La victoire de Netanyahu est une bonne chose pour la Palestine


Article paru dans le New York Times et traduit pour le site de Ballast

Yousef Munayyer est un analyste politique palestinien qui vit aux États-Unis. Il dirige également la campagne américaine  End the Israeli Occupation. Son dernier article, paru le 18 mars, rue dans les brancards internationaux : la victoire de Netanyahu aux élections législatives de mardi dernier serait en réalité un bienfait pour la cause palestinienne. Provocation ? Carte de la politique du pire ? Pour Munayyer, cela permettra, enfin et d’une façon définitive, de montrer au monde qu’aucune solution ne pourra venir de l’intérieur d’Israël et que les sempiternels « processus de paix » ne sont qu’une mascarade. Le pavé est jeté. 


netanyahuSi vous vous demandiez où se situait Benjamin Netanyahu sur la question de la paix, le Premier ministre israélien a éclairé sa position juste avant les élections de mardi dernier, en déclarant qu’il n’y aurait jamais d’État de Palestine tant qu’il serait responsable. Il a ensuite entamé une campagne de stigmatisation des citoyens palestiniens d’Israël dans l’espoir d’entraîner ses partisans vers les bureaux de vote.  « Le gouvernement de droite est en danger », a-t-il annoncé le jour des élections. « Les électeurs arabes se dirigent vers les bureaux de vote en masse ». Mais la victoire de M. Netanyahu est en réalité le scénario le plus désirable pour ceux qui veulent la fin de l’occupation israélienne. En effet, moi-même qui suis palestinien ai poussé un soupir de soulagement lorsqu’il fut clair que le Likoud avait gagné la majorité relative des sièges à la Knesset.

Cela peut sembler paradoxal, mais la dynamique politique en Israël et à l’étranger implique qu’un autre mandat de M. Netanyahu pourrait bien accélérer l’abandon des politiques d’apartheid israéliennes. Les grands perdants de ces élections sont ceux qui postulaient que le changement puisse venir de l’intérieur d’Israël. Impossible et irréaliste. Les Israéliens se sont très bien accommodés de l’immobilisme. Dans un pays qui pourtant gère l’occupation militaire de millions de personnes, les grands scandales politiques ne concernent pas les colonies, la mort de civils ou les crimes racistes mais plutôt des futilités comme le prix du fromage et la fraude aux bouteilles consignées par l’épouse du Premier ministre.

« Dans les années 1980, les sanctions économiques contre l’Afrique du Sud avaient accentué son isolation et poussé le régime d’apartheid à la table des négociations. »

Maintenir l’occupation et réélire des dirigeants comme M. Netanyahu coûte actuellement peu aux Israéliens. Augmenter le coût de l’occupation est en conséquence le seul espoir d’influer sur les décisions israéliennes. Dans les années 1980, les sanctions économiques contre l’Afrique du Sud avaient accentué son isolation et poussé le régime d’apartheid à la table des négociations. Lorsque les Israéliens seront mis devant le choix entre une occupation sans fin et être acceptés dans la communauté internationale, ils choisiront peut-être un dirigeant plus modéré qui démantèlera les colonies et s’engagera sur le chemin de la paix, ou alors ils choisiront d’annexer les territoires plutôt que de s’en séparer, ce qui causera un conflit avec les États-Unis et l’Europe. Dans un cas comme dans l’autre, le changement devra venir de l’extérieur.

La campagne Boycott désinvestissements et sanctions (BDS) a prospéré tant que M. Netanyahu dirigeait Israël. Il est devenu le visage mondialement connu de l’intransigeance israélienne, de la construction de colonies et du mépris éhonté pour les droits des Palestiniens. Mais bien que M. Netanyahu soit devenu synonyme de l’occupation, il est en grande partie issu de celle-ci. Il existe des intérêts politiques et économiques bien ancrés qui bénéficient du statu quo. En accaparant les terres et les ressources naturelles de Cisjordanie, Israël récolte les bénéfices de l’occupation à peu de frais. Les colonies représentent un investissement majeur pour l’État, et sont un obstacle à la fois géographique et politique vers la paix puisque les colons jouent un rôle-clé dans le paysage politique israélien, leurs intérêts ne peuvent tout simplement pas être ignorés.

boycot

(DR)

Le comportement de M. Netanyahu a bien entendu augmenté les tensions et endommagé les relations avec les alliés d’Israël. Il s’est heurté au Président Obama et a fait un pied de nez au Parti démocrate en faisant d’Israël une question politique partisane. Le boycott de son récent discours au Congrès, par soixante députés, n’en était que la plus récente démonstration. Le remplacement de M. Netanyahu par son adversaire Isaac Herzog aurait ralenti le mouvement BDS et soulagé la pression sur Israël en créant une illusion de changement. Un nouveau Premier ministre aurait relancé un « processus de paix » basé sur les précédents modèles ratés et qui aurait inévitablement échoué en raison du manque de réelle pression sur Israël l’incitant à changer sa politique déplorable.

« La solution à deux États (qui a vu plus d’enterrements qu’un prêtre) existe aujourd’hui uniquement comme position derrière laquelle se cachent des politiciens lâches et égoïstes. »

La réélection de M. Netanyahu a le mérite de clarifier les choses. Deux ans auparavant, le Secrétaire d’État américain John Kerry avait déclaré que la dernière limite pour une solution à deux États était dans deux ans. M. Netanyahu en a officiellement sonné le glas cette semaine dans son désir de pousser les électeurs de droite à aller voter. La solution à deux États (qui a vu plus d’enterrements qu’un prêtre) existe aujourd’hui uniquement comme position derrière laquelle se cachent des politiciens lâches et égoïstes, pas comme point de départ réaliste pour la paix. Le modèle périmé « terre contre paix » doit désormais céder la place au modèle « droits contre paix ». Les Palestiniens doivent exiger le droit de vivre sur leur terre, ainsi que la libre circulation, un traitement égal face à la loi, une procédure judiciaire équitable, le droit de vote et la protection contre les discriminations.

La réélection de M. Netanyahu a montré de façon évidente qu’il est désastreux et immoral de confier aux électeurs israéliens le sort des droits des Palestiniens. Son gouvernement s’opposera à tout changement constructif, menant Israël droit à l’affrontement avec le reste du monde. Cet affrontement n’aura jamais été autant nécessaire qu’aujourd’hui. Ces résultats d’élections vont augmenter la détermination du mouvement visant à isoler Israël du reste du monde. Les campagnes BDS vont s’étendre et d’autres pays décideront d’imposer des sanctions pour inciter Israël à revoir sa politique. Ces dernières années, un important fonds de pension néerlandais a désinvesti d’énormes montants des banques israéliennes actives en Cisjordanie, et des centaines de millions de dollars ont été désinvestis de compagnies comme G4S et SodaStream qui opèrent en territoire occupé.

Il n’y aura aucun changement réel sur le terrain ou au parlement sans pressions supplémentaires sur Israël. Désormais, cette pression va augmenter. Pour cela, nous remercions M. Netanyahu.


Traduit de l’anglais, avec l’aimable autorisation de l’auteur, par Farid Belkhatir. Article original : « Netanyahu’s Win Is Good for Palestine », The New York Times, 18 mars 2015.

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