L’Inde sous la menace de l’hindouisme politique


Texte inédit pour le site de Ballast

Les résul­tats des élec­tions légis­la­tives en Inde viennent de tom­ber : le par­ti natio­na­liste hin­dou (le BJP) a rem­por­té une majo­ri­té confor­table, recon­dui­sant son lea­der Narendra Modi au poste de Premier ministre pour un second man­dat de cinq ans. L’idéologie por­tée par son par­ti est en totale oppo­si­tion avec la vision que les pères fon­da­teurs de l’Inde — Gandhi, Nehru et Ambedkar — avaient déve­lop­pée pour leur pays après avoir conquis l’indépendance, en 1947. Cette forme poli­tique de l’hindouisme, conjoin­te­ment avec l’essor du capi­ta­lisme, a per­mis à l’élite tra­di­tion­nelle de prendre une place pré­pon­dé­rante dans la ges­tion du pays, repo­sant sur la loi de la majo­ri­té. Le dis­cours de haine et la stra­té­gie de divi­sion com­mu­nau­taire auquel recourt le par­ti aujourd’hui s’enracine dans une his­toire longue, qui a vu se main­te­nir au pou­voir, des siècles durant, une élite de caste. ☰ Par Siyad Sayid


L’Inde pré­sente une réa­li­té sociale bien spé­ci­fique : en plus de la tra­di­tion­nelle hié­rar­chie de classes, elle s’appuie sur un sys­tème de castes qui remonte à la haute Antiquité, quand des groupes venus de Perse — les Aryens1 ou Indo-Iraniens — arri­vèrent aux fron­tières de ce que l’on appelle aujourd’hui l’Inde et chas­sèrent vers le sud la popu­la­tion autoch­tone de la val­lée de l’Indus. Les membres de la classe diri­geante ne tar­dèrent pas à se faire appe­ler les arya ; quant aux non-Aryens, ils furent dénom­més dasa (« esclaves »). C’est de là que date le début de la stra­ti­fi­ca­tion de la socié­té, fon­dée sur la place prise par cha­cun dans le pro­ces­sus de pro­duc­tion. Au fil des siècles, la socié­té indienne se divi­se­ra en quatre groupes endo­games appe­lés jati (« castes ») : en haut de l’échelle, les brah­min (« prêtres »)2, puis les ksha­thriyas (« guer­riers »), sui­vis des vai­shyas (« com­mer­çants »), et enfin les shudras (« ser­vi­teurs »). Ceux qui ne font pas par­tie du sys­tème de castes sont consi­dé­rés comme des parias et leurs des­cen­dants, appe­lés Dalits3 (« oppri­més », « Intouchables »), conti­nuent aujourd’hui encore de mener une exis­tence misé­rable4.

« La hié­rar­chie des indi­vi­dus, fon­dée sur leur nais­sance et leur pro­fes­sion, a sur­vé­cu aux réformes sociales et aux rema­nie­ments poli­tiques au cours de l’Histoire. »

En rai­son de sa concep­tion et de sa mise en œuvre sophis­ti­quées, la hié­rar­chie des indi­vi­dus, fon­dée sur leur nais­sance et leur pro­fes­sion, a sur­vé­cu aux réformes sociales et aux rema­nie­ments poli­tiques au cours de l’Histoire. Le sys­tème des castes a aus­si été ren­for­cé par le réveil d’individus ou d’organisations appar­te­nant à la classe des prêtres. Leur phi­lo­so­phie, le « brah­ma­nisme », inclut des méca­nismes de résis­tance au chan­ge­ment fon­dés sur l’assujettissement de ceux qui occupent une place infé­rieure dans les domaines social, poli­tique, éco­no­mique et spi­ri­tuel : le brah­ma­nisme et le sys­tème de castes qui le sous-tend tra­versent l’ensemble des classes et des reli­gions — quoiqu’il soit plus par­ti­cu­liè­re­ment pra­ti­qué chez les hin­dous5. L’arrivée des inva­sions isla­miques dans le nord de l’Inde après le Xe siècle a consi­dé­ra­ble­ment modi­fié l’ethos cultu­rel et reli­gieux de la popu­la­tion. Un grand nombre de castes infé­rieures se sont alors conver­ties à l’islam, prin­ci­pa­le­ment en rai­son de l’oppression qu’exerçait sur elles l’hindouisme. La conver­sion for­cée, pour ins­tau­rer un rap­port de sou­mis­sion, et la conver­sion volon­taire par les membres de la classe diri­geante, pour se par­ta­ger le pou­voir, sont d’autres rai­sons de ce ral­lie­ment à l’islam.

Le « Raj britannique » et la lutte pour l’indépendance

Lorsque les Européens arrivent en Inde, avec l’objectif affi­ché d’y faire com­merce — et celui, inavoué, de se livrer au pillage et de trou­ver de l’or —, le pays est divi­sé en plu­sieurs royaumes. Avant l’acquisition pro­gres­sive de la majeure par­tie du ter­ri­toire indien par les Britanniques, per­sonne n’a encore gou­ver­né l’ensemble de ce gigan­tesque ter­ri­toire6. En 1757, la Compagnie bri­tan­nique des Indes orien­tales entre­prend de colo­ni­ser et diri­ger le sous-conti­nent afin de s’approvisionner à bas prix en matières pre­mières — entraî­nant ain­si, en Europe, la révo­lu­tion indus­trielle. L’expansion de la Compagnie dans toute l’Inde sus­cite un mécon­ten­te­ment géné­ral chez les rois à la tête de divers petits royaumes, bien que cer­tains sou­tiennent les Britanniques en échange d’un appui mili­taire afin d’affronter leurs rivaux. En 1857, peu après la répres­sion menée par la Compagnie contre la résis­tance locale des rois, une muti­ne­rie éclate par­mi les sol­dats indiens de l’armée bri­tan­nique ; ils seront bien­tôt sui­vis par la noblesse féo­dale, les pro­prié­taires ter­riens ruraux et les pay­sans. C’est la pre­mière guerre d’indépendance, au cours de laquelle des peuples de toutes classes, castes et reli­gions lut­te­ront côte à côte contre les Britanniques. Après 1857, la Compagnie est dis­soute ; les « sujets » indiens dépen­dront désor­mais de la Couronne bri­tan­nique.

Mutinerie de 1857, par Jason Askew

Le « Raj bri­tan­nique7 », ini­tia­le­ment enclin à la réforme, revêt alors une tona­li­té auto­ri­taire et pater­na­liste. Afin de don­ner l’illusion d’un par­tage du pou­voir, les colons intro­duisent la repré­sen­ta­tion poli­tique : ils décident que les inté­rêts des Indiens ne le seront plus à titre indi­vi­duel mais qu’ils doivent être ceux d’un groupe, d’un clan ou d’une com­mu­nau­té. Les assem­blées légis­la­tives des pro­vinces admi­nis­tra­tives de l’Inde bri­tan­nique déli­mitent arbi­trai­re­ment des ter­ri­toires de façon à ce que des com­mu­nau­tés soient repré­sen­tées plu­tôt que des indi­vi­dus. Cette divi­sion des com­mu­nau­tés entre elles est fon­dée exclu­si­ve­ment sur la reli­gion, et part du prin­cipe que toutes les classes et castes d’une même com­mu­nau­té reli­gieuse ont des inté­rêts simi­laires. Inquiets à l’idée d’une nou­velle révolte des classes infé­rieures, les Britanniques adoptent la poli­tique du « divi­ser pour mieux régner8 » (jusqu’en 1857, les musul­mans et les hin­dous coha­bi­taient en bonne intel­li­gence au sein des classes ouvrières et com­mer­çantes, en dépit de leurs dif­fé­rences socio­cul­tu­relles). La classe diri­geante, et en par­ti­cu­lier les brah­manes, s’aligne le plus sou­vent aux côtés des Britanniques — contri­buant dès lors à per­tur­ber l’harmonie com­mu­nau­taire par la pro­vo­ca­tion d’émeutes.

« Afin d’empêcher que les colo­ni­sés ne s’organisent, les Britanniques encou­ragent les divi­sions. »

Les méthodes des Britanniques, qui en plus d’imposer leur sou­mis­sion consi­dèrent les castes comme peu ou prou égales, n’en sus­citent pas moins le mécon­ten­te­ment des élites. Les colons exercent une influence consi­dé­rable sur la socié­té, léga­li­sant le rema­riage des veuves et abo­lis­sant des pra­tiques odieuses telles que la sati9, au grand dam des castes supé­rieures de la socié­té hin­doue. Les Britanniques consti­tuent le Congrès natio­nal indien (INC), avec pour objec­tif pre­mier de conte­nir la résis­tance des­dites élites. Initialement conçu comme un asso­cia­tion infor­melle, il ne tarde pas à deve­nir un lieu de résis­tance coor­don­né, diri­gé par des élites de toutes les castes, classes et reli­gions. Le Congrès exige une repré­sen­ta­tion crois­sante dans l’administration et, enfin, le départ des Britanniques, ceci sous l’impulsion de Gandhi, seul diri­geant à faire l’unanimité chez les hin­dous comme les musul­mans. Afin d’empêcher que les colo­ni­sés ne s’organisent, les Britanniques encou­ragent les divi­sions : celles-ci se tra­duisent bien­tôt par la for­ma­tion de la Ligue musul­mane en 1906, par l’élite musul­mane, et de l’Hindu Mahasabha par l’élite hin­doue en 1915 — rem­pla­cé en 1925 par le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). La Ligue musul­mane et le RSS font le choix de ras­sem­bler des membres de leurs reli­gions res­pec­tives, affai­blis­sant dès lors le Congrès. Cette poli­tique attein­dra son point culmi­nant avec la « Théorie des deux nations », qui pré­co­nise la créa­tion d’une nation dis­tincte pour les musul­mans, décrits et per­çus comme cultu­rel­le­ment dif­fé­rents. La for­ma­tion de la Ligue musul­mane et du RSS joue­ra un rôle majeur dans les très nom­breuses émeutes com­mu­nau­taires qui se pro­dui­ront à un rythme crois­sant10.

Bien que le RSS se décrive comme une orga­ni­sa­tion cultu­relle, il entend réus­sir à faire de l’Inde un État théo­cra­tique hin­dou diri­gé par la classe des prêtres (les brah­manes) en moins de 100 ans, à comp­ter de sa créa­tion (c’est-à-dire d’ici 2025), et ce par tous les moyens. Son idéo­lo­gie s’inspire du nazisme11 et son pro­gramme d’entraînement mili­taire emprunte aux méthodes de Mussolini12. Le RSS croit dur comme fer à la « supré­ma­tie aryenne » et au natio­na­lisme chau­vin, qui relègue les non-hin­dous dans une citoyen­ne­té secon­daire. Il entre­prend de créer des sha­khas (« branches ») dans tout le pays afin d’organiser et de for­mer mili­tai­re­ment les hin­dous pour com­battre les « enne­mis » — notam­ment les musul­mans et les chré­tiens, ain­si qu’un récent groupe qui com­mence à prendre de l’importance : les com­mu­nistes13. À toutes les étapes de leur his­toire, les com­mu­nistes se sont heur­tés en Inde à une vive oppo­si­tion des élites. Outre le fait de n’être pas par­ve­nus à accé­der au pou­voir au niveau natio­nal, ils ont eu des dif­fi­cul­tés à faire accep­ter leur idéo­lo­gie par les masses (à l’exception de deux ou trois États), prin­ci­pa­le­ment parce que celle-ci s’adapte mal à la situa­tion indienne et néglige l’importance des castes dans la struc­ture sociale du pays. À pro­pos de la nation, ces groupes affichent trois idées prin­ci­pales : la vision com­mu­niste, selon laquelle l’indépendance vis-à-vis des Britanniques n’est qu’une pre­mière étape qui doit être sui­vie de l’organisation et du triomphe du pro­lé­ta­riat ; la vision d’une social-démo­cra­tie laïque, por­tée par le Congrès et fon­dée sur un natio­na­lisme anti­co­lo­nial inclu­sif ; enfin, la vision du RSS, celle d’une nation théo­cra­tique fon­dée sur l’hindouisme poli­tique, appe­lée « Hindutva ».

Gandhi (Getty Images)

L’Inde post-coloniale

Immédiatement après l’indépendance et la par­ti­tion du pays, Gandhi est assas­si­né par un natio­na­liste hin­dou du RSS. Sa mort détourne les membres du Congrès, et le public en géné­ral, de l’organisation mili­tante hin­doue. Le suc­ces­seur dési­gné de Gandhi, Jawaharlal Nehru, est un laïc convain­cu per­sua­dé que le com­mu­nau­ta­risme reli­gieux repré­sente la prin­ci­pale menace pour l’identité indienne. Pendant son man­dat, il veille­ra à ce que le RSS demeure sous contrôle. Nehru a éga­le­ment conscience que l’inégalité inhé­rente au capi­ta­lisme consti­tue un risque pour l’égalité poli­tique pro­mise par le concept de « citoyen­ne­té », tel qu’inscrit dans la Constitution : il est convain­cu qu’un modèle de gou­ver­nance for­te­ment ins­pi­ré de la pla­ni­fi­ca­tion sovié­tique, mais pla­cé sous l’égide d’un sys­tème par­le­men­taire démo­cra­tique, per­met­tra d’obtenir l’indépendance éco­no­mique. Nehru charge son ministre de la Justice, B. R. Ambedkar, d’écrire, sur le modèle par­le­men­taire, une Constitution à même d’établir l’égalité sociale. Ambedkar est un cri­tique viru­lent du sys­tème de castes, non seule­ment parce qu’il est dalit, mais éga­le­ment parce qu’il consi­dère que le prin­ci­pal obs­tacle au pro­grès de l’Inde est le fruit de cet escla­vage prin­ci­piel et gra­duel, pro­fon­dé­ment ancré dans l’esprit de son peuple ; il rédige des clauses consti­tu­tion­nelles des­ti­nées à amé­lio­rer le niveau de vie des classes infé­rieures et se bat pour réfor­mer l’hindouisme.

« L’influence du socia­lisme tel qu’il est por­té par Nehru et Ambedkar alarme les élites hin­doues, inquiètes à l’idée de perdre leur pou­voir. »

L’influence du socia­lisme tel qu’il est por­té par Nehru et Ambedkar alarme les élites hin­doues, inquiètes à l’idée de perdre leur pou­voir. Depuis la créa­tion du RSS en 1925, le sou­tien dont il béné­fi­ciait concer­nait sur­tout les per­sonnes issues des castes supé­rieures. Celles-ci vont alors se consa­crer en pre­mier lieu à élar­gir dis­crè­te­ment son influence auprès de diverses com­mu­nau­tés, comme la classe ouvrière14, les agri­cul­teurs, les pro­prié­taires ter­riens, et même les popu­la­tions tri­bales, en créant plu­sieurs orga­ni­sa­tions qui pren­dront l’appellation col­lec­tive de « Sangh Parivar ». La volon­té d’extension sociale du Parivar reprend, des années plus tard, alors qu’un rap­port par­le­men­taire (celui de la Commission Mandal) éta­blit que 52 % de la popu­la­tion indienne (soit 40 % des élec­teurs) appar­tient à la Other Backward Class (OBC) — les « autres classes défa­vo­ri­sées ». Ce rap­port conseille au gou­ver­ne­ment d’attribuer à cette popu­la­tion OBC un cer­tain pour­cen­tage d’emplois et de sièges dans des éta­blis­se­ments d’enseignement ou d’autres ins­ti­tu­tions — une mesure popu­liste sus­cep­tible de pro­fi­ter aux per­sonnes finan­ciè­re­ment défa­vo­ri­sées appar­te­nant aux shudras (la classe ouvrière, dans le sys­tème de castes) et aux musul­mans, mais aus­si à la popu­la­tion hin­doue des OBC.

Au même moment, en 1980, se crée l’aile poli­tique du RSS : le par­ti Bharatiya Janata (BJP). Le BJP com­prend l’importance qu’il y a à élar­gir son influence par­mi la popu­la­tion hin­doue des OBC. Pour cela, il doit faire en sorte que l’écart, amor­cé par l’assassinat de Gandhi, se creuse entre hin­dous et musul­mans. Des mili­tants de l’Hindutva lancent alors le mou­ve­ment Ram Janmabhoomi Mandir (« Temple du lieu de nais­sance de Ram »), qui demande la construc­tion d’un temple pour le dieu Ram dans la ville d’Ayodhya : Ram est un dieu aryen, par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant pour la classe des prêtres ; il se serait réin­car­né dans cette ville. Mais le site sacré de Babri Masjid, qui doit accueillir le temple en ques­tion, se trouve être une mos­quée construite par le pre­mier empe­reur moghol, Babar, vers 1528. Le dif­fé­rend entre hin­dous et musul­mans autour de ce site a débu­té dans la seconde moi­tié du XIXe siècle, mais il a repris de l’importance après la par­ti­tion de l’Inde et du Pakistan en 1947. En 1990, pour s’attirer les faveurs de la popu­la­tion hin­doue des OBC et pré­ser­ver le pou­voir des élites, le BJP orga­nise des pro­ces­sions reli­gieuses à tra­vers tout le pays, inti­tu­lées Ram Rath Yatra (« Procession du char de Ram »). Les défi­lés, qui pro­voquent l’ire des musul­mans et exa­cerbent les sen­ti­ments anti­mu­sul­mans des hin­dous, se soldent par des émeutes. Soutenus par le RSS, des hin­dous ayant ins­tal­lé des idoles de Ram et de Sita se mettent à reven­di­quer l’appropriation du site et exigent la des­truc­tion de la mos­quée — la rumeur veut que les idoles y soient appa­rues mira­cu­leu­se­ment, indi­quant la volon­té du dieu Ram d’avoir un temple à cet empla­ce­ment. Le site fait l’objet de contes­ta­tions ; la mos­quée est fer­mée.

Rath Yatra conduite par l’un des fon­da­teurs du BJP, L.K Advani.

C’est au cours du man­dat d’Indira Gandhi15, la fille de Nehru, que le Sangh Parivar com­mence a infil­trer les ins­ti­tu­tions gou­ver­ne­men­tales. Pour sou­te­nir sa ten­ta­tive de reve­nir au pou­voir après un échec élec­to­ral, Indira Gandhi coopère avec des groupes poli­tiques et des orga­ni­sa­tions de toutes reli­gions et castes. Elle engage des mili­tants radi­caux afin d’infiltrer les par­tis de l’opposition et les affai­blir. Cette stra­té­gie l’a conduite en 1984 à déclen­cher l’opération mili­taire « Opération Bluestar », qui vise à assas­si­ner des mili­tants poli­tiques régio­naux sikhs dans le Temple d’or — elle condui­ra quelques mois plus tard à son assas­si­nat par deux de ses propres gardes du corps, éga­le­ment sikhs. De leur côté, des bureau­crates proches des orga­ni­sa­tions natio­na­listes hin­doues se mettent à occu­per des posi­tions impor­tantes dans le gou­ver­ne­ment. Le Sangh Parivar aura été le plus grand béné­fi­ciaire de ces échanges de faveurs. Après la mort d’Indira Gandhi, une déci­sion de son fils et suc­ces­seur en tant que Premier ministre, Rajiv Gandhi, accroît encore l’influence du RSS : il cède aux pres­sions de groupes reli­gieux musul­mans pour annu­ler un arrêt émis par le pou­voir judi­ciaire visant à réfor­mer cer­taines pra­tiques reli­gieuses — ce qui confère au RSS l’opportunité de le pré­sen­ter, lui et son gou­ver­ne­ment, comme flat­tant les musul­mans ortho­doxes. Le Sangh Parivar attise chez le peuple le besoin de s’organiser pour lut­ter contre la conso­li­da­tion des musul­mans ortho­doxes, sup­po­sés vou­loir détruire la culture hin­doue. Il exige l’ouverture de la mos­quée de Babri Masjid afin d’abriter les cultes hin­dous ; Rajiv s’y résigne. Cette mobi­li­sa­tion natio­nale amène quelque 200 000 mili­tants du RSS (conduits par des élus des organes par­le­men­taires cen­traux et éta­tiques) à se rendre des quatre coins du pays jusqu’à Ayodhya pour occu­per la mos­quée, puis la détruire métho­di­que­ment — se ven­geant ain­si, en 1992, des musul­mans qui avaient bles­sé leur fier­té en démo­lis­sant le temple de Ram en 1528.

L’essor conjoint de l’Hindutva et du capitalisme

« Le vote par reli­gion devient la norme et la méthode la plus effi­cace pour accé­der au pou­voir, bien que cela soit inter­dit par la Constitution. »

Cet épi­sode marque un tour­nant dans l’histoire de la jeune nation. La démo­li­tion est relayée via la télé­vi­sion dans l’Inde tout entière. Des groupes hin­dous orga­nisent des marches vic­to­rieuses à tra­vers le pays, entraî­nant des émeutes géné­ra­li­sées. Dans bon nombre de régions, les musul­mans répliquent par des marches de pro­tes­ta­tion, qui le plus sou­vent dégé­nèrent en vio­lences. À Bombay, connue aujourd’hui sous le nom de Mumbai16 et répu­tée pour être la ville la plus cos­mo­po­lite de l’Inde, se déroulent des émeutes de grande ampleur, entraî­nant la mort d’environ 1 000 per­sonnes. La pola­ri­sa­tion amor­cée pen­dant la période colo­niale s’accélère à toute vitesse. Le vote par reli­gion devient la norme et la méthode la plus effi­cace pour accé­der au pou­voir, bien que cela soit inter­dit par la Constitution.

Dans le même temps, le gou­ver­ne­ment lance des réformes des­ti­nées à ouvrir l’économie. L’Inde, qui recou­rait à un sys­tème de taux de change fixe jusqu’en 1991, se met à par­tir de 1985 à affi­cher des pro­blèmes de balance des paie­ments. En 1990, le gou­ver­ne­ment est à deux doigts de l’insolvabilité : il est tiré d’affaire par le FMI, qui accepte de ren­flouer les caisses de l’État… à condi­tion de libé­ra­li­ser de l’économie. Le Congrès aban­donne son pro­jet socia­liste au pro­fit de mesures éco­no­miques néo­li­bé­rales, sous l’égide du ministre des Finances Manmohan Singh, for­mé à « Oxbridge » et futur Premier ministre (en 2004). Le par­ti-pris néo­li­bé­ral repré­sente un chan­ge­ment majeur, jusque dans les décla­ra­tions offi­cielles : du natio­na­lisme inclu­sif neh­ru­vien, l’Inde passe au natio­na­lisme bour­geois conven­tion­nel et expan­sif, com­pa­rable à celui qui pré­va­lait en Europe durant la révo­lu­tion indus­trielle. La crois­sance du PIB au détri­ment des condi­tions de vie de la popu­la­tion active est un excellent indi­ca­teur de ce tour­nant. L’idée se répand, telle une antienne, que l’Inde est en passe de deve­nir une « super­puis­sance éco­no­mique » ; on se met à envi­sa­ger chaque pro­blème, ou presque, sous ce prisme.

Destruction de la mos­quée Babri Masjid (T. Narayan)

Ce type de natio­na­lisme bour­geois consi­dère la nation comme dis­tincte de son peuple, pla­cée au-des­sus de lui : on attend du peuple qu’il se sacri­fie pour elle et n’en retire aucun avan­tage maté­riel. En paral­lèle, les forces de l’Hindutva érigent la nation au rang de concept méta­phy­sique. Les néo­li­bé­raux s’éloignent des poli­tiques démo­cra­tiques (la bureau­cra­tie finan­cière, géné­ra­le­ment recru­tée auprès de la Banque mon­diale et le FMI, reste inchan­gée même lorsque les gou­ver­ne­ments changent), mais pas encore suf­fi­sam­ment à leur goût : ils doivent en effet se doter de moyens sup­plé­men­taires pour que les reven­di­ca­tions démo­cra­tiques du peuple ne mettent pas leurs pro­jets en péril, en période de crise éco­no­mique de sur­croît17. C’est alors que s’ébauche l’association de l’Hindutva avec le capi­ta­lisme. En 1996, le Congrès achève son man­dat, juste avant qu’apparaissent d’importantes failles dans le sys­tème poli­tique indien. Le pre­mier gou­ver­ne­ment de l’Hindutva (ouver­te­ment de droite) par­vient au pou­voir dans le vaste État du Maharashtra (dont la capi­tale est Bombay, capi­tale finan­cière du pays) ; en 1999, le fon­da­teur du BJP, A. B. Vajpayee, accède au gou­ver­ne­ment cen­tral. Le gou­ver­ne­ment pour­suit sa poli­tique néo­li­bé­rale tout en ouvrant la voie à une nou­velle ère pour l’Hindutva : les pro­grammes des éta­blis­se­ments d’enseignement sont modi­fiés, les bureau­crates favo­rables à l’Hindutva dotés de postes impor­tants. De toute évi­dence, le RSS a les yeux rivés sur des objec­tifs à long terme. Le gou­ver­ne­ment du BJP est mar­qué en 2002 par le géno­cide de musul­mans18 com­mis dans l’État du Gujarat19, sous les direc­tives de son ministre en chef20 — un ancien mili­tant du RSS au Gujarat, doté d’une ambi­tion de pou­voir que nul n’a éga­lé dans l’histoire du pays : Narendra Modi21.

« Dans un Gujarat pro­fon­dé­ment pola­ri­sé, Modi veille à ce que les musul­mans soient trai­tés comme des citoyens de seconde zone, en ins­til­lant la peur dans les esprits. »

Après le géno­cide, Modi s’impose comme le lea­der incon­tes­té de l’État du Gujarat. Il se fait appe­ler « Hindu Hriday Samrat » (« l’Empereur du cœur des hin­dous ») et se montre impi­toyable face aux « injus­tices » infli­gées aux hin­dous. Dans un Gujarat pro­fon­dé­ment pola­ri­sé, il veille à ce que les musul­mans soient trai­tés comme des citoyens de seconde zone, en ins­til­lant la peur dans les esprits. Les hin­dous affichent publi­que­ment leur fier­té d’avoir « remis les musul­mans à leur place ». De nom­breux habi­tants du Gujarat consi­dèrent que la concur­rence com­mer­ciale et indus­trielle a contri­bué au géno­cide ; mais, très vite, les hin­dous écar­te­ront leurs homo­logues musul­mans d’autres domaines. En quelques années, Modi se réin­vente et appa­raît comme l’homme pro­vi­den­tiel en matière de déve­lop­pe­ment. Le Gujarat, fort d’une com­mu­nau­té d’industriels, de com­mer­çants et d’hommes d’affaires, conti­nue de déve­lop­per le modèle capi­ta­liste sous les aus­pices de Modi et connaît une crois­sance plus rapide que la plu­part des autres États. Le droit du tra­vail y est bafoué et les ter­rains sont cédés à prix cas­sés afin de per­mettre aux entre­prises de s’y ins­tal­ler et se déve­lop­per. À cela s’ajoute une cam­pagne mar­ke­ting tita­nesque menée par Modi et le BJP, qui contri­bue à lui assu­rer une visi­bi­li­té confor­table dans les médias natio­naux. Le fait que de nom­breux groupes d’entreprises soient ori­gi­naires du Gujarat lui est favo­rable22, et le conforte dans l’idée de se por­ter can­di­dat au poste de Premier ministre du BJP. Ce der­nier, diri­gé par ses com­pères et sou­te­nu par les médias, décrit avec suc­cès le prin­ci­pal chef de l’opposition, Rahul Gandhi, comme un igno­rant (« Pappu »). Le RSS fait de la lutte contre la cor­rup­tion la pla­te­forme idéale pour fédé­rer les par­ti­sans de Modi. Sans pour autant se mettre au pre­mier plan, le RSS mobi­lise gou­rous, bureau­crates et per­son­na­li­tés de la socié­té civile pour lan­cer à Delhi la cam­pagne « L’Inde contre la cor­rup­tion ». Tous ces élé­ments, asso­ciés à de mas­sives manœuvres de rela­tions publiques menées par les meilleures agences de com­mu­ni­ca­tion mon­diales, ain­si qu’à l’absence d’une oppo­si­tion réelle, per­met­tront en mai 2014 à Modi de deve­nir Premier ministre et de béné­fi­cier d’une majo­ri­té, pour la pre­mière fois depuis 1984. Avec la pro­messe que le Gujarat soit « un modèle ».

Le début d’une ère sombre

Au début de son man­dat, Modi conso­lide sa posi­tion au sein de son par­ti et du gou­ver­ne­ment, écar­tant tous ceux qui pour­raient consti­tuer une menace pour lui. Le gou­ver­ne­ment BJP devient bien­tôt le « gou­ver­ne­ment Modi ». Il se lance alors dans de grands pro­jets (son­geons à « Make in India », cen­sé aug­men­ter la pro­duc­tion indus­trielle), mais aucun d’eux ne se concré­ti­se­ra. Il se rend dans les pays voi­sins — y com­pris le Pakistan, enne­mi juré de l’Inde — en s’affichant comme un lea­der mon­dial. De nom­breuses déci­sions de Modi ont en réa­li­té pour objec­tif les élec­tions de mai 2017 dans le plus grand État indien, Uttar Pradesh. Le BJP l’emportera à une écra­sante majo­ri­té, avec 325 sièges sur 403. Modi et le lea­der du BJP Amit Shah ins­tallent alors, sur les conseils du RSS, un moine hin­dou à la tête de cet État, Yogi Adityanath, connu pour ses actes de vio­lences avé­rés contre des mino­ri­tés.

Drapeaux du BJP (DR)

En 2017, le gou­ver­ne­ment Modi ins­taure des res­tric­tions légales sur l’abattage du bétail, cri­mi­na­li­sant ain­si la vio­lence exer­cée sur les vaches. Les incul­pa­tions pour meurtre de vaches aug­mentent dans ce pays, où celles-ci, pour nombre d’habitants du nord, sont tenues pour sacrées. Si, jusqu’au Xe siècle, l’ensemble de la popu­la­tion man­geait des ani­maux, bœuf com­pris, les castes supé­rieures ont com­men­cé à inter­dire la viande à l’époque des inva­sions isla­miques afin de mettre en avant leur pure­té et de se dis­tin­guer des autres. Quant aux castes infé­rieures, elles se voyaient de plus en plus consi­dé­rées comme impures, du fait de leur tra­vail consis­tant à dépouiller les bovins morts et à man­ger de la viande. L’idée de pure­té ne concer­ne­ra plus seule­ment les mœurs sexuelles, mais aus­si les habi­tudes ali­men­taires. Pour le Sangh Parivar, cette croyance — qu’il a lar­ge­ment contri­bué à popu­la­ri­ser — a un rôle stra­té­gique : créer une figure de « l’autre » fon­dée sur son ali­men­ta­tion. Il devient ain­si plus aisé pour lui de conso­li­der l’influence des hin­dous dans toutes les castes et d’attaquer les musul­mans, de même que d’autres mino­ri­tés telles les chré­tiens ou les Dalits. Les meurtres com­mis par lyn­chage passent rapi­de­ment pour des évé­ne­ments banals. S’ils béné­fi­cient au départ d’une cou­ver­ture média­tique impor­tante, ils sont de moins en moins per­çus comme pro­blé­ma­tiques.

« Les forces de l’Hindutva ne sont pas seule­ment réac­tion­naires, elles sont aus­si contre-révo­lu­tion­naires. »

Comme dans la plu­part des régimes auto­ri­taires, le gou­ver­ne­ment se livre à une guerre sans mer­ci contre les éta­blis­se­ments d’enseignement. Ceux qui prennent la parole contre lui sont trai­tés d’antinationaux ; ceux qui se pro­noncent contre la poli­tique de Modi sont accu­sés, chaque jour un peu plus, d’œuvrer contre l’Inde. Aidé par la pri­va­ti­sa­tion et la mer­can­ti­li­sa­tion de l’éducation à l’œuvre depuis les années 1990, le gou­ver­ne­ment Modi encou­rage l’anti-intellectualisme en nom­mant des aca­dé­mi­ciens peu qua­li­fiés mais sym­pa­thi­sants du Sangh Parivar. Ce der­nier a depuis long­temps com­pris que l’hégémonie intel­lec­tuelle était le pré­lude à d’autres formes d’hégémonie. La posi­tion agres­sive de ces « aca­dé­mi­ciens » est une offen­sive mani­feste contre la pen­sée et la rai­son ; elle per­met de contre­car­rer tout chan­ge­ment social pro­gres­siste réa­li­sé au cours des 70 der­nières années, y com­pris l’élévation, si minime soit-elle, du niveau de vie des plus oppri­més.

Les forces de l’Hindutva ne sont pas seule­ment réac­tion­naires, elles sont aus­si contre-révo­lu­tion­naires. L’intégralité de leur pro­gramme poli­tique est cen­tré sur le concept d’Hindu Rashtra (« nation hin­doue »), où quelques per­sonnes appar­te­nant au Sangh Parivar et à l’oligarchie indus­trielle décident ensemble de la poli­tique de l’État — même si, pour le moment, le pou­voir est concen­tré dans les mains du seul Modi. Un autre élé­ment impor­tant tient à la façon dont le sys­tème de castes est cen­tral dans l’hindouisme ins­ti­tu­tion­na­li­sé. Le natio­na­lisme expan­sif adop­té par les forces de l’Hindutva vise en effet à reve­nir aux anciennes hié­rar­chies, confor­mé­ment au concept vague et tra­ves­ti d’« huma­nisme inté­gral » que mobi­lisent leurs idéo­logues. Revenir sur les bou­le­ver­se­ments sociaux et poli­tiques qu’a connus l’Inde depuis son indé­pen­dance, créer une contre-révo­lu­tion sociale, recou­rir à la ter­reur contre qui­conque rêve d’une socié­té moins inéga­li­taire et appli­quer des lois sur la sédi­tion vis-à-vis de ceux qui dénoncent les injus­tices sociales ne peut conduire à aucune forme d’équilibre social. Une situa­tion par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuse se pro­file plu­tôt, sans pers­pec­tives ni poten­tiel pro­gres­siste, condam­nant l’Inde à rejoindre le rang des pré­ten­dus « États défaillants » — à l’instar de son voi­sin immé­diat le Pakistan. Le pays rede­vien­drait un ensemble d’États divi­sés par la langue, la caste et la reli­gion, se que­rel­lant fré­quem­ment entre eux.

Narendra Modi (AFP)

Il est donc essen­tiel qu’un col­lec­tif consti­tué d’éléments pro­gres­sistes fédère les classes oppri­mées et s’oppose à l’assaut mené par les par­ti­sans de l’Hindutva contre les ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques sous cou­vert de natio­na­lisme. Compte tenu de la frag­men­ta­tion actuelle de l’opposition, il est très peu vrai­sem­blable que cela se pro­duise dans un ave­nir immé­diat. La chute de Modi est tou­te­fois plus pro­bable qu’on ne le pense en rai­son de ses dif­fé­rends avec le Sangh Parivar, d’ores et déjà mani­festes : le Sangh n’apprécie pas les ten­dances auto­ri­taires du Premier ministre, ni sa réti­cence à par­ta­ger le pou­voir. Mais son inca­pa­ci­té à trou­ver une alter­na­tive à Modi, com­bi­née à la mise à l’écart de toutes les alter­na­tives pos­sibles par Modi lui-même, a abou­ti à une impasse. Le Premier ministre aura du mal à conser­ver le pou­voir sans l’aide du Sangh, et le Sangh aura beau­coup de mal à trou­ver un autre diri­geant de la sta­ture dudit ministre, dont le sang-froid s’avère néces­saire pour que l’Inde se rap­proche d’une « nation hin­doue ».

Demeure ouverte la ques­tion de savoir ce qu’il res­te­ra de l’identité indienne dans la bataille mul­ti­di­men­sion­nelle entre le tout-puis­sant Modi et son clan, le Sangh Parivar et la popu­la­tion oppri­mée, gui­dée par des intel­lec­tuels et diri­geants poli­tiques pro­gres­sistes. « L’Inde est sem­blable à un ancien palimp­seste sur lequel ont été ins­crites des couches de pen­sée et de rêve­rie, et pour­tant aucune de ces couches n’a jamais com­plè­te­ment caché ni effa­cé ce qui avait été écrit aupa­ra­vant », écri­vait Jawaharlal Nehru. Le natio­na­lisme hin­dou tel qu’il se déploie de nos jours menace de détruire com­plè­te­ment ce palimp­seste et de faire appa­raître, en fili­grane, la trace de quelque danse macabre. Cette idée de l’Inde — qui, pour une large majo­ri­té, est une notion dif­fi­cile à expli­quer — est aujourd’hui mena­cée : c’est une bataille qui, si longue et ardue soit-elle, doit être menée à tout prix.


« The Crumbling Idea of India », tra­duit de l’anglais par Aurélien Lécuyer, pour Ballast.
Photographie de ban­nière : Rath Yatra (DR)


NOTES

1. Le terme « aryen », pré­sent dans le Rig-Véda — l’un des plus anciens textes sacrés —, sera ensuite faus­se­ment inter­pré­té par les intel­lec­tuels occi­den­taux du XIXe siècle. En dépit de l’opposition aca­dé­mique à son uti­li­sa­tion, nous ferons appel à ce terme dans le pré­sent article car il a un vaste champ d’implications dans l’économie poli­tique indienne contem­po­raine.

2. La classe des prêtres déte­nait alors, et conti­nue de déte­nir, une part dis­pro­por­tion­née du pou­voir alors qu’elle repré­sente à peine 5 % de la popu­la­tion. Ce pou­voir découle prin­ci­pa­le­ment du sta­tut des brah­manes dans la socié­té, qui les auto­rise à pro­mou­voir ou à rétro­gra­der des indi­vi­dus d’une caste à l’autre. Ils ont par ailleurs l’apanage de droits exclu­sifs sur l’apprentissage et l’utilisation des Écritures reli­gieuses et la conduite des rituels asso­ciés aux dieux. Le sys­tème de castes a évo­lué au fil du temps pour deve­nir un sys­tème socio­po­li­tique reli­gieux, domi­né par les castes supé­rieures.

3. Le terme Dalit a été créé par B. R. Ambedkar, le père de la Constitution indienne, lui-même Dalit. Il signi­fie lit­té­ra­le­ment « oppri­mé ».

4. Dans cer­tains vil­lages, l’eau de cer­tains puits est refu­sée aux Dalits.

5. L’ensemble des pra­ti­quants reli­gieux, quelle que fût leur obé­dience, ont été dési­gnés comme « hin­dous » après l’arrivée des Européens.

6. Le plus grand royaume ou empire ayant eu à sa tête l’empereur Akbar, de la dynas­tie musul­mane Moghol, qui régna dans cer­taines régions du nord de l’Inde entre 1526 et 1858.

7. Raj signi­fie « régime » ou « empire » en hin­di.

8. La même méthode sera plus tard uti­li­sée en Palestine.

9. La sati est une cou­tume funé­raire au cours de laquelle une veuve s’immole sur le bûcher de son mari ou se sui­cide peu après sa mort. Elle était des­ti­née à évi­ter que les biens ne quittent la famille.

10. La créa­tion du Pakistan, pays des­ti­né exclu­si­ve­ment aux musul­mans, entraî­ne­ra une immi­gra­tion à grande échelle d’hindous et de sikhs dans l’Inde conti­nen­tale, et une émi­gra­tion de musul­mans dans la nou­velle nation. Elle cau­se­ra éga­le­ment des émeutes de grande ampleur, pro­vo­quant la mort d’environ 2 mil­lions de per­sonnes et lais­sant quelque 15 mil­lions de per­sonnes sans abri. Le Cachemire, l’État le plus sep­ten­trio­nal de l’Inde, demeure aujourd’hui une zone liti­gieuse puisqu’il est reven­di­qué à la fois par l’Inde et le Pakistan. Les sou­ve­nirs de la par­ti­tion hantent tou­jours le pays et sont sou­vent poli­ti­sés à des fins élec­to­rales.

11. M. S. Golwalkar, le second et le plus impor­tant diri­geant du RSS écrit alors : « Pour pré­ser­ver la pure­té de la Race et sa culture, l’Allemagne a cho­qué le monde entier en pur­geant le pays des races sémi­tiques — les Juifs… L’Allemagne a éga­le­ment mon­tré à quel point il était qua­si­ment impos­sible pour les races et les cultures, pré­sen­tant des dif­fé­rences à la racine, d’être assi­mi­lées en un tout uni­fié… une bonne leçon pour nous en Hindustan [« Hindustan » signi­fie le foyer des hin­dous, N.d.A.] que nous nous devons de rete­nir. »

12. L’un de ses diri­geants a pas­sé un temps consi­dé­rable en Italie sous le régime de Mussolini, visi­tant des aca­dé­mies mili­taires pour com­prendre les méthodes des fas­cistes.

13. Le Parti com­mu­niste d’Inde est for­mé en 1920 par M. N. Roy, éga­le­ment fon­da­teur du Parti com­mu­niste du Mexique (le pre­mier par­ti com­mu­niste hors de Russie) ; il sera envoyé par Lénine pour répandre la révo­lu­tion en Inde. Au même moment, l’orientation socia­liste prise par nom­breux diri­geants du Congrès, notam­ment Jawaharlal Nehru, le pre­mier Premier ministre, est due à l’influence de Marx et de Lénine.

14. L’aile ouvrière du RSS joue­ra un rôle cru­cial dans l’affaiblissement du par­ti com­mu­niste et aura une influence consi­dé­rable sur les ouvriers d’usines dans les villes et les zones indus­trielles.

15. Aucun lien de paren­té avec Mahatma Gandhi.

16. Bombay a été renom­mée « Mumbai » en 1995, d’après une divi­ni­té hin­doue, quand les natio­na­listes hin­dous sont arri­vés au pou­voir.

17. Dans un pays démo­cra­tique comme l’Inde, où l’accroissement des inéga­li­tés se pro­duit au sein d’une socié­té déjà pro­fon­dé­ment inégale et fon­dée sur les castes, le sou­tien poli­tique aux régimes néo­li­bé­raux est davan­tage mena­cé.

18. L’emploi du terme de « géno­cide » est dis­cu­té par­mi les com­men­ta­teurs. Nous le repre­nons dans le sillage du livre de Martha Nussbaum, The Clash Within : Democracy, Religious Violence, and India’s Future (Belknap Press, 2007), dont le pre­mier cha­pitre s’intitule « Genocide in Gujarat ».

19. Le géno­cide au Gujarat, qui entraîne la mort de plus de 2 000 per­sonnes et le dépla­ce­ment de plus de 200 000 autres, dif­fère des autres émeutes de l’histoire de l’Inde indé­pen­dante. Au retour de leur prière sur le site de Babri Masjid à Ayodhya, un com­par­ti­ment du train dans lequel voyagent des mili­tants du Sangh Parivar est incen­dié à la suite d’une alter­ca­tion en gare de Godhra. 59 d’entre eux trouvent la mort. En repré­sailles — ce qui est du moins pré­sen­té comme tel —, des musul­mans du Gujarat sont tués, vio­lés et pillés. La com­mu­nau­té hin­doue, majo­ri­taire, est lar­ge­ment sou­te­nue par la machi­ne­rie poli­tique et la bureau­cra­tie pour iden­ti­fier, mar­quer et tuer des musul­mans en les immo­lant ou les mas­sa­crant. Des cen­taines de femmes sont sau­va­ge­ment vio­lées et brû­lées pour détruire toutes preuves. Des vil­lages sont éga­le­ment incen­diés. En 2006, même les juges des juri­dic­tions supé­rieures seront for­cés de quit­ter leur rési­dence offi­cielle pour se rendre dans des endroits sécu­ri­sés. Lors des élec­tions qui suivent le géno­cide, Narendra Modi l’emporte avec une majo­ri­té écra­sante. Lui et son par­ti sont alors à la tête du gou­ver­ne­ment du Gujarat pour les 12 années à venir.

20. Équivalent du gou­ver­neur d’un État aux États-Unis.

21. Modi est dési­gné comme ministre en chef par la direc­tion cen­trale du BJP sous les ins­truc­tions du RSS.

22. La caste de Modi est proche de la caste des com­mer­çants et hommes d’affaires.


Unpublished text for Ballast’s Website

The results of the par­lia­men­ta­ry elec­tions in India are out : in a first-past-the-post voting sys­tem, the Hindu natio­na­list par­ty (BJP) has won a com­for­table majo­ri­ty giving its lea­der Narendra Modi, a second five-year term. His party’s ideo­lo­gy of poli­ti­cal Hinduism is in direct oppo­si­tion to the vision that the foun­ding fathers of India — Gandhi, Nehru and Ambedkar— had deve­lo­ped for India, after obtai­ning inde­pen­dence in 1947. This, along with the rise of capi­tal has made it easier for the tra­di­tio­nal­ly ruling elite to come to the fore­ground of Indian poli­tics riding on majo­ri­ta­ria­nism. The lan­guage of hatred and stra­te­gy of divi­ding com­mu­ni­ties espou­sed by the ruling par­ty, has a long his­to­ry during which an elite caste remai­ned in power for cen­tu­ries. ☰ By Siyad Sayid


India has a spe­ci­fic social rea­li­ty : in addi­tion to the gene­ral class context, it has a caste context, whose ori­gins go back to ancient times. When groups from Persia, cal­led the Aryans1 or Indo-Iranians have arri­ved within the geo­gra­phi­cal confines of what is now cal­led India, they drove away, down south, the native popu­la­tion from the Indus val­ley. The mem­bers of the ruling class soon came to be cal­led arya and the non-Aryans were cal­led dasa (« slave »). This is the begin­ning of the stra­ti­fi­ca­tion of socie­ty, based on the participant’s role in the pro­duc­tion pro­cess. Over the course of cen­tu­ries, socie­ty came to be divi­ded into four endo­ga­mous groups cal­led jati (« caste ») : at the top of the lad­der was the Brahmin (« priest »)2, then came the Kshathriya (« ruler), fol­lo­wed by Vaishya (« tra­ders ») and final­ly the Shudra (« labour ») — those out­side the caste sys­tem were lite­ral­ly the out­castes whose des­cen­dants cal­led Dalits3 (« the untou­chables ») conti­nue to lead the most wret­ched lives, even now4.

« The gra­da­tion of people based on birth and occu­pa­tion mana­ged to sur­vive social reforms and poli­ti­cal rea­li­gn­ments throu­ghout his­to­ry. »

By vir­tue of its sophis­ti­ca­ted desi­gn and imple­men­ta­tion, the gra­da­tion of people based on birth and occu­pa­tion mana­ged to sur­vive social reforms and poli­ti­cal rea­li­gn­ments throu­ghout his­to­ry. This was fur­ther hel­ped by the revi­va­list move­ments by indi­vi­duals and orga­ni­za­tions belon­ging to the priest­ly class. Their phi­lo­so­phy, cal­led « Brahmanism », include mecha­nisms of resis­tance to change in power equa­tions and sub­ju­ga­tion of those below them in the social, poli­ti­cal, eco­no­mic and spi­ri­tual realms. Thus, Brahmanism and the caste sys­tem that under­lies it is pre­valent across classes and reli­gions — albeit it is most pre­valent among the Hindus5. The arri­val of Islamic inva­ders to the North of India after 10th cen­tu­ry signi­fi­cant­ly chan­ged the cultu­ral and reli­gious ethos of the popu­la­tion. A large num­ber of lower castes conver­ted to Islam pri­ma­ri­ly due to the oppres­sion in the parent « Hindu » reli­gion. Forced conver­sion to esta­blish sub­ju­ga­tion and volun­ta­ry conver­sion by the ruling class for power sha­ring, were other rea­sons.

« British Raj » and Indian struggle for Independence

When Europeans came in India with the sta­ted aim of trade — and uns­ta­ted aim of plun­der (loo­king for gold) —, the land was divi­ded into seve­ral king­doms. Before the gra­dual British acqui­si­tion of most of India’s ter­ri­to­ry, indeed, no single ruler had ever ruled the enti­re­ty of the immense sub-conti­nent6. The British East India Company star­ted ruling and colo­ni­zing the sub-conti­nent in 1757, for cheap pro­cu­re­ment of raw mate­rials which would drive the indus­trial revo­lu­tion in Europe. Its expan­sion into the rest of India crea­ted large scale dis­con­tent­ment among the kings who ruled the various smal­ler king­doms, though some of them sup­por­ted the British in exchange of mili­ta­ry sup­port to fight the other kings. Soon after the local resis­tance from the kings was quel­led by the com­pa­ny, a muti­ny erup­ted among the Indian sol­diers of the British Army, in 1857, who were fol­lo­wed by feu­dal nobi­li­ty, rural land­lords and pea­sants. This is known as the First war of Independence, where people of all classes, reli­gions and castes fought toge­ther against the British. Following 1857, the com­pa­ny was dis­sol­ved and the Indian « sub­jects » direct­ly came under the British Crown.

Rebellion of 1857. Jason Askew’s pain­ting

Though the « British Raj7 » ini­tial­ly spoke the lan­guage of reform, it star­ted to become autho­ri­ta­rian and pater­na­lis­tic. In order to impart the illu­sion of power sha­ring, the colo­ni­sers intro­du­ced repre­sen­ta­tive poli­tics. They deci­ded that the inter­ests of Indians could not be indi­vi­dual, i.e. it had to be for a group or a clan or a com­mune. The legis­la­tures of British India’s admi­nis­tra­tive pro­vinces almost arbi­tra­ri­ly demar­ca­ted ter­ri­to­ries, repre­sen­ted socie­ties of com­mu­ni­ties, not indi­vi­duals. This divi­sion of com­mu­ni­ties was based on reli­gion, as if all classes and castes of a reli­gious com­mu­ni­ty had simi­lar inter­ests. Wary of ano­ther rebel­lion from the lower classes, the British star­ted adop­ting the poli­cy of « divide and rule8 ». Till 1857, though Muslims and Hindus had socio-cultu­ral dif­fe­rences, they lived and tra­ded ami­ca­bly among the wor­king and tra­ding classes. It has to be noted that the ruling class espe­cial­ly priest­ly class among the Hindus, the Brahmins, would more often than not, ali­gn with the British. This made it easier for the British to dis­rupt the com­mu­nal har­mo­ny by inci­ting riots.

« In order to prevent conso­li­da­tion of the colo­ni­zed, the British encou­ra­ged divi­sions. »

But the elites were dis­grunt­led with the ways of the British who deman­ded sub­ser­vience in addi­tion to trea­ting all castes as more or less equal. The colo­ni­zers also played a not so insi­gni­fi­cant role in lega­li­zing widow remar­riage and abo­li­shing abhorrent prac­tices like sati9, much to the dis­plea­sure among the upper castes of the Hindu socie­ty. The Indian National Congress (INC) was for­med pri­ma­ri­ly by British men to mode­rate the resis­tance of the elites. Though foun­ded as a loose asso­cia­tion, it soon deve­lo­ped into an umbrel­la of resis­tance led by the elites com­bi­ning people from all castes, classes and reli­gions. It deman­ded more and more repre­sen­ta­tion in admi­nis­tra­tion, final­ly deman­ding the British to quit, even­tual­ly under the lea­der­ship of Gandhi (the only una­ni­mous lea­der for both Hindus and Muslims).

In order to prevent conso­li­da­tion of the colo­ni­zed, the British encou­ra­ged divi­sions lea­ding to the for­ma­tion of All India Muslim league by the Muslim elite, in 1906, and Hindu Mahasabha by the Hindu elite, in 1915 — soon repla­ced in its scope by the Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), for­med in 1925. Both the Muslim League and RSS pre­fer­red conso­li­da­ting people from their res­pec­tive reli­gions thus wea­ke­ning the Congress. This culmi­na­ted in the « Two-Nation theo­ry » which advo­ca­ted a sepa­rate nation for the Muslims as they were por­trayed and belie­ved to be cultu­ral­ly dif­ferent. The for­ma­tion of the Muslim League and RSS played an impor­tant role in the large num­ber of com­mu­nal riots which occur­red with increa­sing fre­quen­cy10.

The RSS pro­clai­med them­selves to be a cultu­ral orga­ni­za­tion, but it visua­li­sed India to be a theo­cra­tic state of Hindus, led by the priest­ly class (Brahmins) within 100 years from its for­ma­tion (i. e. by 2025) by any means. Its ideo­lo­gy is ins­pi­red from Nazism11 and its mili­ta­ry trai­ning pro­gram is dri­ven by Mussolini’s methods12. RSS firm­ly believes in « Aryan supre­ma­cy » and chau­vi­nis­tic natio­na­lism where non-Hindus are accor­ded secon­da­ry citi­zen­ship. They star­ted esta­bli­shing sha­khas (branches) across the coun­try to orga­nize and mili­ta­ri­ly train Hindus to enable them to fight the « ene­mies » inclu­ding Muslims, Christians and ano­ther new group who were beco­ming increa­sin­gly power­ful and orga­ni­sed, the Communists13. The com­mu­nists in India faced vehe­ment oppo­si­tion from the elites at all points in their his­to­ry. In addi­tion to not being able to come to power at the natio­nal level, com­mu­nists found it hard to pene­trate their ideo­lo­gy among the masses (except in 2–3 states) pri­ma­ri­ly due the fact the their ideo­lo­gy do not fit with the Indian condi­tions and that they also fai­led to ack­now­ledge the impor­tance of caste in the social struc­ture of the coun­try. Led by these three groups, there were three major ideas of the nation : Communist vision where inde­pen­dence from the British was only a first step, fol­lo­wed by orga­ni­za­tion and triumph of the pro­le­ta­riat, Congress’ vision of a secu­lar social demo­cra­cy based on anti-colo­nial inclu­sive natio­na­lism and the RSS’ vision of a theo­cra­tic nation based on poli­ti­cal Hinduism cal­led « Hindutva ».

Gandhi (Getty Images)

Post-Colonial India

Immediately fol­lo­wing inde­pen­dence and par­ti­tion, Gandhi was assas­si­na­ted by a Hindu natio­na­list who belon­ged to the RSS. His death alie­na­ted mem­bers of the Congress and the public in gene­ral from the mili­tant Hindu orga­ni­za­tion. Gandhi’s anoin­ted suc­ces­sor, Jawaharlal Nehru, was a staunch secu­la­rist ; he belie­ved that reli­gious com­mu­na­lism will remain the fore­most threat to the idea of India. Under his man­date, he made sure that RSS is kept under check. Nehru also unders­tood the fact that the inhe­rent­ly inequa­li­zing ten­den­cy of capi­ta­lism would under­mine the poli­ti­cal equa­li­ty pro­mi­sed by the concept of « citi­zen­ship » ensh­ri­ned in the Constitution. He belie­ved that a model of gover­nance hea­vi­ly ins­pi­red from the Soviet model of plan­ning, led by a demo­cra­tic par­lia­men­ta­ry sys­tem, would per­mit eco­no­mic inde­pen­dence. Nehru charges his Law and jus­tice minis­ter, B. R. Ambedkar, to write the consti­tu­tion behind the par­lia­men­ta­ry model and to esta­blish social equa­li­ty. Ambedkar was a vehe­ment cri­tic of the caste sys­tem, not just because he was a Dalit, but due to his unders­tan­ding that the major obs­tacle to India’s pro­gress was this sys­tem of gra­ded sla­ve­ry dee­ply ins­til­led in the minds of her people. He made pro­vi­sions in the consti­tu­tion to uplift the depres­sed classes and fought for refor­ming Hinduism.

« The influence of Nehruvian Socialism and Ambedkarism made the Hindu elites jit­te­ry over the pros­pect of losing power. »

But the influence of Nehruvian Socialism and Ambedkarism made the Hindu elites jit­te­ry over the pros­pect of losing power. Since its foun­da­tion in 1925, the sup­port for RSS was pri­ma­ri­ly limi­ted to people of upper castes ; they first tried thus to conti­nue their work in a covert fashion expan­ding its reach among various com­mu­ni­ties inclu­ding the wor­king class14, far­mers, neo-land­lords and even tri­bal people, for­ming various orga­ni­za­tions col­lec­ti­ve­ly cal­led the « Sangh Parivar ». The Parivar’s attempt at social exten­sion resu­med, years later, when a par­lia­men­ta­ry report known as the Mandal Commission report esta­bli­shed that 52 % of India’s popu­la­tion (40 % of the Indian voters) belon­ged to a sec­tion cal­led Other Backward Class (OBC). The report advi­sed the govern­ment to allo­cate a per­cen­tage of jobs and seats in edu­ca­tio­nal and other ins­ti­tu­tions to this OBC popu­la­tion — a popu­list mea­sure which could bene­fit not only the finan­cial­ly back­ward people belon­ging to the Shudras (the labour class in the caste sys­tem) and Muslims, but also to the Hindu OBC popu­la­tion.

At the same time, in 1980, the poli­ti­cal wing of the RSS was for­med, the Bharatiya Janata Party (BJP). The BJP rea­li­sed the impor­tance of sprea­ding its influence among the Hindu OBC popu­la­tion. To do it, it need to dee­pen the chasm bet­ween Hindus and Muslims ini­tia­ted by the assas­si­na­tion of Gandhi. Hindutva acti­vists star­ted the Ram Janmabhoomi Mandir move­ment (the « temple of Ram’s bir­th­place » move­ment), asking for the construc­tion of a temple for the god Ram in the city of Ayodhya. Ram is an Aryan god impor­tant for the priest­ly class, belie­ved to have rein­car­na­ted in this city. But the sacred site of the Babri Masjid, which should host the temple is a mosque, built by the first Mughal empe­ror, Babar, around 1528. Though this dis­pute ori­gi­na­ted in the second half of the 19th cen­tu­ry, it regai­ned pro­mi­nence after the par­ti­tion bet­ween India and Pakistan in 1947. In order to conso­li­date the Hindu OBC popu­la­tion under its umbrel­la and to main­tain the power of elites, BJP conduc­ted in 1990 reli­gious pro­ces­sions across the coun­try known as the Ram Rath Yatra (« The cha­rio­ted pro­ces­sion for Ram »). The pro­ces­sions resul­ted in Hindu-Muslim riots across the coun­try as it was suc­cess­ful in pro­vo­king Muslims and evo­king anti-Muslim sen­ti­ments among Hindus. A few Hindus under the aus­pices of RSS, pla­ced idols of Ram and Sita and star­ted laying claim to the site to erase the mosque — news spread that the idols had appea­red mira­cu­lous­ly and the miracle indi­ca­ted that the god wan­ted a temple built on that very loca­tion. The site became dis­pu­ted and the mosque was clo­sed.

Rath Yatra led by one of the foun­ders of the BJP, L.K Advani

But it’s during the tenure of Indira Gandhi15, Nehru’s daugh­ter, that the Sangh Parivar star­ted infil­tra­ting govern­ment ins­ti­tu­tions. In her bid to come back to power after an elec­to­ral fai­lure, Indira coope­ra­ted with poli­ti­cal par­ties and orga­ni­sa­tions of all reli­gions and castes. She deployed radi­cal acti­vists to infil­trate poli­ti­cal par­ties of the oppo­si­tion and wea­ken them. In turn, bureau­crats ali­gned with these orga­ni­za­tions star­ted get­ting impor­tant posi­tions in the govern­ment. Sangh Parivar was the most impor­tant bene­fi­cia­ry in this exchange of favors. This stra­te­gy led her, in 1984, to send the mili­ta­ry « Operation Bluestar » to kill Sikhs regio­nal poli­ti­cal mili­tants in the Golden Temple (ope­ra­tion that cau­sed her assas­si­na­tion by two of his own body­guards, who were also Sikhs). After her death, a deci­sion from her son and suc­ces­sor as the prime minis­ter, Rajiv Gandhi, fur­ther increases the influence of RSS : he suc­cum­bed to the pres­sures of Muslim reli­gious groups to reverse a pro­gres­sive jud­ge­ment issued by the judi­cia­ry to reform some reli­gious prac­tices, which gave the RSS an oppor­tu­ni­ty to por­tray him and his govern­ment as pan­de­ring to ortho­dox Muslims. The Sangh Parivar rou­sed emo­tions among people on the need to orga­nize Hindus to fight the conso­li­da­tion of ortho­dox Muslims, who were sup­po­sed­ly aiming to des­troy Hindu culture. They deman­ded to open up the dis­pu­ted Babri Masjid mosque in Ayodhya for wor­ship by the Hindus ; and Rajiv duly obli­ged. Such a nation­wide mobi­li­sa­tion led some 200,000 RSS wor­kers (led by elec­ted mem­bers of the cen­tral and state par­lia­men­ta­ry bodies) to tra­vel from across the coun­try to Ayodhya and occu­py the mosque then take it down in an orga­ni­zed fashion — extrac­ting revenge, in 1992, on Muslims who had hurt their pride by demo­li­shing a Ram temple in 1528.

Rise of Hindutva and Capital

« Religion for votes — though pro­hi­bi­ted by the consti­tu­tion — became the norm and the most effec­tive method to get to power. »

This epi­sode mar­ked a water­shed moment in the his­to­ry of the young nation. The demo­li­tion was wide­ly tele­cast on TV across the nation. Hindu groups led vic­to­ry pro­ces­sions across the coun­try which led to wides­pread riots. In quite a few areas, Muslims orga­ni­zed pro­test marches which more often than not, tur­ned violent. The city of Bombay, now cal­led Mumbai16, known to be the most cos­mo­po­li­tan city in India, wit­nes­sed large scale riots lea­ding to the death of around 1000 people. The pola­ri­sa­tion which had been ini­tia­ted during colo­nial per­iod, now star­ted acce­le­ra­ting at breath neck speed. Religion for votes — though pro­hi­bi­ted by the consti­tu­tion — became the norm and the most effec­tive method to get to power.

In the mean­time, the govern­ment ini­tia­ted reforms to open up the eco­no­my. India which had a fixed exchange rate sys­tem till 1991, star­ted having pro­blems in balance of pay­ments since 1985. By 1990, the govern­ment was close to default and IMF agreed for a bail out, based on condi­tions for libe­ra­li­sing the eco­no­my. The Congress aban­do­ned its socia­list pro­ject to pur­sue neo­li­be­ral eco­no­mic poli­cies under the Oxbridge edu­ca­ted finance minis­ter, Dr. Manmohan Singh, who went on to become the prime minis­ter in 2004. The pur­suit of neo-libe­ra­lism meant a shift, even in offi­cial pro­noun­ce­ments, from the inclu­sive Nehruvian natio­na­lism which had till then been sub­scri­bed to, towards a bour­geois natio­na­lism of the conven­tio­nal aggran­di­zing kind, simi­lar to the one in Europe at the time indus­trial revo­lu­tion. GDP growth irres­pec­tive of condi­tions of the wor­king popu­la­tion, a dicho­to­my remi­nis­cent of both mer­can­ti­lism and clas­si­cal poli­ti­cal eco­no­my, was an indi­ca­tor of this. But there was also a com­mon refrain about India beco­ming an « eco­no­mic super­po­wer », and almost eve­ry pro­blem began to be seen with refe­rence to this goal.

Demolition of the Babri Masjid (T. Narayan)

This kind of bour­geois natio­na­lism sees the nation as dis­tinct from its people, and stan­ding above them (people were expec­ted to sacri­fice them­selves for the nation and gain no mate­rial bene­fits from it) ; in paral­lel, Hindutva forces also place nation as a meta­phy­si­cal concept. Neoliberals insu­late them­selves from demo­cra­tic poli­tics (the finan­cial bureau­cra­cy typi­cal­ly hired from the World Bank and the IMF remains unchan­ged even when the govern­ment changes), but not suf­fi­cient­ly : they have to look for addi­tio­nal ways to ensure that demo­cra­tic asser­tion of the people doesn’t jeo­par­dize their plans, espe­cial­ly in times of an eco­no­mic cri­sis17 ; thus began the asso­cia­tion of Hindutva and capi­tal.

The Congress govern­ment com­ple­ted its term in 1996, not before deep chasms were crea­ted in Indian poli­ty. The first overt­ly right wing Hindutva govern­ment came to power in the large state of Maharashtra (whose capi­tal is Bombay, also the finan­cial capi­tal of the coun­try) ; in 1999, it’s the cen­tral govern­ment which is given to the foun­der of BJP, A. B. Vajpayee. The govern­ment conti­nued to pur­sue neo­li­be­ral poli­cies along with ushe­ring in a new wave of Hindutva. Curriculums of edu­ca­tio­nal ins­ti­tu­tions were chan­ged and bureau­crats favou­rable to the ideo­lo­gy were given impor­tant posi­tions. Clearly, the RSS had its eyes set on long term goals. The BJP government’s rule was mar­ked by the geno­cide of Muslims18 in the state of Gujarat in 200219, under the lea­der­ship of its Chief Minister20 — a for­mer RSS wor­ker of Gujarat, who later pro­ved to have had big­ger ambi­tions of power than any­bo­dy else in the his­to­ry of the coun­try : Narendra Modi21.

« In a dee­ply pola­ri­sed Gujarat, he made sure that Muslims were trea­ted as second hand citi­zens by crea­ting fear in their minds. »

Modi had esta­bli­shed him­self as the unri­val­led lea­der in the state of Gujarat, after the geno­cide. He publi­ci­sed him­self as the « Hindu Hriday Samrat » (« Emperor of Hindu hearts ») who is unfor­gi­ving towards « injus­tices » meted out to Hindus. In a dee­ply pola­ri­sed Gujarat, he made sure that Muslims were trea­ted as second hand citi­zens by crea­ting fear in their minds. Hindus una­ba­shed­ly decla­red their pride in having shown Muslims « their place ». Many people of Gujarat consi­der the rival­ry in trade and indus­try contri­bu­ted to the geno­cide ; soon, Hindus star­ted side-lining their Muslim coun­ter­parts in various other sec­tors. Within a few years, Modi rein­ven­ted and publi­ci­sed him­self as the man for deve­lop­ment. Gujarat, with its com­mu­ni­ty of indus­tria­lists, tra­ders and busi­ness­men fol­lo­wed a capi­ta­lis­tic model under Modi’s aus­pices and grew fas­ter than most other states. Labour laws were wea­ke­ned, land was given at throw away prices for busi­nesses to be setup and expan­ded. Add to it the gigan­tic mar­ke­ting cam­pai­gn which Modi and BJP used, which hel­ped magni­fy his reper­toire many times, across the natio­nal media. The fact that many of the busi­ness conglo­me­rates were from Modi’s home state of Gujarat hel­ped his cause22, in making claim to be BJP’s prime minis­te­rial can­di­date. The BJP — with help of media — led by its cro­nies suc­cess­ful­ly por­trayed the main lea­der of oppo­si­tion, Rahul Gandhi, as an igno­ra­mus (« Pappu »). RSS iden­ti­fied fight against cor­rup­tion as a plat­form to unite the sup­por­ters of Modi ; without coming to the fore­front, RSS mobi­li­sed gurus, bureau­crats and pro­minent mem­bers of the civil socie­ty to launch an agi­ta­tion « India against cor­rup­tion », in Delhi. All these ele­ments cou­pled with mas­sive public rela­tions exer­cises led by world’s best agen­cies and the lack of a pro­minent oppo­si­tion resul­ted in Modi beco­ming the prime minis­ter in May 2014, with a majo­ri­ty for the first time since 1984. The pro­mise was a « Gujarat model ».

Beginning of an era of darkness

In the ini­tial per­iod, Modi went about conso­li­da­ting his posi­tion in the par­ty and the govern­ment, side-lining eve­ry­bo­dy who could pos­si­bly be a threat to his power. BJP govern­ment soon became « Modi govern­ment ». He also crea­ted grand plans (like « Make in India », pur­por­ted­ly to increase indus­trial out­put), but none of them mate­ria­li­sed into action. He also visi­ted the neigh­bou­ring coun­tries — inclu­ding India’s arch ene­my Pakistan — por­traying him­self as a world lea­der. Many of Modi’s deci­sions were aimed at the state elec­tions in India’s lar­gest state, Uttar Pradesh, held in May 2017. BJP won with a thum­ping majo­ri­ty win­ning 325 out of 403 seats. Modi and the BJP’s lea­der, Amit Shah, with the advice of RSS, ins­tal­led a monk, Yogi Adityanath, with a pro­ven record of anti-mino­ri­ty vio­lence as the head of the state.

BJP flags (DR)

In 2017, the Modi govern­ment intro­du­ced legal res­tric­tions on slaugh­te­ring cat­tle fur­ther legi­ti­mi­sing vio­lence rela­ted to cow. Instances where the vic­tims were char­ged with cases for killing cows increa­sed in the coun­try. Cow is consi­de­red holy by many in North India. Though all sec­tions of the popu­la­tion used to eat beef and other ani­mals till as recent­ly as 10th cen­tu­ry AD, upper castes star­ted pro­hi­bi­ting meat around the time of Islamic inva­sion to ascer­tain their puri­ty and to dis­tin­guish them­selves from the others. Moreover, the lower castes were increa­sin­gly consi­de­red dir­ty for their work of skin­ning dead cat­tle and meat eating habits. The idea of puri­ty became not just limi­ted to mating habits but eating habits. To the Sangh Parivar, this belief — which he lar­ge­ly contri­bu­ted to popu­la­rize — play a stra­te­gic role : to create a figure of « the other », based on eating habits. It made it conve­nient for the Sangh Parivar to conso­li­date the Hindus across castes and attack Muslims and other mino­ri­ties inclu­ding Christians and Dalits. Incidents of killing by lyn­ching mobs became banal events in a short time. If they recei­ved pro­minent cove­rage in the media ini­tial­ly, it has almost become a non-issue, late­ly.

« The Hindutva forces are not only reac­tio­na­ry, but coun­ter-revo­lu­tio­na­ry. »

The govern­ment went on an all-out attack against edu­ca­tio­nal ins­ti­tu­tions as is the case with eve­ry autho­ri­ta­rian rule. Those who spoke against the govern­ment are trea­ted as anti-natio­nals. Moreover those who spoke against the poli­cies of Modi are being increa­sin­gly trea­ted as anti-India. Aided by the conti­nued pri­va­ti­za­tion and com­mo­di­ti­za­tion of edu­ca­tion since the 1990s, the Modi govern­ment pro­motes anti-intel­lec­tua­lism by appoin­ting aca­de­mi­cians with very limi­ted cre­den­tials apart from being sym­pa­thi­sers to the Sangh Parivar. The lat­ter rea­li­sed a long time ago the fact that intel­lec­tual hege­mo­ny is the pre­cur­sor to other forms of hege­mo­ny. The aggres­sive stance of these « aca­de­mi­cians » is clear­ly an assault on thought and rea­son, which helps to thwart all pro­gres­sive social change, achie­ved in the last 70 years inclu­ding the uplift­ment of the down­trod­den, howe­ver lit­tle it might be.

The Hindutva forces are not only reac­tio­na­ry, but coun­ter-revo­lu­tio­na­ry. Their entire agen­da is cen­tred on the concept of Hindu Rashtra (« Hindu Nation »), where a small group of people belon­ging to the Sangh Parivar and cor­po­rate oli­gar­chy deter­mines state poli­cy — though, right now, it is only one man, Modi. Another notable point is how the caste sys­tem is cen­tral to ins­ti­tu­tio­na­li­zed Hinduism. The aggran­di­zing natio­na­lism espou­sed by the Hindutva forces aims to bring back the old hie­rar­chies as per their ideo­logues’ vei­led and vague concept of « Integral Humanism ». Turning the clock back on wha­te­ver social and poli­ti­cal change India has had since inde­pen­dence, engi­nee­ring a social coun­ter-revo­lu­tion, employing ter­ror against anyone who dreams of a less une­qual socie­ty, using sedi­tion laws against those who speak of social injus­tices, can­not lead to any kind of social equi­li­brium. A dan­ge­rous situa­tion, with no end in sight and no pro­gres­sive poten­tial, would then ensue, which would only make India join the ranks of the so-cal­led « fai­led States » like its imme­diate neigh­bour, Pakistan, lea­ding the coun­try back to a col­lec­tion of states divi­ded by lan­guage, caste and reli­gion often feu­ding with one ano­ther.

Narendra Modi (AFP)

Therefore it is essen­tial that a col­lec­tive of pro­gres­sive ele­ments would unite the oppres­sed classes across the popu­la­tion by oppo­sing the Hindutva ele­ments’ assault on demo­cra­tic ins­ti­tu­tions in the name of natio­na­lism. Given the cur­rent state of frag­men­ta­tion in the oppo­si­tion, this is high­ly unli­ke­ly to hap­pen in the imme­diate future. However, the fall of Modi is more like­ly to hap­pen due to his dif­fe­rences with the Sangh Parivar, which have alrea­dy star­ted coming to the fore : the Sangh does not appre­ciate the autho­ri­ta­rian ten­den­cies of Modi and his unwillin­gness to share power. Their inabi­li­ty to find an alter­na­tive to Modi com­bi­ned with Modi’s side-lining of all pos­sible alter­na­tives has resul­ted in a dead­lock. Modi will find it dif­fi­cult to cling onto power without the help of Sangh, and Sangh will find it very dif­fi­cult to find ano­ther lea­der of Modi’s sta­ture and cold-bloo­ded­ness requi­red to convert India to any­thing close to a Hindu Nation.

What will remain of the idea of India in the mul­ti­di­men­sio­nal bat­tle bet­ween the all-power­ful Modi and his cote­rie, the Sangh Parivar and the oppres­sed popu­la­tion led by pro­gres­sive intel­lec­tuals and poli­ti­cal lea­ders, remains to be seen. « India is like some ancient palimp­sest on which layer upon layer of thought and reve­rie had been ins­cri­bed, and yet no suc­cee­ding layer had com­ple­te­ly hid­den or era­sed what had been writ­ten pre­vious­ly » wrote Jawaharlal Nehru. The pre­vai­ling trend of Hindu natio­na­lism is threa­te­ning to des­troy the palimp­sest alto­ge­ther, and to replace it with a print of Danse Macabre. That idea of India which for a vast majo­ri­ty of people, is an emo­tion, dif­fi­cult to explain, is being threa­te­ned. This is a bat­tle which, howe­ver long and arduous, should be fought at all costs.


Photographie de ban­nière : Rath Yatra (DR)


NOTES

1. The name « Aryan » draws on misin­ter­pre­ted refe­rences from Rigveda (one of the ear­liest scrip­tures) by Western scho­lars in the 19th cen­tu­ry. Though aca­de­mics object to its usage, this term will be conti­nued to be used in this article as it has wide ran­ging impli­ca­tions for the cur­rent poli­ti­cal eco­no­my of India.

2. The priest­ly class, the Brahmins enjoyed and conti­nues to enjoy dis­pro­por­tio­nate share of the various shades of power des­pite for­ming only less than 5% of the popu­la­tion. This power chie­fly deri­ved from their sta­tus in socie­ty to pro­mote or demote people to and from various castes. They held exclu­sive rights to the lear­ning and use of reli­gious scrip­tures and the conduct of rituals asso­cia­ted with the gods. The caste sys­tem evol­ved into a socio-poli­ti­cal reli­gious sys­tem domi­na­ted by the upper castes.

3. The term Dalit was coi­ned by B. R. Ambedkar, the Father of the Indian Constitution, who him­self was a Dalit. Dalit lite­ral­ly means « bro­ken ».

4. In some vil­lages, water from cer­tain wells are denied to the Dalits.

5. The varie­ty of reli­gious prac­ti­tio­ners came to be col­lec­ti­ve­ly cal­led the Hindus after the arri­val of the Europeans.

6. The lar­gest king­dom or empire was under the empe­ror Akbar, from the Muslim dynas­ty Mughal (which ruled parts of north India from 1526 to 1858).

7. Raj means rule in Hindi.

8. The same method was used in Palestine, later on.

9. Sati is he fune­ral cus­tom where a widow immo­lates her­self on her husband’s pyre or takes her own life in ano­ther fashion short­ly after her husband’s death. This was prac­ti­sed to make sure that pro­per­ty does not go out­side the fami­ly.

10. The crea­tion of Pakistan, exclu­si­ve­ly for Muslims, led to large scale migra­tion of Hindus and Sikhs into main­land India and Muslims into the new­ly crea­ted nation ; it also led to large scale riots and to the death of around 2 mil­lion people and about 15 mil­lion being ren­de­red home­less. Kashmir, the nor­thern most state of India remains a conten­tious area to this date, with both India and Pakistan laying claims to it. Memories of par­ti­tion still haunt the coun­try, and are often poli­ti­ci­sed for elec­to­ral bene­fits.

11. M. S. Golwalkar, the second pre­mier and the most impor­tant lea­der of the RSS wrote : « To keep up the puri­ty of the Race and its culture, Germany sho­cked the world by her pur­ging the coun­try of the Semitic Races — the Jews… Germany has also shown how well-nigh impos­sible it is for races and cultures, having dif­fe­rences going to the root, to be assi­mi­la­ted into one uni­ted whole… a good les­son for us in Hindustan [Hindustan means abode of Hindus, nda.] to learn and pro­fit by ».

12. One of its lea­ders spent consi­de­rable time in Italy during Mussolini’s regime to unders­tand the methods of the fas­cists by visi­ting fas­cist mili­ta­ry aca­de­mies.

13. The Communist Party of India was for­med in the 1920 by M. N. Roy, who also foun­ded the Communist Party of Mexico (the first com­mu­nist par­ty out­side Russia) and who was sent by Lenin to spread revo­lu­tion in India. At the same time, the socia­lis­tic lea­nings of many lea­ders in the Congress, espe­cial­ly Jawaharlal Nehru, the first prime minis­ter, was due to the influence of Marx and Lenin.

14. The worker’s wing of the RSS played a pivo­tal role in wea­ke­ning the com­mu­nist par­ty as they star­ted exer­ting consi­de­rable influence among fac­to­ry wor­kers in indus­trial cities and areas.

15. Indira is not rela­ted to Mahatma Gandhi.

16. Bombay was rena­med « Mumbai » in 1995 after a Hindu god­dess, when the Hindu natio­na­lists came to power.

17. Political sup­port for neo­li­be­ral regimes in demo­cra­tic coun­tries like India is far more threa­te­ned, due to heigh­te­ned inequa­li­ty in an alrea­dy dee­ply une­qual socie­ty based on caste.

18. The term « geno­cide » is dis­cus­sed among com­men­ta­tors. We use it in the wake of Martha Nussbaum’s book, The Clash Within : Democracy, Religious Violence, and India’s Future (Belknap Press, 2007), whose first chap­ter is entit­led « Genocide in Gujarat ».

19. The geno­cide in Gujarat which led to the death of more than 2000 people and dis­pla­ce­ment of more than 200 000 is dif­ferent from other riots in the his­to­ry of inde­pendent India. On their return from offe­ring prayers at the Babri Masjid site at Ayodhya, a com­part­ment of the train in which the Sangh Parivar wor­kers were tra­ve­ling was set on fire due to an alter­ca­tion at Godhra rail­way sta­tion. 59 of them died. In what is said to be a reac­tion to this inci­dent, Muslims were killed, raped and loo­ted across the state of Gujarat. The majo­ri­ty com­mu­ni­ty of Hindus was exten­si­ve­ly sup­por­ted by the poli­ti­cal machi­ne­ry and the bureau­cra­cy in iden­ti­fying, mar­king and killing by bur­ning and but­che­ring Muslims. Hundreds of women were bru­tal­ly gang-raped and bur­ned to des­troy evi­dences. Housing socie­ties were set on fire. Even high court judges had to shift from their offi­cial resi­dences to safe loca­tions. In the elec­tions fol­lo­wing the geno­cide, Narendra Modi won with a thum­ping majo­ri­ty. He and his par­ty was to head the govern­ment in Gujarat for 12 years.

20. Equivalent to the Governor of a state in USA.

21. Modi was nomi­na­ted to be the Chief Minister by the BJP cen­tral lea­der­ship under direc­tions from the RSS.

22. Modi’s caste is clo­ser to the caste of traders/businessmen.


REBONDS

☰ Lire notre entre­tien avec Vandana Shiva : « Gandhi est plus per­ti­nent qu’il ne l’a jamais été », février 2017
☰ Lire notre article : « Carnet de Birmanie : les Rohingya oubliés », Médine, février 2017

Siyad Sayid
Siyad Sayid

Écrivain et cinéaste indien.

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Au sommaire :
Issa, libre-penseur (Anne Feffer) | Rencontre avec les dockers du Havre (Léon Mazas & Djibril Maïga) | Rencontre avec Florence Aubenas | Angela Davis et Assa Traoré. Entretien croisé | Décroissance, écosocialisme : comment répondre à la question écologique ? avec Agnès Sinaï et Michael Löwy | Afrique du Sud | Une maraude avec l’ADSF (Maya Mihindou) | Vers la libération animale (Léonard Perrin) | Le fédéralisme, avenir de la révolution ? (Edouard Jourdain) | Claude Cahun (Adeline Baldacchino) | Vivre à Jérusalem (Hassina Mechaï) | Pourquoi nous rampons sous la peau du monde (Stéphane Beauverger, Collectif Zanzibar)

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