Ballast Debout


Hors-série n°1, semaine du 42 mars 2016

C’est essentiellement à titre individuel que nous participions à Nuit Debout, depuis le 31 mars 2016 — en France, en Belgique et bientôt au Québec. Mais, de débats en actions, l’idée nous est venue de rassembler en quelques pages plus d’un an de travail et de rencontres : donner à lire ou à relire des expériences de convergences effectives, du monde agricole au salariat, des banlieues et la jeunesse étudiante. Que ces paroles, couchées sur le papier via cette gazette, ce bulletin ou ce petit journal, puissent passer de main en main, être discutées, commentées, puissent inspirer ou servir (froissées en boule) de projectiles en cas de charge des « forces de l’ordre ». Les journaux dans la rue : vieille tradition émancipatrice depuis la Révolution française — vous trouverez un PDF, prêt à impression, pour vos villes, quartiers et villages. « Le pouvoir parle seul mais nous sommes des millions. »


Le roi est nu et ce n’est pas beau à voir. Mais remercions François Hollande et son gouvernement pour la lumière qu’ils apportent : la droite et la gauche se querellent sur la couleur des serviettes mais mangent à la même table. Le pouvoir parle seul mais nous sommes des millions. Nous sommes le nombre, sans noms, le peuple qui fait l’Histoire sans entrer dans ses livres. Nous ne sommes ni des « utopistes » ni des « rêveurs » : notre langue n’est pas faite du bois de leurs bureaux mais des réalités que nous vivons. Ils se remplissent les poches quand nous remplissons les places – de France, d’Allemagne, d’Espagne, de Belgique ou du Québec.

Ils ? L’oligarchie. Les cols blancs, les bien nourris, les cousus d’or. Même leur reflet peine à les « représenter » : ils sont ministres, conseillers, financiers, banquiers, actionnaires, grands patrons, experts, spécialistes, ils occupent les médias des puissants et dorment sur les bancs de l’Assemblée.

« Trouvons les mots, les nouveaux et les anciens, à même d’être entendus et repris par le grand nombre. »

Nous ? L’étudiant qui travaille dans un fast-food pour payer ses études ; la syndicaliste en garde à vue ; l’agriculteur qui se demande comment rembourser ses emprunts ; l’agente de propreté en charge des parties communes d’un hôpital ; le restaurateur dont l’établissement est perquisitionné sous l’état d’urgence ; la mère au chômage qui regarde le prix des marques de pâtes ; le jeune de quartier populaire révolté contre les contrôles incessants ; l’ouvrière licenciée pour des affaires de « compétitivité » ; le titulaire du RSA qui aimerait pouvoir partir une semaine en vacances ; la militante écologiste pliée sous les lacrymogènes ; le lycéen violenté quand il ne fait que manifester.

Nous savons déjà les divisions et les tensions qui traversent notre « nous » : cherchons plutôt ce que nous avons à dire – et surtout à faire – ensemble. Écrivons les chapitres qui manquent au récit collectif. Trouvons les mots, les nouveaux et les anciens, à même d’être entendus et repris par le grand nombre – sans folklore ni vaines crispations, sans jargon ni lourds schémas. Nous avons perdu assez de temps à jouer aux sept différences : voyons l’image qui nous rassemble. Les détails sont la passion des privilégiés.

Nous, contre leur fausse « alternance » ; nous, contre leur règne qui se maquille en démocratie ; nous, contre les équarrisseurs libéraux de l’Europe et du monde. Occuper des places ne suffira pas, à l’évidence, mais chacun, en se relevant, découvre un chemin trop longtemps obstrué : nous pouvons vivre sans eux. Le projet de loi sur la réforme du Travail doit finir à la décharge – puis le système qui l’a rendu possible avec.


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Traduction — english

The king is naked and it is not a pleasant sight. But we thank François Hollande and his government for what they make evident: the right and the left argue with each other over the colour of napkins but eat at the same table. Power speaks alone, but we are millions. We are the number without names, the people who make history without entering its books. We are neither “utopians” nor dreamers: our language is not made from the wood of their desks, but of the realities that we live. They fill their pockets when we fill the squares — of France, of Germany, of Spain, of Belgium or of Quebec.

They? The oligarchy. The white collars, the well nourished, the ones rolling in money. Even their reflection barely “represents” them: they are ministers, councilors, financiers, bankers, stock holders, big bosses, experts, specialists, they occupy the powerful media and sleep on the seats of the Assembly.

We? The students who works in a fast-food to pay for her/his studies; the unionist under police custody; the farmer who asks how s/he can pay her/his debts; the caretaker of the common spaces of a hospital; the restaurant owner searched under the provisions of the state of emergency; the unemployed mother who surveys the price of pasta; the young person of a poor neighbourhood revolted by constant police searches; the worker fired for reasons of “competition; state welfare recipients who would like to take a week’s vacation; the militant ecologist giving way to tear gas; the high school student attacked when he does nothing more than protest.

We already know the divisions and tensions that run through our “we”: let us look rather for what we have to say — and above all do — together. Let us write the missing chapters of the collective narrative. Let us find the words, the new and the old, able to be understood and taken up again by the great many — with neither folklore nor vain tensions, with neither jargon nor heavy schemes. We have lost enough time playing spot the differences: let us look at the image which gathers us. Details are the passion of the privileged.

Us, against their false political changeovers; us, against their reign that makes itself up as democracy; us, against the liberal butchers of Europe and of the world. To occupy the squares will not be enough, evidently, but each person, in rising up, discovers a long obstructed path: we can live without them. The projected reform of the labour law should end up in the rubbish dump – and with it, then the system that made it possible.


— español

ballast5El rey está desnudo y no es un espectáculo agradable. Pero démosle las gracias a François Hollande y su gobierno por iluminarnos: la derecha y la izquierda se pelean sobre el color de las servilletas pero comen en la misma mesa. El poder habla solo pero nosotros somos millones. Somos el número sin nombre, el pueblo que hace la Historia sin entrar en sus libros. No somos ni “utopistas” ni “soñadores”: nuestra lengua no está hecha de la madera de sus escritorios sino de las realidades que vivimos. Ellos se llenan los bolsillos y nosotros llenamos las plazas — de Francia, de Alemania, de España, de Bélgica o de Quebec.

¿Ellos? La oligarquía. Los “cuellos blancos”, los bien alimentados, los que se visten de oro. Incluso su reflejo apenas los “representa”: son ministros, consejeros, financieros, banqueros, accionistas, grandes patrones, expertos, especialistas, ocupan los medios de los poderosos y duermen en los escaños del Parlamento.

¿Nosotros? El estudiante que trabaja en un fast-food para pagar sus estudios, la sindicalista en detención preventiva, el agricultor que se pregunta cómo devolver sus préstamos, la limpiadora de las zonas comunes de un hospital, el hostelero cuyo establecimiento es registrado bajo el estado de emergencia, la madre en paro que compara los precios de las marcas de pasta, el joven de un barrio popular que se rebela contra los controles incesantes, la obrera despedida en nombre de la “competitividad”, el beneficiario de la renta mínima al que le gustaría poder irse de vacaciones una semana, la militante ecologista que se dobla bajo los gases lacrimógenos, el estudiante de instituto agredido cuando no hace más que manifestarse.

Ya conocemos las divisiones y las tensiones que atraviesan nuestro “nosotros”: busquemos más bien lo que tenemos que decir — y sobre todo que hacer — juntos. Escribamos los capítulos que le faltan al relato colectivo. Encontremos las palabras, las nuevas y las viejas, con el fin de ser oídos y repetidos por la mayoría — sin folclore ni crispaciones vanas, sin jerga ni esquemas pesados. Hemos perdido suficiente tiempo jugando a las siete diferencias: veamos la imagen que nos une. Los detalles son la pasión de los privilegiados.

Nosotros contra su falsa “alternancia”, nosotros contra su reino que se maquilla de democracia, nosotros contra los lijadores liberales de Europa y del mundo. Ocupar las plazas no será suficiente, es evidente, pero cada uno, al levantarse, descubre un camino que ha estado bloqueado demasiado tiempo: podemos vivir sin ellos. El proyecto de ley sobre la reforma laboral debe acabar en el vertedero — y después, con ella, el sistema que la ha hecho posible.


italianio

bd12Il re è nudo e non è bello da vedere. Ma ringraziamo François Hollande e il suo governo per la luce che ci viene data: la destra e la sinistra bisticciano per il colore dei tovaglioli, ma mangiano alla stessa tavola. Il potere parla da solo, ma noi siamo dei milioni.

Noi siamo il numero senza nome, il popolo che fa la Storia senza entrare nei suoi libri. Noi non siamo né degli « utopisti », né dei «sognatori»: la nostra lingua non è dettata dalla burocrazia dei loro uffici, ma dalle realtà che viviamo. Si riempiono le tasche mentre noi riempiamo le piazze — di Francia, Germania, Spagna, Belgio, Québec.

Loro ? L’oligarchia. I colletti bianchi, i ben nutriti, i riccaccioni. Anche il loro riflesso pena a «rappresentarli» : sono ministri, consiglieri, finanzieri, banchieri, azionari, grandi padroni, esperti, specialisti, occupano i media dei potenti e dormono sui banchi dell’Assemblea.

Noi ? Lo studente che lavora in un fastfood per pagare i suoi studi; la sindacalista trattenuta dalla polizia; l’agricoltore che si chiede come pagare i suoi prestiti, l’agente di pulizia incaricato da un ospedale; il restauratore il cui stabilimento è perquisito sotto lo stato d’urgenza; la madre disoccupata che osserva il prezzo della pasta ; il giovane di quartiere che si rivolta contro gli incessanti controlli; l’operaio licenziato per degli affari di «competitività», il titolare dell’RSA che vorrebbe partire una settimana in vacanza; la militante ecologista piegata dai lacrimogeni; il liceale che subisce violenza dalla polizia quando non ha fatto altro che manifestare.

Siamo già a conoscenza delle divisioni e delle tensioni che attraversano il nostro «noi»: cerchiamo però ciò che abbiamo da dire — e soprattutto da fare — insieme. Scriviamo i capitoli che mancano a questa storia collettiva. Troviamo le parole, quelle vecchie e quelle nuove, così da essere meglio compresi — senza folklore né vane increspature, gerghi o pleonastici schemi. Abbiamo perso troppo tempo nel gioco del cerca le differenze: ora vediamo l’immagine che ci somiglia. I dettagli sono la passione dei privilegiati.

Noi, contro la loro falsa «alternanza»; noi, contro questo regno che indossa la maschera della democrazia; noi, contro gli assassini liberali dell’Europa e del mondo. Occupare degli spazi non sarà sufficiente, ma nel risveglio ognuno scopre un sentiero da lungo tempo ostruito: quello che ci sussurra che possiamo vivere senza di loro. Il progetto della legge sulla riforma del Lavoro deve essere gettato tra i rifiuti, così come il sistema che l’ha reso possibile. (PDF)

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Collectif de création politique — « Tenir tête, fédérer, amorcer »

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