L’abécédaire d’Edward Carpenter


« Nettoyer nos ciels et puri­fier les cou­rants de nos rivières », « garan­tir de grandes éten­dues de terres publiques sur les­quelles la vie de la popu­la­tion puisse se déve­lop­per », « ensei­gner à chan­ter de nou­veau au tra­vail, et à nous en réjouir » : voi­ci, en quelques pro­po­si­tions, ce à quoi devait res­sem­bler, pour Edward Carpenter, un socia­lisme « élar­gi ». Né en 1844 dans une riche famille de Brighton, un temps pas­teur angli­can, il quitte les ordres l’an­née de ses trente ans pour par­tir aux États-Unis à la ren­contre du poète Walt Whitman. Il en revient trans­for­mé et s’ins­talle, avec d’autres, dans la cam­pagne de Sheffield pour y mener une vie simple, auto­nome, ami­cale1. Quand il ne confec­tionne pas des san­dales ou ne tra­vaille pas aux champs, Carpenter par­ti­cipe au mou­ve­ment ouvrier euro­péen, écrit de longs poèmes sur la démo­cra­tie, rend compte de la richesse affec­tive des mœurs homo­sexuelles et expose, à par­tir de son quo­ti­dien, les prin­cipes d’une exis­tence digne, juste et affran­chie. Une pre­mière approche en 26 lettres.


Angleterre : « [S]oyez inflexibles, aidez-vous les uns les autres, oubliez les dif­fé­rences, soyez scru­pu­leu­se­ment hon­nêtes avec vous-mêmes et cha­ri­tables envers vos enne­mis, mais déter­mi­nés à ce que rien ne vous fasse dévier du but que vous vous êtes fixés — la juste répar­ti­tion des fruits de votre tra­vail et de celui des autres au sein de la socié­té, le retour à l’hon­nê­te­té comme seule base pos­sible à la vie et à la sécu­ri­té natio­nales, et la déli­vrance de l’Angleterre du sort qui l’ac­cable. » (« L’idéal de l’Angleterre », dans Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Bibelot : « Vous êtes assis dans des pièces pleines de bibe­lots, d’é­lé­gantes baga­telles en pro­ve­nance des quatre coins du monde. Ces coli­fi­chets sont inté­res­sants ; je n’ai rien à dire contre eux. Et dans la mai­son voi­sine, les pièces sont rem­plies de paco­tilles simi­laires, et dans la sui­vante, et la sui­vante […]. Les domes­tiques doivent les épous­se­ter tous les jours, les pro­prié­taires ne les regardent jamais […]. Pour qui ces objets existent-ils ? Si on voyait une telle chose dans une mai­son sobre­ment meu­blée, on l’exa­mi­ne­rait vrai­ment — ce serait […] un embel­lis­se­ment de la vie quo­ti­dienne labo­rieuse ; mais ici, elle ne sert tel­le­ment à rien qu’elle affai­blit l’es­prit qui s’y attarde ; ce n’est pas de l’embellissement, car il n’y a pas de vraie vie à embel­lir. Ce n’est que de l’en­com­bre­ment. » (« La brous­saille ensor­ce­lée », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Cœur : « Non, les révo­lu­tions n’ont pas lieu sans cause ; et je doute qu’en aucun cas les excès qui accom­pagnent un sou­lè­ve­ment aient dépas­sé les cruau­tés et les bles­sures de la tyran­nie pré­cé­dente. Il y a par­tout, je crois, un tel cœur de ten­dresse et un tel bon sens patient dans la masse popu­laire que l’on est convain­cu que, mal­gré les calom­nies accu­mu­lées par l’his­to­rien de salon, le peuple est vrai­ment plus enclin à sup­por­ter qu’à accu­ser, plus prêt à par­don­ner qu’à se ven­ger. » (« Ramifications mili­tantes », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Démocratie : « Il semble n’y avoir aucune rai­son, si ce n’est l’habitude, de ne pas mar­cher pieds nus comme le font les Irlandais, en tout cas pen­dant une grande par­tie de l’année, ou du moins avec des san­dales. (La démo­cra­tie, qui délivre les gens les plus humbles et les plus mépri­sés, doit aus­si déli­vrer les membres et les organes du corps les plus subal­ternes et les plus mépri­sés.) » (« La sim­pli­fi­ca­tion de la vie », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Économie : « Incontestablement, si vous ne vou­lez pas vivre en vam­pire et en para­site sur le dos des autres, il faut vous poser la ques­tion de la grande ques­tion de la vie pra­tique, à laquelle tout le monde doit se confron­ter : com­ment mener son exis­tence avec le moins de tra­vail et d’ef­fort pos­sible ? Personne ne veut tra­vailler inuti­le­ment, et si vous deviez gagner à la sueur de votre front tout ce que vous dépen­sez, l’é­co­no­mie devien­drait une ques­tion très per­son­nelle […] qui inter­ro­ge­rait sim­ple­ment l’a­dé­qua­tion entre les moyens et les fins. » (« La sim­pli­fi­ca­tion de la vie », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Femmes : « Il est remar­quable […] dans ces rela­tions pro­fondes avec la poli­tique, que par­mi les femmes, le mou­ve­ment vers leur propre éman­ci­pa­tion […] a été accom­pa­gné d’un déve­lop­pe­ment appré­ciable de la pas­sion homo­sexuelle chez le sexe fémi­nin. On peut dire qu’un cer­tain désac­cord dans les rela­tions entre les sexes contraires, qui a pro­vo­qué chez les femmes la conscience crois­sante de leur assu­jet­tis­se­ment à l’homme et une répu­gnance crois­sante à s’al­lier de façon inégale par le mariage, que ce désac­cord a ame­né les femmes à s’u­nir plus inti­me­ment et à cimen­ter des alliances entre elles. » (« L’amour homo­gé­nique et sa place dans une socié­té libre », La Société nou­velle, 1896)

Genre : « Il y a bien sûr eu, à toutes les époques, des mil­liers et des mil­liers de femmes qui n’ont pas sen­ti ce genre par­ti­cu­lier de roman­tisme et d’at­ti­rance envers les hommes, mais uni­que­ment envers leur propre genre ; et à toutes les époques, il y a eu des mil­liers et des mil­liers d’hommes consti­tués de la même façon dans le sens inverse, mais ceux-là ont été peu com­pris et peu recon­nus par la majo­ri­té. Aujourd’hui, cepen­dant, on com­mence à s’a­per­ce­voir que ces femmes et ces hommes ont un rôle à jouer dans ce monde. » (« Affaires de cœur et ura­nisme », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Homosexualité : « Je ne puis regar­der mes sen­ti­ments sexuels comme non natu­rels ou anor­maux, puis­qu’ils se sont déve­lop­pés en moi si spon­ta­né­ment. Tout ce que j’ai lu ou enten­du dire sur l’a­mour sexuel ordi­naire, son inten­si­té pas­sion­née, sa dévo­tion jus­qu’à la mort, l’a­mour coup de foudre, etc., répond à mes expé­riences per­son­nelles de la forme homo­sexuelle. » (« Affaires de cœur et ura­nisme », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

[John Thomson, Street Life in London 1877-1878]

Idéal : « [L]e mou­ve­ment socia­liste en géné­ral (y com­pris l’a­nar­chiste) a accom­pli et accom­plit encore un tra­vail impor­tant et néces­saire, et je suis fier d’y avoir appar­te­nu. Il a défi­ni un rêve et un idéal, ceux d’une vie com­mune jointe à une indi­vi­dua­li­té libre, les­quels, quelque part et un jour, devront se réa­li­ser, parce qu’ils pro­viennent de la nature pro­fonde de l’homme et en sont l’ex­pres­sion. » (« Ramifications mili­tantes », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Joie : « Produire en vue de l’u­sage ; faire en sorte que la pro­duc­tion se fasse réel­le­ment au béné­fice du consom­ma­teur ; se concen­trer non pas sur le pro­fit des indi­vi­dus, mais sur l’a­van­tage et le gain de la com­mu­nau­té ; lais­ser tom­ber en un seul moment d’ins­pi­ra­tion toute la séquence folle de riva­li­té achar­née, de gas­pillage insen­sé, de fraude dégoû­tante et d’i­nu­ti­li­té folle qui façonne l’in­dus­trie moderne. Tout cela signi­fie­rait une libé­ra­tion si énorme du pou­voir […] que l’an­xié­té engour­dis­sante qui pèse désor­mais si lour­de­ment sur la vie de mil­lions de per­sonnes s’é­loi­gne­rait comme un nuage malé­fique. La Joie des­cen­drait sur la vie, et nos occu­pa­tions ordi­naires s’é­man­ci­pe­raient avec spon­ta­néi­té et beau­té. » (« L’espoir et la guerre », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Kropotkine : « Comme de nom­breux réfor­ma­teurs sociaux ardents, et cer­tai­ne­ment la plu­part des anar­chistes connus, Kropotkine a fait preuve d’une char­mante naï­ve­té. Il est facile, lorsque l’on croit que tout le mal humain se résume au seul mot fatal de gou­ver­ne­ment […], d’or­don­ner sa vie et ses théo­ries en consé­quence. Tout se jus­ti­fie par une expli­ca­tion. Voilà qui est plus facile mais trom­peur. Et les écrits de Kropotkine, mal­gré leur éru­di­tion, souffrent de cette naï­ve­té. » (« Pierre Kropotkine et Annie Besant », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Lueur : « [J]e com­men­çais à me deman­der si la chose la plus rai­son­nable et évi­dente à faire n’é­tait pas tout sim­ple­ment d’es­sayer de conser­ver au moins un petit coin de terre propre : d’es­sayer vrai­ment de pro­duire une ali­men­ta­tion saine et natu­relle, d’en­cou­ra­ger le tra­vail hon­nête, de culti­ver des condi­tions décentes et salu­taires pour les tra­vailleurs, et des pro­duits utiles pour le public, et de main­te­nir cet état de chose aus­si long­temps que je le pou­vais, en assu­mant moi-même le risque du résul­tat pécu­niaire. Ce ne serait pas grand-chose, néan­moins ce serait quelque chose, juste une petite lueur, pour ain­si dire, dans l’obs­cu­ri­té ; mais si d’autres fai­saient de même, l’illu­mi­na­tion s’in­ten­si­fie­rait, et après un cer­tain temps, peut-être serions-nous en mesure de mieux voir notre che­min. » (« Est-ce que ça rap­porte ? », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Millthorpe : « Il devint […] pos­sible de réa­li­ser, dans une cer­taine mesure, un rêve qui m’oc­cu­pait depuis quelque temps : faire de Millthorpe un ren­dez-vous pour toutes les classes et condi­tions de la socié­té. À cette époque j’a­vais noué des connais­sances et des ami­tiés au sein de toutes les tri­bus, de tous les métiers manuels et de toutes les pro­fes­sions savantes et guer­rières. […] Architectes, com­mis de che­min de fer, conduc­teurs de train, aiguilleurs, offi­ciers de la marine et de l’ar­mée, doc­teurs de Cambridge et d’Oxford, étu­diants, femmes édu­quées, suf­fra­gettes, pro­fes­seurs et com­mer­çants se retrou­vaient dans ma petite mai­son et mon jar­din. » (« Millthorpiana », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Nourriture : « La vie en plein air, l’ac­cou­tu­mance avec les vents et les vagues, une nour­ri­ture pure et propre, la com­pa­gnie des ani­maux — la lutte avec la grande Mère pour la nour­ri­ture — tout cela aura pour résul­tat de recons­ti­tuer les rela­tions que l’homme a rom­pu depuis si long­temps ; et l’af­flux d’éner­gie qui s’en sui­vra dans son orga­nisme lui don­ne­ra un idéal de san­té, une expan­sion de l’être que nous ne soup­çon­nons pas aujourd’­hui. » (« La civi­li­sa­tion, ses causes et ses remèdes », La Société nou­velle, 1896)

[John Thomson, Street Life in London 1877-1878]

Ordinaire : « Plutôt que de me réfu­gier dans la soli­tude et les éten­dues sau­vages de la nature, ce qui aurait satis­fait un pen­chant, mais peut-être pas le plus per­sis­tant, de mon carac­tère, j’ai été mêlé au mou­ve­ment de la vie ordi­naire et inévi­ta­ble­ment mis en contact avec toutes sortes de gens. » (« Le socia­lisme, Walden et l’a­dieu à Whitman », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Pub : « Tout compte fait, l’ins­ti­tu­tion vil­la­geoise la plus impor­tante, plus encore peut-être que l’é­glise, est le pub. Tel est l’é­pi­centre orga­nique de la vie du vil­lage et l’en­droit où l’o­pi­nion du vil­lage, s’il doit y en avoir une, est recueillie et conso­li­dée. […] L’une des toutes pre­mières choses à mettre en œuvre pour res­tau­rer la vie du vil­lage est la réor­ga­ni­sa­tion du pub, ou plu­tôt sa libé­ra­tion. [L]e pub ne doit pas ser­vir un objec­tif de type mon­dain ou mis­sion­naire. Si le tra­vailleur manuel ne peut par­ler libre­ment ni s’y sen­tir chez lui, il n’y vien­dra cer­tai­ne­ment pas. » (« L’esprit public », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Quotidien : « Il me semble voir dans la vie humaine moyenne, dans les besoins quo­ti­diens ordi­naires, une force de constante qui pousse à aller de l’a­vant, ou plu­tôt qui libère pro­gres­si­ve­ment à tra­vers l’hu­ma­ni­té un fond de beau­té et de valeur indé­niable, de jour en jour plus mani­feste. » (« À quoi res­semble le monde à soixante-dix ans », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Respectabilité : « Je ne pou­vais […] m’empêcher de consta­ter que c’é­tait par ce sys­tème géné­ral d’ap­pro­pria­tion des soldes qu’un phé­no­mène très curieux était entre­te­nu — une classe énorme, vivant spé­ci­fi­que­ment dans l’oi­si­ve­té et le luxe, eux et leurs enfants et les enfants de leurs enfants, jus­qu’à deve­nir tout à fait inca­pable de répondre par eux-mêmes au moindre de leurs besoins, ou même de pen­ser cor­rec­te­ment à la plu­part des choses, tour­men­tés qu’ils sont par leur ennui ; […] et tout ceci finis­sant par écla­ter, faite de toute autre occu­pa­tion, en un culte des man­chettes et des cols, appe­lé res­pec­ta­bi­li­té. » (« Est-ce que ça rap­porte ? », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Sobriété : « La sim­pli­ci­té et la sobrié­té de la vie sont néces­saires, en rai­son de l’ef­froyable gas­pillage de temps et de forces qu’en­traîne la démarche oppo­sée — un gas­pillage qui ne fait qu’empirer de jour en jour. […] La sobrié­té est en outre néces­saire pour des rai­sons d’hu­ma­ni­té et de démo­cra­tie. Vivre dans un envi­ron­ne­ment opu­lent et luxueux, c’est éri­ger entre soi et le reste du monde une bar­rière qu’au­cun tra­vailleur manuel qui se res­pecte ne fran­chi­ra. C’est donc s’a­bru­tir et perdre une par­tie de ce que le monde peut offrir de meilleur. » (« Millthorpiana », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Travail : « Dans l’é­tat de socié­té plus ou moins socia­liste vers lequel nous sem­blons évo­luer, la condi­tion nor­male pour un homme serait sûre­ment d’a­voir une petite mai­son et suf­fi­sam­ment de terre […] pour culti­ver une bonne par­tie de sa propre nour­ri­ture. Le tra­vail quo­ti­dien, payé à un niveau de salaire véri­ta­ble­ment décent, lui serait garan­ti à l’ex­té­rieur dans un ate­lier, un bureau d’é­tudes, une école, un entre­pôt ou ailleurs. S’il est cor­rec­te­ment mené, ce mode de vie me semble le plus satis­fai­sant pour l’homme moyen. » (« La sim­pli­fi­ca­tion de la vie », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

Usage : « Il en est ain­si avec toute pro­prié­té : la pro­prié­té légale est essen­tiel­le­ment néga­tive ; c’est le pou­voir d’empêcher d’autres per­sonnes d’en faire usage. Notez bien que ce n’est pas le pou­voir d’en faire soi-même usage. Un homme peut avoir un beau téles­cope, mais être tout à fait inca­pable de l’u­ti­li­ser ; pour­tant il a le pou­voir légal d’empêcher qui­conque de regar­der à tra­vers. » (« Propriété pri­vée », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)

[John Thomson, Street Life in London 1877-1878]

Végétarien : « [J]e trouve le régime végé­ta­rien com­po­sé de fruits, de céréales et de légumes, de noix, d’œufs et de lait, agréable, propre, sain à tous points de vue et adap­té à notre sens de la bien­séance et de l’hu­ma­ni­té. C’est un vrai plai­sir de vivre par­mi ceux qui l’a­doptent. » (« Bradway et Vers la démo­cra­tie », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Whitman : « Les lit­té­raires, en règle géné­rale, écrivent au-des­sus de leur tête ; ils ont un dis­cours un peu plus grand qu’eux-mêmes. Mais Whitman sem­blait emplir les Feuilles d’herbe et en avoir for­mé une incar­na­tion. » (« L’éveil amé­ri­cain », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

XXe siècle : « Les années 1881 et sui­vantes inau­gu­rèrent une nou­velle ère pour moi. […] Ce fut une période fas­ci­nante et enthou­sias­mante, anti­ci­pant, je le per­çois désor­mais, des évo­lu­tions majeures du XXe siècle. Les cam­pagnes poli­tiques socia­listes et anar­chistes, les bou­le­ver­se­ments fémi­nistes et suf­fra­gistes, le mou­ve­ment théo­so­phique, les nou­veaux cou­rants au sein des mondes du théâtre, de la musique et des arts, le tor­rent même des chan­ge­ments reli­gieux, tout cela consti­tuant autant de ruis­seaux et de sources qui conver­geaient, pour ain­si dire, vers un grand fleuve. » (« Déceptions socia­listes », Des jours et des rêves, Le Pommier, 2025)

Yeux : « [L]e fait est que la science médi­cale n’enraie point ta mala­die — pas plus que les lois ne sup­priment le crime. La science médi­cale — et pour de bonnes rai­sons, sans doute — érige la mala­die en fétiche et danse autour. On ne l’a vue — et c’est la règle — que là où se trouve la mala­die ; elle écrit des volumes énormes à son pro­pos ; elle ino­cule la mala­die aux ani­maux (et même aux hommes) pour l’étudier ; elle connaît mer­veilleu­se­ment bien ses symp­tômes, sa nature, ses causes, ses déclins et ses apo­gées ; elle a per­pé­tuel­le­ment les yeux fixés sur elle, jusqu’à ce que, pour elle, la mala­die devienne le fait le plus impor­tant du monde, l’objet prin­ci­pal de son culte. » (La civi­li­sa­tion, ses causes et ses remèdes, Éditions du Sandre, 2009)

Zanzibar : « Quant aux voyages, à quoi bon faire le tour du monde pour aller comp­ter les chats à Zanzibar, comme dit Thoreau. S’il s’a­vère que vous n’a­vez pas les moyens d’al­ler au Brésil, met­tez-vous en route pour le para­dis. C’est un voyage plus long, et vous ver­rez plus de choses en che­min. Non, je don­ne­rais plu­tôt ce conseil aux riches : voya­gez dans votre propre can­ton. Enlevez vos beaux vête­ments et rejoi­gnez les pauvres et les oppri­més. […] Alors […] vous ver­rez des choses que vous n’au­riez jamais cru entendre, vous ver­rez des choses que vous n’au­riez jamais pu voir lors de toutes vos grandes excur­sions. » (« Propriété pri­vée », Vers une vie simple, L’échappée, 2020)


Tous les abé­cé­daires sont confec­tion­nés, par nos soins, sur la base des ouvrages, articles et cor­res­pon­dances des auteur·es.
Photographie de ban­nière : John Thomson, Street Life in London 1877–1878


  1. Lire à ce pro­pos le tra­vail de Cy Lecerf Maulpoix, Écologies déviantes, Cambourakis, 2021 et Edward Carpenter et l’autre nature, Le pas­sa­ger clan­des­tin, 2022.[↩]

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