Dominique Vidal : « La lutte contre l’antisémitisme doit se mener en Occident comme dans le monde arabo-musulman »


Entretien inédit pour le site de Ballast

« Nous ne cède­rons rien à l’antisionisme, car il est la forme réin­ven­tée de l’antisémitisme », a lan­cé Emmanuel Macron en 2017, assi­mi­lant la défense d’une opi­nion poli­tique — his­to­ri­que­ment por­tée par bien des Juifs socia­listes et révo­lu­tion­naires — à un délit, entendre du racisme. Cette décla­ra­tion a fait bon­dir Dominique Vidal, his­to­rien, jour­na­liste et ancien rédac­teur en chef adjoint au Monde diplo­ma­tique ; il a depuis répon­du au pré­sident par un ouvrage paru aux édi­tions Libertalia. Au len­de­main de la visite offi­cielle pari­sienne du lea­der d’ex­trême droite Benjamin Netanyahou et quelques semaines après la tout aus­si polé­mique qu’o­dieuse tri­bune des 300 dénon­çant l’« épu­ra­tion eth­nique à bas bruit » qui frap­pe­rait les Français juifs, reve­nons avec lui sur une tra­di­tion aujourd’­hui mécon­nue, celle du Bund et du Matzpen, por­tant haut la voix de l’é­man­ci­pa­tion juive, de la lutte sociale et de l’an­ti­ra­cisme.


Vous écri­viez dans Le Mal-être juif que de nom­breux Français d’origine ou de confes­sion juive éprou­vaient « un réel malaise », voire un « désar­roi pro­fond ». C’était il y a 15 ans. Comment la situa­tion a‑t-elle évo­lué depuis ?

Le malaise est tou­jours là. Il a même conduit un nombre plus éle­vé de Juifs à quit­ter la France pour Israël depuis le début du siècle. Certes, objec­ti­ve­ment, l’antisémitisme est sur le recul en France. En tant qu’idéologie, il a régres­sé au point de deve­nir mar­gi­nal : 89 % consi­dèrent les Juifs comme « des Français comme les autres », contre moins d’un tiers il y a 70 ans. En revanche, les pré­ju­gés, bien qu’en dimi­nu­tion, se main­tiennent à un niveau éle­vé : 35 % des Français, par exemple, pensent que « les Juifs ont un rap­port par­ti­cu­lier à l’argent ». Enfin, les actes de vio­lence contre les Juifs, après un pic au début du siècle, ont recu­lé pro­gres­si­ve­ment — de même, d’ailleurs, que ceux visant les musul­mans, après le pic de 2015. L’année 2017 marque une nou­velle décrue : 121 faits anti­mu­sul­mans (- 34,5 %), 311 anti­juifs (- 7,2 %) et 518 autres faits racistes (- 14,8 %). Mais ces faits indis­cu­tables, que la Commission natio­nale consul­ta­tive des droits de l’homme rap­porte et ana­lyse chaque année, contre­disent la sub­jec­ti­vi­té de nombre de Juifs. Et pour cause : moins nom­breuses, les vio­lences qui les frappent sont sou­vent beau­coup plus bru­tales. Pour la pre­mière fois depuis 1945 — atten­tats ter­ro­ristes étran­gers mis à part (comme rue Copernic, en 1980, ou rue des Rosiers, en 1982) —, 11 Juifs ont été assas­si­nés en tant que Juifs : les huit vic­times de Merah, en 2012, et de Coulibaly trois ans plus tard, tueurs à l’antisémitisme affi­ché, mais aus­si Ilan Halimi, Sarah Halimi et Mireille Knoll, par des assas­sins chez qui la haine des Juifs se mêle aux moti­va­tions cra­pu­leuses et sans doute à la folie.

Vous avez un jour dres­sé le por­trait d’un Français com­mu­niste juif, depuis décé­dé : Henri Malberg. Ce der­nier consta­tait la mon­tée des racismes et la liait au recul des « idées col­lec­tives de pro­grès ». Quelle cor­ré­la­tion peut-on effec­tuer entre l’effondrement de l’espoir socia­liste mon­dial et la résur­gence, un peu par­tout, des ques­tions iden­ti­taires ?

« Aucun des par­tis ou des mou­ve­ments d’ex­trême gauche ne flirte aujourd’hui avec la haine des Juifs. Au contraire. »

Henri Malberg, qui nous a quit­tés l’an der­nier, incar­nait bien à la fois le désir de moder­ni­sa­tion du com­mu­nisme fran­çais et la dif­fi­cul­té struc­tu­relle à la mettre en œuvre. Sur le point que vous citez, je par­ta­geais sa convic­tion : la carac­té­ris­tique com­mune à la mon­tée des popu­lismes, typique de notre époque, c’est la dis­pa­ri­tion de toute alter­na­tive — je veux dire dans les pays concer­nés par ce phé­no­mène, mais aus­si à l’échelle mon­diale. La chute du Mur et la fin de l’Union sovié­tique ont per­mis au capi­ta­lisme mon­dia­li­sé d’étendre son emprise sur l’essentiel de la pla­nète. Sans doute le « socia­lisme réel » ne consti­tuait-il pas une alter­na­tive réelle, mais il sem­blait en offrir une à nombre d’hommes et de femmes, et il repré­sen­tait à la fois une concur­rence pour l’Occident et une aide pour les mou­ve­ments s’opposant à celui-ci. Sur fond de crise éco­no­mique, sociale, morale et poli­tique, cette absence d’alternative pousse aujourd’hui les vic­times de la mon­dia­li­sa­tion libé­rale dans les bras de l’extrême droite et plus géné­ra­le­ment des popu­listes. Si vous ajou­tez la vague fas­ci­sante qui déferle en Pologne, en Hongrie et main­te­nant en Tchéquie, la pous­sée des extrêmes droites ouest-euro­péennes et la per­cée des forces euros­cep­tiques, Brexit en tête, le pay­sage euro­péen qui se modèle sous nos yeux a de quoi inquié­ter. L’orientation pro-israé­lienne de la plu­part de ces par­tis n’empêche pas l’expression d’un anti­sé­mi­tisme plus ou moins assu­mé. Des amis de Benyamin Netanyahou comme Jaroslaw Kaczynski ou Viktor Orban n’en font pas mys­tère : le pre­mier a fait adop­ter par la Diète une loi interdisant1Voir « Génocide juif : la Pologne face à ses démons », L’Obs, mars 2018. d’évoquer la col­la­bo­ra­tion polo­naise, pour­tant mas­sive, avec l’Allemagne nazie ; le second qua­li­fie de héros le régent Horthy (le Pétain hon­grois), dont les suc­ces­seurs ont « lais­sé » dépor­ter et exter­mi­ner 430 000 Juifs hon­grois… La recons­ti­tu­tion d’alternatives sys­té­miques — éco­no­miques, sociales et poli­tiques — est à mon sens la clé de l’avenir, et celle du com­bat contre tous les popu­lismes.

Philippe Poutou a décla­ré à la fin du mois d’avril 2018 : « S’il y a un cou­rant qui com­bat l’antisémitisme depuis tou­jours, c’est bien la gauche radi­cale. » Comment entendre alors le retour en force, dans les grands médias, de l’expression « anti­sé­mi­tisme de gauche » ou bien les pro­pos de l’historien Moishe Postone, huit ans plus tôt : « Nous avons main­te­nant une forme d’antisémitisme qui semble être pro­gres­siste et anti-impé­ria­liste ; là est le vrai dan­ger pour la gauche. Le racisme en tant que tel repré­sente rare­ment un dan­ger pour la gauche. Elle doit certes prendre garde à ne pas être raciste mais ça n’est pas un dan­ger per­ma­nent, car le racisme n’a pas la dimen­sion appa­rem­ment éman­ci­pa­trice qu’affiche l’antisémitisme. » ?

La for­mu­la­tion de votre ques­tion m’étonne. Pour Ballast, le fait que les médias rabâchent une erreur trans­forme-t-il celle-ci en véri­té ? Certes, si vous pen­sez à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, vous avez rai­son : l’historien Michel Dreyfus a ample­ment démon­tré, dans son livre L’Antisémitisme à gauche, qu’à l’époque une par­tie du mou­ve­ment ouvrier et démo­cra­tique res­tait influen­cé par les pré­ju­gés anti-juifs. Il en est allé de même à l’Est, notam­ment dans la période sta­li­nienne. Tant il est vrai, comme le disait le social-démo­crate alle­mand August Bebel, que « l’antisémitisme est le socia­lisme des imbé­ciles ». Mais la gauche a tiré les leçons de la mon­tée du fas­cisme et du nazisme dans les années 1920 et 1930, puis de la Seconde Guerre mon­diale et du géno­cide nazi. Ce qui me frappe dans les accu­sa­tions de cer­tains sur ce point, c’est qu’elles res­tent tou­jours floues. Qui sont ces per­son­na­li­tés repré­sen­ta­tives de l’extrême gauche qui seraient anti­sé­mites ? Des com­mu­nistes ? Des trots­kystes ? Des alter­mon­dia­listes ? Des éco­lo­gistes ? Aucun de ces par­tis ou de ces mou­ve­ments ne flirte aujourd’hui avec la haine des Juifs. Au contraire, c’est de ce côté-là que les Juifs ont trou­vé, à l’heure du plus grand péril, leurs défen­seurs les plus héroïques. Je rap­pelle qu’il y avait en France, en 1939, 330 000 Juifs, fran­çais et étran­gers. Environ 75 000 d’entre eux ont été dépor­tés et presque aucun n’est reve­nu des camps de la mort. Autrement dit, plus des trois quarts des Juifs vivant en France ont échap­pé au géno­cide, et cha­cun sait que ce miracle — unique en Europe — ne doit presque rien au hasard mais presque tout à la soli­da­ri­té popu­laire avec les Juifs…

(DR) (colo­ri­sé par Dana Keller)

Le Parisien a publié le 22 avril 2018 un mani­feste dénon­çant « le nou­vel anti­sé­mi­tisme ». Vous avez vive­ment cri­ti­qué ce texte tout en rap­pe­lant que « la lutte contre l’antisémitisme consti­tue un impé­ra­tif moral et poli­tique majeur ». En 2004, vous aviez par­lé de la « véri­table régres­sion » anti­sé­mite tou­chant « le monde arabe » : com­ment tenez-vous les deux bouts de la corde ?

Je ne vois pas de contra­dic­tion dans ma concep­tion de la lutte contre l’antisémitisme : j’estime qu’elle doit se mener en Occident comme dans le monde ara­bo-musul­man. Et comme j’essaie d’être cohé­rent, je ne me contente pas de dénon­cer depuis mon bureau la résur­gence de ce phé­no­mène dans cer­tains pays arabes : je vais sur place en dis­cu­ter avec mes col­lègues. C’est ain­si que j’ai par­ti­ci­pé en décembre 2003 à une confé­rence à Amman, où j’ai mis tout cela sur la table. J’y citais pré­ci­sé­ment des déra­pages anti­sé­mites dans des médias arabes de l’é­poque, en par­ti­cu­lier la réédi­tion ou la mani­pu­la­tion du faux tsa­riste inti­tu­lé Protocoles des Sages de Sion, mais aus­si le déve­lop­pe­ment de thèses néga­tion­nistes. Et je rap­pe­lais ce qu’é­cri­vait Edward Saïd dans un article du Monde diplo­ma­tique d’août 1998 : « La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabri­ca­tion des sio­nistes cir­cule ici et là de manière inac­cep­table. Pourquoi atten­dons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souf­frances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppres­seurs, et si nous nous avé­rons inca­pables de trai­ter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision sim­pliste d’intellectuels bien-pen­sants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. […] Reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du géno­cide contre le peuple juif nous rend cré­dibles pour ce qui est de notre propre his­toire ; cela nous per­met de deman­der aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injus­tices impo­sées aux Palestiniens. »

Dans Les Banlieues, le Proche-Orient et nous, paru en 2006, vous par­liez de l’« urgente néces­si­té » des alliances à créer entre la gauche his­to­rique et les quar­tiers popu­laires. Une voix, polé­mique, a émer­gé 10 ans plus tard en la per­sonne d’Houria Bouteldja : « Vous êtes, écri­vait-elle en s’adressant aux Juifs fran­çais, tou­jours dans le ghet­to. Et si nous en sor­tions ensemble ? » Comment avez-vous per­çu cette pro­po­si­tion ?

« La révolte des ban­lieues en 2005 a confir­mé le carac­tère cru­cial — et qui le reste plus que jamais — de l’alliance entre les dif­fé­rentes com­po­santes de la jeu­nesse de notre pays. »

L’ouvrage que vous évo­quez tirait les leçons d’une expé­rience excep­tion­nelle que nous avions menée, Leila Shahid, alors délé­guée géné­rale de Palestine en France, le mili­tant israé­lien paci­fiste Michel Warschawski et moi-même : en trois ans, à l’initiative des Amis du Monde diplo­ma­tique, nous avions par­ti­ci­pé à une qua­ran­taine de mee­tings « dans les villes et les ban­lieues » fran­çaises et dia­lo­gué ain­si avec plus de 20 000 per­sonnes. Au cœur de notre démarche se trou­vait l’idée du taayush, du « vivre ensemble », au Proche-Orient comme en France et, plus géné­ra­le­ment, en Europe. La révolte des ban­lieues en 2005 a confir­mé le carac­tère cru­cial — et qui le reste plus que jamais — de l’alliance entre les dif­fé­rentes com­po­santes de la jeu­nesse de notre pays. Je serais très heu­reux si Houria Bouteldja et ses amis allaient dans ce sens. Hélas, je ne le crois pas, car ils ne réflé­chissent jus­te­ment pas en termes d’alliance. Au contraire, ils poussent les jeunes issus de l’immigration à un repli, à mon avis sui­ci­daire, sur eux-mêmes. Des mil­lions de jeunes d’origine arabe ou afri­caine subissent ghet­toï­sa­tion, dis­cri­mi­na­tions et humi­lia­tions. Ils n’imposeront pas seuls leur droit à l’égalité. Seul le com­bat com­mun avec leurs frères d’âge le leur per­met­tra. Et, dans ce com­bat com­mun, cha­cun doit trou­ver sa place spé­ci­fique, les Juifs comme les autres.

Vous expli­quez dans votre der­nier ouvrage, Antisémitisme = anti­sio­nisme ?, que « le chan­tage à l’antisémitisme » fonc­tionne encore à plein régime. « Le tabou de res­pect pour le mar­tyre juif pas­sé devient un tabou de mutisme pour la tra­gé­die pales­ti­nienne », rap­pe­lait déjà Edgar Morin dans un article paru en 1997. Pourquoi reste-t-il à ce point dif­fi­cile, sept décen­nies après l’Holocauste, d’embrasser d’un même mou­ve­ment la mémoire de Ravensbrück et de Deir Yassin, de faire entendre que la cri­tique du sio­nisme est consub­stan­tielle à l’histoire juive ?

C’est bana­li­ser un des pires géno­cides de l’histoire de l’Humanité que de l’instrumentaliser pour faire taire toute cri­tique de la poli­tique israé­lienne et, plus géné­ra­le­ment, du sio­nisme. La Seconde Intifada et sa répres­sion ont pro­vo­qué, en France, au début du siècle, une explo­sion de vio­lences anti­sé­mites et racistes. On se sou­vient qu’Alain Finkielkraut déli­ra même en par­lant d’« année de Cristal2Le 9 novembre 1938, lors de la « nuit de Cristal », les nazis avaient détruit 191 syna­gogues et 7 500 maga­sins, assas­si­né 91 juifs et en avaient dépor­té 30 000 autres en camps de concen­tra­tion. »… Dans ce cli­mat, les incon­di­tion­nels d’Israël se lan­cèrent dans un véri­table « chan­tage à l’antisémitisme » : des intel­lec­tuels, des ensei­gnants et des jour­na­listes furent insul­tés, dif­fa­més et même, pour cer­tains, traî­nés devant les tri­bu­naux — en vain : aucun ne fut fina­le­ment condam­né. Deuxième étape : la ten­ta­tive de cri­mi­na­li­ser la cam­pagne Boycott-Désinvestissement-sanc­tion (BDS), sur la base de la direc­tive de la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, en 2010, que Christiane Taubira n’a mal­heu­reu­se­ment pas annu­lée. Sur des cen­taines d’actions de boy­cott, les par­quets n’en ont pour­sui­vi qu’une dou­zaine, dont deux seule­ment ont débou­ché sur une condam­na­tion. L’une d’elle, à Colmar, est désor­mais sou­mise à la Cour euro­péenne des droits de l’homme, qui pour­rait reto­quer la Cour de cas­sa­tion fran­çaise. Selon Federica Mogherini, la ministre euro­péenne des Affaires étran­gères, l’Union « se posi­tionne fer­me­ment pour la pro­tec­tion de la liber­té d’expression et de la liber­té d’association, en cohé­rence avec la Charte des droits fon­da­men­taux, qui est appli­cable au ter­ri­toire des États membres, y com­pris en ce qui concerne les actions BDS ».

Manifestation pro-pales­ti­nienne contre les accords de Camp David devant la Maison Blanche, en 1979 (Wally McNamee/Corbis | Getty Images)

En dif­fi­cul­té, les orga­ni­sa­teurs de ces ten­ta­tives liber­ti­cides exigent main­te­nant qu’une loi sanc­tionne… l’antisionisme, pro­fi­tant pour ce faire de la petite phrase du pré­sident de la République lors de la com­mé­mo­ra­tion du 75e anni­ver­saire de la rafle du Vel d’Hiv : « Nous ne cède­rons rien à l’antisionisme, car il est la forme réin­ven­tée de l’antisémitisme », avait décla­ré Emmanuel Macron le 16 juillet 2017 — un amal­game qu’il n’a pas repris, notons-le, dans son dis­cours au dîner du CRIF le 7 mars der­nier. Au-delà des manœuvres poli­ti­ciennes, une ques­tion fon­da­men­tale se pose : serons-nous capables de nous confron­ter à nos his­toires, à nos mémoires ? Le géno­cide nazi n’a pas de pré­cé­dent, parce que — comme l’écrivait l’historien alle­mand Eberhard Jäckel — « jamais encore aupa­ra­vant un État n’avait déci­dé et annon­cé, sous l’autorité de son res­pon­sable suprême, qu’un cer­tain groupe humain devrait être exter­mi­né, si pos­sible dans sa tota­li­té […], déci­sion que cet État a, ensuite, appli­quée avec tous les moyens à sa dis­po­si­tion ». Il ne s’inscrit pas moins dans la chaîne des géno­cides qui jalonnent l’histoire, et dont il consti­tue le para­digme. Et les hor­reurs des guerres colo­niales ont éga­le­ment leur place dans cette his­toire. Bien que ces deux termes signi­fient « catas­trophe », res­pec­ti­ve­ment en arabe et en hébreu, la Nakba n’est pas la Shoah : une expul­sion mas­sive ne consti­tue pas un géno­cide. Reste que la pos­si­bi­li­té pour les sur­vi­vants juifs du géno­cide nazi de recons­truire leur vie en Israël a eu pour prix, en 1947–1949, des dizaines de mas­sacres de Palestiniens qui ont débou­ché sur l’exode for­cé de quelque 800 000 hommes, femmes et enfants. Bref, les Palestiniens, qui n’avaient aucune res­pon­sa­bi­li­té dans l’extermination des Juifs en Europe, l’ont payée au Proche-Orient. C’est dire que le néga­tion­nisme de la Nakba est his­to­ri­que­ment et poli­ti­que­ment indé­fen­dable. D’autant que les « nou­veaux his­to­riens israé­liens », bien que presque tous sio­nistes, n’en ont pas moins confir­mé pour l’essentiel la vision pales­ti­nienne et arabe de cette tragédie3Mon livre, Le Péché ori­gi­nel d’Israël (édi­tions de l’Atelier, 1998), repu­blié sous le titre Comment Israël expul­sa les Palestiniens 1947–1949, résume ces ouvrages, dont cer­tains ont ensuite été tra­duits en fran­çais.. Avez-vous visi­té le mémo­rial de la Shoah de Yad Vashem ?

Oui.

Lorsque vous sor­tez du long et sombre tun­nel qui raconte le géno­cide nazi, vous débou­chez sur une ter­rasse enso­leillée don­nant sur le pay­sage de l’ouest de Jérusalem. Regardez bien à droite : ce sont les restes du vil­lage de Deir Yassine, mas­sa­cré le 9 avril 1948 par l’Irgoun et le Lehi, avec l’aide de la Hagana

Vous appré­ciez Marek Edelman, figure de l’insurrection du ghet­to de Varsovie, de l’antisionisme et du Bund. Ce der­nier a qua­si­ment dis­pa­ru. Que reste-t-il aujourd’hui, fût-ce de manière dif­fuse, du mou­ve­ment socia­liste juif et de cette mémoire mécon­nue ?

« Le Bund pro­po­sait une troi­sième voie entre deux illu­sions : celle des com­mu­nistes juifs, pour qui la révo­lu­tion socia­liste résou­drait à elle seule le pro­blème juif, et celle des sio­nistes, pour qui la créa­tion d’un État juif nor­ma­li­se­rait le peuple juif. »

Dans les années 1960, quand on savait encore fort peu de choses sur le géno­cide nazi, cer­tains disaient que les Juifs étaient « allés à l’abattoir comme des mou­tons ». Avec les recherches des his­to­riens, notam­ment allemands4J’ai publié en 2002 une syn­thèse des tra­vaux de ces his­to­riens, Les Historiens alle­mands relisent la Shoah (édi­tions Complexe), qui a atti­ré l’attention des édi­teurs fran­çais sur ces tra­vaux., sur la Shoah, il est clair que ce pro­pos n’est pas seule­ment blas­phé­ma­toire : il ne cor­res­pond abso­lu­ment pas à la réa­li­té. La pro­por­tion de résis­tants par­mi les Juifs est au moins aus­si impor­tante que dans le reste des popu­la­tions occu­pées par les nazis. En France, par exemple, Juifs, Arméniens, Espagnols et Italiens ont sou­vent été à l’origine des pre­miers groupes qui mobi­li­sèrent contre l’Occupant. À l’est aus­si, les Juifs ayant réus­si à échap­per aux nazis rejoi­gnirent mas­si­ve­ment les maquis. Marek Edelman sym­bo­lise à mes yeux cette résis­tance juive. Aux côtés du sio­niste de gauche Mordechaj Anielewicz puis, après la mort de ce der­nier, à sa place, il diri­gea le sou­lè­ve­ment du ghet­to de Varsovie, qui tint tête trois semaines durant à la Wehrmacht. Après la guerre, deve­nu car­dio­logue, il res­te­ra en Pologne mais cri­ti­que­ra le régime com­mu­niste et notam­ment ses ten­dances anti­sé­mites. Il se pro­non­ce­ra aus­si avec constance pour les droits du peuple pales­ti­nien jusqu’à sa mort en 2009, à 88 ans. Edelman était membre du Bund, l’Union géné­rale des tra­vailleurs juifs de Pologne, de Russie et de Lituanie. Ce mou­ve­ment social-démo­crate reje­tait le pro­jet sio­niste d’État juif en Palestine, auquel il oppo­sait l’« auto­no­mie » cultu­relle des Juifs dans les pays où ils résident. Comme vous le dites, cette for­ma­tion a qua­si­ment dis­pa­ru. Et pour cause : ceux aux­quels elle s’adressait ont eux-mêmes dis­pa­ru dans les ghet­tos, les camps de concen­tra­tion et les centres d’extermination. De là à dire qu’il ne reste rien de cette pen­sée, il y a un pas que je ne fran­chi­rai pas. Le Bund pro­po­sait une troi­sième voie entre deux illu­sions : celle des com­mu­nistes juifs, pour qui la révo­lu­tion socia­liste résou­drait à elle seule le « pro­blème juif », et celle des sio­nistes, pour qui la créa­tion d’un État juif « nor­ma­li­se­rait » le « peuple juif ». Cette troi­sième voie me semble en fait très moderne.

« Le sio­nisme de gauche, qui débat en per­ma­nence entre ses contra­dic­tions internes (entre État juif et démo­cra­tie, entre droit et jus­ti­fi­ca­tion de la poli­tique israé­lienne), est entré dans une crise majeure », nous disait en inter­view le jour­na­liste israé­lien Michel Warschawski. Si l’on accepte l’hypothèse d’un « sio­nisme de gauche », c’est-à-dire d’un sio­nisme qui ne serait pas consub­stan­tiel­le­ment domi­na­teur et épu­ra­teur, que reste-t-il, de nos jours, de l’idée d’émancipation dans ce dis­cours sio­niste ?

Comment ne pas être d’accord avec mon ami Michel Warschawski ? Je suis frap­pé par l’autocritique, à des degrés divers, de nom­breuses per­son­na­li­tés sio­nistes de gauche. Relisez la tri­bune his­to­rique publiée il y a 15 ans, sous le titre « La révo­lu­tion sio­niste est morte », par Avraham Burg, ancien pré­sident de l’Agence juive et ex-pré­sident de la Knesset. Lisez les textes récents de l’historien Zeev Sternhell sur la res­sem­blance entre l’Israël de Netanyahou et « le nazisme à ses débuts »5Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts », Le Monde, 18 février 2018.. Même des piliers comme les écri­vains A. B. Yehoshua, Amos Oz et David Grossman remettent en cause cer­tains de leurs dogmes. Il est vrai que Netanyahou et ses alliés-rivaux enterrent désor­mais ouver­te­ment la pers­pec­tive des deux États. Mais la droite et l’extrême droite ne sont pas seules en cause. Qui a mené les guerres d’Israël — en 1948, 1956, 1967, etc. — sinon la « gauche » tra­vailliste ? Qui a mode­lé la socié­té israé­lienne dans le moule capi­ta­liste, puis ultra­ca­pi­ta­liste ? Qui a « recru­té » puis mal­trai­té les Juifs orien­taux ? Qui a sabo­té sys­té­ma­ti­que­ment le « pro­ces­sus de paix » ? Qui a per­mis à Netanyahou et Sharon de reve­nir au pou­voir ? Qui a renon­cé à toute alter­na­tive, inté­rieure comme exté­rieure ? Les res­pon­sa­bi­li­tés des tra­vaillistes — et sin­gu­liè­re­ment de diri­geants comme David Ben Gourion, Golda Meir, Shimon Peres ou Ehoud Barak — dans la dégé­né­res­cence d’Israël est écra­sante. Pour autant, face à la radi­ca­li­sa­tion en cours, quand le pou­voir entend annexer le reste de la Palestine, quand il fait voter par la Knesset un stu­pé­fiant arse­nal liber­ti­cide, quand il léga­lise l’apartheid par une loi consti­tu­tion­nelle, peut-on se conten­ter de répé­ter « blanc bon­net et bon­net blanc » ? Si j’étais israé­lien, je crois que je tra­vaille­rais au ras­sem­ble­ment de toutes les forces prêtes à se mobi­li­ser pour les droits natio­naux du peuple pales­ti­nien et pour la défense de ce qui reste de liber­tés d’opinion et d’expression. Le rejet de tout dia­logue et a for­tio­ri de toute alliance avec la gauche sio­niste me paraît d’autant plus étrange quand il vient de par­ti­sans d’un État bina­tio­nal démo­cra­tique : avec qui vont-ils le bâtir ? Avec la seule Liste arabe unie ? Il fau­dra bien ras­sem­bler suf­fi­sam­ment d’Israéliens pour don­ner sa chance à cette nou­velle forme de coexis­tence entre les deux peuples — dont cer­tains qui se recon­naissent aujourd’hui plus ou moins dans le concept de sio­nisme.

(Wisam Hashlamoun/Anadolu Agency/Getty Images)

Vous avez dit à Daniel Mermet que « plus on est anti­sio­niste, plus on doit être vigi­lant à l’é­gard [des déra­pages anti­sé­mites], car cela nuit à la cause que l’on entend défendre » : que recouvre ce « plus » ?

Cela sou­ligne seule­ment que tout déra­page ver­bal, venant de mili­tants de la soli­da­ri­té avec la Palestine, n’est pas seule­ment mora­le­ment condam­nable : il coûte poli­ti­que­ment très cher à celui qui s’y livre et, au-delà, à la cause pales­ti­nienne elle-même. D’où mon appel — répé­té dans les dizaines de confé­rences que j’ai tenues à pro­pos de mon livre — à la plus grande vigi­lance. D’autant qu’il y a dans ce pays deux poids deux mesures : quand Francis Kalifat traite scan­da­leu­se­ment Jean-Luc Mélenchon d’antisémite, que se passe-t-il ? Rien.

En 1967, le Matzpen lan­çait : « Il faut com­prendre que les masses israé­liennes ne seront déli­vrées de l’in­fluence du sio­nisme et ne lut­te­ront contre lui qu’à la condi­tion que les forces pro­gres­sistes du monde arabe leur pré­sentent une pers­pec­tive de coexis­tence sans oppres­sion natio­nale. […] Nous en appe­lons aux forces socia­listes révo­lu­tion­naires des pays arabes et des autres pays, afin qu’elles prennent en consi­dé­ra­tion le pro­gramme pré­sent qui est le nôtre, et entament une large dis­cus­sion en vue de mettre au point une posi­tion com­mune sur les pro­blèmes du Moyen-Orient. » Ce rêve inter­na­tio­na­liste est-il défi­ni­ti­ve­ment mort ?

« L’apartheid sud-afri­cain est mort voi­ci près de 30 ans. On ima­gine mal que Netanyahou, Bennett, Liberman et Shaked puissent le res­sus­ci­ter ailleurs pour long­temps. »

J’espère qu’il n’est pas mort. Et je ne crois pas qu’il le soit. Ce n’est ni ma faute ni la vôtre, mais celle de Theodor Herzl : le fon­da­teur du sio­nisme a choi­si d’implanter son « État des Juifs » au beau milieu du monde arabe. Sauf à ima­gi­ner que les rap­ports de forces mili­taires lui soient éter­nel­le­ment favo­rables et qu’un Trump occupe pour l’éternité la Maison-Blanche, il n’aura pas d’autre garan­tie de sur­vie à long terme qu’un accord de paix durable avec ses voi­sins. D’autant que, depuis la paru­tion du Manifeste du Matzpen, quelques jours avant la guerre de 1967, la situa­tion a radi­ca­le­ment chan­gé au Proche-Orient : Israël a qua­dru­plé son ter­ri­toire, occu­pant puis colo­ni­sant Jérusalem-Est, la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Sinaï et le Golan. Quant au monde arabe, après avoir long­temps refu­sé de négo­cier avec lui, il s’est pro­gres­si­ve­ment enga­gé dans cette direc­tion, du plan Fahd de 1981 jusqu’à l’« offre de paix » de 2002, réaf­fir­mée depuis régu­liè­re­ment. Mais, cha­cun le sait, la clé est et reste pales­ti­nienne. Or après 25 ans d’un « pro­ces­sus de paix » sabo­té par Israël, la pers­pec­tive des deux États s’efface au rythme où se pré­cise celle de l’annexion par Israël du reste de la Palestine. Quel para­doxe ! Voilà que les diri­geants sio­nistes, cen­sés consti­tuer un État à majo­ri­té juive, jettent les bases d’un État à majo­ri­té arabe ! C’est bien pour­quoi ils excluent — à l’exception notable du pré­sident Reuven Rivlin — d’accorder le droit de vote aux Palestiniens annexés avec leur terre. Pis : le pro­jet de nou­velle loi fon­da­men­tale sti­pule que « seul le peuple juif a droit à l’autodétermination en Israël ». Et, pour mettre les points sur les i, il retire à l’arabe son sta­tut de langue offi­cielle !

L’apartheid sud-afri­cain est mort voi­ci près de 30 ans. On ima­gine mal que Netanyahou, Bennett, Liberman et Shaked puissent le res­sus­ci­ter ailleurs pour long­temps. Le seul fait de créer un État bina­tio­nal de fait pose la ques­tion de sa démo­cra­ti­sa­tion — donc de l’égalité des droits entre Juifs et Arabes. Bref, la vision qui gui­dait le Manifeste du Matzpen retrouve toute sa per­ti­nence lorsqu’il appe­lait à la « dés­io­ni­sa­tion » d’Israël, qui doit, pré­ci­sait-il, « subir une pro­fonde trans­for­ma­tion révo­lu­tion­naire, de sorte que cet État sio­niste (c’est-à-dire État des Juifs du monde entier) devienne un État socia­liste repré­sen­tant les inté­rêts des masses qui s’y trouvent ». Une telle dyna­mique pour­rait aller à la ren­contre des aspi­ra­tions révé­lées par les mou­ve­ments révo­lu­tion­naires arabes appa­rus en 2011. Si la plu­part d’entre eux ont été pour l’instant conte­nus par la contre-révo­lu­tion, qu’elle soit saou­dienne, syrienne ou égyp­tienne, nul doute que cette vague ne déferle à nou­veau dans un futur sans doute proche. L’avenir du Moyen-Orient n’appartient pas qu’à la droite israé­lienne et aux dic­ta­tures arabes.


Illustration de ban­nière : visuel du Bund


REBONDS

☰ Lire notre article « Cisjordanie : la résis­tance, une affaire de femmes », Paul Lorgerie, novembre 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Mohammad Bakri : « Le droit en lui-même est un cri », juin 2017
☰ Lire « Pourquoi nous sommes en grève de la faim dans les pri­sons d’Israël », Marwan Barghouti (tra­duc­tion), avril 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Michel Warschawski : « Il y a une civi­li­sa­tion judéo-musul­mane », mars 2017
☰ Lire notre entre­tien avec Ivan Segré : « Être à l’affut de toutes les conver­gences pro­gres­sistes », sep­tembre 2016
☰ Lire notre article « Marek Edelman : résis­ter », Émile Carme, novembre 2015
☰ Lire nos articles « Palestine : Naplouse, l’indomptable », JB, octobre 2015
☰ Lire notre série « Palestine-Israël, voix de femmes », Shimrit Lee, jan­vier 2015
☰ Lire l’entretien avec Georges Habache, lea­der du FPLP (Memento)

NOTES   [ + ]

1.Voir « Génocide juif : la Pologne face à ses démons », L’Obs, mars 2018.
2.Le 9 novembre 1938, lors de la « nuit de Cristal », les nazis avaient détruit 191 syna­gogues et 7 500 maga­sins, assas­si­né 91 juifs et en avaient dépor­té 30 000 autres en camps de concen­tra­tion.
3.Mon livre, Le Péché ori­gi­nel d’Israël (édi­tions de l’Atelier, 1998), repu­blié sous le titre Comment Israël expul­sa les Palestiniens 1947–1949, résume ces ouvrages, dont cer­tains ont ensuite été tra­duits en fran­çais.
4.J’ai publié en 2002 une syn­thèse des tra­vaux de ces his­to­riens, Les Historiens alle­mands relisent la Shoah (édi­tions Complexe), qui a atti­ré l’attention des édi­teurs fran­çais sur ces tra­vaux.
5.Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts », Le Monde, 18 février 2018.
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Au sommaire :
Julien, une vie française (Léon Mazas) ▽ Marseille sous les décombres (Maya Mihindou) ▽ Rencontre avec Charles Piaget ▽ La gauche face à la technique (avec François Jarrige et Alex Williams) ▽ Athènes, lignes de front (Rosa Moussaoui) ▽ Les violences sexuelles au travail (Mélanie Simon-Franza, Stéphane Simard-Fernandez) ▽ Les animaux luttent aussi (Frédéric Côté-Boudreau) ▽ Nouvelles de l'Amassada (Roméo Bondon et Jules Gras) ▽ De l'esclavage à la coopération : chronique de la dépendance (Saïd Bouamama) ▽ Un portrait de Joris Evens (Thibauld Weiler) ▽ Au nouveau Tchangarey, Niger (Adam Elhadj Saidi Aboubacar et Marie Detemple) ▽ La dernière toile (Adeline Baldacchino) ▽ « Exit la terre » (Seyhmus Dagtekin)

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