d’une uni­té fic­tive cen­trée sur un héri­tage com­mun, autour duquel cha­cun est invi­té à com­mu­nier5. Cette idéo­lo­gie n’a d’ailleurs rien de stric­te­ment natio­na­liste : des orga­nismes tels que l’Unesco ou l’Organisation mon­diale du tou­risme en défendent inter­na­tio­na­le­ment les bien­faits, attri­buant au tou­risme cultu­rel la ver­tu de pro­mou­voir des « valeurs » posi­tives favo­rables aux ren­contres, à la com­pré­hen­sion mutuelle et à l’é­mer­gence d’un ordre mon­dial paci­fié. Les iden­ti­tés sup­po­sées des ter­ri­toires et des peuples sont mises à contri­bu­tion dans la défi­ni­tion de ces valeurs, sélec­tion­nées en fonc­tion de leur capa­ci­té à s’insérer dans des repré­sen­ta­tions fédé­ra­trices — impli­quant un tri fon­dé sur le carac­tère plus ou moins expor­table des par­ti­cu­la­rismes locaux. Les situa­tions d’injustice et de domi­na­tion per­durent ain­si à l’ombre d’une culture qui se sub­sti­tue au poli­tique comme médium de régu­la­tion des conflits et des inéga­li­tés.

Albert Gleizes, 1914

La pro­mo­tion d’une iden­ti­té natio­nale ou locale « authen­tique » s’impose d’autant plus faci­le­ment qu’elle appa­raît comme l’instrument pri­vi­lé­gié de la lutte contre l’uniformisation cultu­relle dénon­cée par les contemp­teurs de la mon­dia­li­sa­tion sous domi­na­tion amé­ri­caine. Emmanuel Macron se féli­ci­tait en août 2018 du retour de l’« iden­ti­té pro­fonde des peuples » contre « l’avènement d’un peuple mon­dia­li­sé », n’hésitant pas emprun­ter les accents natio­na­listes qu’il dénonce habi­tuel­le­ment chez ses adver­saires d’extrême droite. C’est que le pré­sident fran­çais n’ignore pas les béné­fices poli­tiques qu’il peut tirer d’un tel dis­cours : en rédui­sant les cri­tiques émises contre la mon­dia­li­sa­tion à un désir de pré­ser­va­tion des par­ti­cu­la­rismes régio­naux, il délé­gi­time la résis­tance au libé­ra­lisme éco­no­mique au pro­fit d’un inof­fen­sif com­bat cultu­rel, tout en balayant d’un revers de main les iden­ti­tés qui ne seraient assises sur aucun socle his­to­rique. Ce fai­sant, il croit don­ner des gages aux iden­ti­taires, dont il valide les caté­go­ries, et range les cri­tiques de gauche dans le domaine du non-pen­sable.

« Cette vul­ga­ri­sa­tion fait la part belle aux anec­dotes, à l’insolite, aux sen­ti­ments, à l’émotion. »

La valeur patri­mo­niale d’un bien ne s’impose pas d’emblée, elle demande une accul­tu­ra­tion du regard. Il est néces­saire d’adosser les ves­tiges du pas­sé à une pré­sen­ta­tion nar­ra­tive, seule à même de légi­ti­mer leur conser­va­tion et de rete­nir l’attention des tou­ristes6. L’objet patri­mo­nial est ain­si extrait de son sta­tut de déchet par une mise en récit, géné­ra­le­ment appuyée sur les tra­vaux des his­to­riens — les récits patri­mo­niaux s’en dis­tinguent tou­te­fois par leur rap­port beau­coup plus lâche à l’exigence scien­ti­fique. Pour être effi­cace, la patri­mo­nia­li­sa­tion doit opé­rer une sim­pli­fi­ca­tion des connais­sances issues des tra­vaux his­to­riques, en en éli­mi­nant les sco­ries sus­cep­tibles de gêner une com­pré­hen­sion rapide et consen­suelle du site valo­ri­sé.

Figures médiatiques, révoltes anonymes

La vul­ga­ri­sa­tion n’échappe pas aux écueils de la spec­ta­cu­la­ri­sa­tion. Ce pro­cé­dé, que l’on retrouve dans les pro­duc­tions livresques et télé­vi­suelles d’un Bern, d’un Lorànt Deutsch ou d’un Franck Ferrand, vise davan­tage à diver­tir qu’à offrir des clefs de com­pré­hen­sion du pas­sé : il fait par consé­quent la part belle aux anec­dotes, à l’insolite, aux sen­ti­ments, à l’émotion. Transposé dans le domaine de la mise en valeur du patri­moine, ce pro­cé­dé pré­tend cap­ter l’attention du visi­teur et conso­li­der la mémo­ra­bi­li­té de son expé­rience ; il peut se décli­ner autant au sein du site lui-même (signa­lé­tique, bro­chures, dis­cours de cer­tains guides) que dans le mar­ke­ting publi­ci­taire déployé pour pro­mou­voir sa fré­quen­ta­tion. De nom­breux offices de tou­risme pro­posent aujourd’hui des visites « inso­lites » du patri­moine urbain, pro­met­tant mys­tère, sur­prises et légendes, tan­dis qu’en Touraine une cam­pagne publi­ci­taire se pro­pose de faire décou­vrir « les des­sous de l’Histoire » aux visi­teurs d’un châ­teau. Un autre pro­cé­dé com­mun à la mise en valeur patri­mo­niale et aux pro­duc­tions des his­to­riens non-pro­fes­sion­nels sus-cités est la per­son­na­li­sa­tion : nombre de sites et de monu­ments s’appuient sur la figure de grands per­son­nages his­to­riques, pro­ta­go­nistes d’une mémoire natio­nale ou inter­na­tio­nale par­ta­gée, dont la vie est répu­tée liée à celle du lieu valo­ri­sé. Le Val de Loire, qui fut le théâtre de nom­breux évé­ne­ments his­to­riques que le sys­tème sco­laire a lar­ge­ment contri­bué à faire connaître auprès de géné­ra­tions d’élèves, peut ain­si capi­ta­li­ser sur Jeanne d’Arc, François Ier ou Catherine de Médicis.

Albert Gleizes, Paysage, 1912

La patri­mo­nia­li­sa­tion des ves­tiges de l’histoire ouvrière, indus­trielle, mili­tante, n’est elle-même pas à l’abri de l’esthétisation du pas­sé. Au Royaume-Uni, l’inscription des sites indus­triels de l’Ironbridge Gorge et de New Lanark à la liste du patri­moine mon­diale de l’Unesco a été déci­dée au prix de l’occultation de la conflic­tua­li­té de classe inhé­rente à l’exploitation capi­ta­liste des masses ouvrières et au pro­fit de la célé­bra­tion de la phi­lan­thro­pie patro­nale. Nulle men­tion des formes de résis­tance oppo­sées par les ouvriers à la domi­na­tion de la bour­geoi­sie capi­ta­liste : la lec­ture idéa­li­sée qu’en pro­pose l’Unesco n’admet les domi­nés que comme vic­times pas­sives d’un sys­tème éco­no­mique par ailleurs légi­ti­mé par sa contri­bu­tion à l’essor indus­triel de l’Europe7.

« La lec­ture idéa­li­sée qu’en pro­pose l’Unesco n’admet les domi­nés que comme vic­times pas­sives d’un sys­tème éco­no­mique par ailleurs légi­ti­mé par sa contri­bu­tion à l’essor indus­triel. »

On oppo­se­ra à ces consi­dé­ra­tions le constat de la mul­ti­pli­ci­té des usages sociaux du pas­sé, qu’on ne sau­rait tous éva­luer à l’aune de l’exactitude his­to­rique. Il ne fau­drait en effet pas consi­dé­rer avec dédain les œuvres ne se sai­sis­sant du pas­sé qu’à des fins pure­ment esthé­tiques ou ludiques (ciné­ma, jeu vidéo, visites théâ­trales…) au nom d’une exi­gence scien­ti­fique à laquelle elles n’ont jamais pré­ten­du, ni négli­ger le goût sin­cère pour la science his­to­rique que peut sus­ci­ter une visite patri­mo­niale plus diver­tis­sante que poin­tilleuse8. Il n’en reste pas moins pro­blé­ma­tique que des sites à voca­tion patri­mo­niale com­binent mise en scène esthé­ti­sante du pas­sé et pré­ten­tion péda­go­gique, tout en insis­tant sur la véra­ci­té et sur l’authenticité de la mise en scène pro­po­sée. Dans ce cas, et à moins de pos­sé­der de solides connais­sances his­to­riques, il est par­fois dif­fi­cile de faire la part des choses entre ce qui relève de la licence poé­tique et ce qui par­ti­cipe d’un véri­table tra­vail de péda­go­gie scien­ti­fique.

Des approches réactionnaires du patrimoine

Il est aus­si des usages du pas­sé qui, loin d’être inof­fen­sifs, relèvent davan­tage de la fal­si­fi­ca­tion éhon­tée que de la liber­té de créa­tion : le parc du Puy du Fou l’illustre peut-être mieux que tout autre. Sous cou­vert de diver­tis­se­ment, Philippe de Villiers et son fils Nicolas (direc­teur artis­tique du parc depuis 2003) mettent en scène divers épi­sodes de l’histoire locale et natio­nale, sélec­tion­nés en fonc­tion de leur place au Panthéon des obses­sions de l’extrême droite. Le Puy du Fou, parc his­to­rique par excel­lence, n’en est cepen­dant pas un pour au moins deux rai­sons. D’une part, parce qu’il pro­page en la spec­ta­cu­la­ri­sant une mémoire iden­ti­taire réac­tion­naire dont la genèse remonte aux cou­rants monar­chistes contre-révo­lu­tion­naires hos­tiles à l’égalité et à la démo­cra­tie, relayant la thèse fal­la­cieuse selon laquelle la République serait issue du « géno­cide » des Vendéens, rétro­ac­ti­ve­ment consti­tués en peuple. D’autre part, parce qu’il met en scène la déplo­ra­tion même de l’Histoire en exal­tant le temps long et immo­bile de com­mu­nau­tés pay­sannes fan­tas­mées, ébran­lées par les mou­ve­ments contin­gents et bru­taux de la poli­tique9. Le Puy du Fou pro­met l’Histoire mais pro­pose le mythe, en somme, au nom d’un « com­bat cultu­rel » reven­di­qué10.

Albert Gleizes, 1913

On aurait cepen­dant tort de se foca­li­ser sur ce cas, tant par­tout en France de nom­breux élus locaux ont eux aus­si com­pris quels fruits sym­bo­liques et poli­tiques ils pou­vaient obte­nir de l’inscription de leur ter­ri­toire dans une généa­lo­gie pres­ti­gieuse. Pour légi­ti­mer leur action et l’ins­crire dans une filia­tion res­pec­table, ceux-ci n’hésitent pas à invo­quer les grands évé­ne­ments his­to­riques et à sau­pou­drer leurs dis­cours de réfé­rences à l’identité sup­po­sée de leur ter­ri­toire — pro­cé­dé qui a de sur­croît pour effet de natu­ra­li­ser leur action poli­tique et de la situer dans l’ordre de la néces­si­té. Le maire cen­triste de Tours, Christophe Bouchet, évoque ain­si dans l’éditorial d’un maga­zine local l’« iden­ti­té » de sa ville, « mar­quée par la tra­di­tion­nelle dou­ceur tou­ran­gelle ». Ce res­pect des tra­di­tions n’empêche pour­tant pas la muni­ci­pa­li­té de faire preuve de la plus grande fer­me­té vis-à-vis des popu­la­tions jugées indé­si­rables : depuis 2013, la ville prend régu­liè­re­ment des arrê­tés visant à chas­ser les mar­gi­naux du centre his­to­rique et com­mer­cial, au nom de motifs si spé­cieux que la Cour admi­nis­tra­tive d’appel de Nantes, sai­sie par la Ligue des droits de l’Homme, en a pro­non­cé par deux fois l’annulation.

« Muséifier une ville ou un quar­tier per­met de contes­ter toute évo­lu­tion qui ne serait pas conforme aux inté­rêts de celles et ceux qui y détiennent le pou­voir. »

Muséifier une ville ou un quar­tier per­met en effet de contes­ter toute évo­lu­tion qui ne serait pas conforme aux inté­rêts de celles et ceux qui y détiennent le pou­voir. Dans le 16e arron­dis­se­ment de Paris, diverses asso­cia­tions se consacrent à la sau­ve­garde de l’environnement, des formes urbaines anciennes et de la qua­li­té de vie ; lorsque la mai­rie a dévoi­lé en 2010 son pro­jet de construc­tion de loge­ments sociaux en bor­dure du bois de Boulogne, elles ont déployé, sou­te­nues par le maire Claude Goasguen, les immenses moyens juri­diques que leur for­tune leur per­met pour entra­ver le pro­jet. L’une de leurs pre­mières ten­ta­tives a consis­té à deman­der à la Direction régio­nale des affaires cultu­relles le clas­se­ment d’un vieil immeuble dont la démo­li­tion devait per­mettre de libé­rer l’es­pace néces­saire à la construc­tion des HLM. Dépourvu d’intérêt patri­mo­nial, le bâti­ment a été sup­pri­mé — pro­vo­quant l’indignation d’une riche famille d’héritiers, scan­da­li­sée que les ser­vices de la mai­rie aient ain­si « détruit la mémoire du lieu » (et inquiète de la déva­lo­ri­sa­tion que la proxi­mi­té de loge­ments sociaux ferait subir à son patri­moine immo­bi­lier)11. Les nom­breux recours ensuite dépo­sés par les asso­cia­tions contre le per­mis de construire invo­quaient notam­ment l’i­na­dé­qua­tion du pro­jet avec les formes archi­tec­tu­rales du 16e arron­dis­se­ment, cela bien que des archi­tectes de renom aient été enga­gés pour la concep­tion des bâti­ments12.

Si ces der­niers ont tout de même fini par voir le jour, le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de Paris a annu­lé fin 2018 le per­mis de construire déli­vré deux ans et demi plus tôt : par­mi les irré­gu­la­ri­tés invo­quées par la jus­tice, la pré­sence du centre dans le champ de visi­bi­li­té des immeubles Walter, ins­crits au titre des monu­ments his­to­riques et dont les murs Art Déco abri­tèrent des huiles aus­si diverses que le mar­chand d’arme Serge Dassault, la vedette de télé­vi­sion Arthur ou la fille d’un dic­ta­teur ouz­bèke13. Dans la lutte qui les oppo­sèrent à la mai­rie de Paris, les rive­rains n’invoquèrent que rare­ment la crainte et le mépris que leur ins­pi­rait la pré­sence de pauvres à proxi­mi­té immé­diate de leur lieu de vie ; ils choi­sirent plu­tôt d’exploiter les règles de l’urbanisme, pre­nant pré­texte de la sau­ve­garde de l’environnement et du patri­moine et pré­ten­dant agir au nom de l’intérêt géné­ral14.

Albert Gleizes, 1914

Ruissellement patrimonial

Dans un faux para­doxe, les menaces qui pèsent sur le patri­moine n’ont jamais sem­blé aus­si pré­gnantes que depuis que la néces­si­té de sa pré­ser­va­tion a ces­sé de faire débat. Même l’individu le plus igno­rant des ques­tions d’art ou d’histoire recon­naî­tra sans peine l’importance de la sau­ve­garde du patri­moine, qu’il jus­ti­fie­ra par les retom­bées éco­no­miques qu’il croit pou­voir en attendre. Quoique convain­cu de l’importance de conser­ver le patri­moine pour lui-même, Stéphane Bern n’hésite pas à manier cet argu­ment comme pour enter­rer davan­tage toute vel­léi­té de débat. Cherchant à désa­mor­cer toute dis­cus­sion rela­tive au finan­ce­ment de la poli­tique patri­mo­niale, l’animateur à l’origine du loto patri­moine objecte qu’« il faut arrê­ter de pen­ser à ce que ça coûte, mais pen­ser à ce que ça rap­porte », arguant que sau­ver le patri­moine rural et local per­met­trait de « redy­na­mi­ser les ter­ri­toires » et d’« impac­ter direc­te­ment l’économie » grâce aux « 500 000 emplois » que repré­sen­te­rait le sec­teur15.

« Le gou­ver­ne­ment socia­liste enté­ri­na le rap­pro­che­ment entre culture et mar­ché, en fai­sant de la poli­tique cultu­relle le levier de la renais­sance éco­no­mique du pays. »

Bern ne fait là que reprendre un pon­cif aujourd’hui lar­ge­ment répan­du, dont la genèse est ancienne : la ren­ta­bi­li­té des monu­ments his­to­riques est évo­quée dès la Monarchie de Juillet, et les champs de bataille n’avaient pas encore fini de boire le sang des sol­dats de la guerre de 14–18 que le ministre des Travaux publics fran­çais pro­po­sa de les inclure dans des iti­né­raires à des­ti­na­tion des tou­ristes que le retour de la paix ne man­que­rait pas de faire affluer16. À par­tir des années 1980, le gou­ver­ne­ment socia­liste enté­ri­na le rap­pro­che­ment entre culture et mar­ché, en fai­sant de la poli­tique cultu­relle le levier de la renais­sance éco­no­mique du pays. La culture comme moteur de crois­sance, voi­là, pen­sa-t-on, un bon moyen de pal­lier le déclin indus­triel de la France tout en offrant des débou­chés pro­fes­sion­nels aux déten­teurs de diplômes en arts ou en sciences humaines dont les entre­prises raf­folent modé­ré­ment. Relativement confi­den­tiel jusque-là, ce dis­cours est désor­mais hégé­mo­nique.

L’argument est coriace, en par­ti­cu­lier en période de crise éco­no­mique et de chô­mage sys­té­mique. Stimuler le déve­lop­pe­ment éco­no­mique par la pro­mo­tion des visites patri­mo­niales était au cœur de la doc­trine du tou­risme cultu­rel déve­lop­pée par l’Unesco dès les années 196017 : celle-ci sti­pule que la mise en valeur des biens cultu­rels est béné­fique pour les socié­tés locales, notam­ment dans les régions du monde les plus en dif­fi­cul­té. Étonnamment, les défen­seurs de cette doc­trine, d’ordinaire friands de chiffres, res­tent dis­crets quand il s’agit d’évoquer ceux que génère la mise en valeur patri­mo­niale. Le domaine de la conser­va­tion et de la dif­fu­sion du patri­moine est majo­ri­tai­re­ment finan­cé par les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, qui sup­portent éga­le­ment la plus grande par­tie des inves­tis­se­ments tou­ris­tiques18. Les col­lec­ti­vi­tés béné­fi­cient de sub­ven­tions de l’État, qui ne consa­crait néan­moins en 2019 que 326 mil­lions d’euros à l’entretien et à la res­tau­ra­tion des monu­ments his­to­riques — loin des 400 jugés néces­saires par les asso­cia­tions de pro­tec­tion du patri­moine19.

Pablo Picasso, Maisons sur la col­line, Horta de Ebro, 1909

C’est pour com­pen­ser la contrac­tion des dépenses publiques que des orga­nismes en sont par­fois réduits à en faire appel à la cha­ri­té pri­vée afin d’assurer la conser­va­tion et la res­tau­ra­tion des biens patri­mo­niaux. Ce recours à la géné­ro­si­té des dona­teurs implique une mise en concur­rence des monu­ments qui ne pro­fite qu’aux plus soli­de­ment ins­tal­lés dans l’imaginaire natio­nal, au détri­ment de biens plus confi­den­tiels. Entre 2011 et le 2013, le Centre des monu­ments natio­naux20 a ain­si recou­ru à une opé­ra­tion de finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif afin d’assurer la res­tau­ra­tion du Panthéon, de l’Abbaye du Mont Saint-Michel et de sta­tues de la cité de Carcassonne et du parc de Saint-Cloud. Problème : si la noto­rié­té des deux pre­miers monu­ments a per­mis de sus­ci­ter une large mobi­li­sa­tion du public, l’appel aux dons pour la sta­tue du parc de Saint-Cloud a bien failli ne pas atteindre le seuil néces­saire au déblo­cage des sommes deman­dées21. C’est éga­le­ment pour com­pen­ser la baisse des cré­dits de paie­ment que l’État consacre au patri­moine que Stéphane Bern s’est vu confier la mis­sion de réflé­chir à de nou­veaux moyens de finan­ce­ment. Trop heu­reux de se voir recon­naître par l’État une légi­ti­mi­té patri­mo­niale que lui dénient les pro­fes­sion­nels du sec­teur, l’animateur a jugé bon d’en appe­ler à la phi­lan­thro­pie indi­vi­duelle en orga­ni­sant le finan­ce­ment de la res­tau­ra­tion de 270 sites en péril par la vente de grilles de loto et de jeux de grat­tage, misant sur la pitié que ne man­que­raient pas de sus­ci­ter les images de théâtres en ruine et de châ­teaux effon­drés22.

« Arnault, Pinault, Bettencourt et les autres ont ain­si fait savoir qu’ils n’honoreront leurs pro­messes que si l’argent est affec­té à la réa­li­sa­tion d’un geste archi­tec­tu­ral conforme à leurs dési­rs. »

En refu­sant d’assumer les dépenses néces­saires à l’entretien de ses monu­ments et en légi­ti­mant le recours au mécé­nat pri­vé, l’État offre à cer­tains acteurs peu scru­pu­leux la pos­si­bi­li­té d’instrumentaliser le patri­moine à des fins stric­te­ment publi­ci­taires. Ce qu’a récem­ment illus­tré l’incendie de Notre-Dame. Le plomb de la toi­ture n’avait pas fini de fondre sur le par­vis de la cathé­drale que les familles les plus for­tu­nées de France s’empressèrent de sor­tir le car­net de chèque sans même connaître le mon­tant des dégâts, met­tant en scène une soli­da­ri­té des ultra-riches pour la nation que le rap­pel de leurs pra­tiques fis­cales ne tar­da pas à faire voler en éclats. On décou­vrit même quelques mois plus tard que les géné­reux bien­fai­teurs avaient sou­mis leurs dons à condi­tion : Arnault, Pinault, Bettencourt et les autres ont ain­si fait savoir qu’ils n’honoreront leurs pro­messes que si l’argent est affec­té à la réa­li­sa­tion d’un « geste archi­tec­tu­ral » conforme à leurs dési­rs — refu­sant par là même que les dons financent les opé­ra­tions de net­toyage du site ou les salaires des ouvriers23.

Les béné­fices du patri­moine ne pro­fitent pour l’essentiel qu’à un nombre res­treint d’acteurs — et pas néces­sai­re­ment à ceux qui contri­buent à sa mise en valeur. Le déve­lop­pe­ment du tou­risme et la muséi­fi­ca­tion des ter­ri­toires engendrent un ren­ché­ris­se­ment des prix qui béné­fi­cie essen­tiel­le­ment aux pro­prié­taires de biens fon­ciers et immo­bi­liers, pro­vo­quant l’éviction des popu­la­tions les moins aisées et la réorien­ta­tion de tout ou par­tie de l’économie locale vers les acti­vi­tés tou­ris­tiques (hôtel­le­rie, res­tau­ra­tion, com­merces tour­nés vers la vente de pro­duits pri­sés des visi­teurs) — au détri­ment des acti­vi­tés des­ti­nées aux habi­tants. Certains pro­prié­taires pré­fèrent louer leurs loge­ments à des tou­ristes sur de courtes durées plu­tôt qu’à des locaux pour des baux plus longs, inci­tés par les impor­tants pro­fits qu’ils peuvent espé­rer en tirer : à Paris, où se trouvent quatre des cinq sites patri­mo­niaux fran­çais les plus visi­tés, un loge­ment pro­po­sé via le site Airbnb rap­porte envi­ron trois fois plus qu’une loca­tion clas­sique24. La situa­tion est telle que cer­taines villes, comme Berlin ou Barcelone, ont dû dur­cir leur régle­men­ta­tion rela­tive aux loca­tions tou­ris­tiques afin de remettre plu­sieurs mil­liers de loge­ments sur le mar­ché loca­tif tra­di­tion­nel.

Mary Swanzy, Cubist Landscape with Red Pagoda and Bridge, 1926–1928

Le sec­teur tou­ris­tique se trouve en outre sous la dépen­dance d’un cer­tain nombre de groupes inter­na­tio­naux qui s’approprient une part impor­tante des recettes : moins un pays d’accueil est déve­lop­pé, plus grandes sont ses chances d’être domi­né par des groupes tou­ris­tiques25 des pays du Nord qui confisquent l’essentiel de la valeur du voyage et imposent leurs prix et leurs condi­tions de vente. Les pla­te­formes numé­riques pro­fitent de la déma­té­ria­li­sa­tion de leurs ser­vices pour mettre en place des tech­niques de contour­ne­ment fis­cal désor­mais éprou­vées. Airbnb n’a payé en 2015 qu’un peu plus de 69 000 euros d’impôts sur les béné­fices des socié­tés, alors même que son chiffre d’affaire fran­çais était esti­mé à envi­ron 65 mil­lions d’euros. La firme a su tirer par­tie de la fis­ca­li­té avan­ta­geuse de l’Irlande26, qui lui per­met de dis­si­mu­ler envi­ron 94 % de son chiffre d’affaire hexa­go­nal27. Le tra­vail col­lec­tif mené par les his­to­riens, les his­to­riens de l’art, les ensei­gnants et les guides enri­chit ain­si les pres­ta­taires tou­ris­tiques et les pro­prié­taires fon­ciers sans que ceux-ci contri­buent à cet effort col­lec­tif de mise en valeur des biens du pas­sé.

Réhabiliter le bâti, précariser l’emploi

« Défendre le patri­moine au nom des emplois qu’il génère est hypo­crite si l’on néglige de s’intéresser aux condi­tions dans les­quels ils s’exercent. »

Tout comme il est trom­peur de van­ter les richesses éco­no­miques déga­gées par le patri­moine en omet­tant de pré­ci­ser qui en béné­fi­cie, défendre le patri­moine au nom des emplois qu’il génère est hypo­crite si l’on néglige de s’intéresser aux condi­tions dans les­quels ils s’exercent. En France, on esti­mait en 2009 à 313 000 le nombre d’emplois dans le sec­teur du patri­moine28. Néanmoins, nombre d’entre eux suivent les chiffres de la fré­quen­ta­tion tou­ris­tique : beau­coup de sala­riés tra­vaillent dans le sec­teur à temps par­tiel du fait du carac­tère sai­son­nier de leur acti­vi­té29. Souvent contraints de se mettre au ser­vice de plu­sieurs employeurs, ces sala­riés sont nom­breux à per­ce­voir des indem­ni­tés chô­mage, et ceux d’entre eux dont le volume horaire est le plus faible sont davan­tage sus­cep­tibles de quit­ter le sec­teur l’année sui­vante, engen­drant une impor­tante rota­tion des effec­tifs. Certains sec­teurs, en par­ti­cu­lier celui de l’hôtellerie et de la res­tau­ra­tion, recourent lors de la haute sai­son à une main‑d’œuvre jeune et peu qua­li­fiée enga­gée sur des contrats courts et pour des salaires déri­soires.

Indispensables à la mise en valeur du patri­moine, les guides-confé­ren­ciers subissent comme d’autres l’ubérisation de leur métier sous la pres­sion de pla­te­formes en ligne comme Cariboo ou Citywonders, qui les emploient sous le vul­né­rable sta­tut d’autoentrepreneur. Travailler pour l’État ne pro­tège même pas contre la pré­ca­ri­té : le Centre des monu­ments natio­naux emploie depuis des années des confé­ren­ciers-ani­ma­teurs sans contrat de tra­vail, payés à la vaca­tion, alors même que ces sala­riés assurent des mis­sions essen­tielles d’accueil et de média­tion cultu­relle auprès des publics. Normalement res­treint, le recours au sta­tut de vaca­taire à l’acte est ici sys­té­ma­ti­sé et prive les ani­ma­teurs du CMN des droits affé­rents à une titu­la­ri­sa­tion ain­si que d’un salaire cohé­rent avec leurs horaires réels de tra­vail, tout en met­tant à dis­po­si­tion de l’établissement une main‑d’œuvre d’autant plus flexible que son goût pour l’histoire et l’art et la satis­fac­tion de contri­buer à la démo­cra­ti­sa­tion cultu­relle la pousse sou­vent à fer­mer les yeux sur ses condi­tions de tra­vail. Face aux inter­pel­la­tions des syn­di­cats et plu­tôt que de contrac­tua­li­ser ses per­son­nels, le CMN a déci­dé de géné­ra­li­ser le recours à des pres­ta­taires pri­vés pour des mis­sions allant du ménage aux visites gui­dées. L’établissement public défaille ain­si à l’exigence d’assurer des condi­tions de tra­vail dignes à ses sala­riés, et favo­rise le mor­cel­le­ment de col­lec­tifs de tra­vailleurs pro­gres­si­ve­ment inca­pables de se consti­tuer en force uni­fiée à même de faire valoir leurs droits.

Roger de La Fresnaye, Paysage, 1913–1914

Mais qu’importe. Aux yeux des res­pon­sables poli­tiques fran­çais et des défen­seurs de la mar­chan­di­sa­tion de la culture, les ves­tiges du pas­sé consti­tuent un « tré­sor » tou­jours insuf­fi­sam­ment exploi­té. Adosser la poli­tique patri­mo­niale à la seule logique éco­no­mique est pour­tant dan­ge­reux, d’autant plus lorsque les choix des acteurs pri­vés (ou de leurs affi­dés poli­tiques) se sub­sti­tuent à la déli­bé­ra­tion col­lec­tive : les béné­fices de la pro­tec­tion sont sou­vent infé­rieurs à ses coûts, et la ren­ta­bi­li­té d’un parc d’attraction ou d’un centre com­mer­cial dépasse géné­ra­le­ment celle d’une abbaye en ruine. Il est en outre pro­blé­ma­tique que des agents exté­rieurs à un ter­ri­toire s’arrogent le droit de déci­der, par­tout dans le monde, du clas­se­ment de monu­ments et de sites sans consi­dé­ra­tion pour les besoins et l’intérêt des popu­la­tions, au nom de valeurs et selon des pra­tiques sup­po­sé­ment uni­ver­selles mais dont il faut rap­pe­ler le carac­tère euro­péo­cen­tré.

Concurrence patrimoniale

« Sortir de la logique patri­mo­niale actuelle implique d’extraire les monu­ments de leur enclos muséal pour leur attri­buer de nou­velles fonc­tions, défi­nies par les habi­tants. »

L’alternative dépasse pour­tant la simple oppo­si­tion entre l’abandon des ves­tiges à leur ruine ou leur ren­ta­bi­li­sa­tion tou­ris­tique. Sortir de la logique patri­mo­niale actuelle implique d’extraire les monu­ments de leur enclos muséal pour leur attri­buer de nou­velles fonc­tions, défi­nies non par des experts mais par les habi­tants eux-mêmes. Cela sup­pose de rompre avec le dogme de l’intangibilité des lieux his­to­riques et de réin­ven­ter leur usage contem­po­rain en fonc­tion d’une demande sociale qui ne se limite pas à des consi­dé­ra­tions stric­te­ment éco­no­miques ou iden­ti­taires. L’historienne Françoise Choay cite le cas des uni­ver­si­tés ita­liennes ins­tal­lées dans des édi­fices anciens et pres­ti­gieux, et évoque l’exemple du maire d’une petite citée for­ti­fiée du Bordelais par­ve­nu à réha­bi­li­ter, puis à trans­for­mer avec l’appui des habi­tants, les édi­fices médié­vaux de sa com­mune en loge­ments sociaux et un ancien couvent en mai­son de retraite30.

Hélas, la mar­chan­di­sa­tion reste aujourd’hui le seul hori­zon que les déci­deurs poli­tiques réservent aux ves­tiges dont ils ont la charge, le patri­moine demeu­rant l’un des der­niers champs où les élus locaux peuvent visi­ble­ment exer­cer leur sou­ve­rai­ne­té. La pos­ses­sion et l’exploitation des richesses patri­mo­niales d’un ter­ri­toire est une condi­tion néces­saire, mais pas suf­fi­sante à sa mise en tou­risme. Pour se démar­quer de la concur­rence, une des­ti­na­tion estam­pillée « cultu­relle » ne se contente plus d’être dotée d’un riche patri­moine his­to­rique à décou­vrir, mais se doit de pro­po­ser une offre à même de séduire et de rete­nir les tou­ristes sur la tota­li­té de leur temps de séjour. En France, nombre de des­ti­na­tions déploient ain­si des stra­té­gies de com­mu­ni­ca­tion axées sur l’« art de vivre », unis­sant en un même argu­ment excep­tion­na­li­té patri­mo­niale, natu­relle et gas­tro­no­mique. La Touraine peut ain­si cla­mer dans une cam­pagne tou­ris­tique qu’« Ici, vivre est un art », convo­quant dans une même démarche ico­no­gra­phique châ­teaux, pay­sages flu­viaux et viti­coles, ter­rasses ani­mées et tables riche­ment dres­sées, le tout bai­gnant dans une lumière irréelle sug­gé­rant l’image pai­sible d’une des­ti­na­tion hors du temps.

Jean Metzinger

Certaines périodes his­to­riques se prêtent davan­tage que d’autres à l’exploitation tou­ris­tique, en rai­son de la place de choix qu’elles occupent dans l’imaginaire d’une nation. Il en va ain­si de la Renaissance, dont la région Centre-Val-de-Loire célèbre en 2019 les « 500 ans » au cours de com­mé­mo­ra­tions par­rai­nées par Stéphane Bern et arti­cu­lées autour du début de la construc­tion du châ­teau de Chambord et de la mort de Léonard de Vinci à Amboise en 1519. Peu importe que le vieux maître ne vécut en Touraine que trois ans (il ne s’y ins­talle qu’en 1516), et qu’il n’eut pas le temps d’y ache­ver ses pro­jets31 : le mar­ke­ting tou­ris­tique com­mande moins de com­prendre que de célé­brer le témoi­gnage pérenne du génie léo­nar­desque dont le Val de Loire aurait héri­té, l’exactitude his­to­rique dut-elle en subir quelques amé­na­ge­ments.

« Léonard de Vinci d’être enrô­lé dans la pro­mo­tion de la tra­di­tion gas­tro­no­mique du Val de Loire, pro­mu au rang de pion­nier du bien-man­ger régio­nal. »

Malgré une pro­gram­ma­tion qui se veut exi­geante sur le plan scien­ti­fique, la rai­son d’être de ces célé­bra­tions est davan­tage éco­no­mique qu’historique, comme en témoigne la liste des hôtes de la soi­rée spé­ciale par­te­naires orga­ni­sée peu avant le début des fes­ti­vi­tés, tous issus du sec­teur indus­triel et éco­no­mique. Le pré­sident de Région François Bonneau l’énonce clai­re­ment : il s’agit de faire de cette année anni­ver­saire « une nou­velle étape du rayon­ne­ment de la région et de son attrac­ti­vi­té » en inté­grant la Renaissance dans une stra­té­gie mar­ke­ting mobi­li­sable dans le cadre de la concur­rence que se livrent les ter­ri­toires pour atti­rer popu­la­tions et capi­taux32. Ainsi pas­sé au tamis des logiques du mana­ge­ment ter­ri­to­rial, le XVIe siècle fran­çais n’est plus que le temps des inno­va­tions archi­tec­tu­rales et des manières de table. Et Léonard de Vinci d’être enrô­lé dans la pro­mo­tion de la tra­di­tion gas­tro­no­mique du Val de Loire, pro­mu au rang de pion­nier du bien-man­ger régio­nal en ver­tu des nom­breux gueu­le­tons prin­ciers qu’il orga­ni­sa pour ses mécènes. Retranchée de ses aspects poli­tiques, esthé­ti­sée et réduite à ses carac­tères sté­réo­ty­piques, l’histoire n’est plus qu’un évé­ne­ment cultu­rel désar­ti­cu­lé répon­dant à des cri­tères de ren­ta­bi­li­té, juste bon à séduire une popu­la­tion diplô­mée éprise de dis­tinc­tion.

Cet exemple illustre le peu de cas que font les élus du poten­tiel éman­ci­pa­teur d’une édu­ca­tion à l’histoire et au patri­moine, avec par­fois la com­pli­ci­té de l’Université elle-même. Car les pro­ces­sus que l’on vient d’évoquer ne sont pas sans effet sur les orien­ta­tions mêmes de la recherche his­to­rique. À Tours, un pro­gramme de recherche diri­gé par un pro­fes­seur d’histoire de l’université, par ailleurs can­di­dat à l’investiture pour les muni­ci­pales sous l’étiquette LREM, se donne pour prin­ci­pal objec­tif de sou­mettre la recherche en Sciences humaines et sociales (SHS) à la créa­tion de « ser­vices et outils inno­vants, créa­teurs de valeur éco­no­mique et d’emplois », « en lien étroit avec les acteurs socio-éco­no­miques impli­qués dans l’activité tou­ris­tique de la Région ». Les axes thé­ma­tiques choi­sis (châ­teaux, vins et gas­tro­no­mie, parcs et jar­dins urbains) sont à l’avenant de cette ambi­tion de col­ler au plus près de l’injonction d’utilité faite aux SHS33. Soutenu par la région Centre, le pro­gramme a été mis à contri­bu­tion pour les com­mé­mo­ra­tions des « 500 ans de Renaissance(s) », légi­ti­mant la dimen­sion scien­ti­fique de l’événement tout en sanc­tion­nant l’hétéronomie de la recherche his­to­rique, qui ne devra son salut (et son finan­ce­ment) qu’à l’abandon de sa capa­ci­té cri­tique.

Pablo Picasso, Le réser­voir, Horta de Ebro, 1909

Les petits arrangements d’une cathédrale

Il est à craindre que dans un contexte d’accentuation des contra­dic­tions sociales, le patri­moine, l’Histoire, l’identité et la culture en géné­ral soient tou­jours plus sou­vent appe­lés à col­ma­ter les brèches ouvertes par des poli­tiques socia­le­ment injustes. L’incendie de Notre-Dame a confir­mé cette ten­dance en démon­trant le rôle pure­ment ins­tru­men­tal qu’Emmanuel Macron accorde au patri­moine. Contesté depuis cinq mois par le mou­ve­ment des gilets jaunes et alors qu’il devait s’exprimer sur les conclu­sions d’un grand débat cen­sé répondre à leurs reven­di­ca­tions, le pré­sident a pro­fi­té de la ruine d’un monu­ment emblé­ma­tique de la nation pour ten­ter de sub­sti­tuer l’émotion patri­mo­niale à l’émotion sédi­tieuse : à quoi bon conti­nuer de se déchi­rer si le sen­ti­ment qui nous unit fonde notre appar­te­nance à une même com­mu­nau­té ?

Le chef de l’État entend d’ores et déjà impo­ser une res­tau­ra­tion conforme à sa concep­tion de l’exercice du pou­voir : la réfec­tion de la cathé­drale devra être ache­vée en seule­ment cinq ans, et inclu­ra la réa­li­sa­tion d’un « geste archi­tec­tu­ral contem­po­rain ». Pour mener à bien une telle gageure, le gou­ver­ne­ment a pré­sen­té un pro­jet de loi pré­voyant d’une part de confier la res­tau­ra­tion à un éta­blis­se­ment public sou­mis à l’Élysée créé pour l’occasion, d’autre part de déro­ger aux règles qui s’appliquent nor­ma­le­ment sur un tel chan­tier, notam­ment celles rela­tives au patri­moine, à l’environnement et à la construc­tion. L’Élysée veut ain­si s’octroyer la main-mise sur la recons­truc­tion de la cathé­drale (en col­la­bo­ra­tion avec les mécènes dont les fon­da­tions pour­ront entrer au conseil d’administration de l’établissement public), au mépris de la sécu­ri­té des ouvriers qui tra­vaille­ront sur le site et du temps néces­saire à la réa­li­sa­tion d’un tel chan­tier. Il n’a pas fal­lu long­temps pour qu’apparaissent les pre­mières consé­quences de cet empres­se­ment : on appre­nait ain­si en juillet que les auto­ri­tés avaient dis­si­mu­lé au public que le plomb de la flèche du XIXe siècle avait pol­lué l’intérieur et les alen­tours de la cathé­drale, mena­çant la san­té des rive­rains et des ouvriers tra­vaillant sur le site34. Là se trouve peut-être la face la plus sombre du patri­moine, bien plus détes­table encore que sa mar­chan­di­sa­tion tou­ris­tique ou sa réduc­tion à un sté­réo­type iden­ti­taire : la fas­ci­na­tion qu’il exerce sur des diri­geants confits de l’ambition de lais­ser une trace monu­men­tale, fut-ce au prix de toute pré­cau­tion humaine ou envi­ron­ne­men­tale.


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Laurence de Cock : « L’enseignement de l’histoire est pris en étau », avril 2019
☰ Lire notre entre­tien avec Mathilde Larrère : « Il y a deux Républiques ! », juin 2018

  1. « Stéphane Bern en charge du patri­moine : Sa vision de l’histoire est étri­quée et orien­tée », L’Obs, 18 sep­tembre 2017.
  2. Selon l’expression de Krzysztof Pomian.
  3. France Inter, 11 juin 2018.
  4. Voir Julien Chanet, « Ne lais­sons pas la mobi­li­té au mar­ché », Ballast, 13 juillet 2018.
  5. Alain Brossat, Le grand dégoût cultu­rel, Seuil, Paris, 2008.
  6. L. Boltanski, A. Esquerre, Enrichissement. Une cri­tique de la mar­chan­dise, Gallimard, Paris, 2017.
  7. Il est d’ailleurs inté­res­sant de noter que ce patri­moine ne devient « col­lec­tif » qu’au moment même où dis­pa­raît la capa­ci­té pro­duc­tive des usines, dont la socia­li­sa­tion des pro­fits aurait fait crier au bol­che­visme n’importe quel patron d’industrie. Voir Laurent Bazin, « Anthropologies, patri­moine indus­triel et mémoire ouvrière. Vers une recon­tex­tua­li­sa­tion cri­tique », L’Homme & la Société, 2014/2 (n° 192).
  8. Gil Bartholeys, « Loin de l’Histoire », Le Débat, 2013/05 (n°177).
  9. « Un his­to­rien au Puy du Fou », Le Monde diplo­ma­tique, août 1994
  10. « Le Puy du Fou : sous le diver­tis­se­ment, un com­bat cultu­rel », The Conversation, 29 mars 2019.
  11. « Projet de HLM dans le 16e arron­dis­se­ment : un « ghet­to de riches » en sur­sis ? », Le Journal du Dimanche, 13 décembre 2015.
  12. « Paris : HLM en friche dans le ghet­to des riches », Libération, 18 mai 2010.
  13. « L’incroyable appar­te­ment de la fille Karimov mis aux enchères », Challenges, 8 mars 2017.
  14. Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon, Étienne Lécroard, Panique dans le 16e !, La Ville Brûle, 2017.
  15. Europe 1, 2 avril 2018.
  16. Jean-Michel Léniaud, Les archi­pels du pas­sé. Le patri­moine et son his­toire, Fayard, 2002.
  17. Saskia Cousin, « L’Unesco et la doc­trine du tou­risme cultu­rel », Civilisations, n° 57, 2018.
  18. Jean-Cédric Delvainquière, François Tugores, « Dépenses cultu­relles des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales : 9,3 mil­liards d’euros en 2014 », Culture chiffres, 2017/3 (n° 3).
  19. Mais le sec­teur est essen­tiel­le­ment non-mar­chand : 6 % seule­ment des biens et ser­vices patri­mo­niaux sont écou­lés sur le mar­ché à un prix cou­vrant plus de 50 % de leurs coûts de pro­duc­tion.
  20. Un éta­blis­se­ment public sous tutelle du minis­tère de la Culture char­gé de la conser­va­tion, de l’ouverture et de l’animation d’une cen­taine de monu­ments appar­te­nant à l’État.
  21. Samy Guesmi, Julie Delfosse, Laurence Lemoine, Nicolas Oliveri, « Crowfunding et pré­ser­va­tion du patri­moine cultu­rel », Revue fran­çaise de ges­tion, 2016/5 (n° 258).
  22. Par cette démarche, il légi­time le refus du pou­voir d’accorder les sommes néces­saires au finan­ce­ment d’un domaine pour­tant réga­lien tout en pre­nant part au spec­tacle d’une mobi­li­sa­tion fac­tice de l’État en faveur des vieilles pierres. L’imposture s’est révé­lée d’autant plus grande que seule une par­tie des recettes sera effec­ti­ve­ment affec­tée au patri­moine, le plus gros de la somme étant rever­sé aux gagnants. Au final, seuls 22 des dizaines de mil­lions d’euros pui­sés dans les poches des joueurs iront à la res­tau­ra­tion du patri­moine, ce qui ne com­pense même pas les 33 mil­lions d’euros de coupes bud­gé­taires déci­dées par Emmanuel Macron en novembre 2017.
  23. « French bil­lio­naires slow-walk dona­tions to rebuild Notre Dame », CBS News, 5 juillet 2019.
  24. Soit 722 euros par mois en moyenne (mul­ti­plié par le nombre de loge­ments pro­po­sés — cer­tains mul­ti-pro­prié­taires en pos­sèdent plus d’une cen­taine). Voir « Ces mul­ti-pro­prié­taires qui engrangent des cen­taines de mil­liers d’euros grâce à Airbnb au détri­ment des Parisiens », Bastamag, 3 avril 2018.
  25. Des tours-opé­ra­teurs, en par­ti­cu­lier.
  26. Où se trouve son siège social euro­péen.
  27. « Fiscalité : la com­bine d’Airbnb pour payer moins d’im­pôts en France », Le Parisien, 11 août 2016.
  28. 33 000 emplois directs et 280 000 emplois indi­rects. « Étude natio­nale des retom­bées éco­no­miques et sociales du patri­moine », VMF Patrimoine, mars 2009.
  29. À l’exception notable des sala­riés exer­çant des fonc­tions sup­ports dans le domaine du patri­moine, qui repré­sentent la majo­ri­té des emplois directs. Voir Benhamou Françoise, Économie du patri­moine cultu­rel, La Découverte, 2012.
  30. Françoise Choay, Le patri­moine en ques­tions. Anthologie pour un com­bat, Seuil, 2009.
  31. Patrick Boucheron, Léonard et Machiavel, Lagrasse, Verdier, 2008.
  32. L’histoire et le patri­moine peuvent éven­tuel­le­ment deve­nir le sup­port de « marques ter­ri­to­riales » – dont les noms (Touraine Loire Valley, Only Lyon, trèsBeaujolais) disent bien toute la créa­ti­vi­té que sont capables de déployer les experts en bran­ding bibe­ron­nés à la pen­sée mana­gé­riale – conçues pour faire valoir une dif­fé­rence posi­tive via la fabri­ca­tion d’une conti­nui­té entre pas­sé (pres­ti­gieux), pré­sent et futur (pro­met­teurs).
  33. L’un des chan­tiers du pro­gramme, axé autour des monu­ments, des parcs et des jar­dins, s’applique ain­si à éla­bo­rer des actions qui « s’inscrivent dans le mou­ve­ment actuel effec­tué par les villes de concep­tion de leur image patri­mo­niale à par­tir des mémoires col­lec­tives pour répondre à leur propre construc­tion iden­ti­taire. […] Ces actions débou­che­ront sur des retom­bées tou­ris­tiques, gas­tro­no­miques, sani­taires, éco­no­miques et socio­lo­giques béné­fiques aux ter­ri­toires. » « Monuments, Parcs & Jardins urbains », Intelligence des patri­moines.
  34. « Notre-Dame-de-Paris : après l’in­cen­die, un scan­dale sani­taire », Mediapart, 4 juillet 2019.
Arthur L.
Arthur L.

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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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