George Orwell et la question féministe

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Texte inédit, en français, pour le site de Ballast

Les procès posthumes ne nous intéressent pas. Le présent se montre souvent bien arrogant lorsqu’il croit pouvoir distribuer ses mauvais points. Mais c’est justement parce que nous apprécions tout particulièrement l’œuvre indispensable de George Orwell, et que nous croyons, pour reprendre ses propres mots, qu’il est nécessaire de tancer le socialisme pour mieux le défendre, que nous publions ce texte critique de l’essayiste britannique Deirdre Beddoe. On peut être un partisan passionné de l’égalité sans voir que cette égalité ne concerne que la moitié de l’humanité — la tradition féministe est là pour nous le rappeler.


orwellchienCe texte examine le portrait qu’Orwell fait des femmes dans ses écrits. J’ai adopté une structure qui consiste tout d’abord à considérer ses personnages fictifs féminins, tels qu’ils sont décrits dans ses cinq romans, et ensuite à observer les femmes, quand il y en a, dans ses travaux documentaires. Cette division entre fiction et faits est similaire à une autre division, à savoir la catégorisation des femmes en fonction de leur classe sociale : les femmes issues de la classe moyenne apparaissent presque exclusivement dans ses œuvres de fiction et les femmes issues de la classe ouvrière, à quelques exceptions près, dans ses écrits documentaires.

Avant de passer à la représentation des femmes chez Orwell, quelques points méritent d’être éclaircis. Premièrement, un antiféminisme envahissant se manifeste clairement dans son œuvre. En 1934, il écrivait à une amie, Brenda Salkeld : « Hier, j’ai déjeuné avec le Dr Ede. Il est quelque peu féministe et pense que si une femme était élevée exactement comme un homme, elle serait capable de jeter des pierres, de construire un syllogisme, de garder un secret, etc. Il dit que mes idées antiféministes sont probablement dues au sadisme ! Je n’ai jamais lu les romans du Marquis de Sade ; ils sont malheureusement très difficiles à obtenir. » Brenda Salkeld, une amie d’Orwell lorsqu’il vivait à Southwold, a décrit son attitude envers les femmes de manière très succincte : « Il ne [les] aimait pas vraiment », dit-elle lors d’une diffusion du Third Programme en 1960.

« Un antiféminisme envahissant se manifeste clairement dans son œuvre. Il était incapable de mentionner le féminisme et le mouvement pour le droit de vote des femmes sans dédain. »

Toutefois, il n’est pas nécessaire que d’autres attestent l’antiféminisme d’Orwell : il s’en charge très bien tout seul. Il était incapable de mentionner le féminisme et le mouvement pour le droit de vote des femmes sans dédain. En parlant de la période d’après la Première Guerre mondiale, il écrit : « L’Angleterre foisonnait d’opinions indépendantistes à moitié apprêtées. Pacifisme, internationalisme, humanitarismes en tous genres, féminisme, amours libres, réforme du divorce, athéisme, contrôle des naissances — de telles idées attiraient un peu plus l’attention que d’ordinaire. » Sa crainte que le socialisme ouvre ses portes à n’importe quel « buveur de jus de fruits, nudiste en sandales, détraqué sexuel, quaker, charlatan naturopathe, pacifiste ou féministe d’Angleterre » s’exprimait nettement à travers ses écrits sur le sujet.

Ensuite, Orwell n’était pas seulement antiféministe, il refusait complètement de voir le rôle que les femmes, selon l’ordre des choses, étaient et sont toujours forcées de jouer. Ses préjugés ont sévèrement entravé son analyse du capitalisme et de son fonctionnement. Il considérait le capitalisme comme l’exploitation d’une classe ouvrière masculine par une classe dirigeante masculine. Les femmes n’étaient que les épouses des hommes — des mégères de la classe moyenne et des ménagères de la classe ouvrière, dont la valeur dépendait de leur capacité à assurer la « bonne tenue » de leur maison. Il ne comprenait pas que le capitalisme manipulait autant les hommes que les femmes, quelle que soit leur origine de classe. Orwell n’avait manifestement aucune conscience du rôle décisif que jouait le noyau familial dans la production capitaliste, c’est-à-dire un homme subvenant aux besoins du foyer, avec une femme dépendante (servant les intérêts de l’homme et enfantant les futures générations de travailleurs) et des enfants à charge. Il ne connaissait pas non plus (ou ignorait délibérément) le rôle des femmes au sein de la main-d’œuvre salariée, soit comme travailleuses mal payées permettant de faire baisser les salaires, soit comme armée d’ouvrières de réserve pouvant être incluses ou exclues de la population active selon les exigences variables du capitalisme.

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Arrestation d’Emmeline Pankhurst (1858 – 1928), suffragette britannique

En bref, Orwell, petit-bourgeois ayant étudié à Eton, ne comprenait que peu, voire pas du tout, le rôle et la situation délicate des femmes dans la société dans laquelle il vivait. Ses œuvres de fiction nous présentent une série de femmes acariâtres issues de la classe moyenne qu’il considérait comme un frein au radicalisme de leur époux : « Un syndicat de travailleurs ne peut être efficace parce qu’en temps de grève, presque toutes les femmes inciteraient leur mari à ne pas faire grève et prendraient le travail d’un autre. » Bien qu’il puisse exister un élément de vérité dans tout ceci, Orwell n’en voyait pas les raisons, à savoir la dépendance des épouses, l’absence d’opportunités de travail pour les femmes, l’application de marriage bars dans de nombreuses professions [système obligeant les femmes à quitter leur poste si elles se mariaient]. Ses essais ignorent les travailleuses et jugent les épouses à l’aune de leurs talents de femme au foyer. La perception d’Orwell de la division des classes dans la société s’accompagnait d’un manque de compréhension de la division entre hommes et femmes, une méconnaissance bien résumée dans son discours sur les magazines féminins. Il savait pertinemment que ces magazines exposaient un fantasme, « faire semblant d’être plus riche qu’on ne l’est », à l’attention des filles d’usine qui s’ennuyaient ou des mères de cinq enfants éreintées. Toutefois, il n’avait aucune idée de la manière dont ces mêmes magazines renforçaient la division entre hommes et femmes dans la société et promouvaient le stéréotype féminin dominant de l’entre-deux-guerres : la femme au foyer.

« Orwell ne connaissait pas non plus (ou ignorait délibérément) le rôle des femmes au sein de la main-d’œuvre salariée. »

Dans les personnages féminins fictifs de George Orwell, on retrouve quelques-uns des plus odieux portraits de femmes de la fiction anglaise. J’ai en tête notamment le personnage d’Elizabeth dans Une histoire birmane (1935), une fille cupide et superficielle en quête d’un bon parti qui se révèle tout à fait prête, lorsqu’une meilleure opportunité s’offre à elle, à ignorer son galant de la veille alors même qu’il est à terre, blessé, sans plus d’intérêt pour lui que « s’il était un chien mort ». Elle finit par le laisser tomber alors qu’il est souillé par la honte d’un scandale. Hilda Bowling, dans Un peu d’air frais (1939), est également décrite comme un personnage proprement scandaleux. Elle est la mégère qui emprisonne un esprit libre potentiel, George Bowling, en l’importunant avec les tâches ménagères et les factures.

Par contraste, les autres personnages féminins d’Orwell sont beaucoup plus sympathiques. Dorothy Hare, personnage principal d’Une fille de pasteur (1935) et unique héroïne de l’œuvre d’Orwell, est une bonne à tout faire pathétique qui mène une vie misérable à force de servir les autres et de subir la tyrannie de son père, un pasteur égoïste. On peut au moins éprouver de la compassion pour la détresse de Dorothy, non payée et corvéable à souhait, mais aussi un certain émoi lorsqu’un coup à la tête la rend amnésique, entraînant un changement radical de son mode de vie. Cependant, Dorothy est tout simplement incapable d’accéder au bonheur et à la liberté, et le roman se termine lorsqu’elle retourne au rôle déprimant de vieille fille vivant dans le presbytère de son père. Si Elizabeth et Hilda constituent des stéréotypes de femmes détestables de la classe moyenne, Dorothy, elle, est tout simplement pathétique.

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« Headquarters National Association Opposed to Woman Suffrage », 1911

Rosemary, le personnage féminin principal dans Et vive l’Aspidistra ! (1936) est sans doute le plus « agréable » des personnages féminins d’Orwell. Elle est joyeuse, extravertie et intelligente : elle sauve le pleurnichard Gordon Comstock des abysses de la pauvreté en l’épousant et en faisant de lui un honnête homme. Elle est cependant l’alliée volontaire de l’argent et du capitalisme, contre lequel Gordon mène une guerre acharnée – le genre de conflit intellectuel qu’une femme ne peut décemment pas comprendre. Enfin, nous avons la jeune et leste Julia dans 1984 (1949), l’alliée de Winston Smith dans la lutte contre Big Brother et le totalitarisme ; mais, tandis que la lutte de Winston contre le système est inspirée par un désir de liberté intellectuelle, c’est le sexe illicite, le café du marché noir et aussi son amour pour Winston qui motivent Julia. En bref, ces femmes sont toutes des stéréotypes, à la possible exception de Rosemary.

« Toutes les choses importantes de la vie étaient réalisées ou pensées par les hommes — le travail, la politique, la révolution. »

Quelques règles générales se dessinent quant aux personnages féminins d’Orwell. Elles peuvent être à peu près résumées de la manière suivante : les femmes aiment l’argent et entravent la liberté des hommes ; elles sont incapables d’avoir des activités ou passions de nature intellectuelle ; soit elles sont jeunes, attirantes et en quête d’un mari, soit elles sont mariées, laides et acariâtres. Quant aux sportives et aux féministes, ce sont des types particulièrement antipathiques. La méthode d’Orwell consiste à décrire un personnage féminin bien précis et à lui attribuer une série de caractéristiques. Ensuite, il en tire une règle applicable à toutes. […] Cependant, ce ne sont pas seulement les personnages principaux qui sont les plus révélateurs. Les personnages secondaires et les figurants choisis par dérision sont souvent des féministes : la mère inepte d’Elizabeth dans Une histoire birmane, la génération entière des Pankhurst dans Et vive l’Aspidistra !, les femmes sportives et chevalines d’Une histoire birmane et de 1984. Les ouvrières n’apparaissent que rarement dans les romans. Et quand c’est le cas, ce sont des femmes stupides qui lisent des romans à l’eau de rose ou des propriétaires souillons. Cependant, l’image archétypale obsédante de la travailleuse, c’est la lavandière prolétarienne de 1984, à laquelle nous reviendrons.

Si les fictions d’Orwell fournissent l’indication la plus claire de son attitude face aux femmes issues de la classe moyenne, il est néanmoins nécessaire d’examiner ses écrits documentaires et journalistiques pour découvrir l’idée qu’il se fait de celles issues de la classe ouvrière. L’œuvre la plus importante à ce sujet est Le quai de Wigan (1937), à lire en même temps que le journal qui l’accompagne. Pourtant, on rencontre relativement peu de références aux femmes dans cet ouvrage. Pour en comprendre la raison, il est indispensable d’interpréter les préjugés masculins d’Orwell. La perception du monde d’Orwell était celle d’un homme : toutes les choses importantes de la vie étaient réalisées ou pensées par les hommes — le travail, la politique, la révolution. Il n’est pas surprenant que, voyageant vers le nord, il ait choisi de se rendre dans une région minière — l’extraction de charbon est une industrie lourde et au xxe siècle, elle représentait un secteur professionnel presque entièrement masculin. Orwell aurait aussi pu simplement se concentrer sur les effets de la Grande dépression et du chômage dans l’industrie du coton, mais les femmes y étaient prédominantes et cette réalité aurait été en contradiction avec sa vision du monde et son idée que la classe ouvrière était avant tout masculine. En se concentrant sur la mine de Wigan, il pouvait glorifier la force virile des mineurs au « corps noble » et ne considérer les femmes de la classe ouvrière que comme des épouses.

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L’arrogance machiste d’Orwell et sa manière d’évaluer l’importance des choses en fonction de normes uniquement masculines font du Quai de Wigan une source d’informations médiocre — voire franchement trompeuse — sur l’histoire des femmes à cette époque. Le roman de Margery Spring Rice, Working Class Wives, publié pour la première fois en 1939, ainsi que de nombreuses autres études sociales, sont beaucoup plus éclairants. Compte tenu des a priori d’Orwell, les zones de discussion les plus cruciales qui se dégagent du Quai de Wigan concernent la famille ouvrière, le travail domestique, l’impact du chômage sur les hommes et les femmes, les ouvrières salariées et les rapports entre les femmes et la politique. Orwell avait une grande affection pour la classe ouvrière anglaise et, plus précisément, pour l’institution qu’est la famille ouvrière. Il était pour la domination de l’homme au sein de la famille : « Dans un foyer ouvrier, c’est l’homme qui est le maître de maison et non, comme dans les foyers petits-bourgeois, la femme ou le bébé. » Il possédait une vision idyllique de la famille ouvrière, pourvu que le père possède un emploi régulier et correctement payé.

« Orwell avait une grande affection pour la classe ouvrière anglaise et, plus précisément, pour l’institution qu’est la famille ouvrière. »

Il avait à l’esprit l’image d’une famille rassemblée au coin du feu : « En particulier les soirs d’hiver après le thé, quand le feu rougeoie dans la cheminée et que son reflet danse sur le garde-feu en acier. D’un côté du foyer, Père, en bras de chemise, assis dans le fauteuil à bascule, est plongé dans les résultats des courses. De l’autre, Mère fait de la couture, tandis que les enfants se délectent de leur quelques sous de bonbons à la menthe et que le chien se prélasse sur le tapis élimé. » (Il est intéressant de constater que seule Mère travaille dans ce tableau !) Tout ceci est menacé non seulement par le chômage massif de l’époque d’Orwell, mais aussi par des visions d’un futur utopique sans travail manuel et où il n’y aurait même pas autant d’enfants — si le contrôle des naissances finissait par arriver à ses fins. Ce dernier élément d’importance a émergé à une époque où les militants pour le contrôle des naissances luttaient avec ferveur pour l’ouverture de cliniques dans toute l’Angleterre.

Orwell, qui semblait considérer le contrôle des naissances comme un complot malthusien visant à limiter les classes inférieures, témoigne d’une méconnaissance de l’impact des grossesses successives sur la vie des femmes. Il était conscient que le nombre d’enfants d’une famille était le facteur le plus déterminant dans le fait de parvenir à maintenir la « bonne tenue » d’un foyer, mais il gardait à l’esprit l’image de la femme féconde de la classe ouvrière. Elle est clairement représentée par la prolétaire de 1984. Celle-ci couvre sa corde à linge de couches-culottes : c’était une quinquagénaire « dont la maternité lui avait fait atteindre des dimensions monstrueuses, et qui avait ensuite été endurcie par le travail ». Pourtant aux yeux de Winston (et d’Orwell), elle était belle. […] Lorsqu’Orwell parle des femmes dans Le quai de Wigan, il ne parle que des épouses. On trouve dans son œuvre de fiction de nombreuses références à des célibataires de classe moyenne qui travaillent : aucune attention équivalente n’est portée aux ouvrières, célibataires ou mariées, travaillant hors du foyer. Le livre s’ouvre sur une allusion au son que produisent les sabots des ouvrières des filatures sur les rues pavées, mais jamais la condition des femmes dans l’industrie du coton n’est discutée ou autrement mentionnée.

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De la même manière, on ne trouve qu’une seule référence aux ouvrières des charbonnages : Orwell déclare que rares sont les femmes encore vivantes qui ont travaillé sous terre durant leur jeunesse. Il ignore complètement le fait qu’à l’époque où il écrivait, il existait encore des ouvrières travaillant sur le carreau de mine  et elles étaient encore là dans les années 1950. Il ne parle pas non plus de cette grande armée d’exploitées, l’unique catégorie de femmes  et la plus conséquente — à posséder un emploi rémunéré : les domestiques. Orwell était tout simplement aveugle au rôle essentiel que les femmes jouaient dans le fonctionnement du capitalisme, à la fois comme ménagères non payées et comme travailleuses à faible salaire. Il ne comprenait pas que le travail non rémunéré des épouses de mineurs était aussi important aux yeux des propriétaires des mines qu’à ceux des mineurs eux-mêmes. Son débat tout entier sur le socialisme, dans Le quai de Wigan et ailleurs, est dépourvu de toute allusion à cet outil analytique clé qu’est la division sexuelle du travail.

« Quand Orwell écrit sur la politique, qui pour lui impliquait syndicalisme et opinion socialiste, il parle d’hommes et il s’adresse aux hommes. »

Quand Orwell écrit sur la politique, qui pour lui impliquait syndicalisme et opinion socialiste, il parle d’hommes et il s’adresse aux hommes. Là encore, il ignore les femmes. Il semble croire que les femmes sont incapables de réfléchir sur un plan politique. Il fut réellement étonné lorsque Mme Searle [d’une famille de Leeds chez qui il avait séjourné et qu’il avait aidée, contre l’avis du mari, à faire la vaisselle], fit preuve d’une « compréhension de la situation économique et aussi d’idées abstraites » ; il s’empressa d’ajouter qu’en cela, elle était différente de la plupart des femmes de la classe ouvrière et qu’elle était à peine instruite. Cette mention provient de son journal intime et n’apparaît pas dans le texte publié dans Le quai de Wigan. De la même façon, il existe un compte-rendu dans le journal mais pas dans le livre, de sa présence à une soirée organisée par le National Unemployed Worker’s Movement (NUWM) dans le but de se procurer de l’argent pour la défense de Thaelmann, le leader communiste allemand. Voici ce que les notes de son journal révèlent : « Dans la pièce, environ deux cents personnes, majoritairement des femmes, en grande partie membres de la coopérative, et qui, je suppose, vivent presque toutes, directement ou indirectement, grâce aux allocations de chômage. Assis à l’arrière, quelques mineurs âgés observent avec bienveillance ; en face, un grand nombre de très jeunes filles. Certaines dansent au rythme du concertina (bon nombre d’entre elles se sont avouées incapables de danser, ce qui paraît assez navrant) tandis que d’autres chantent à tue-tête. J’imagine qu’elles représentaient un échantillon objectif des éléments les plus révolutionnaires de Wigan. Si c’est le cas, que Dieu nous vienne en aide. C’est exactement le même troupeau de moutons — filles béates et femmes d’âge moyen aux formes lourdes assoupies sur leur tricot — que l’on voit partout ailleurs. » Dans ce compte-rendu, le sexisme et le mépris manifeste qu’Orwell éprouvait vis-à-vis des femmes éclatent au grand jour.

Dans Le quai de Wigan, Orwell omet toute référence aux activités politiques des femmes du Nord de l’Angleterre. C’est précisément ce genre d’omission qui fait disparaître les femmes de notre Histoire. Pour mémoire, je me dois de rappeler que les fileuses de coton du Lancashire avaient été des militantes très actives défendant le droit de vote pour les femmes durant les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, et qu’elles étaient des syndicalistes très énergiques. Les femmes du Lancashire participèrent aux National Hunger Marches to London, [des marches nationales contre la faim] organisées [au début des années 1930] par le NUWM, et furent des membres actives de la Women’s Co-operative Guild, qui [à la même époque] militait entre autres pour la contraception, pour de meilleurs services de santé, pour la paix internationale et le travail à plein temps grâce à la réorganisation de l’industrie sur une base coopérative. En ce qui concerne les femmes, Orwell a altéré la mémoire du passé avec autant d’efficacité que s’il avait travaillé pour le Miniver. Il a participé à une conspiration du silence.


Texte traduit de l’anglais par Jessica Candelario Perez
Tiré de « Hindrances and Help-Meets : Women in the Writings of George Orwell », Inside the Myth,
Christopher Norris (éd.), Lawrence and Wishart, 1984, p. 139 à 153.
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