Réfugiés : au cœur de la solidarité


Texte inédit pour le site de Ballast

La Grèce de cet hiver 2015–2016 est aus­si, mal­gré la bru­ta­li­té de la situa­tion, le lieu de déploie­ment d’actions de groupes de soli­da­ri­té avec les réfu­giés. En conti­nui­té avec celles que mènent les Grecs depuis plu­sieurs années (ou dans le pro­lon­ge­ment de nou­velles ini­tia­tives construites pour inter­ve­nir dans l’urgence), elles fédèrent au-delà des fron­tières, géo­gra­phiques mais aus­si idéo­lo­giques. Des cui­sines sociales de rue aux squats en effer­ves­cence du quar­tier d’Exarcheia d’Athènes jusqu’aux groupes auto-orga­ni­sés de secours en mer et sur la côte, les expé­riences, que rap­porte ici l’auteure, sont mul­tiples et tendent vers le même objec­tif : lut­ter contre la vio­lence poli­tique ins­ti­tu­tion­nelle. Lesbos, Idomeni, Athènes : second et der­nier volet de ce car­net.  Par Yanna Oiseau


vign-dossier2Il serait injuste et même dom­ma­geable de ne poin­ter que la face obs­cure de ce qui se déroule actuel­le­ment en Europe et en Grèce. Sachons ani­mer nos cœurs et ren­for­cer nos volon­tés en nous ins­pi­rant de l’énergie dont font preuve ces femmes et ces hommes qui ont choi­si d’agir sur place : nous ne serons jamais trop nom­breux de ce côté-là. La diver­si­té des actions dont j’ai été témoin au cours de mon séjour est riche et por­teuse d’espoirs ; aus­si, elle des­sine des lignes de pers­pec­tive dont nous pour­rions peut-être nous sai­sir. De l’aide appor­tée pour sub­ve­nir aux besoins vitaux à l’organisation de lieux de vie à plus long terme, en Grèce, cha­cun peut choi­sir ses modes et ter­rains d’action. Je don­ne­rai voix ici aux groupes pour qui il est pri­mor­dial de dis­tin­guer la soli­da­ri­té de la cha­ri­té ; car au-delà même des prin­cipes, sur le ter­rain et dans le vif de l’action, cela fait toute la dif­fé­rence. La soli­da­ri­té implique le col­lec­tif, et le col­lec­tif rend criante la dimen­sion poli­tique — lorsqu’il ques­tionne les causes des évé­ne­ments. Aussi, elle met les indi­vi­dus sur un pied d’égalité et induit une pos­ture dans la ren­contre qui ne place pas l’autre — ici, les per­sonnes subis­sant la condi­tion de réfu­gié — dans une posi­tion d’infériorité, de sou­mis­sion, de dépen­dance ou de dette. « La gran­deur de l’Homme est dans sa déci­sion d’être plus fort que sa condi­tion », disait Camus. La per­sonne soli­daire marche aux côtés de l’autre en toute humi­li­té, essayant de lui venir en aide, tout en res­pec­tant ses choix. Parce qu’elle par­tage l’essence de sa lutte — celle pré­ci­sé­ment de dépas­ser sa condi­tion. 

Partager un repas

« On mange tous ensemble, parce qu’on ne fait pas de la cha­ri­té, mais tout sim­ple­ment de la soli­da­ri­té. »

Mytilène, capi­tale de Lesbos, der­niers jours de février 2016. J’ai ren­dez-vous à 11 heures place Sappho avec l’équipe de la cui­sine sociale O allos anthro­pos (« L’autre homme »), pour aller cui­si­ner au camp Moria. Dimitris, mon inter­lo­cu­teur, a du retard. J’apprendrai plus tard qu’il est ren­tré le matin même d’Athènes, où il avait épau­lé ses cama­rades place de la Victoire. Il a voya­gé toute la nuit sur le fer­ry en pro­ve­nance du port du Pirée. Alors que je patiente au centre de la place, une femme en scoo­ter m’interpelle. Elle l’attend, elle aus­si, mais doit par­tir ; elle me confie un sac rem­pli de pain à lui remettre. Il arrive. C’est un homme d’une petite cin­quan­taine d’années, au style rock et décon­trac­té, queue de che­val gri­son­nante, un tatouage sur la main, le visage fati­gué. Peu de mots sont échan­gés. Il m’invite tout de suite à mon­ter en voi­ture, direc­tion le camp Moria, à quelques kilo­mètres de Mytilène. Ce camp est une pri­son à ciel ouvert dont la porte, alors ouverte, se fer­me­ra quelques semaines plus tard. C’est ici que des cen­taines de mil­liers de per­sonnes sont pas­sées en l’espace de quelques mois pour être enre­gis­trées.

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Photographie : P-mod

Pas le temps de s’émouvoir de l’horreur qui s’étend pour la pre­mière fois sous mes yeux : Dimitris est déjà en train de sor­tir son maté­riel de la voi­ture pour ins­tal­ler la cui­sine. Nous sommes cinq, l’ambiance est décon­trac­tée, on dis­cute et plai­sante en décou­pant oignons et poi­vrons. Des enfants et quelques adultes, curieux de ce qu’il se passe, s’approchent en sou­riant. La ban­de­role rete­nue par deux pierres juste der­rière nous indique « Free food for all ». Alors que je remue la grosse cuillère en bois dans la mar­mite, un groupe de jeunes Iraniens vient à notre ren­contre. Lorsque nous les invi­tons à cui­si­ner avec nous, le visage de l’un deux s’illumine d’un sou­rire radieux : « Vous savez, je suis cui­si­nier. Cela m’a tel­le­ment man­qué de faire ça. » Il touille la mar­mite d’un geste assu­ré et déli­cat, presque poé­tique. Ses com­pa­gnons le taquinent, des rires fusent, il nous tra­duit : « Chez nous, en Iran, chaque année pen­dant un mois, nous pré­pa­rons d’énormes repas dans des lieux publics où nous man­geons tous ensemble » ; un autre jeune homme ajoute : « Nos cas­se­roles sont dix fois, vingt fois plus grandes que celles-ci ! » Une heure plus tard, le repas est prêt, la petite équipe s’organise. Les visages cris­pés qui s’approchent se détendent et com­mencent à sou­rire, sous l’effet des paroles de nos com­pa­gnons : « Viens habi­bi, bon appé­tit, sers-toi, atten­tion, c’est chaud ! » Un homme leur demande : « Combien ça coûte ?Rien habi­bi, c’est gra­tuit ! − Pour­quoi c’est gra­tuit ? », et notre ami de répondre dans un éclat de rire : « Parce que c’est meilleur comme ça ! » Pendant qu’il plie déli­ca­te­ment des ser­viettes en papier sous chaque assiette, le jeune cui­si­nier ira­nien se retourne, ému, et me dit : « Ça fait du bien d’aider les autres. » Nous aurons ain­si pas­sé deux heures et demie à ser­vir des repas, man­ger, rire et dis­cu­ter de choses et d’autres — à en oublier presque la réa­li­té qui nous entoure. Ce jour-là, 480 repas ont été cui­si­nés.

Plus tard, autour d’une bière, Dimitris me parle de ce jour d’octobre où ils en cui­si­nèrent 2 500… L’homme, que je découvre anar­chiste, me raconte l’historique de leur démarche. Cette cui­sine sociale est née à l’initiative d’un dénom­mé Konstantinos Polixronopoulos, en 2011, à Athènes, quand, avec la crise éco­no­mique en Grèce, une foule de gens s’est retrou­vée à la rue. « Il a déci­dé un jour qu’il n’allait pas res­ter plus long­temps sans rien faire. Il est allé voir les com­mer­çants et épi­ciers de son quar­tier, deman­dant à l’un une cour­gette ou deux, à l’autre une poi­gnée de riz. Surpris, ils lui ont deman­dé ce qu’il comp­tait faire avec si peu. Mais avec la cour­gette de l’un, le riz de l’autre et l’huile d’un troi­sième, Konstantinos comp­tait cui­si­ner un repas pour tous. » Dimitris pour­suit : « On cui­sine tou­jours dans la rue, pour que tout le monde soit sur le même pied d’égalité et sur­tout, on mange tous ensemble, parce qu’on ne fait pas de la cha­ri­té, mais tout sim­ple­ment de la soli­da­ri­té. » Aujourd’hui, il existe plus d’une dizaine de cui­sines sociales O allos anthro­pos dans le pays, dont la majo­ri­té à Athènes, et cinq nou­velles sont sur le point d’être lan­cées. « À Lesvos, on a démar­ré en sep­tembre 2015. On cui­sine trois à quatre fois par semaine sur la place, en face du port de Mytilène ou sur le port même, en fonc­tion de la situa­tion, et tous les ven­dre­dis au camp Moria. Les ali­ments sont prin­ci­pa­le­ment le pro­duit de col­lectes auprès des com­mer­çants et de dons de par­ti­cu­liers. Nous rece­vons aus­si des dons d’argent ; le plus cher, ce sont les conte­nants et les cou­verts en plas­tique ain­si que l’huile d’olive. Moi, je ne cui­sine qu’à l’huile d’olive ! » 35 per­sonnes sont pour cela mobi­li­sées tous les jours, « mais en réa­li­té on est beau­coup plus, les gens viennent tou­jours aider sur les places. » Le len­de­main, nous pas­sons plus de deux heures sur la place Sappho à cui­si­ner puis man­ger, et je ren­contre de nou­velles per­sonnes de l’île. Tous les repas n’ayant pas été consom­més sur place, Dimitris me demande de le suivre en voi­ture pour faire le tour du port, à la ren­contre de réfu­giés atten­dant par groupes, de ci de là. Nous remet­trons les trente der­niers repas à la No Border Kitchen, juste à côté du port, qui anime une jour­née fes­tive en cette jour­née enso­leillée ; ce cam­pe­ment soli­daire sera éva­cué et démo­li par les auto­ri­tés mi-avril.

La solidarité comme acte politique 

« Il s’agit de leur témoi­gner un sou­tien incon­di­tion­nel ; leur signi­fier qu’ils ne sont pas seuls dans cette lutte et que d’autres les appuie­ront aux suc­ces­sives étapes de leur périple. »

Le jour se lève sur le port de Skala Sykamineas, au nord de l’île de Lesbos. La nuit a été très calme. Nous sommes en mars et cela fait presque trois semaines que j’ai rejoint l’équipe de Platanos Refugee Solidarity. Pas d’arrivée de réfu­giés, ni même de « fausses alertes », ces appels radio signa­lant la pré­sence d’un bateau de réfu­giés en mer qui n’arrivera pas à bon port. (On se réveille alors en sur­saut. On pré­pare le cam­pe­ment pour l’accueil. Puis la nou­velle tombe : le bateau a été inter­cep­té, soit par FRONTEX, soit par les gardes-côtes turcs ou grecs). À l’origine, Platanos a été la pre­mière équipe à se rendre sur ce petit port du bout d’un monde − que tant ont atteint et tant d’autres s’efforcent d’atteindre. En octobre 2015, cer­tains jours, sont arri­vés sur la côte, par dizaines, trans­por­tant cha­cun entre trente et soixante réfu­giés à bord. L’équipe ne dis­po­sait alors que d’une table, d’un réchaud et tout juste de quoi pré­pa­rer du thé et quelques tar­tines de confi­ture pour revi­go­rer des nau­fra­gés qu’elle avait secou­rus sur des côtes par endroit si dan­ge­reuses. Ce lieu auto­gé­ré, où les maîtres mots sont « soli­da­ri­té » et « digni­té » — sou­te­nu en arrière-plan par des groupes d’anarchistes du quar­tier d’Exarcheia d’Athènes — a vu depuis lors près de 400 per­sonnes venues ren­for­cer ses rangs ; qui quelques jours, qui plu­sieurs mois.

J’y ai pas­sé un mois. À mon arri­vée, cinq tentes (des­ti­nées à l’habillement des hommes/femmes/enfants/bébés et à une cui­sine) et quelques construc­tions de for­tune lui donnent un air de cam­pe­ment sau­vage… et quel­que­fois des airs de camp d’été tant l’atmosphère peut y être joyeuse cer­tains soirs où règne le calme. Une lourde et puis­sante res­pon­sa­bi­li­té que cha­cun, hommes et femmes, a endos­sé : sau­ve­tage en mer, accueil sur la côte, des mains pour tenir celles de ceux qui arrivent épui­sés et trem­pés — par­fois en état de choc — après deux à trois heures pas­sées en mer, et offre d’un temps où cha­cun peut se débar­ras­ser de ses vête­ments trem­pés, boire un thé chaud et man­ger quelque chose. Si les prin­ci­paux objec­tifs de ce groupe sont d’éviter les morts en mer puis de per­mettre aux réfu­giés de se revi­go­rer avant de reprendre la longue et épui­sante route, il s’agit aus­si de leur témoi­gner un sou­tien incon­di­tion­nel ; leur signi­fier qu’ils ne sont pas seuls dans cette lutte pour sur­vivre et que d’autres les appuie­ront aux suc­ces­sives étapes de leur périple. 

Photographie : Yanna Oiseau

Photographie : Yanna Oiseau

Les assem­blées heb­do­ma­daires rythment et soudent ce col­lec­tif de cir­cons­tance. Bien que toutes les per­sonnes rejoi­gnant le groupe ne par­tagent pas néces­sai­re­ment la même idéo­lo­gie poli­tique — les anar­chistes « puristes » y côtoient des acti­vistes de mou­ve­ments sociaux plus « modé­rés », tan­dis que cer­tains ne se recon­naissent sous aucune éti­quette poli­tique —, toutes les déci­sions quo­ti­diennes sont prises en com­mun et la conscien­ti­sa­tion poli­tique se construit dans l’action. Les ques­tions sou­le­vées par le jeu poli­ti­cien euro­péen et ses consé­quences dra­ma­tiques requièrent des prises de déci­sion col­lec­tives nettes. Chaque jour, la donne change ; et les nou­velles règles impo­sées par les auto­ri­tés suf­fisent à bri­ser l’illusion (pour ceux qui conti­nue­raient secrè­te­ment à y croire) que les actions de soli­da­ri­té seraient exemptes de toute impli­ca­tion poli­tique. Distinguer la ques­tion de la léga­li­té de celle de la légi­ti­mi­té prend tout son sens en ces cir­cons­tances — cela est même essen­tiel — et les que­relles sur ce point, par­fois hou­leuses, avec cer­taines ONG agis­sant sur place ont été nom­breuses. Car face aux nou­velles direc­tives offi­cielles, les posi­tions res­pec­tives de chaque groupe ont vite fait de se démar­quer. Au fil des semaines, ces direc­tives se sont mul­ti­pliées et dur­cies, révé­lant le retour franc à une logique de contrôle poli­cier : en jan­vier, tous les volon­taires ont reçu la consigne de s’enregistrer sur des listes de la muni­ci­pa­li­té pour obte­nir le droit d’agir ; en outre, ils n’ont plus été auto­ri­sés à secou­rir un bateau en mer sans l’accord des gardes-côtes ; depuis la mise en vigueur de l’accord entre la Turquie et l’Union euro­péenne, dont il est ques­tion dans le pre­mier volet de ce car­net, obli­ga­tion est faite d’appeler la police dès qu’un bateau de réfu­giés est repé­ré. En réponse, la posi­tion de Platanos a tou­jours été des plus claires : hors de ques­tion de « deman­der l’autorisation » de pour­suivre ses actions de soli­da­ri­té — et les bateaux repé­rés en mer demeurent immé­dia­te­ment secou­rus et gui­dés vers le port : l’attente de l’aval des auto­ri­tés pour inter­ve­nir, qui peut prendre plu­sieurs dizaines de minutes, a failli pro­duire des drames à plu­sieurs reprises. Quant aux per­sonnes arri­vées au len­de­main de l’accord, elles n’ont, évi­dem­ment, pas été signa­lées aux auto­ri­tés poli­cières1.

« Distinguer la ques­tion de la léga­li­té de celle de la légi­ti­mi­té prend tout son sens en ces cir­cons­tances cela est même essen­tiel. »

La ligne de débat en interne est la même que celle qui anime tout groupe d’action consti­tué de per­sonnes se recon­nais­sant dans divers cou­rants poli­tiques d’extrême gauche. Le fait qu’à Platanos, des trost­kystes côtoient des anar­chistes, ou des mili­tants sociaux des acti­vistes radi­caux crée par moment des débats ani­més… sans jamais inter­rompre pour autant l’action col­lec­tive. Les échanges en assem­blée ne font fina­le­ment que des­si­ner une ligne de crête en per­ma­nente construc­tion et cette dyna­mique ne cesse de se mon­trer salu­taire. La pos­ture cen­trée sur les notions de soli­da­ri­té et de digni­té, le refus de la cha­ri­té et l’accord una­nime sur l’importance cru­ciale à accor­der à la dimen­sion poli­tique en jeu suf­fisent à fédé­rer ce petit monde qui depuis plus de six mois agit sur le ter­rain. Même les moins poli­ti­sés que j’y ai ren­con­trés, qui avaient choi­si cette équipe par hasard ou sur la sug­ges­tion d’un tiers, ont fini par « faire de la poli­tique » en par­ti­ci­pant aux débats et prises de déci­sion du groupe. La poli­ti­sa­tion par l’action, rien de plus effi­cace.

Les rap­ports entre­te­nus avec les locaux de l’île sont un autre point fort à mettre sur le compte de ce col­lec­tif. Si, à leur arri­vée, ses membres n’ont deman­dé l’autorisation à per­sonne pour ins­tal­ler leur cam­pe­ment sur la voie publique, ils œuvrent pour être le plus pos­sible tolé­rés par les habi­tants , afin de ne pas finir par les avoir « contre eux ». Un appel public a été lan­cé, assez rapi­de­ment, pour invi­ter les habi­tants de Skala Sykamineas à par­ti­ci­per — sans attendre pour autant des vil­la­geois de ce port qu’ils s’impliquent autant que les acti­vistes du groupe. Ainsi, ceux qui l’ont sou­hai­té — et qui ont depuis créé des liens avec ce col­lec­tif — par­ti­cipent à hau­teur de leurs choix. On pour­ra voir l’un prê­ter l’espace d’une par­tie de sa mai­son pour sto­cker le maté­riel reçu par dons, quand un autre pas­se­ra sim­ple­ment prendre le café sur le cam­pe­ment de temps en temps. À voir les mamies du vil­lage, octo­gé­naires, et des­cen­dantes elles aus­si de réfu­giés (lors de la Grande Catastrophe, au moment de la créa­tion de l’État turc, eut lieu un échange des popu­la­tions grecques et turques), venir régu­liè­re­ment boire un jus en brique et s’asseoir regar­der la mer avec les per­sonnes de garde, on se sent gagné par l’émotion.

Photographie : P-mod

Photographie : P-mod

Pour l’un des membres de Platanos, il n’est pas néces­saire d’attendre de mobi­li­ser le plus lar­ge­ment pos­sible pour essayer de répondre à la ques­tion de la légi­ti­mi­té d’une action ou d’un mou­ve­ment. Même s’agissant des pre­miers concer­nés, en l’occurrence les habi­tants de Skala Sykamineas, qui ont vécu pour­tant l’arrivée mas­sive et quo­ti­dienne de bateaux de réfu­giés. « On y va, et éven­tuel­le­ment ça leur donne envie et ils nous rejoignent. S’ils le fai­saient d’eux-mêmes, la ques­tion ne se pose­rait même pas », com­mente-t-il en sou­riant, un jour où nous dis­cu­tions des débuts de cette ini­tia­tive. « La ques­tion cen­trale, c’est com­ment tu orga­nises le quo­ti­dien et les actions. Si tu es souple, les locaux trou­ve­ront un moyen de s’investir à leur manière. Tu ne peux pas exi­ger d’eux la même impli­ca­tion et la même ana­lyse poli­tique que la tienne avant de les inclure. Tant qu’ils répondent aux prin­cipes fon­da­men­taux du groupe, de soli­da­ri­té, de digni­té, d’antiracisme et d’antifascisme, c’est suf­fi­sant pour ne pas les exclure de l’action. » À ma ques­tion sur les dif­fé­rences de posi­tion poli­tique exis­tant dans le groupe et les éven­tuelles impasses qui peuvent s’ensuivre dans les prises de déci­sion, il répond d’abord par une blague : « Tu connais la dif­fé­rence entre un groupe hié­rar­chi­sé et un auto­gé­ré ? La hié­rar­chie, c’est un qui décide et cin­quante qui font ; l’autogestion, c’est cin­quante qui décident et un qui fait. » Il pour­suit plus sérieu­se­ment : « Le vote aux assem­blées se fait sur la règle de la majo­ri­té, mais si une mino­ri­té est très tran­chée et radi­cale sur un point, c’est ce qui est rete­nu. C’est une ques­tion de res­pect mutuel. » Les ques­tions sont alors dif­fé­rées, redis­cu­tées et mises en balance avec les élé­ments nou­veaux que le contexte ne tarde jamais à appor­ter. Il ajoute tou­te­fois qu’à Athènes, au quo­ti­dien, les lignes de démar­ca­tion sont plus franches.

De la bureaucratie des ONG aux initiatives solidaires spontanées

« À Idomeni, la dif­fé­rence entre les ini­tia­tives soli­daires et celles des grandes ONG est vrai­ment frap­pante. »

Début avril, je prends la route pour Idomeni où je rejoins Marta, une infir­mière espa­gnole que j’ai ren­con­trée à Platanos une dizaine de jours plus tôt. Elle a alors pris, avec trois de ses amies espa­gnoles, deux semaines de congés pour se rendre en Grèce et par­ti­ci­per aux actions de soli­da­ri­té. Au bout de quelques jours à Lesbos, voyant que l’arrivée de bateaux de réfu­giés avait net­te­ment dimi­nué (du fait des navires de l’OTAN pré­sents en mer), elles décident de se rendre à Idomeni où les besoins en pro­fes­sion­nels de la san­té sont criants. Près de 15 000 per­sonnes s’y trouvent alors en attente, blo­quées devant la fron­tière avec la Macédoine, dans un cam­pe­ment de for­tune où les condi­tions de vie sont des plus désas­treuses. À par­tir de rien, elles montent alors un lieu de consul­ta­tions médi­cales, avec pour prio­ri­té le soin appor­té aux femmes enceintes et aux enfants. Lorsque je la retrouve − exté­nuée − dix jours plus tard, c’est toute une équipe qui est en place, pour moi­tié consti­tuée de réfu­giés du camp. Interprètes en kurde, arabe ou afghan, ils sont le talon indis­pen­sable de l’action (ils n’ont alors pas trou­vé de méde­cin ni d’infirmier, mais peut-être n’est-ce plus le cas aujourd’hui). Ces jeunes femmes espa­gnoles débor­dantes de volon­té et d’énergie, toutes âgées de moins de trente ans et sans aucune expé­rience préa­lable qui les aurait un tant soit peu pré­pa­rées, ont rele­vé un défi remar­quable. Aujourd’hui sur le cam­pe­ment, tout le monde connaît la Yellow Tent, et l’équipe en place assure plus de cent consul­ta­tions cer­tains jours. La tente leur a été four­nie par les pom­piers espa­gnols de Bomberos en accion, ONG qui depuis sou­tient finan­ciè­re­ment l’action et en co-orga­nise la logis­tique. Je ne sau­rais dire si c’est dû à la taille de cette ONG ou à son état d’esprit mais, contrai­re­ment à de nom­breuses autres, son fonc­tion­ne­ment ne noie pas les actions sous des tonnes de pro­cé­dures admi­nis­tra­tives ; le bon sens y prime et la marge de manœuvre des per­sonnes pré­sentes sur place est totale. Depuis, de nom­breuses per­sonnes, prin­ci­pa­le­ment des Espagnols, ont rejoint volon­tai­re­ment cette équipe. Dès le départ, ils ont assu­ré des tour­nées de type « visite à domi­cile » (com­prendre : dans les tentes !), car nom­breux sont les infirmes qui ne peuvent se dépla­cer — aus­si parce qu’il arrive que des femmes accouchent seules dans leur tente.

À Idomeni, la dif­fé­rence entre les ini­tia­tives soli­daires et celles des grandes ONG est vrai­ment frap­pante. Ces der­nières sont beau­coup moins réac­tives car elles répondent à une tem­po­ra­li­té qui leur est propre : pen­ser une action requiert d’abord de nom­breuses réunions, l’établissement de pro­to­coles, leur vali­da­tion par leur hié­rar­chie, puis par les auto­ri­tés grecques. Autant de temps que l’on ne peut se per­mettre dans une situa­tion d’urgence, et une lour­deur qua­si comique qui, selon moi, ne fait qu’alimenter la cari­ca­ture des « experts huma­ni­taires » — là où d’autres agissent et mesurent l’impact de leurs pro­jets au fur et à mesure, au gré de leurs échanges directs avec les per­sonnes concer­nées. Je ne cache pas mon par­ti pris et ma méfiance vis-à-vis de ces orga­ni­sa­tions, et mon séjour en Grèce n’y a pas aidé. Sur le cam­pe­ment prin­ci­pal d’Idomeni, la queue pour la dis­tri­bu­tion de nour­ri­ture gérée par ces der­nières se fait à l’intérieur d’un cou­loir de bar­be­lés (sans cesse pro­lon­gé et éle­vé) : ain­si les gens sont obli­ga­toi­re­ment en file indienne et les débor­de­ments de foule ren­dus impos­sibles. Efficace, sans doute (sic) ; reste à savoir si l’objectif est de gérer la situa­tion, ou de venir en aide à des per­sonnes. Pour les autres groupes pré­sents sur place2, ce même pro­blème de la dis­tri­bu­tion de nour­ri­ture (vrai­ment aigu en ces cir­cons­tances) est pal­lié par la pré­sence de nom­breux volon­taires qui, tout le long de la file, dis­cutent avec les gens afin de les aider à res­ter patients.

Photographie : P-mod

Photographie : P-mod

Soirée-débat à Exarcheia, terre des anarchistes

Six semaines ont pas­sé. Je ter­mine mon séjour à Athènes, où je retrouve une bonne par­tie des cama­rades ren­con­trés à Platanos. Le quar­tier d’Exarcheia est le fief haut en cou­leurs des anar­chistes où les murs tagués se suc­cèdent et côtoient les immeubles occu­pés par les dif­fé­rents groupes d’activistes. Depuis le début de la crise des réfu­giés, de nou­veaux squats se sont ouverts afin de leur venir en aide – la plu­part sur l’initiative de groupes liber­taires. Certains sont prin­ci­pa­le­ment des lieux de sto­ckage de pro­duits de pre­mière néces­si­té et per­mettent l’organisation de cui­sines soli­daires pré­pa­rant des repas régu­liè­re­ment dis­tri­bués au port du Pirée ou place de la Victoire, au centre d’Athènes. D’autres orga­nisent dans leurs locaux des cours de langue et un accom­pa­gne­ment juri­dique en vue d’aider les nou­veaux arri­vés dans leurs démarches. Une troi­sième forme de squats se met en place dans l’offre d’hébergement, se tra­dui­sant par la construc­tion quo­ti­dienne d’une vie en col­lec­ti­vi­té. Ces der­niers se vou­laient ini­tia­le­ment des points de pas­sage, des haltes où se repo­ser quelques jours avant de reprendre la route mais, avec la fer­me­ture des fron­tières et l’accord Turquie-Union euro­péenne, ils deviennent par néces­si­té des lieux de vie à plus long terme.

J’ai assis­té à une soi­rée de confé­rences et de débats orga­ni­sée par l’un de ces groupes, Notara 26. Il fête alors les six mois d’activité de son lieu de vie auto­gé­ré ; les grandes lignes de leur action et de leur pos­ture sont à l’ordre du jour. Si la dimen­sion et l’identité poli­tique — de tra­di­tion anar­chiste — de leur démarche sont pour eux claires, il est col­lec­ti­ve­ment admis qu’il ne s’agit pas d’attendre que les réfu­giés vivant dans le lieu par­tagent les mêmes opi­nions. À l’instar de la démarche de Platanos, le res­pect des valeurs de soli­da­ri­té, d’autogestion, d’antiracisme et d’antifascisme sont l’essentiel. Pour le reste, comme le dit un inter­ve­nant « We talk and see ». Lors de cette soi­rée, il est prin­ci­pa­le­ment ques­tion d’échanges d’informations entre les dif­fé­rents groupes agis­sant sur le ter­rain, de par­tage de ques­tion­ne­ments, mais aus­si de coor­di­na­tion des actions. Les inter­ve­nants pro­viennent pour cer­tains de groupes actifs à Athènes, d’autres du port du Pirée, mais aus­si de Thessalonique, Lesvos, Chios, et même de Calais. Des actions concer­nant direc­te­ment les réfu­giés à l’organisation de la défense contre les groupes fas­cistes locaux, en pas­sant par des ana­lyses poli­tiques met­tant en pers­pec­tive des pro­jets de plus longue por­tée, de nom­breux points sont évo­qués ce soir-là. L’intervention d’un réfu­gié ira­nien a recen­tré le pro­pos sur l’essentiel : la néces­si­té de faire cir­cu­ler tou­jours plus d’informations auprès des réfu­giés, afin qu’ils sachent au mieux ce qui se joue autour d’eux et qu’ils puissent être plus nom­breux à être acteurs. Cet homme a notam­ment révé­lé qu’il lui avait fal­lu plus d’un mois pour com­prendre que les volon­taires qu’il ren­con­trait n’étaient pas des employés du gou­ver­ne­ment (sic). Il a aus­si insis­té sur l’importance fon­da­men­tale d’échanger avec l’ensemble des réfu­giés au sujet du dépla­ce­ment des per­sonnes en attente au port et dans le centre-ville mais aus­si à Idomeni (et par­tout ailleurs en Grèce conti­nen­tale) vers les camps offi­ciels — dépla­ce­ment pour le moment for­te­ment sug­gé­ré par le gou­ver­ne­ment et cer­taines grosses ONG. Pour lui, il ne fait aucun doute que « ces camps sont là pour nous iso­ler, nous sépa­rer de la popu­la­tion et des groupes soli­daires et ain­si que nous soyons plus faci­le­ment dépor­tés. »

Une autre perception de la violence

« Ces camps sont là pour nous iso­ler, nous sépa­rer de la popu­la­tion et des groupes soli­daires et que nous soyons plus faci­le­ment dépor­tés. »

Ils sont aujourd’hui plus de 700 réfu­giés à être héber­gés dans les squats d’Exarcheia. Un hôtel aban­don­né de 120 chambres ayant été repé­ré il y a quelques semaines, un nou­veau lieu doté d’une grande capa­ci­té d’accueil vient d’ouvrir. Au bout de quelques jours sur place, ce quar­tier me semble être un monde à part, où des actions col­lec­tives dont on ose­rait à peine rêver en France se pro­duisent. La forte par­ti­ci­pa­tion de non mili­tants dans des actions illé­gales lan­cées par des groupes d’activistes (notam­ment celles enfrei­gnant la pro­prié­té pri­vée, pour n’en citer qu’une), n’a ces­sé de me sur­prendre tout au long de mon séjour… et de me réjouir ! Des grands-mères grecques qui viennent dépo­ser des sacs de nour­ri­ture ou de vête­ments aux groupes d’activistes, aux étu­diants et tra­vailleurs pre­nant des tours de garde dans les squats lan­cés par les anar­chistes, c’est toute une par­tie de la socié­té civile qui apporte son sou­tien à ces actions. Naïvement peut-être, je cherche depuis à com­prendre. Certes, l’urgence et la dimen­sion excep­tion­nelle de la situa­tion que ce peuple vit au pre­mier chef y sont sans doute pour beau­coup − plus d’un mil­lion de réfu­giés auraient tra­ver­sé le pays en moins d’un an. Occuper un immeuble vide est loin d’être ano­din, et la socié­té grecque n’est en rien moins régie que la nôtre par le sys­tème capi­ta­liste et les forces (de répres­sion) qui l’animent. Il faut aus­si men­tion­ner le point sui­vant : la jus­tice grecque semble être plus favo­rable aux acti­vistes. En effet, en fonc­tion des chefs d’accusation, il est pos­sible de s’acquitter de sa peine en réglant une amende et d’éviter de faire de la pri­son ferme. Mais sur­tout, il semble qu’il soit beau­coup plus admis dans cette socié­té (allons jusqu’à dire admis par sa jus­tice, sa police et même sa classe poli­ti­cienne) que des diver­gences poli­tiques puissent s’exprimer dans des actions de ter­rain plus ou moins vives. Lors de l’arrestation de cer­tains cama­rades, les avo­cats qui les défen­daient nous ont deman­dé de venir le plus nom­breux pos­sible en sou­tien aux audiences. On m’a alors expli­qué que les juges étaient plus clé­ments lorsqu’ils consta­taient que les délits com­mis l’étaient par des per­sonnes enga­gées poli­ti­que­ment et sou­te­nues par des per­sonnes pré­sentes à l’audience. L’actualité en France, que je sui­vais alors de loin, ne ces­sait de me venir à l’esprit. Il m’a sem­blé aus­si, tout au long de mon séjour, que la charge poli­cière, mais aus­si la vio­lence de manière géné­rale, étaient vécues dif­fé­rem­ment en Grèce.

Photographie : P-mod

Photographie : P-mod

En rédi­geant ce car­net, un moment de la fin de mon séjour, qui pour­rait rele­ver de l’anecdote, me vient à l’esprit. Il pour­rait témoi­gner, à lui seul, du fos­sé de per­cep­tion entre ce qui se passe actuel­le­ment en France et la réa­li­té quo­ti­dienne vécue dans le quar­tier d’Athènes où j’ai séjour­né. Nous sommes une dizaine de per­sonnes, assises sur une ter­rasse d’un bar d’Exarcheia un same­di soir, à siro­ter joyeu­se­ment nos raki en dégus­tant quelques mezzes, lorsque deux fortes déto­na­tions se font entendre. L’ivresse me gagnant, je réagis assez fai­ble­ment, mais je ques­tionne du regard mes com­pa­gnons dont les rires et les échanges ne se sont pas inter­rom­pus. L’un deux me répond rapi­de­ment : « Ça doit être des cock­tails molo­tov lan­cés dans la rue d’à côté » et, sans attendre ma réac­tion, il reprend sa conver­sa­tion avec son voi­sin de table. Je ne suis pas sûre d’avoir bien enten­du ou com­pris, que trois autres déto­na­tions reten­tissent ; vu l’intensité du bruit, elles semblent plus proches encore. S’ensuit une scène digne d’un tour­nage des frères Coen : des per­sonnes cagou­lées passent en cou­rant à côté de notre table, cock­tails molo­tov en main, immé­dia­te­ment pour­sui­vies par un cor­don de poli­ciers anti-émeute en rang… qui s’arrêtent à trois mètres de nous, bou­cliers dres­sés. Du côté de la ter­rasse, aucune réac­tion de sur­prise ou de peur. La majo­ri­té des per­sonnes tourne à peine la tête — rien ne semble pou­voir stop­per leurs joyeux échanges — alors qu’un homme crie depuis sa table aux poli­ciers : « Foutez le camp ! » Quelques secondes plus tard, le cor­don poli­cier se défait et les poli­ciers s’éloignent. Personne n’a bou­gé de sa chaise ni chan­gé d’attitude. Mes com­pa­gnons s’amusent de mon expres­sion aba­sour­die. « Bienvenue le same­di soir à Exarcheia ! » Leur réac­tion face à la vio­lence, eux qui pour la plu­part ne sont pas même des acti­vistes, est ce qui m’aura le plus sur­pris. Elle me semble ouvrir de nou­velles pers­pec­tives… Je n’ajouterais que ceci, en guise de réflexion : que la lec­ture de Frantz Fanon — en ce qu’il per­met de pen­ser le rap­port à la vio­lence dans toute lutte menée par des oppri­més — se rap­pelle à nos esprits.

L’Europe for­te­resse poli­ti­cienne — qui révèle une fois de plus son racisme struc­tu­rel — se voit actuel­le­ment livrer un com­bat par des groupes de soli­da­ri­té qui refusent, cha­cun à leur manière, que sa vio­lence sys­té­mique ne s’abatte impu­né­ment sur les popu­la­tions. La résis­tance qui s’organise en Grèce — mais aus­si ailleurs — com­mence par le refus de res­ter pas­sifs devant la vio­lence dont les réfu­giés sont vic­times. Nos amis et cama­rades grecs, régu­liè­re­ment pré­sents dans nos esprits ces der­nières années, nous montrent une fois de plus que si nous avons peu de chances de gagner, il reste fon­da­men­tal de lut­ter. Aussi, sur la ques­tion de l’arrivée de réfu­giés en Europe, nous devrions nous pré­pa­rer à de nou­veaux rebon­dis­se­ments : la récente (et inat­ten­due) démis­sion du Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, inter­lo­cu­teur pri­vi­lé­gié pour nos poli­ti­ciens, laisse le champ libre au pré­sident Erdogan, dont la répu­ta­tion est d’être bien moins « accom­mo­dant ». Le troi­sième acteur de ce jeu funeste ne man­que­ra pas d’influencer l’ensemble de la donne, et il n’est pas du tout impos­sible que les arri­vées de bateaux de for­tune ne reprennent de plus belle. C’est du moins ce qui est à l’esprit de tous les cama­rades que j’ai ren­con­trés sur le ter­rain.


Photographies ban­nière & vignette : P-mod


NOTES

1. L’accord consiste en la dépor­ta­tion vers la Turquie de toute per­sonne arri­vée après le 20 mars.
2. L’action des grosses ONG inter­na­tio­nales ne recouvre pas les besoins de toutes les per­sonnes ; d’autres groupes font quo­ti­dien­ne­ment des dis­tri­bu­tions de nour­ri­ture.


REBONDS

☰ Lire le pre­mier volet de ce car­net, « Crise des réfu­giés : ce n’est pas une crise huma­ni­taire »
☰ Lire notre article « La guerre contre les enfants », Nicolas Séné, jan­vier 2016
☰ Lire notre article « Grèce : « C’était un Non à l’Europe des experts, un Oui à l’Europe des peuples » », Sarah Kilani, juillet 2015

Yanna Oiseau
Yanna Oiseau

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